LES INTÉRÊTS RELIGIEUX ET LA CREMATION
« Rien dans nos saintes Ecritures n'autorise à condammer la crémation, » ont dit les pasteurs protestants de la Suisse, de l'Allemagne, et des autres pays appelés à exprimer leur opinion sur ce mode funéraire.
Des déclarations analogues se sont fait entendre au sein du catholicisme. Un prêtre, d'une science supérieure, interrogé par nous, en 1856, nous a répondu par une consultation écrite, dans laquelle sont énumérés tous les arguments qui constatent la complète neutralité imposée à l'église catholique, dans cette question.
Au grand congrès crémationiste de Milan, en avril 1874, un ecclésiastique, dont on ne contestera ni l'autorité, ni la compétence, l'abbé Buccellati, professeur de droit canonique à l'Université de Pavie, soutint la même thèse, en l'appuyant de quinze arguments empruntés à la théologie, au droit canonique, à l'histoire, aux rites, au droit public, aux lois administratives et politiques reconnues par l'Eglise, aux us et coutumes religieux et civils. En définitive, disait le savant professeur: « l'incinération ou crémation des cadavres, ne constitue pas, par elle-même, une opinion que l'on puisse dire hérétique ni entachée d'hérésie. Les théologiens les plus rigoristes pourraient seuls la considérer comme téméraire. »
Le clergé catholique n'a donc point à intervenir dans le règlement de cette grande question. Ce n'est pas à lui, d'ailleurs mais à l'autorité laïque, qu'il appartient de se prononcer sur tel ou tel mode funéraire et sur les avantages ou les inconvénients qu'il peut présenter, au point de vue de la salubrité, de la moralité publique, de l'encombrement et des intérêts des municipalités. Dans cette situation, l'Eglise ne voudra pas se compromettre par une opposition imprudente àl'incinération. Elle suivrale
mouvement ; elle dira ses prières pour le défunt devant le crématorium, comme au bord de la fosse et ne s'affligera point de ce changement autant que certains évêques à l'esprit étroit et certains journaux ultra-catholiques auraient voulu le persuader au public. La réforme funéraire lui promet même des avantages matériels auxquels elle ne se montrera point indifférente, car les beaux budgets jouent, dans ses préoccupations, un rôle toujours croissant. Nous l'en avertissions, dès 1856: « Vous regrettez, — — disions-nous, — les cimetières qu'on vous a enlevés, les sépultures dans les églises et au tour des églises, qui étaient une source de revenus pour vous; eh bien, la crémation vous rendra tout ce que vous avez perdu, et plus que vous n'avez perdu. Les préoccupations hygiéniques ayant disparu, vous pourrez recevoir les urnes dans vos édifices religieux ; vous pourrez en placer une sous chaque pavé, vous pourrez en remplir les cryptes et les combles. La crémation vient donc pour vous, comme pour les autres, les mains pleines de bienfaits. »