‹ La création et ses mystères dévoilés ouvrage où l'on expose clairement la nature de tous les etres, les éléments dont ils sont composés et leurs rapports avec le globe et les astres, la nature et la situation du feu du soleil, l'origine de l'Amérique, et de ses habitants primitifs, la formation forcée de nouvelles planChapitre 81 sur 168 · LES POISSONS · texte numérisé non relu

LES POISSONS

412. — Les poissons donnent un chiffre de population vivante qui étonne l’imagination même, et s’ils n’étaient pas soumis à une destruction obligée, nécessaire et périodique, qui maintient l’équilibre avec l’excès de production , il leur suffirait d’une année pour remplir de leurs corps entassés tous les bassins des mers; l’eau n’aurait plus de place.

Pour nous en faire une juste idée, nous allons en examiner quelques-uns.

Les harengs, que tout le monde connaît, se tiennent au

fond de la mer et surtout dans le Nord. Lorsqu’ils se mettent en mouvement en sortant de la mer glaciale , ces poissons forment des bancs de plusieurs centaines de kilomètres de largeur; la droite va sur les côtes d’Islande, où elle arrive en mars; puis, tournant vers l’occident, elle gagne le banc de Terre-Neuve et disparaît ensuite. La gauche prend sa route vers le sud, et se subdivise en plusieurs colonnes.

Est-ce que l’imagination la plus fertile pourrait calculer le nombre de ces poissons sur une étendue de plusieurs centaines de kilomètres et, bien entendu, sur une épaisseur considérable?

Les myriades de millions de ces êtres vivants ne sont rien encore en comparaison de ce qu’il sortirait des femelles qui font partie de l’expédition ; dans une seule femelle de moyenne grandeur on a. compté 68,656 œufs. Qu’on juge de ce qui arriverait si la troupe restait intacte: bientôt il n’y aurait plus assez de place pour cette famille seule, car, en une année, elle remplirait au moins la moitié du bassin de l’Océan ; si toute la génération pouvait vivre sans être dérangée, il suffirait de quatre années, et les harengs seuls envahiraient complètement les bassins de toutes les mers!

La pêche de l’homme en enlève chaque année la charge de deux à trois mille navires, c’est-à-dire un million et plus de tonneaux pesant qui sont jetés dans (ecommerce pour la consommation publique; mais ce serait là un faible secours contre leur envahissement.

Tous les grands poissons, les cétacés, les requins, etc., en font une consommation énorme et journalière.

C’est surtout la baleine qui a pour mission d’arrêter la menaçante invasion de cet animal , car la baleine fait du hareng son principal, sinon son exclusif aliment. Mais, qui pourrait le croire? le hareng , qui pèse à peine un quart de kilogramme, peut fournir pendant une semaine à la nourriture d’une baleine! d’une baleine pesant, elle, 15à20ton-

MULTIPLICATION 1)ÏS ANIMAUX. 247

neaux, e’est-à-dire 15 à 20 mille kilogrammes! Cependant c’est une vérité, car une baleine de moyenne grandeur est suffisamment repue avec 11,000 harengs par jour, et comme nous avons vu qu’une femelle porte 68,656 œufs, qui produisent autant de harengs, elle fournit donc assez pour satisfaire pendant une semaine à la nourriture d’une baleine.

Il est heureux que le nombre des baleines soit en proportion assez considérable.

413. — La morue est un poisson doué d’une fécondité encore plus effrayante que le hareng; les femelles possèdent un nombre d’œufs si prodigieux que Leuwenhoek, qui las a comptés, en a trouvé 9,340,000 dans une seule femelle de grosseur moyenne; mais depuis l’observation de ce naturaliste * on a trouvé qu’une seule morue peut donner 20,000,000 d’œufs fécondés; heureusement elle les dépose sur des fonds inégaux , entre les pierres, où une grande partie devient la proie des autres poissons.

La morue est vingt fois plus grande que le hareng et pèse ordinairement de 7 à 10 kilogrammes.

Toutes les nations vont à la pêche de la morue, et les Hollandais, ainsi que les Américains, en font des prises considérables, en sorte que tous. les marchés de l’Europe en sont constamment fournis toute l’année, car la morue est bonne fraîche, sèche et salée.

II est facile de voir que, sans la destruction d’une grande partie des œufs par les autres animaux, et sans la pêche de l’homme, la morue, laissée à son état de progression libre, pourrait à elle seule, en deux ou trois années, remplir tout le bassin de l’Océan pacifique, où elle s’entasserait en forçant l’eau à sortir de son domaine.

414 — Nous citerons une troisième race de poissons : l’esturgeon, beaucoup plus grand que la morue, puisqu’il a

de b à 8 mètres de longueur (i). Il abonde dans presque tous les grands fleuves, ainsi que dans la mer Caspienne et autres. Ce poisson a une chair très-délicate; il est très-lort el capable de tuer un homme d’un seul coup de queue , lorsqu’on le retire de l’eau.

L’esturgeon produit aussi une prodigieuse quantité d’œufs; on en a compté un million et demi dans une petite femelle. Une autre femelle d’esturgeon pondit 119 livres pesant d’œufs, el comme 7 de ces œufs pesaient un grain, le tout pouvait être évalué à 7,653,200 œufs.

Ces œufs sont préparés par les Russes, qui en font un commerce lucratif, et ils en composent le caviar, qui s’expédie sur tous les points du globe.

L’esturgeon donc, comme les autres espèces de poissons, serait capable de remplir, dans l’espace de deux ou trois ans, eu s’y entassant, tous les grands fleuves et la mer Caspienne, si tous les œufs pouvaient éclore sous l’eau.

<15. — Nous nous bornons à mentionner les trois races dont nous venons de parler ; mais tous les autres poissons sont également d’une fécondité prodigieuse (2); et assurément, s’ils n’avaient pas des ennemis qui détruisent tous les ans les neuf dixièmes de chaque espèce, leur multitude accumulée remplacerait l’eau dans tous les bassins des mers.

C’est encore ce qui arriverait si on laissait intacte la race des crustacés, qui, depuis le crabe géant des côtes de la Nouvelle-Hollande, dont les serres sont aussi grosses que le bras d’un homme, jusqu’à la petite écrevisse qui vit dans nos rivières et dans nos étangs, produit une immense quantité d'œufs et a aussi une effrayante fécondité.

(1) l’allas en cite un qui pesait 2,800 livres (4,400 kilogrammes! el qui avait 40 pieds de long (43 mètres).

(2) On a vu des poissons, pesant à peine un quart de kilogramme, contenir 400,000 œufs; une carpe de 10 centimètres de longueur eu avait 262,224; une autre, longue de 45 centimètres, en avait 342,1 44.

On connaît les œufs que les homards, comme les écrevisses, ont sous leur queue; on peut juger par là de leur énergie de reproduction.

Si' l’on considère la matière dont est composée l’écorce de ces animaux, on conviendra que le poids de ces êtres, comparativement petits, est cependant bien fort par ses masses, et que celte race doit donner à la terre, après la mort des individus, une somme de matières dures d’un poids assez notable.

l’huître.

416. — Comme nous l’avons dit, et ainsi qu’on peut l’observer, toutes les races d'animaux paient à la terre le tribut de leurs corps ; mais la mesure et la proportion que nous cherchons à déterminer pour chaque classe d’êtres ne sont naturellement qu’approximatives.

Pour suivre ce travail important, examinons les objets qui sont le plus à la portée de nos yeux. Voyons, par exemple, l’huître, ce petit animal dont Paris consomme un nombre de 70 millions par an, provenant d’un seul petit coin d’une côte maritime (1).

Supposons que ces 70 millions d’huîtres aient pesé 10 millions de kilogrammes ; la poulpe ou l’animal qu’on en a retiré et qu’on a mangé n’a guère pesé en totalité qu’un demi-million de kilogrammes, car les deux écailles ont bien pesé les neuf dixièmes et demi. Qu’a-t-on fait de ces 9 millions et demi de kilogrammes d’écailles? Évidemment, on les a donnés à la terre, en les jetant comme objet inutile.

L’huître peut servir de point de comparaison pour tout autre animal, y compris l’homme, au point de vue du compte courant de chaque individu avec la terre.

( 1 ) En 1853, il s’est consommé ù Paris 70,876,825 huîtres de la Manche, venant de Cancale et de Granville; i, 263, 430 huîtres venant d’Oslende, et 374,400 huîtres vertes de Marennes.

L’huître ne fournit rien île son vivant, ni en transpiration, ni en excrétion ; tout s’amasse autour de son écaille ; mais, à la fin de son existence, elle donne tout ensemble, tandis que les autres animaux ont produit périodiquement; et si on rassemblait tout ce qu’un animal, ou l'homme même, procure journellement à la terre et à l’air, on trouverait que, durant le cours de sa vie (pris en terme moyen), il a donné en poids, tous les trois ans, au moins neuf fois et demie plus que ne pèse son corps au moment de sa mort.

Nous aurons l’occasion, en parlant de l’homme, de dresser sa statistique spéciale; en attendant, l’huître va nous suggérer quelques autres observations.

<17. — L’huître nous donne l’idée de la matière qui a servi aux premiers jours pour la consolidation des pierres, ainsi que nous l’avons souvent indiqué, dans les fusions des coquillages à l'intérieur do la terre.

L’huître nous fournit encore la preuve de la rapidité de l’accroissement des coquillages et des crustacés.

L’huître est hermaphrodite, comme la plupart des fleurs de nos jardins. Le rapprochement des sexes n’est pas nécessaire pour sa reproduction, et une huître produit, chaque année, deux millions d’huitres pareilles à elle-même.

lî n’est besoin, pour s’assurer une grande récolte d’huîtres, que d’en mettre une sur un fond garni de branches d’arbres, ou parsemé de roches ou d’autres coquillages présentant un abri, afin que les huîtres naissantes puissent s’y attacher et grandir. Ce qui est mortel pour les huîtres, c’est le mouvement des vagues, qui balaient, enlèvent et détruisent, à chaque instant, des millions d’enfants.

On peut semer un champ d'huîtres sous l’eau comme on sème le blé sur un sol terrestre, pourvu qu’on ait soin de les garantir contre les vagues.

Avec une si prodigieuse abondance de production, l’huître

a donné à la terre plus de matière pesante que toute autre race de crustacés ; car si nous prepons pour moyenne le chiffre d’huîtres consommées à Paris (qui n’en consomme pourtant que le quart de ce qui s’en consomme à Londres), nous arriverons à calculer que le poids des écailles d’hutlres jetées dans les cinq parties du monde sera de 95,000 milliards de kilogrammes par an.

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