PREUVES PHYSIQUES
523. — La carte géographique sous les yeux, nous acquérons la preuve que l’Amérique s’est détachée de l'ancien monde, et que toute sa longueur est correspond parfaitement à la partie ouest de notre continent, par les côtes qui se font face sur toute la longueur de l'Europe et de l’Afrique.
Si la correspondance est plus visible à partir du 30me degré de latitude nord, jusqu’au cap Magellan, à l’extrême sud, c’est parce que l’espace, ou la mer, qui sépare les deux continents de l’ancien et du nouveau monde, est moins parsemé de ces lies laissées en route par l’effet du cataclysme.
Il suffit de remarquer le ventre ou renflement énorme de l'Afrique, depuis le cap Vert (1) jusqu’au sud de Libéria; ce renflement s’emboîterait fort bien dans la mer des Antilles et le golfe du Mexique, qui sont demeurés vis-à-vis en Amérique; seulement cette partie du continent américain a perdu des fragments qui sont les îles du cap Vert, les Açores, les Antilles, qui ont été à plusieurs reprises soulevées et enfoncées (2), Haïti, Cuba, etc. , etc. Au contraire, le renflement du Brésil, en Amérique (3), correspond au golfe de Guinée, en Afrique (4), avec lequel il s’emboîterait également bien.
(1) Marqué n° 1 sur la gravure n° 10.
(2) Bien des fois, même de nos jours, il se présente de ces phénomènes : les volcans souterrains soulèvent de nouvelles îles.
(3) Marqué n° 3 sur la gravure n" 10.
(4) Marqué n° 2 sur la gravure n* 10.
FORMATION DE L’AMÉRIQUE
La Patagonie est une partie qui s'est allongée dans le trajet, mais sa forme indique clairement qu’elle enveloppait la pointe sud de l’ancien continent, c’est-à-dire le cap de Bonne- Espérance et le sud-est de la Cafrerie.
Si l’on veut considérer de même les deux continents, ancien et nouveau, dans leurs parties au nord du 30mc degré de latitude septentrionale, on verra que la correspondance des caps d’un côté avec les golfes situés sur la côte opposée, sans être aussi prononcée , est pourtant très-facile à reconnaître, en tenant compte des îles et des presqu’îles qui s’y sont formées ; ainsi l’Espagne et la France correspondent au bassin situé au sud des États-Unis, entre la Floride et la Nouvelle- Écosse.
Qu’on imagine , en rétablissant les choses telles qu’elles étaient, d'un côté, l’île de Terre-Neuve reportée dans le golfe de Sl-Laurent, le Labrador dans la baie d’Hudson; de l’autre côté, les îles Britanniques, comprenant l’Ecosse, replacées dans la mer du Nord, la presqu’île des Scandinaves (la Suède et la Norwégel rapprochée de la Russie, en remplissant la Baltique, aussitôt le Danemark s’emboîtera naturellement dans le Skager-Rack, et la côte orientale de l’Amérique présentera des correspondances parfaites avec la côte occidentale de l’Europe.
Nous n’insisterons pas sur les détails de cette correspondance; il nous suflit d’avoir mis sur la voie, car il nous semble impossible que tout observateur de bonne loi ne se convainque pas de sa réalité au premier coup-d’œil qu’il jettera sur le planisphère terrestre.
524. — U est bien facile de reconnaître encore la solidité de notre théorie. En examinant la carte du Système osseux, aqueux et volcanique du globe. L’auteur de ce système, M. Arago, indique les contre-courants, les lignes volcaniques, et les montagnes terrestres et sous-marines. Après cet
examen, il faut considérer le nombre des volcans enflammés qui existent de nos jours (1); on verra que sur 74 volcans encore en pleine activité , et produisant des éruptions notables, il y en a dans la seule Amérique 62. On peut se faire une idée de l’influence qu’ils ont eue dans l’écartement de la masse du continent américain, qu’ils avaient la mission de transporter. Sans doute ils ont exercé çà et là de grands ravages, de grandes destructions; et, dans la même occasion, ils ont aussi rétréci des terrains, soulevé des montagnes, enseveli des villes et des populations entières; mais il en a survécu assez, qui n’avaient rien souffert, et qui peut-être, en certains endroits, ne se sont pas même aperçues de la gravité de la catastrophe.
Et pour en donner un exemple, sur une petite échelle :
525. — Le tremblement de terre de Lisbonne, qui a été, pour cette ville, un phénomène égal à un cataclysme du globe, ne fut pas du tout ressenti par les peuples vivant en France, ou dans la plus grande partie du monde. La belle cité que le phénomène a frappée n’était qu’un grain de sable en comparaison du globe. Voici toutefois des détails sur cet événement, à jamais mémorable pour le pays qu’il a ravagé. Nous les reproduisons seulement pour donner, par la comparaison de ce qu’a fait le mouvement d’un seul volcan, une idée de ce qu’ont pu faire 2,000 volcans à la fois, dont les 74 ci-dessus cités existent encore en activité, quoique travaillant bien faiblement, et seulement pour le besoin respiratoire pour ainsi dire du centre.
Le 1”' novembre 1755, à Lisbonne, le tremblement commença par un bruit souterrain qui ressemblait au tonnerre ; puis une forte secousse renversa la plus grande partie de la ville, et tua 6,000 personnes en 6 minutes. La mer, après
(1) Voje7. les noms de ces volcans et leur situation géographique, note U , à la fin de ce volume.
FORMATION DE L.’AMÉRIQUE
avoir laissé la barre à sec, revint avec fureur, élevant ses vagues à 50 pieds (17 mètres) au-dessus du niveau ordinaire. Quelle inondation !
Plusieurs des hautes montagnes de l’Estramadure occidentale s’entrouvrirent, et formèrent des crevasses à leur sommet. Quantité de monde s’était réfugié sur un quai de marbre qu’on venait de construire à grands frais ; tout à coup le quai fut englouti avec tout ce qu’il portait, ainsi que beaucoup de petits bâtiments amarrés près de là ; et l’on ne vit, à la place, qu’un gouffre qui a aujourd’hui 168 mètres de profondeur. Plusieurs vaisseaux en mer, dont un à 40 lieues à l’ouest du cap Saint-Vincent, éprouvèrent aussi des secousses plus ou moins violentes. On s’aperçut encore de légèresoscillationsà Antigoa, aux Barbades, dans la Norvège, en Suède , en Allemagne, en Suisse, en Hollande, en Corse, en Italie, dans la Grande-Bretagne surtout, où l’agitation des lacs, des rivières et des sources fut extraordinaire. Ces signes prouvent la communication directe qui existe dans les régions souterraines du globe.
526. — Au Pérou (2 octobre 1746), un tremblement de terre éclata, plus terrible qu’à Lisbonne : on ressentit 2,000 secousses dans les premières 24 heures. L’Océan se relira deux fois et deux fois revint avec furie. Une partie de la côte, près de Callao, fut convertie en baie, ainsi que quatre autres havres : de 23 navires mouillés dans la première de ces villes, 19 sombrèrent; les autres furent portés à de fortes distances dans les terres. Des 4,000 habitants de Callao, 200 seulement échappèrent. Lima fut entièrement détruite. Quatre volcans firent en même temps éruption dans d’autres districts, ceux de Lucanas et Conversiones de Caxamarquilla.
527. — Au Kamtchatka, le 6 octobre 1737, la mer submergea le pays à une immense hauteur; puis, se retirant avec autant d’exagération quelle venait d’en mettre dans ses en-
vahissemeuls. elle laissa à sec l’espace entre la première et la deuxième des iles Kouriles. Ces changements, il est vrai, ne furent que temporaires; mais il se fit aussi des changements permanents : des plaines furent les unes affaissées, les autres exhaussées. Dans quelques-unes des premières il se forma des lacs intérieurs. La configuration de la côte fut aussi changée, et de nouvelles baies furent signalées par les navigateurs sur le rivage.
528 — Ces petits cataclysmes partiels éclatent de temps à autre à dés distances considérables; ils ont toujours tourmenté le globe, comme nous l’avons expliqué dans les journées précédentes; seulement à notre époque ils sont plus concentrés et leurs explosions sont plus rares. Il est indubitable qu’au premier changement d’époque, c’est-à-dire lorsqu’il arrivera dans l’avenir une nouvelle révolution géologique, soit sous le nom de cataclysme, soit sous celui de déluge universel, la conséquence inévitable, la plus douce qui puisse en résulter, sera une nouvelle séparation des continents; ainsi l’Amérique sera indubitablement séparée en deux continents pour le moins, et toutes les crevasses de l’ancien monde s’élargiront comme à l’époque précédente; de là un endurcissement pins fort du globe terrestre, qui sera alors aussi compact et aussi dense que l’est la planète Vénus, et conséquemment il se réduira à une circonférence d’un millier de lieues moindre que n’est sa circonférence actuelle.
529. — Les descendants de Noé ont raconté à leurs enfants qu’il existait avant le déluge une grande île Atlantide, que Noé avait vue et fréquentée, puisqu’il avait vécu 600 ans avant cette catastrophe.
Cette tradition a passé de génération en génération jusqu'aux Grecs, qui ont fini par l’introduire dans leurs poésies mythologiques; mais, sur ce terrain, l’existence de l’ile en question devenait dès lors assez douteuse.
FORMATION DE L’AMÉRIQUE. 321
Cependant les Égyptiens ne raillaient pas à ce sujet; ils conservaient un respectueux souvenir de l’existence de la grande Atlantide, qu’ils supposaient avoir été submergée, car Noé ne la voyant plus s’était imaginé lui-mêine que la catastrophe du déluge universel l'avait engloutie, comme aussi il croyait que la mer Méditerranée était un réceptacle des eaux du déluge, où elles continuaient de submerger les hommes qui habitaient auparavant cette contré1.
Les auteurs graves, comme Platon et Aristote, ont pris cette tradition au sérieux et se sont trouvés d’accord pour mentionner la disparition de Pile Atlantide par l'effet d’une submersion; ils reconnaissaient qu’à l’époque même de cette prétendue submersion s’était opérée l’ouverture du passage des colonnes d’Hercule (ou le détroit de Gibraltar), qui a fait remplir d’eau les bassins de la Méditerranée, de l’Adriatique, de la mer Noire, des lacs, etc.
Solon a raconté les merveilles de l’île Atlantide, dont il tenait le récit des prêtres égyptiens. Ce récit est très-curieux et assez important; nous l’offrons à nos lecteurs.
530. — C’est Platon qui nous a transmis la substance de l’entretien de Solon avec les prêtres égyptiens.
« Un jour, dit-il, que ce grand homme (Solon) s’entrete- « nait avec les prêtres de Sais sur l'histoire des temps recu- « lés, l’un d’eux lui dit : — Solon, Solon ! vous autres Grecs, « vous êtes encore des enfants. U n’en est pas un seul parmi « vous qui ne soit novice dans la science de l’antiquité; vous « ignorez ce que lit la génération des héros dont vous êtes « la faible postérité. Éeoutez-moi, je veux vous instruire des « exploits de vos ancêtres, et je le fuis en faveur de la déesse
« qui vous a formés, ainsi que nous, de terre et de feu
« Tout ce qui s'est passé dans la monarchie égyptienne depuis
« 8,000 ans est écrit dans nos livres sacrés Mais ce que
« je vais vous raconter de vos lois primitives, de vos rois, de
ai
« vos mœurs et des révolutions de votre pays, remonte à « 9,000 ans.
« Nos fastes rapportent comment votre république a ré- « sisté aux efforts d’une grande puissance, sortie de la mer « Atlantique, qui avait envahi l’Europe et l’Asie; car alors « cette mer était guéable. Sur les bords était une grande île, « vis-à-vis de l’embouchure que vous nommez les colonnes « d’ Hercule (1).
« Cette île était plus étendue que la Lybie (2) et l’Asie ente semble. De là, les voyageurs pouvaient passer à d’autres « îles, d’où il leur était aisé de se rendre dans le conti- « nent.
« Dans cette île (l’Atlantide) il y avait des rois dont la puis- « sance était formidable. Elle s’étendait sur cette île, ainsi « que sur les îles adjacentes et sur une partie du continent. « Ils régnaient, outre cela , d’un côté sur toutes les contrées « limitrophes de la Lybie (Afrique) jusqu’en Égypte, et, du « côté de l’Europe, jusqu’à Tyrrhénia (Italie). Les souverains « de l’Atlantide tentèrent de subjuguer votre pays et le nôtre. « Alors, ô Solon I votre république se montra, par son cou- « rage et par sa vertu, supérieure au reste du monde. Elle « triompha des Atlantes... Mais, dans les derniers temps, il « survint des tremblements de terre et des inondations. Alors « tous vos guerriers furent engloutis dans la terre, en l’es- « pace de 24 heures, et l’Atlantide disparut. Depuis cette ca- « tastrophe, la mer qui se trouve dans ces parages n’est point « navigable, à cause du limon qui s’y est formé et qui pro- « vient de l’île submergée. » (Platon, dans leTimée.)
Platon, dans d’autres dialogues et particulièrement dans celui du ftègne, parle de l’affaissement de l’île Atlantide, et
(1) Aujourd’hui le détroit de Gibraltar.
(2) Les anciens appelaient l’Afrique la Lybie.
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examine ce qui a dû arriver au genre humain lors de cette catastrophe (1).
531 — Strahon, Eudoxe, Diodore de Sicile, Ammien Marcellin, et enfin Pline et Élien, confirment le fait de l’existence de l’ile Atlantide. Un écrivain plus moderne, Génebrard, prétend même que l’on peut prouver la vérité de son existence par plusieurs circonstances tirées de la Genèse (2 ).
On comprend que cette grande île de l’Atlantide, qui n’était séparée du continent que par la crevasse que nous avons indiquée et qu’on croyait submergée depuis le dernier cataclysme, est précisément le continent actuel de l’Amérique.
532 — Fortia d’Urban, qui a fait des recherches considérables sur l’existence de l’Atlantide, dit que c’était un continent très-riche, produisant toutes choses ; ses habitants, profitant de leurs richesses, élevaient des temples, des palais, construisaient des forts, des ponts, des arsenaux, etc. « On « voyait les statues de toutes les reines et celles de tous les « hommes qui étaient de la race des dieux ; elles étaient « d’or!... Il y avait les plus grands animaux, le mastodonte « surtout.... »
Or, à la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492 et dans ses quatre voyages successifs, les Espagnols remarquèrent des peuples innombrables, des nations policées, des empires, des républiques, et Fernand Corlez non-seulement trouva dans le Mexique, en 1519, des statues en or, mais aussi les pavés des appartements des palais du roi Mootézuma, et même les tours des temples étaient doublés de ce précieux métal.
(t) D’autres auteurs de l’antiquité ont également parlé de la submersion de l’fle Atlantide, en disant qu’elle existait en face et au dehors des colonnes d’Hercule, et qu’il était resté comme un échantillon de ce continent dans les lies Açores et les Canaries.
(2) Fortia d’IJrban , art. 370, page 228.
Comment a-t-il pu se rencontrer des peuples sur ce continent, et avec les habitudes de vie et de luxe analogues à ceux de la terre d’Afrique?
Ce conlinent étant isolé de toutes parts, on crut pendant longtemps à un passage par le nord de l’Asie ; mais si ce passage eût existé, comment supposer que les peuples eussent fait une pareille émigration par le pôle arctique? Ils avaient assez de terrain etd’uue qualité parfaite, plus à leur proximité pour l’habiter; et certes ils n’auraient pas porté avec eux ces idoles trop pesantes, quoique d’or, à une distance de plusieurs milliers de lieues. Au reste , celle supposition s’est évanouie depuis qu’on a reconnu que l’Amérique est complètement séparée de l’Asie.