‹ La Crète ancienne [microform]Chapitre 19 sur 60 · LES PALAIS CRETOIS · texte numérisé non relu

LES PALAIS CRETOIS

portes; mais le monarque était, dès qu'il le désirait, séparé du public par une double clôture. Un corridor étroit, coudé deux fois sur son parcours pour mieux intercepter les regards indiscrets, conduisait de la « salle de la double hacht* „ à la chambre dite de « la reine », où une petite baignoire en terre cuite pouvait être destinée à l'enfant royal; à l'ouest, au contraire, un grand hall à coloimes autour d'un l)uits de lumière était le point de rencontre des principales artères de communication entre le grand escalier conduisant de ces terrasses inférieures A la cour centrale et les diverses sections de cette aile ori<'ntale (1). Derrière la « chambre de la reine » à l'ouest, un petit réduit désigné sur le plan de M. Evans par les initiales IV, C, Un système très perfectionné de canaux servait à la fois dégoût et à l'écoulement des eaux pluviales.

Les grands appartements étaient flanqués au nord d'ime très large installation pour presser les olives ou les raisins, d(^ magasins pour l'huile ou le vin conservés en d'énormes pil/ioi dont quelques-uns étaient assez intacts pour qu'on ait pu les restaurer en entier : jaires immenses, hautes de plus de deux mètres avec une panse à l'avenanl. D'autres magasins, des ateliers divers, une école peut-être, se dével(q)paient plus ou moins régulièrement sur les terrasses étagées de cet angle nord-est, tandis qu'au sud du quartier domestique s'élevaient quelques autres édifices, mal définis encore ou incomplètement raccordés en l'état actuel des fouilles, et une petite chapelle privée que nous aurons à décrire à propos de la religion.

^ 11 faut bien le dire, aucune des pièces qui viennent d'être signalées n'a un caractère vraiment monumental; elles sont trop exigués, môme les plus grandes, et surtout trop basses. Mais aussi devons-nous ne pas perdre de vue que nous sommes partout au rez-de-chaussée. 11 y avait certainement un premier étage, un second peut-être même, en certains endroits du moins, comme au-dessus de « la salle de la double hache », à en juger par l'indice précis fourni par les vestiges supérieurs du grand escalier auquel il a été fait allusion plus haut. Uuant aux indices déjà relevés d'un premier étage, ils seraient suffisants pour permettre une esquisse générale de plan à superposer au plan du rez-de-chaussée. (;es indices consistent d'une part dans la répartition de certaines murailles plus épaisses ou de contreforts symétri(|ues dans le plan inférieur; d'autre part et surtout dans les débris de pavements retrouvés en place sur la crête des nmrailles ruinées.

(1) Ce hall nous a été désigné, je ne sais pourquoi, par un gardien des ruines commv la <« s'ille i\ nianser » : dêsi-nalion qui lu' m'a pas frappé si elle est enq.loyée ilans les comptes reudus de M. Evans.

LA CRKTE ANCIENNh:.

Il y a môme ici ou là quelque Jjase de colonne, jam)3age de porte ou seuil et jusqu'à des fragments de stucs et de fresques demeurés par fortune en leur situation primitive pour indiquer même la repartition intérieure de ces pièces. Tel est le cas, au moins en grande partie, pour trois mégarons installés sur les magasins occidentaux 1*-V*, r>*-iO*, 11*-1G* — ce dernier communiquant peut-être par une rampe en plan incliné avec le théâtre, — aussi pour un mégaron spacieux au-dessus du sanctuaire avec escalier d'accès dans la cour de l'autel méridional, tandis qu'un autre mégaron transversal, établi sur les salles qui isolent le sanctuaire proprement dit de la « salle du trône », avait son entrée monumentale sur la cour intérieure par un grand escalier en partie conservé (fig. 5). De cette pièce doit provenir l'admirable lambeau de stuc peint recueilli dans les éboulis inférieurs et décrit par M. Evans sous le titre de « fresque du bijou »

jcwel-fresco. Aucun appartement ne parait avoir surmonté la « salle du nuiptrrferé trouc » ct Ics Indiccs cisscz /o^ Je^ iniu,^ ^f^'.'. précis font défaut pour

Kig. S. — Palais de Cnossos. Plan de l'ôtagi» au-dessus du reconstituer TétaffC SUsanctnaire. D'après fiSi4, VII. Jig. 8. A, haU de la '* Iresque ' .* . l i*

du hijou "; », mégaron avec chaiiibres latérales. perieur (lu quartier Sep-

tentrional, quoique bien attesté en particulier par les fameuses fresques-miniatures représentant des foules ou des scènes de la vie de cour. iMais les mégarons supérieurs les plus vastes et les plus clairement établis sont dans la section orientale. Il suffira d'en signaler deux qui ouvraient de plain-pied au niveau de la cour centrale et se développaient d'ouest en est de chaque coté d'un grand corridor transversal sur une longueur de quarante mètres et une largeur de quinze en chiffres ronds au-dessus du pressoir et de ses caves, au nord du corridor et au-dessus des grands halls royaux décrits tout à l'heure (voy. pi. IV). C'est du reste moyennant l'exis-

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tence de cet étage qu'on saisit le mieux l'idée génératrice de l'ordonnance du palais : vaste rectangle divisé en deux grandes ailes par les entrées à long couloir, au nord et au sud, et par la cour intérieure, chaque aile étant elle-même sectionnée en quartiers sensiblement égaux par le grand corridor rectiligne dej'aile orientale et par le corridor un peu coudé à son extrémité occidentale oui longe au sud le sanctuaire aux deux piliers. M. Evans a pu comparer, non sans à propos, cette répartition à celle du camp romain des temps bien ultérieurs avec ses deux grandes voies documanus et cardo se coupant à angle droit et le logis prétorien dans la section orientale. Mais il faut laisser aux techniciens de faire leurs délices dans l'examen plus précis de cette intéressante disposition architecturale, pour retenir seulement ici l'existence, dans le palais de Cnossos, de salles plus vastes, plus élevées, mieux aérées et surtout plus éclairées que l'ensemble des pièces de rez-de-chaussée précédemment décrites. C'est là que devaient se trouver les appartements particuliers, éloignés du contact du public.

Nous avons déjà eu l'occasion de dire (lue Fig. g. — Type du mégaron le problème de l'éclairage, pour le rez-de- ""•''"'"" '" '''"'"• chaussée, était résolu par des puits de lumière. C'est ici une difl'ércnce très notable entre la salle Cretoise et la salle mycénienne, que l'on a coutume de nommer le />i^'i/a/'o/î, d'après Homère (fig. 6). A Tirynthe et à Mycènes, le centre du mégaron est occupé par le foyer. C'est auprès du foyer qu'on recevait les hôtes, la rigueur du climat en hiver exigeant du feu. 11 fallait bien que la fumée sortit et cependant on ne peut supposer que le foyer fût à ciel ouvert. On avait donc imaginé au-dessus du foyer mycénien une sorte de lanterne dont les faces, élevées au-dessus du toit de la chambre, prenaient le jour de tous côtés.

En Crète, point de foyer dans les mégarons, et on tient à avoir un étage, sinon deux. De là ces puits de lumière, qui flanquent les salles principales. L'eau de pluie y pénètre aux jours d'hiver, mais ils sont bâtis en calcaire plus résistant et le sol est pavé de grandes dalles ou muni d'un ciment inaltérable qui conduit les eaux à leurs canaux. Sauf ces puits de lumière, les salles étaient couvertes par des plafonds en bois, qu'il était facile d'ouvrager artistement ou que recouvraient d'élégantes incrustations dont on a recueilli' les

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vestiges en divers points, à la « salle du trône » en particulier. Ces plafonds en bois permettaient de couvrir, sans supports intermédiaires, des espaces assez étendus.

La colonne était donc surtout un ornement. Elle était en bois, et des fragments de fresques font connaître sa forme. Semblabl(> à celle des Mycéniens, elle s'évase par en haut et se termine par deux bourrelets dont l'un fait pressentir lechine de la colonne dorique. Dessinant des portiques, en Ijordure autour des puits de lumière, ou placés sur les balustrades des escaliers pour en soutenir les paliers et les rampes, ces éléganls supports préludaient à la noble ordonnance des temples.

Fig. 7. — Cnossos. Fa. ade occidcnlalc «lu palais. Vue prise du porli(iue sud-oucsl.

Les murs n'ont pas été construits suivant les mêmes procédés ni avec le môme soin aux diverses périodes de remaniements dans le palais. Ils offrent toutefois, semble-t-il, (pielques traits communs. Dans les fa<,*ades principales ils sont établis sur une fondation lare-e formant plinthe à la base de la muraille [fvj:. 7). Dans les parties inférieures superposées à cette plinthe, l'appareil, en beaux blocs de gypse ou de calcaire à grain lin, est déjà quelque peu vconomiqur; on appareille seulement deux parements, interne et externe, en blocs reliés par des traverses de bois; l'intervalle est rempli avec du blocage ^ig. H). A partir d'une hauteur de (iuel([ues assises seulement le mur entier pst

fait de blocage soutenu par une armature en bois et des stucs très résistants couvrent les parois. En tout l'intérieur et sur plus d'un point même à l'extérieur ces stucs sont peints à la fresque en sujets variés, depuis les marbrures en style presque moderne dans le bas des murs jusqu'aux plus élégantes miniatures de genre. Le bois, on Ta vu déjà, était largement employé pour les chaînages dans la construction, pour les supports, colonnes et architraves, dans l'huisserie des ouvertures, parfois aux antes des murs. Dans les cours le sol est dallé en grands blocs de gypse ajustés avec soin ou en pièces inégales quand ce dallage devait disparaître sous une couche de ciment

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Kipr. S. — Prorôdô de «'onslrnollon ;i ('nossos : Idooagc entre deux parements reli.'s par des traverses de l><»is lix(*es dans les mortaises.

coloré. Ce dernier procédé paraît avoir été le plus usuel dans les inférieurs, où Ton n'avait guère dallé solidement <ai enduit de ciment laissé à sa teinte nalurelle, que le sol des prises d'air et de jour désignées par le terme de « puits de lumière ».

Ainsi, comme caractère à retenir de cette rapide vue générale du palais de Cnossos, rien n'est très grand, ni très majestueux; mais tout est <irdonné pour une large aisance.

On ne .s'est point préoccupé d'éblouir les regards, pourvoyant au contraire avec un souci minutieux à ce que rien ne manquât. Le palais étonne moins par l'ensemble grandiose* que par les détails. C'éiait la demeure de rois puissants, qui voulaient avoir sous la main tous les éléments d'une existence fastueuse et facile. On h^ur assurait même les plaisirs du théâtre. En dehors du palais, vers le nord-ouesf, deux larges escaliers se coupent de manière à former les deux côtés d'un

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LES PALAIS CliimuS.

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fait de blocage soutenu par une armature en bois et des stucs très résistants couvrent les [jarois. En tout l'intérieur et sur plus d'un point même à l'extérieur ces stucs sont peints à la fresque on sujets variés, depuis les marbrures en style prescpie moderne dans le bas des murs juscpi'aux plus élégantes miniatures de genre. Le bois, on Ta vu déjà, était largement enqiloyé pour les chaînages dans la construrtion, pour les suppoits. colonnes et architiaves. dans Thuisserie d<*s ouveiiures. parfois aux antes des murs. Dans les cours le sol est dallé' «'Il urands bloes de ,i:y|)se ajustés av(H- soin ou en pièces inégales (piand ce dallage devait disjjaraitre sous une couche de ciment

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Ainsi, comme caractère à leti'uir d(î cette rapide vue générale du palais (h* (Inossos, rien n'est très grand, ni très majestueux; mais tout (»st ordonné pour une lar.i;e aisanee.

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LA CRKTE ANCIENNE.

rectangle. La même disposition a été reconnue h Phaestos. On croit que ce sont des estrades, qui, à Cnosse, en y comprenant une ^tjalerio, pouvaient contenir quatre à cinq cents spectateurs. C'était donc tout au plus un théâtre de cour. L'espace pavé qui formait Tarène ou Torchestre est trop peu considérable pour qu'on puisse supposer qu'il ait servi à des courses de taureau. C'était un des plaisirs favoris des Cretois, mais ils connaissaient aussi le pugilat. Des scènes de pugilat pouvaient donc former le spectacle. Probablement aussi on y dansait. Une fresque en miniature met en scène des femmes brillamment parées qui dansent devant des hommes. M. Evans a rappelé fort à propos que Dédale, le consiructeur du Labyrinthe, avait aussi façonné un chceur pour Ariane aux beaux cheveux, dans la large Cnosse (1), et il a donné à une caravane scientifique, conduite par M. Doerpfeld, le spectacle d'un d(» ces clueurs — représenté par les danses de la jeunesse Cretoise de nos joui's.

Le roi avait son théâtre; il avait aussi sa villa, située à deux cents mètres environ au nord-est du palais, presque sur hvs bords du Kaeratos, où il était le plus aisé de planter des jardins. De l'entrée extérieure, sur la pente :lu coteau, on accédait à la villa par un e.scalier à double rampe, qui descendait au rez-de-chaussée ou montait à l'étage. La salle principale d'en bas, remarquablement bien conservée, est peut-être celle (jui se transforme le plus aisément par l'imagination en cadre de la vie anti((ue. Qu'on se représente b» roi, assis sur son tronc en une niche aménagée en partie dans le mur du fond. Il est seul sur une estrade, séparé de la salh^ par une balustrade ornée de colonnes. Il est en pleine lumière, car le jour tombe d'en haut obliquement sur le dais d'où il domine (3). Un chandelier en gypse est disposé au pied du trône pour l'éclairer pendant la nuit. Après la balustrade, le mégaron s'ouvre, divisé au milieu par une cloison mobile et des portes qui en feront ù volonté âvux pièces ou une seule. Tout à fait en avant, deux colonnes, et un autre puits de lumière, celui-là ouvert par en haut. La salle entière n'a que 11"',:>{) de long et V'jriS de large.

M. Evans est tenté de la nommer la « basilique ». N'y trouve-t-an pas le tribunal, avec ses cancclli et son rxcilra, tel qu'il a servi d'abord au magistrat, ensuite àl'évéque.^

Rien de religieux toutefois en celte salle : un tel caractère était

(1) //., XVni, 591 s. ... olôv 7C0T* èvl K,tônG^ eOpîi'rj

AatoocXo; ri<Txr,<T£v xa».iu>,oy.«(Aw 'Apiiovy;.

(2) A la différence des autres, ce puits de lumière a ies murs plaques de gypse, un i-avé ordinaire et pas de tlrainage. W était donc couvert par en haut.

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