CHAPITRE VI
Formation de l’Ean ci dcw Hem
Sommaire. — L’eau agent général de la deuxième époque, 77. — Dégagement de la terre et sa position à l’est, 78. — Travail d’épuration de l’eau, 79. — Formation des courants, 80. — Origine du flux et du reflux des mers, 81. — Théorie des contre-courants, 82. — Formation des profondeurs et des hauteurs dans l'Océan , 83. — Principes de la formation des pierres et des minéraux, 8/i. — Origine des sources et des rivières , 85. — Théorie de la formation des eaux thermales , 80. — Lacs intérieurs souterrains , 87. — Origine des volcans et des tremblements de terre, 88. — Utilité de la combinaison de l’eau avec les autres éléments , 89. — Formation et variété des matières destinées & l’entretien du règne végétal et du règne animal , 90. — Courants superposés , 91. — Différentes espèces d’habitations des animaux sous-marins, 92. — Tribut porté au feu par l’eau, 93.
77. — Le premier jour, ou la première époque de l’assemblage des molécules par l’action de l’air et par leur compression , nous a montré le règne du feu ; nous allons voir dans le second jour ou dans la seconde époque le règne de l’eau. Ainsi ces trois éléments , l’air, le feu et l’eau , qui sont et qui seront toujours les objets principaux de nos besoins, et sans lesquels nous ne pouvons exister , ont été aussi les matériaux primitifs de la constitution de notre planète , et ont dominé exclusivement dans les deux premières époques de son organisation.
78. — Le grand cataclysme du premier jour n’a pas eu seulement pour effet la séparation du satellite de la terre , et un grand rétrécissement de la planète sur elle-même; car. dans l’accomplissement de ce phénomène, la masse la plus pesante a glissé sur un des bords du cercle sphérique, de manière que cette masse, qui devait être la terre , estdemeu-
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réc à l’est, tandis que sur l’autre partie de la circonférence est restée la matière légère, pâteuse , ou liquide, qui devait plus tard former le lit des mers : voilà le premier degré de la séparation de la terre et des eaux.
79. — Ainsi, un tiers environ de notre planète restait à découvert, à sec, tandis que sur les deux autres tiers du contour et sur toute la surface correspondante s’étendait la matière liquide, qui devait augmenter constamment par l’adjonction des matières humides qui sortaient de l’intérieur du globe; toutes ces évaporations s’effectuèrent avec un travail régulier d’épuration, d’après lequel l’eau la plus limpide et la plus légère montait toujours à la surface.
80. — L’eau envahit autour de la circonférence toutes les localités qui pouvaient lui offrir un lit; ces masses de liquide, en augmentant, se réunirent et acquirent une foree d’unité qui engendra des courants ; ces courants vont dorénavant et pour l’éternité dominer les eaux en dirigeant leur parcours et leur action.
81. — Cependant les courants ne peuvent pas transporter ces masses d’eau tout autour delà circonférence de la planète; elles couvrent les deux tiers de la surface , il est vrai, mais il reste encore un tiers à peu près qui barre leur passage; ce tiers veut rester lui-même le maître de sa position ; c’est la terre presque solide qui se dresse comme un plateau supérieur, indépendant, sur le bord de la sphère ; ce plateau est comme un rocher contre lequel viennent se briser les courants, et qui les fait rebrousser chemin et retourner sur leurs pas; c’est le commencement du flux et du reflux, eide l’ondulation des vagues.
82. — Les eaux, repoussées par la terre ferme, revenant à leur point de départ, rencontrent sur leur chemin des courants nouveaux qui amènent de nouvelles couches d'eau , lesquelles seront à leur tour également repoussées par le
même obstacle, et forcées de revenir aussi à leur point de départ. Dans ces mouvements, les couches liquides se déplacent , les plus légères passent au-dessus, les plus denses ou les plus lourdes se tiennent au-dessous; tel est le principe des courants et contre-courants superposés.
Ce croisement des diverses masses d’eau accroît la rapidité des courants; cette rapidité se manifeste avec plus ou moins d’énergie, selon l’épaisseur des couches et l’impétuosité des chocs; l’impulsion est encore augmentée quelquefois par les vents, et alors la violence des courants est terrible.
83. — Toutes les fois que les courants sont poussés avec cette violence , ils forcent leur passage en creusant des lits dans l’océan , et en emportant avec eux toute la matière ou le terrain qui cède facilement à leur impétuosité; c’est aussi le point de départ du déplacement des matières solides et de l'arrangement des couches terrestres de la première formation, l’origine des éminences qui ont été soulevées plus tard et sont devenues des collines et des montagnes, dont les inégalités sont en rapport avec celles des profondeurs de l’océan.
84. — Souvent, à la place même où s’opère le creusement de ces profondeurs, se rencontre la voûte d'une caverne souterraine formée, comme nous l’avons vu (59, 60), par le feu souterrain. La voûte se trouvant enlevée par l’action des courants , l’eau tombe et porte avec elle sur le feu ou la masse incandescente une immense quantité de matières fraîches; ces matières sont des plantes, des coquilles, des poissons, etc., dans leurs mille variétés, tous propres à se sublimer dans la grande fournaise et à produire ces dissolvants qui, dans le travail de l'analyse, décomposent admirablement les corps en leurs divers éléments; de là chaque matière va s’unir à ce qui lui est homogène. De là vient aussi le principe de formation des pierres, des métaux, etc., subdivisés eu des milliers de familles de nature et de qualités différentes.
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85. — Les courants , après avoir déposé ces aliments nouveaux au service du feu , s’ouvrent des passages pour sortir dans toutes les directions possibles, et s’échappent , soit par tiltration , soit par des cataractes, reparaissant ainsi à la surface à des points plus ou moins éloignés de celui où ils avaient disparu.
Ainsi a commencé le passage des eaux à travers les couches terrestres, et de là l’origine des sources, principe de formation des ruisseaux , des rivières et des fleuves. Les inondations du Nil sont causées principalement par de pareils dépôts formés dans les lacs souterrains de l'Afrique (1).
86. — Lorsque le voyage des eaux est suffisamment prolongé, elles déposent, par une loi de la filtration , des détritus hétérogènes pour alimenter les plantes , et sortent fraîches, claires et potables ; mais lorsque ayant peu voyagé, elles arrivent directement du contact du feu, elles reparaissent à la surface, encore chaudes et chargées de sels, de soufres, de bitumes, ou d'autres matières minérales. Ce sont ces eaux que l’on nomme thermales.
87. — Dans ces courses à travers les couches souterraines, les eaux rencontrèrent des cavités dans lesquelles se tirent des dépôts , qui sont devenus des réservoirs, ou des lacs intérieurs. Il s’est produit encore de ces lacs ou réservoirs loules les fois que les eaux ont rencontré des matières assez molles pour y former un bassin, et lorsque ces bassins se sont approfondis par les affaissements volcaniques, ils sont reslés ouverts à la surface, comme la mer Caspienne et le lac Baïkai (2).
88. — Lorsque, dans l’intérieur du globe, le travail du l'en multiplie les vides, les cavernes, les voûtes, les bour-
(1) Voir la note B à la fin (lu volume.
(2) Voyez la note C.
soufflures , préparatifs des révolutions physiques qui en seront la conséquence, cas vides se remplissent d’air qui se dégage de toutes les parois des cavités pour être absorbé par le feu souterrain qu’il alimente ; cet air doit se renouveler au moyen de communications avec la surface extérieure, soit par les crevasses, soit par les volcans, qui représentent, pour ainsi dire, les cheminées du grand laboratoire terrestre: mais toutes les fois que les courants des eaux portent sur leur passage des couches de matières solides, telles que les sables, les limons, etc., et qu’en passant, ces couches restent déposées dans les crevasses ou dans les cratères, alors le feu se trouvant comme emprisonne et privé du contact de l’air , cherche une communication ; pour l’obtenir, il fait de si violents efforts, qu’il s’ensuit des explosions; ces explosions produisent de nouvelles ouvertures et des volcans nouveaux: ces phénomènes s'annoncent toujours par des secousses intérieures; c’est le principe de ce que nous appelons les tremblements de terre.
89. — L’eau, l’air et le feu, celte trinité merveilleuse dans son action , prodigieuse dans son activité, incompréhensible dans ses effets, ont été les éléments , les principes de division et en même temps de classification de tous les corps, de tous les composés , dans la formation du globe terrestre.
Que de produits s’engendrent sous nos yeux par l’eau et par l’air! Combien de combinaisons, de transformations ne voyons-nous pas se produire aussi par l’eau au simple rapprochement du feu ! Nous l’éprouvons chaque jour dans la satisfaction de nos besoins matériels ou de notre curiosité ; à l’aide de l’eau, nous fabriquons des creusets dans lesquels le feu nous ouvre les secrets de l’analyse et décompose les plus durs métaux ; dans une marmite, il nous permet de changer la forme des produits bruts pour les rendre utiles à notre alimentation, à la condition d’employer l’eau, car l’eau est aussi nécessaire