‹ La Crète ancienne [microform]Chapitre 18 sur 60 · PALAIS DE CNOSSOS · texte numérisé non relu

PALAIS DE CNOSSOS

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LES PALAIS CUÉÏOIS.

la partie est s'abaisse en terrasses vers le Kaeralos, est presque entièrement formé de débris accumulés par les siècles. On se représente les premiers babitants ficbant dans le sol leurs pauvres cabanes au bord du ruisseau, assez loin de son eraboucbure pour n'être pas surpris par des gens de mer, dans un coin l)ien abrité et fertile (cf. fîg. 2).

La fertilité, on la reconnaît encore aux oliviers et à la vigne qui couvrent les collines, et le sentiment de bien-être, de sécurité et de paix qu'on respire ici, s'accroit encore au premier regard jeté sur les ruines. Cette aire, qui a environ 130 mètres de long" du nord au sud, sur une largeur d'im tiers plus considérable, n'est point environnée de murailles; sur ce sol occupé pendant des milliers d'années, il n'y eut jamais d'enceinte fortifiée. Troie, Tiryntbe, Mycènes, tant d'autres villes furent des acropoles, et on serait tenté de dire, à l'aspect brutal de la porte de Tiryntbe, des repaires de brigands. A Cnosse, la vie royale s'étalait large, facile, opulente. C'est le séjour d'un roi puissant ou d'une dynastie de rois qui n'avaient rien à redouter ni de leurs sujets, ni de leurs voisins : Versailles et non pas Vincennes. Seules les extrémités étaient défendues par des bastions qui protégeaient les entrées, et dès l'abord le visiteur était prévenu que le grand roi n'entendait pas raillerie. Au côté nord du palais, en dehors des constructions principales, six puits profonds, bAtis dans le sol, ne peuvent être que des prisons (cf. pi. II). C'est bien aussi comme des puits que les Hébreux se représentaient les cachots, soit en Egypte, soit à Jérusalem 1).

Une description détaillée et technique du palais serait ici hors de propos. En attendant la publication d'ensemble qu'en fournira sans doute quelque jour M. Evans, on en trouvera les éléments essentiels dans les comptes rendus annuels des campagnes de fouilles successives. Ils ont été groupés par le P. Vincent dans le schéma graphique présenté ici, et il suffira pour notre but de faire ressortir en quel(|ues mots une physionomie générale que complétera l'étude du plan et de l'analyse détaillée qui l'accompagne (voy. pi. I).

Le palais, divisé en deux sections, isolées par une grande cour centrale, comprenait divers corps de logis que déterminaient des cours accessoires, des galeries, des corridors, des niveaux différents du sol. Dans ces corps de logis, en communication plus ou moins immédiate les uns avec les autres, parfois assez indépendants les uns des autres, pouvaient se développer toutes les phases de la vie princière, publique ou privée.

(I) Joseph en prison (Cc/t., vl, 15; \li, 14), Jérémie {Jer,, xxwii, 16).

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LA CRKTK ANCIENNE.

Vl. II

L'accès principal du monumrnt était au nord. On y niiivait par des propylées en pente douce. Nous sommes habitués, dans les constructions modernes, à rencontrer une cour plus large que longue, destinée à mettre en valeur le développement de la farade ou aile principale. Cnossos n'avait à peu près point d'aile principale dans ce sens; aussi la cour éfait-elle plus longue que large. Dans toute la section occidentaie, exception faite pour une faible partie de l'extrémité sud, les pièces du rez-de-chaussée s'appuyaient sur un niveau uniforme* du côté est les bâtiments descendaient en terrasses vers la rivière. Dans la partie ouest, on discerne à première vue deux nouvelles sections séparées par un corridor. Tout A l'ouest, une rangée de dix-huit magasins, beaucoup j^lus longs que larges, <l(mt toutes les entrées donnaient primitivement sur le corridor; le désir de créer des cachettes plus sures, ou des exigences de solidité poui- les constructions supérieures ont entraîné par la suite quelquefs modifications à ce premier dispositif, au bout septentrional de la galerie (1). Dans la plupart de ces magasins, deux rangées de grandes jarres en terre (pit/toi) hautes de plus d'un mètre, et destinées à contenir différentes provisions, des légumes secs et de l'huile. Entre les deux rangées, à intervalles variables, des dalles couvrant des caisses de dimensions diverses, sorte de cachettes pour d'autres provisions, voire pour des trésors sur lesquels les rares vestiges échappés à la ruine et au pillage nous font regretter de n'être pas plus amplement documentés. Dans le sol de la galerie centrale une série de caisses analogues était dissimulée sous le dallage. Quelques-unes, fort heureusement oubliées et perdues de vue depuis la première transformation du palais, ont livré aux fouilleurs d'intéressantes et riches trouvailles. Il ne pénétrait en tout ce quartier d'autre lumière que par les portes aux deux extrémités; aussi avait-on pourvu à l'éclairage au moyen de torches dont les supports ont été retrouvés de place en place entre les grands pMoi qui rangeaient, là encore, les parois du corridor. La façade occidentale, sans aucune ouverture, suivait une ligne brisée avec saillants et rentrants diversement accentués, déterminant des longueui-s inégales pour les magasins, répartis de la sorte en cinq groupes que d'autres détails de structure mettent en relation évidente avec les pièces

(I) Les remaniements sont surtout visiblesdans celte partie. Les ouvertures des magasins étaient, à l'origine, à peu près aussi larges que le réduit lui-môme (l" palais); on les a"notablenient rétrécies par la suite soit pour consolider l'étage supérieur, soit pour augmenter la sécurité (I" étal du second palais); finalement on les a rouvertes toutes grandes pour la plupart (ll« état du second palais). En ce dernier étal les cachettes elles-mêmes, réduites à des caissons beaucoup plus petits qu'à l'origine et peut-être sans fermeture, ne servaient plus, estime M. Evans, qu à recevoir l'huile qui pouvait couler des ptthoL

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d'un étage installé jadis au-dessus. Au delà de ce grand mur se développe à l'ouest une vaste cour dallée, limitée partiellement au nord par les arasements d une construction mal définie encore, et terminée au sud par un portique. Des chaussées en légère saillie et plus soigneusement dallées traversent cette cour, où deux structures quadrangulaires d'un relief beaucoup plus accentué donnent l'impression de bases d'autels. L'un et l'autre de ces autels sont situés dans l'axe central assez exact d'un des groupes de magasins signalés plus haut, et en face d'une sorte d'alcùve dans la muraille; mais tandis que l'un, près de l'angle sud-est de la cour, s'adosse presque au socle de la muraille, l'autre, vers le nord, en est distant de six à sept mètres (cf. pi. IIî) (1).

Par une entrée latérale du corridor qui fait suite au portique méridional de cette cour, nous atteignons le pylône qui couvrait l'entrée du grand corridor séparant les deux sections du corps ouest du palais; ce corridor nous permet de pénétrer, par un unique et étroit passage,' dans la région placée à l'orient des magasins. M. Evans considère la partie centrale de cette section comme spécialement sacrée. Le roi de Cnosse était un roi-prètre. C'est dans ce quartier ouest qu'il accomplissait ses fonctions sacerdotales. Le foyer principal du culte, ce seraient deux salles contiguës, dont l'une a 3 mètres sur V, et l'autre 3 mètres sur 5. Au milieu de chacune de ces pièces s'élève un pilier carré (lig. 3), en blocs quadrangulaires simplement empilés les uns sur les autres. Le signe de la double hache, gravé sur un assez grand nombre de blocs en certaines parties du monument, apparaît ici avec une exceptionnelle fréquence : il est gravé dix-sept fois sur l'un des piliers et treize fois sur l'autre. Peut-être M. Evans a-t-il d'abord insisté trop fortement sur le rapprochement de ces piliers construits avec les bétyles ou les massébôth des Sémites. Les différences sautent aux yeux : les bétyles étaient des pierres brutes monolithes et n'entraient pas dans un système de construction. Les piliers de Cnosse sont biVtis avec des pierres taillées, et de i^etites cavités rectangulaires, nettement visibles à la face supérieure du bloc d'en haut, montrent clairement qu'ils ont du supporter une charpente. Ce ne sont point des pierres levées au sens sémitique du mot. Mais il ne serait pas moins exagéré de ne leur reconnaître à aucun degré une valeur religieuse (2).

(1) Peul-éirc récai t na-t-il d'aulre molifque de laisser une libre circulation par la chaussée reliant Vagora que parait représenter cette cour occidenlale à la cour septentrionale et au IhéAlre.

(2) Nous ne pouvons donc adhérer à lo|»inion de M. Dlssaud, Questions mycéit., p. 13.

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LA CKtTE AMilKNNE.

Leur caractère religieux iie ressort pas seulemmt du fait que le signe de la bipenne y a été gravr à profusion, mais de tout le dispositif de ces petites pièces dont le pilier en question n'occupe pas le centre tellement précis, où Ton peut observer en outre tel détail suggestif comme l'encadrement plus soigné dans le dallage autour de lun et les petits récipients ou godets à libations aménagés de chaque côté de l'autre. Ce caractère est attesté aussi par des analogies assez pré-

Fig. 3. — Cîiossos. Piliers à doubles liachcs; a et fi\ occidental; b, oriental.

cises. Des piliers identi([ues se retrouvent en effet ailleurs avec des accessoires qui ne peuvent guère laisser place au doute sur le rôle à leur attribuer. En voici un, par exemple, dans une pièce inférieure du corps de bAtiment oriental, à l'angle sud-est du palais pi. I, lOV). Cette salle est tellement exiguë qu'un pilier-support s'y conçoit mal à coté de salles notablement plus grandes qui n'en étaient pas pourvues. Au piod de ce pilier est demeuré debout un petit socle tout à fait semblable à celui qui servait d'appui à la hampe d'une double hache (1). En avant de ce groupe une petite chaussée traversait la salle, bordée encore des débris de vases à offrandes : juste de (|uoi compléter

(I) Sarcophage peint tle Ha;;ia. CJ'. infra, lig. 34.

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LES PAKAIS (.KKTOIS n

Hmage d'un petit sanctuaire domestique en ce corps de logis dont iVnsembh^ d'ailleurs, a produit à M. Evans l'impression d'une petite villa indépendante ou d'un chalet royal analogue à la villa beaucoup plus grande et un peu plus éloignée du palais, au nord-est. Là encore se retrouve, au centre d'une étroite pièce contiguë à la basilique royale, un pilier analogue; d'autres ont été signalés en des habitations particulières à Cnossos et à Phylacopi, dans l'Ile de Mélos, le plus souvent en relation évidente avec des emblèmes cultuels ou encore environnés de larges offrandes. En aucun de ces cas do tels supports en pierre n'étaient nécessaires à la solidité de l'édilice. Le pilier en pierres, dans un système de construction où les colonnes sont ordinairement en bois, a quelque chose d'anormal. S'il n'est point le symbole de la divinité, il est spécialement consacré au culte, au moins comme une partie maltresse d'un sanctuaire. Le caractère sacré de tout le quartier central ouest du palais de Cnossos où se Irouvent les piliers en question apparaît encore par la disposition de trois bases d'autel et par la nature des trouvailles en chacune des pièces qui avoisinent les salles aux piliers. Nous avons déjà mentionné deux de ces autels : celui du front occidental est à Tangle de la grande cour de l'ouest; une autre base découverte dans une cour méridionale signale l'autel de la face sud; une troisième^ base d'autel, plus monumentale encore, a été découverte au milieu de la cour centrale, à l'orient du groupe considéré ici comme le sanctuaire du palais. C'est du reste on une des pièces attenantes aux salles à piliers que iM. Evans a trouvé le trésor de la déesse aux serpcMits. En ce système la salle que les explorateurs ont nommée « salle du trône » prend une importance plus caractéristique par ce fait qu'elle occupe le côté nord du sanctuaire, le seul où n'ait été trouvé aucun autel. C'est bien une salle du troue : le trône y est (encore (fig. V), avec des bancs de gypse le long des parois richement stuquées. Mais la salle est exiguë, et le trône est placé en face d'une baignoire évidée dans le sol, séparée seulement de la salle par une balustrade à

colonnes. Ne peut-on pas y voir la salle du bain royal sous son aspect rituel de bain sacerdotal? Le bain avant les sacriiices était de rigueur chez les Assyriens et chez les Israélites. Le prêtre égyptien

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(I) Sarcophage |»einl do lla^ia. (I. //«/>«. li^. ;{i.

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était par cxcdlence un homme qui se lave. I^e roi-piùtre de Cuosse, après le bain, pouvait revêtir les ornements spéciaux du sacerdoce et s'asseoir sur ce trône pendant qu'on complétait son ajustement et qu on le parait de son diadème ;l fleurs de lis et à plumes de paon (1). Nous acceptons volontiers l'attribution proposée par M. Evans de cette partie moyenne de l'aile occidentale aux fonctions relit; ieuses. Mais il a très bien fait observer aussi (ju'il ne faudrait pas chercher dans le palais de Cnossos la division sèniiti([ue en quartier des femmes ou harem, absolument dissimulé au public, et quartier où le roi reçoit et tient sa cour. Les femmes Cretoises ne paraissent pas avoir été d'humeur à se laisser cloîtrer. Si (juelques pièces de la section orientale leur étaient, ainsi qu'on va le voir, spécialement afl'ectées et si la vie domestique se déroulait phitot en celte région, elle n'y était cependant pas «exclusivement conlinée. Il ressort en elfet de multiples détails découverts que les femmes occupaient une large partie du quartier situé au nord de la salle <lu trône. D'autre part l'aile orientale était dans une ample mesure aussi destinée aux réceptions «>niciellcs, à en juger par l'apparence des appartements. La pièce principale, nommée « salle de la double hache », parce que ce symbole y parait plus fréquemment qu'ailleui's, était manifestement aménagée pour donner des audiences. Elle est divisée en plusieui'S parties, comme si l'accès auprès du monarque devait être gradué. Dans le fond, à l'occident, un puits de lumière, avec deux colonnes en péristyle k l'orient pour laisser pénétrer largement la lumière dans une salle presque carrée, séparée d'une autre pièce de même dimension par quelque cloison mobile dont il ne reste que le soubassement en léger relief sur le dallage, et l'arasement des jambages de quatre doubles portes. Les vantaux de ces portes ouvertes se logeaient très (exactement dans la cavité de l'huisserie en bois superposée à ces socles de pierre, de sorte que, les cloisons enlevé(»s et les portes ouvertes, les deux pièces fussent unies en uHi» vasti* salle où les cadres des portes avaient l'apparence de minces piliers qui ne gênaient pas très notablement la perspective. Même dispositif reproduit à l'extrémité orientale de cette première salle annexe, et partiellement au sud, où se développait encore un large portique à colonnes ouvert sur une ample terrasse qu'un escalier uionumental faisait communiquer avec les pentes inférieures du coteau et les jardins en bordure sur la rivière. Du fond de la salle aux grandes colonnes où se tenait apparemment le roi, la perspective était donc indétinie quand on ouvrait raccès des

(1) Tel que le représente une fresque du musée de Candie, restaurée par M. Gilliéron.

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