‹ La création et ses mystères dévoilés ouvrage où l'on expose clairement la nature de tous les etres, les éléments dont ils sont composés et leurs rapports avec le globe et les astres, la nature et la situation du feu du soleil, l'origine de l'Amérique, et de ses habitants primitifs, la formation forcée de nouvelles planChapitre 138 sur 168 · MISSION DE L’HOMME · texte numérisé non relu

MISSION DE L’HOMME

637. — La race humaine n’est pas l’objet principal de la création, de même que l’homme n’est pas son but spécial: la nature a voulu, en le formant, établir le contrepoids delà raison envers la force brutale des autres animaux.

L’homme est placé au sommet de l’échelle des corps organisés, pour y tenir et y conserver une prépondérance marquée, en vue de modérer, par une judicieuse distribution, le trop plein du règne animal , de même que le règne animal est institué pour réprimer, par la déprédation qu’il exerce, l’excessive abondance du règne végétal.

638. — L’homme est cosmopolite; tous les coins de la terre peuvent convenir à son tempérament, attendu qu’il peut s’habituer avec facilité à tous les climats.

Il est le seul être, le seul absolument, doué de la parole et muni de mains délicates, instrument merveilleux destiné à exécuter les prodiges imaginés par la pensée ; il marche debout sur la surface de la terre, la tête élevée comme pour admirer les cieux, et commande en maître à toutes les autres créatures.

Cependant cet être supérieur en apparence n’a pas en réalité un privilège au-dessus des autres êtres, relativement à la soumission qu’ils doivent à la nature. Il souffre même plus que les autres de l’influence des climats et des orages ; il est assujetti à être décimé par les pestes, ravagé par la petite vérole, la lèpre et les maladies, chassé par les inondations et les autres .fléaux ; en outre, la nature lui a imposé des besoins comme pour contrebalancer l’avantage de sa suprématie. Ainsi elle l’oblige à être laborieux agriculteur, intrépide navigateur, infatigable artiste; il faut qu'il se confectionne des vêtements pour suppléer à la couverture naturelle dont il n’a pas été favorisé comme les autres animaux, qui sont couverts d’une peau garnie de poils ou armés d’un cuir préservatif.

Il est donc forcé d’occuper les bras dont la nature l’a gra-

lilié; mais en même temps la nature a imposé à l’homme un devoir plus important, c’est de bien employer l’intelligence qu'il a reçue exclusivement en partage.

639. — La Genèse dit que Dieu condamna la femme, qui avait goûté à l’arbre de lu science du bien et du mal, à un accouchement douloureux.

Comme dans toute autre parabole. Moïse s’est montré fort ingénieux dans cette allégorie, aussi belle que juste.

C’est la vie sociale, la vanité, les passions, l’excès d'amourpropre, qui ont rendu la femme civilisée sujette à ces maux. Les femmes de tous les peuples sauvages accouchent sans douleur, tandis que les femmes des nations civilisées sont précisément celles qui éprouvent des accidents funestes dans leurs couches.

Plus on se tient près de la nature , plus elle nous favorise ; plus on s’en écarte, plus elle nous punit.

Les femmes laborieuses des campagnes accouchent sans peine, et, presque comme les femmes sauvages, se rétablissent au bout de quelques jours. On en a vu en Suisse, en Russie, prendre, dès le lendemain, leur nouveau-né sur leur dos et retourner à leurs travaux dans les champs. Les femmes des sauvages, en Amérique et eu Afrique, n’interrompent pas même leur ouvrage pour accoucher.

640. — H est possible que la création ait eu en vue, dans la formation de l’homme, le service physique qu’il devait rendre à la terre; mais son but moral, en ce qui regarde le bien et la vertu qui sont imposés à l’homme par le bienfait de l'intelligence et de la parole, a-t-il élé atteint ?

I) est permis d’en douter. L’histoire des siècles depuis le déluge, dont un abrégé formera le sujet d’un prochain chapitre de cet ouvrage, et le tableau des actions de l’homme qui se déroulent sous nos yeux, présentent un triste contraste à l’en- * droit de ce but désiré.

MISSION DE L’iIOMME.

Quelle que soit la perfection physique de l’homme, quel que soit l’ordre admirable de la nature dans la composition de ses organes, les vices de l’espèce humaine ont dénaturé de tout temps les vues morales de sa création. La civilisation, les lois, ont été jusqu’ici des palliatifs impuissants.

641. — Les vices son t— ils innés dans l’homme, ou sont-ils la conséquence de la société ?

Nous croyons qu'ils ne sont pas nés avec l’homme, car Dieu a créé tout parfait. L’enfant qui naît arrive au monde avec un cœur innocent; c’est une plante qui se plie comme on veut, et croit selon la culture qu’on lui applique.

Le mal est donc dans la société. Mais ce mal a une cause; cette cause vient des aberrations de l’intelligence employée en opposition du but pour lequel l’homme l’a reçue de son Créateur.

L’examen de cette cause appelle l’attention des philosophes. Us trouveront que, dans tous les temps, les êtres les plus frivoles et les plus incapables ont été ceux qui ont consumé le plus leur vie dans le sein des voluptés, ou dans l’envie de posséder le bien matériel qui ne leur appartenait pas.

L’exemple du père se transmet instinctivement à l’enfant ; les abus croissent et sont en rapport avec la vigueur du corps, l’élévation de l’esprit, ou le pouvoir qu’on exerce.

La cause des abus qui ont fait dans tous les siècles les malheurs des hommes ne saurait jamais être assez proclamée, afin que la pensée ou le souvenir de leurs funestes conséquences puisse servir de frein aux passions des hommes; car si le tableau des maux qu’entraîne l’excès de leurs vices ne parvient pas à les corriger, le désordre finira par ravaler l’homme civilisé au-dessous de l’homme sauvage, et même de la brute.

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