En réponse aux savants qui pensent que le soleil
communique sa chaleur et sa lumière par les ondulations, nous (lirons que ce système se justifie seulement à l’égard de la lumière, mais non pas à l’endroit de la chaleur. En effet, lorsque des nuages viennent à masquer le soleil, la chaleur cesse immédiatement; souvent même, si le nuage est trop épais, un froid sensible se fait sentir à l’instant, et il dure jusqu’à l’apparition nouvelle du soleil, d l’exception de certains jours de l'été, où les rayons du soleil ont auparavant imprégné la terre de leur brûlante chaleur; et lorsque le soleil se présente de nouveau, à l’instant même le froid disparait et la chaleur se fait sentir : elle arrive avec une rapidité prodigieuse.
Cependant, si la chaleur a cessé, la lumière a continué d’agir tout le temps que le soleil était couvert; elle s’est seulement un peu affaiblie. Il est donc à peu près prouvé que la lumière, si l’on veut, se transmet par ondulations; mais il n’en peut être de même de la chaleur.
Nous avons une autre preuve de cette vérité. Une bougie allumée porte la lumière à une grande distance, l’ondulation de l’air la transmet tout autour et sur les parois de l’appartement; la chaleur, au contraire, rayonne à peine autour de la mèche enflammée.
Il faut donc faire une distinction bien tranchée entre la chaleur et la lumière, qui émanent toutes les deux du soleil ; elles ont leur source dans le feu solaire, mais ce sont deux effets différents d’une même cause.
300. — Le feu du soleil, n’est pas un feu grossier, tel que celui que nous allumons à notre usage ; le soleil a un feu primitif tout pur, d’une essence électrique et magnétique, qui se conserve et se renouvelle toujours de la même matière homogène, avec le même principe. Ses propriétés spéciales sont l’attraction et la réflexion ; il attire par sa masse et il réfléchit par ses parties.
Ce feu n’est ni liquide, ni solide ; il est bien incandescent, toujours prêt à accueillir les molécules qui sont forcées de lui venir de tous les côtés; ses pores sont constamment ouverts, tant pour recevoir les atomes qui lui arrivent perpétuellement que pour émettre perpétuellement aussi les rayons électriques.
Ce feu et ces rayons ne sont pas éblouissants, ni rouges, dans le corps même du soleil ; ils n’acquièrent cette propriété qu’en sortant des pores de la masse et aussitôt qu’ils sont en contact avec l’air (1).
301 — Ces rayons sont des jets étincelants pleins du feu électrique de la matière solaire; ils sortent de tout le contour du soleil et vont porter jusqu’aux bornes de sa constellation les bienfaits de cet astre dominateur.
Ces rayons filtrent à travers l’éther dans tout l’espace; leur passage est instantané, et, dès qu’ils arrivent à toucher les corps des planètes, ils s’y mettent en communication.
Les atômes homogènes de l’atmosphère absorbent la chaleur, la conservent et l’augmentent tant que les rayons agissent; plus ils agiront, plus l’air de l’atmosphère s’échauffera, particulièrement lorsque le soleil les darde perpendiculairement.
302. — Ainsi, le soleil émet sa chaleur, non par ondulations, mais par vibration directe ; au contraire, la lumière se propage et se maintient par ondulations. En voici une preuve bien convaincante :
En été, la terre, à son aphélie, est plus éloignée du soleil qu’en hiver; la différence n’est pas moindre de 1,250,000 lieues; cependant la chaleur que nous éprouvons est plus énergique dans la première saison que dans l’autre. C’est que le soleil nous darde alors ses rayons plus verticalement; donc, c’est la vibration directe qui nous apporte la chaleur.
(1) Voyez la noie L, à la fin du volume.
Si la chaleur nous arrivait par voie d'ondulations, est-ce qu’en hiver, dans la saison où le soleil se trouve plus rapproché de la terre de 1,250,000 lieues, les ondulations ayant moins de chemin à parcourir, leur effet ne se ferait pas sentir plus vivement, et la chaleur ne devrait pas nous parvenir avec plus de violence qu’en été ? Or, puisque c’est l’effet contraire qui se manifeste, il est donc évident que la chaleur ne nous est pas transmise par ondulations.
Ainsi, il nous parait démontré que la chaleur nous arrive du soleil par vibration ou émission directe, dont l’intensité est en rapport avec la position perpendiculaire de l’astre. Mais s’il y a émission, il y a nécessairement consommation ; et s’il y a consommation, il est besoin de matières fraiches pour reproduire et restituer ce qui a été perdu.
303. — La lumière, nous l’avons dit, nous vient par ondulations; elle nous arrive avant que le soleil paraisse le matin, et elle nous éclaire lors même que le soleil est couvert de nuages, et encore après qu’il a passé au-dessous de l’horizon : c’est cette lumière que nous appelons le crépuscule.
Mais si la lumière s’est amalgamée aux ondes de l’atmosphère et se conserve plus longtemps que la chaleur, c’est une preuve que l’air possède infiniment plus de principe lumineux qu’il n’a de principe calorifique.
304. — Pourquoi y a-t-il dans l’air plus de principe lumineux que de principe calorifique? C’est que dans les évaporations qui passent de la terre dans l’atmosphère, il y a, en outre de l’élément électro-minéral, le phosphore, qui émane continuellement des animaux et des végétaux; l’homme même en fournit sa portion, et dans la division des atômes le principe phosphorique volatilisé reste en partie proportionnelle attaché à l’atmosphère.
On devrait supposer alors que l’émission continuelle de ce phosphore terrestre doit suffire dans notre atmosphère pour
donner également la chaleur et la maintenir aussi longtemps que se maintient la lumière; mais cette remarque, qu’à la disparition du soleil la chaleur cesse et la lumière reste , établit que dans les atômes terrestres phosphoriques il se fait une séparation de deux principes, dont l’un passe dans les hautes régions, attiré par l’astre souverain, et l’autre reste dans l’atmosphère.
305. — Quant aux taches qu’on observe dans le soleil, sir John Herschell a reconnu qu’elles se partagent en deux ou en un plus grand nombre; dans cet état elles offrent tous les caractères de cette extrême mobilité qui n’appartient qu’à l’état fluide et de cette agitation excessivement violente qui ne semble compatible qu’avec l’état atmosphérique gazeux de la matière. Le même savant écrivait en 1828 que l’extrême subtilité de la lumière est telle que , dans la longue série des âges, les émanations du soleil ne peuvent pas sensiblement altérer les dimensions de ce grand corps, et il ajoute (1) :
« Il est probable, d’ailleurs, qu’il a les moyens de cornpen- « ser ses pertes, quoique la manière dont s’opère cette res- « tauration nous soit inconnue. »
Nous prenons acte de ces deux observations de l’éminent astronome, et avant d’y répondre, nous en noterons une autre d’un célèbre astronome de Rome, le père Secchi. Celui-ci s’est aperçu que la chaleur des bords du disque solaire était presque la moitié de celle du centre, et que les points également éloignés du centre, en déclinaison, n’étaient pas également chauds.
En résumant ces trois faits, qui paraissent venir à l’appui de notre système, il nous reste à nous demander ce que sont ces taches et pourquoi la chaleur varie d’un point à l’autrédu soleil ?
Q) Lf.coüturier , Panorama des mondes, page 148.
306. — Relativement aux taches remarquées dans le soleil depuis Scheiner et Galilée, qui ont été les premiers à les apercevoir, jusqu’à nos plus récents astronomes, elles ont été considérées comme des ouvertures provenant de volcans ou d’autres causes, et qui seraient nécessaires pour transmettre l’air à l’intérieur d'un globe habité. Cela, en graude partie, nous semble exact ; mais la quantité des taches et leur variation évidente, nous indiquent aussi une autre cause : celte cause, ce serait la réunion de masses de molécules qui, venant de mille directions différentes, comme tribut des planètes envers le soleil, se rassemblent attirées sur un point déterminé, où elles restent jusqu’à ce qu’elles aient passé au filtrage de l’incandescence solaire, pour sortir en rayonnant de son atmosphère étincelante.
307. — Nous avons indiqué dans le chapitre précédent, numéros 285 et suivants, les sources de l’alimentation du soleil. Lors donc que les émanations des planètes sont attirées vers cet astre, la masse énorme de ces vapeurs ne peut manquer d’être perceptible jusqu’à obscurcir un point de sa surface. Cet effet explique catégoriquement les deux énonciations de sir John Herschell, car ce fait spécifie clairement la cause directe et alimentaire, qui forme en partie les taches en question.
Quant à l’observation de l’astronome de Rome, concernant la différence de chaleur sur quelques points du soleil, l’explication en ressort de la même cause, attendu que là où se porte la masse des vapeurs non encore recueillies ni purifiées par le soleil, elles doivent nécessairement empêcher la transmission d’une partie de la chaleur qui s’arrête en elles en les traversant, de même que si, sur un feu grossier de nos foyers, nous jetons du poussier de charbon, la partie couverte sera pour un moment moins chaude et moins rayonnante que le feu resté à découvert.
308. — Ainsi, quand même une partie des taches du soleil seraient des ouvertures destinées à transmettre et renouveler l’air du globe opaque de cet astre, rien n’empêche aussi que la réunion des molécules, appelées à l’alimentation du feu solaire extérieur, ne produise également des taches. Les détails que nous venons de donner dans les deux articles qui précèdent, joints aux observations que nous présentons dans le chapitre suivant, justifieront notre opinion.
En temps et lieu, lorsque nous aurons reconnu par le calcul la surabondance que laisse le produit des molécules, et que nous aurons passé en revue toutes leurs fonctions, nous acquerrons la certitude que les deux problèmes de sir John llersehell et du père Secchi sont résolus par notre hypothèse.
Provisoirement, nous laisserons le soleil remplir ses brillantes fonctions, pour examiner la planète Saturne, et chercher la raison de la formation de nouvelles planètes.
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