I;ART CRETOIS
maintenant bien connues. Nulle part elh^s ne nous ont révélé ce travail lent et sur qui marque les étapes d'un peuple vere le progrès. C'est tout à coup, comme par enchantement, sur un sol presque vierge que se seraient produites ces merveilles! C'est là un phénomène inouï, (]uc les dons extraordinaires de la race ne peuvent expliquer. La seule (explication raisonnable, c'est que ces chefs-d'œuvre sont venus d'ailleurs. Or d'où pouvaient-ils venir, si ce n'est de l'Orient? Et qui a pu les apporter si ce n'est les Phéniciens? C'est sous l'excitatirm de cet art étranger que les Grecs se sont essayés, eux aussi, à travailler la pierre et les métaux. Nous connaissions déjà une intluence phénicienne du x* au viii« siècle, il faut en supposer une autre deux mille ans avant Jésus-Christ.
Tout ce mirage oriental, comme l'appelle M. Salomon Keinach, s'est évanoui devant les découvertes de Crète. Nous connaissons maintenant le lieu oii s'est élaboré l'art mycénien, ses humbles commencements, son efflorescence et son acmi^ dans les palais crétois. Peutêtre cependant resle-t-il quelque chose de l'argumentation de M. Helbig. Parmi les objets trouvés à Mycènes (1), « dans tous ceux dont l'origine péloponnésienne est certaine, on reconnaît l'effort des artistes qui tâchent de reproduire des sujets dont ils ont les modèles sous les yeux et qui luttent contre la maladresse de leui^ mains et de leurs outils. Les chefs-d'œuvre de l'orfèvrerie^ au contraire, révèlent une silreté de main et une expéiûence technique (jui présupposent une longue tradition ».
Si cette distinction est fondée, — et nous ne sauiûons nous faire juge de cette question, — il faudra conclure que les poignards et quelques sceaux d'or de Mycènes ainsi que les gobelets de Vaphio ont été importés au Péloponnèse. Mais au lieu de les faire venir de Phénicie, on n'hésitera pas à désigner, au musée de Candie, des chefsd'œuvre d'un art semblable, — sauf pour les poignards cjui n'ont pas encore d'équivalent. Et si Ton trouvait en Phénicie quelque chose d'analogue — quoique très inférieur — il faudrait simplement conclure avec M. Helbig, mais en prenant « mycénien» dans son vrai sens, non comme une ironie (2) : « Les artistes phéniciens de cette époque (3) s'occupaient peu de la nature ; ils employaient généraleme^nt des types fournis par des modèles égyptiens ou assyriens et les coordonnaient d'une fac;on plus ou moins mécanique. Certains indic<'S attestent pourtant qu(» leur art se rattachait au « mycénien ». — Que les Phéniciens
(3) Le vii« s. av. J.-C.
LA CRKTE AiNCIENiNE.
mirs cordes. Mais ce qu ils ont pratiqué au moment ,1e leur plus graode expaus.on, ils le tenaient d'une longue habitude. Au temp d el-Amarna, quand la Crète ne pro.luisait plus de cLefs-rJu T
seTu ::Zr '"r "^*"= """'^ «^"•••'' Petits'oitelets can en" qui <^ querellent sous le .sceptre débonnaire dAménophis IV. Leur attri-
tlZueTrr" '""^'T '^ '' '"•'^ '' "- •'"»-*« civilisl io. a t^tique serait une pure hypothèse, contredite, du n.oins en ce «ui concerne l'art, par le génie même de la race *
evèrc. Il a prononce : c est du « naturalisme prématuré » Os ar- .stes avaient des prétentions qui dépassaient 1 urcompéten e s ne
um'in r T' '''"'T'^ »'""'• ^*^'^''^'^^"»- -rrectement 1 ; or".
■uma n, combien moins dans la longue dune action qui fait jouer
tous les muselés! On a noté des fautes de dessin! - Il se iZv
roil™io i^tl r? " •'"'*' '^'^ '" "'• '°^*''"="^'' «^ •""-''.
.mrait pour cette chère inspiratrice de lait Et qnand donc les Phéniciens ont-ils été tentés d'entrepremlre cotte
tes ho:;nrer "" ' °''""' ''^ " ''' ^"•'•^'•'^ »"'°"-^ <!<•"- vainc ,1 n.ar land^^^^^ consentaient à p.-yer de produits fabriqués les
niarcl and ses qu ils ne pouvaient enlever par le pillaffe - v coin pns et surtout les femmes et les enfants - ne paraisseut^pas a^^ir t é ja ums tourmentés de scrupules artistiques. Après ta^t du. /es on ne sait couunent caractériser leur manière propre au.remnU mè
ic SI} le Cretois, c est un style. '
CFfAPITRE H
LA RELIGION
On a cIpJA I)eaucoui) raisoiiu*^, et à porto de vuo, sur la rolii^ion Cretoise. Il importe tout d'abord de recoiniaître les faits esseiiiïels, tels qu'ils résultent des fouilles.
Nous les rangerons sous (pickpies rubriques : lieux de culte, sacrifices, re|)roscnta(ions de la divinité, symboles, idées sur la divinité, les morts. '
LKS LIKrX I)K CILTK.
a) Cavernes.
Lorsqu'il s'agit d'un lieu de culte primitif, on soni>e aussitôt aux cavernes. N'est-ce pas la première habitation de l'homme? n a-t-il pas toujours logé les dieux un peu comme il se logeait? En fait cependant les cavernes sacrées connues de la Crète ne remontent pas à la plus haute époque. La plus célèbre dans l'antiquité classique était celle de l'Ida. Elle a été fouillée la première (1) et son identilication ost d'autant moins douteuse qu'on y a trouvé une inscription grecque au Zeus de l'Ida (2). Les objets contenus dans cette grotte ont montré que le culte y avait été relativement récent. Ils appartiennent à l^époque grecque géométrique, et portent la trace incontestable de l'influence de l'art oriental, c'est-à-dire assyrien dans sa vulgarisation phénicienne. Ceux qui ont rendu là un culte à Zeus étaient donc des Doriens; à cette époque, au x'' siècle avant J.-C, l'île était hellénisée, et peut-être a-ton voulu, en créant ce sanctuaire, détourner l'attention d'un autre lieu sacré plus ancien, demeuré en honneur parmi les indigènes.
Cet autre sanctuaire était la grotte de Dicté (3). Elle était bien
(1) Anliehità delV untro iH Zeus ideo, par MM. Halbherr et Orsi dans Mnaeo dl ant, class., H, 3.
(2) Aujourd'hui au musée de Candie; elle débute par les mots AIIAAL...
(3) CI. The Dictaean Cave, dans BSA, t. VI, p. UI-llG, par D. G. Hogartli.
LA CHKTE ANCIKNNK.
connue des Grecs et <Ies Komains. Cest là que Zeus avait passé son enrance. Hésiode raconte comment Khéa porta son enfant nouveau-né •à Lytlos et de là dans une grotte du mont Aigawn 1 1 ). Ce ne peut être que la grotte de Dicté, souvent citée dans l'antiquité (2). Chaque grotte, celle de l'Ida et celle de Dicté, avait donc ses prétentions Par un procédé familier aux voyageurs en .,uête de topographie sacrée, Diodore (:j) suppose que Zeus, caché dabord à Dicté, a été ensuite eleve par les Curetés dans la grotte de l'Ida. C'est une conciliation pour accorder deux traditions divergentes. Mais le cham;cment de sanctuaire, qui est certain, n'implique pas nécessairement que la tradition se soit transportée dans le même sens, de Dicté à l'Ida On pourrait concevoir un mouvement inverse. Il ne serait pas impossible en effet que les Crées aient attribué A la grotte plus ancienne la tradition sacrée ((spi, Xi.-.,-! «le la seconde, d'autant que les anciens n avaient plus du tout conscience de l'antériorité de la grotte de Dicté. La grotte de Dicté, elle aussi, a été reconnue avec certitude mv les explorateurs modernes. Découverte dès 1883 par des paysans et visitée par phu^ieurs savants, elle a élé fouillée systémati(,uement'en 1H!»9 par M. llogarth (4). Le site est à «pielquc 200 mètres au-dessus du village de Psychro. sur les monts Lassilhi, non loin des ruines (10 Lvttos.
L'autre est double fig. 23 . On pénètre par l'est dans une première cavité, longue d environ 19 mètres sur H mètres de lar^-e. Au sud de cette grotte un passage assez escarpé cn.luit à une second.- grotte occupée en partie par «n bassin d'eau, et garnie de stalactites. Il est tout naturel .le penscu- que l'eau s'est successivement retirée des par les hautes .1.- la grotte supérieure, tout en demeurant dans 1h gr..tte inférieure. A une époque tr.'s ancienne, .seule la r.-,verne supérieure pouvait être occupée, et peut-être seuh-ment en partie. Les obj..ts recueillis dans chaque en.lroit .s'accordent avec ces prévisi.,ns qu.u.,ue la grotte supérieure ait été seul.- fouillée systématiquem..n(! Dans 1 angle nord-ouest, le plus élevé, on a reconnu la bas.- d'un autel, en pierres grossières; un .lébris de stuc trouvé pr.'s.le là a fait
(I) Theog., v. i::.
. lu.. .... An,. «„«,. J,, «, ; A.AT :,.KS .1. l,al.,lo„.., ,|«n. Amn,,e. I.V '., .•. A .o, on"
M.i;.^;:i'r:; ;'; """""' '-' """"' ''"""•^- ^ ^'"■"'■•- ««^ «--^ ru, .»::;::;;:;
(3) Dioi»., V, 70.
\.k RKLir.lON.
conjecturer que Tautel était stuqué (1). Ce serait assez étrange, les pierres de l'autel étant grossières et juxtaposées sans aucun lien. Le stuc élait peut-être adhérent aux parois voisines. Tout autour, des couches de cendres et de matières carbonisées sont mêlées à des strates
Terrasse
""«•«.iv. •<•«•*'
Fig. 43. — Plan (le la caverno de niilc^. D'afu^s USA. VI, pi. «, lace p. îK».
de poteric^s et d'os d'tanimaux. Dans les couches inférieures, beaucoup de cette poterie si caractéristique dite de u Kamarès )),qui répond au mlildlo Mhioan de M. Evans, et de petites tables à libations avec godets. A l'est de cet autel, un mur assez épais dessinait comme une
(1) Le « peiil-tHre » île M. (logarlli (/j.s 1. VF, 99) est devenu une aftirniation dans M. Karo, Altkrelische hulfshiltcii {\rchir fur Relif/innsniss., Vlï, |). 120.
I \ <:rkte ancienne. 4