I/AUT CRETOIS
Jésus-Christ, n eurent pas moins de vogue dans le bassin oriental de la Méditerranée» que les vases attiques au v* siècle (1).
C'est là encore un singulier trait de ressemblance entre l'ancienne Crète et la (;rèce, qu'il importait de relever, tandis que nous ne pouvons que nommer les industries relatives au travail des métaux ou de l'ivoire, et la fabrication de la porcelaine (2).
Nous avons parlé de l'unité de l'art en Crète. 11 faut faire un pas de plus. Cet art crétois, à sa dernière période, se confond presque avec l'art mycénien. Or on sait que ce nom de mycénien, justifié par l'éclat des trésors de Mycènes, n'était qu'une dénomination trop étroite. C'est aussi en Laconie et en Béotie, c'est dans les Cyclades, et même à Troie, qu'on a trouvé les vestiges de cet art. On lui assignait une aire plus étendue en le nommant égéen. On pourrait le nommer crétois. Les découvertes de Crète ont fait ici pleine lumière et dissipé un point demeuré obscur, celui des origines de l'art mycénien. ^
Assurément ce que l'on connaissait déjà suffisait à attester IVxistenee en (;rèce, au xv^ siècle avant J.-C, d'un art original qui ne devait presque rien à l'Ég-ypte ni à l'Assyrie, non plus qu'à la Phénicic.
L'artiste égyptien, disait M. Perrot (3), « élimine le détail qui peut amuser l'œil, mais qui ne concourt pas à la définition de l'être; il arrive ainsi à résumer et comme à abréger la nature. Ici, c'est autre chose; la forme semble avoir été regardée de plus près, d'assez près pour que fussent perçues jusqu'aux moindres inflexions des lignes qui terminent les corps. Elle est donc plus étoffée que dans les ouvrages de la plastique égyptienne, et, en même temps, les muscles, les os et leurs articulations, les plis de la chair et les l)a(|ucts de poils y sont marqués moins durement, les accents n'y sont pas mis avec la môme raideur que dans les bas-reliefs chaldéoassyriens ». M. Perrot constatait encore que ce n'est pas non plus
(1) Celte rapide diffusion des vases attiques aide à comprendre celle des vases crétois. Au délnit du x-^^ siècle, la poterie de lAltique supplanle celle de Corinihe, de l'Euhée. de Cyrène et de rionie dans toutle monde connu de ce temps, Grèce, îles égèennes, Cvrénaùiue, Egypte, Asie Mineure, Crimée, et surtout Italie et Sicile ; cf. The dislrihntion of Atlic vases, par li. M. A. Hichter. dans /isA, XI, p. '.>2i-'H2.
(•>) C'est surtout ici que l'emprunt fait à lÉgypleesl sensible,- encore sagit-il seulement du procédé, non de lart. t)'ailleurs les Grecs aussi iront, et semble-t-il, deux fois, apprendre en Kgypte à faliri(|uer la faïence : une |>remière fois à Naucratis, au vir siècle av. J.-C., ensuite à l'époque hellénisti<|ue; cf. HELnir., sur la qucslionmycciùeane, dans les Mémoires de l Académie des iHScriplioHs cf n.-L., t. XXXV, p. .{00 s.
(3) Histoire de l'art dans l'antiquité; t. VI, La Grèce primitive, l'art mycénien, p. 871,
I A i;i;i:tk wciknm:.
rauliouiien, imiisiniiir, rashional»l<'... u An preiiiier nm|» il'u'il, dit -M. Kvans, nous reronnaissons dos dames de la Cour m toilette soignée: elles soitnit des mains du eoilleiiiv | i. „
Et ee goût si vif de la nature, ce don dr l'observation directe, cette sûreté de la main qui ri\r d'un trait l'expression propre ;i
clia<|ue èti'c, se retrouvent dans limitation des animaux ri dvs planirs. Sur une IVes- <|ue de lla.i;ia Triada on n'aperçoit d'aliord <jur des plantes iiiimpanti's, puis une tèle de chat apparaît, cachée dans la veiduie ; m suivant son rei;ard on rencontre l'oiseau insouciant (pi'il i;uet- \r -2],
Nous avons déjà |»aih' (\r la eéramitpu', dont h's transformalions caractérisrnt 1rs dillérents Tiiics de la eullure dite minoenne.
Ilien de plus simple ^/Z ' ' eonunr ornemrniation
que ers lis (pu s élèvent le luni: d'un vase, ou ers poid[)es qui semblent rélreindn' de leurs tentacules, ou ers sj»iralrs, ou res rosettes, ou ces erocus si ehers aux artistes erétois. Mais la fornu' du v.isi» et sa décoration tonnent un rnsemide si rx(juis (pion devra deseendrr jusqu'au tenn)S d<»s lécythes hl.ines d'Alhènes pour voir rirn d'.jussi pîirfait. Kncore l)ourrait-on soutenir ipu» rornementation par [)etits tahiraux des vases attKpies est UHÛns coniiaturellr à la céramitpie. Le succès d'ailleurs l'ut le mùmr, tt 1rs vases de Crète, cjuinzc cents ans avant
M //S I. VI. p. i7; ri. li-. ■»•'. ? I II siijrl ;.nalt»^iM' roisraii rsl un r\-;nr tliiiis un Ira^iiiriil |.iil»lir |uii .M. ( |, rinonl-C.iinncau dans son ailjinn — inallieureustinenl inailn-vr, — |»lanclie V : Ci/nttatf/ur.
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rne dciMOisflle «Ir la roiir. Kn sipic t\v r.iMis>os. D'iipns /.'SI. \M. li^', 17.
i/Ai;i r.ntruis.
Jésus-Clirist, iieureid pas moins de vo-ue dans le bassin oriental de la Méditerranée (pie les vases atti(|ues au v' si('cle il).
C'est là encore un singulier trait de ressemblance entre l'ancienne Crète et la (irèce, (ju'il inq)ortait de relever, tandis tpie nous nr pouvons que nommer les industries relatives au travail des métaux ou de l'ivoire, et la fabrication de la porcelaine (2).
Nous avons parlé de Tunité de l'art en Crète, il faut faire un pas de plus. Cet art crëtois, à sa dernière période, se confond presque avec lart mycénien. Or on sait que ce nom de mycénien, jnsfitié par l'éclat des tiésors de My(VMies, n'était qu'une dénomination tnq) étroite. C'est aussi en Laconie et en Héotie, cVst dans les Cyclcacles, et même à Troie, qu'on a trouvé les vestit^es de cet art. On lui assi-nait une aire |dus étendue en le nommant (''i;éen. On pcmrrait le nommer erétois. Les découvertes de Crètr ont fait ici pleine lumière et dissipé un point demeuré obscur, celui desorii^ines de l'art njvcénien. #
Assurément ce que l'on connaissait déjà suffisait à atlt^^ster l'existenre en Cri'ce, au w" siècle avant J.-C. (Vun art orignal qui ne devait presque rien à l'K-ypte ni à l'Assyrie, non plus cpià la Phénicie.
L'artiste é-ypticMi, disait .M. l>errot (3), « élimine le détail (pii peut amuser l'o'il, mais (pu* ne concourt pas à la définition de l'être; il arrive ainsi à résumer et comme à abréi-er la nature, ici. c'est autre clujse; la forme semble avoir été regardée de plus près, d'assez près pour que fussent perçues jusqu'aux moindres inflexions des li-nes qui terminent les corps. Klle est donc plus étollee que dans les ouvrai^es de la plastique é-yptienne, et, en même temps, les muscles, les os et leurs articulations, les i)lis de la chair et l(»s pa(pi(»ts de poils y sont marqués moins durement, h-s accents n'y sont pas mis avec la ménui rai<leur que dans les bas-reliefs chaldéoassyriens ». M. Pcrrot constatait encore ([ue ce n'est pas non plus
(1) Celle ra|.ide diffusion des \ases alliques aide à (oiiii.n'n.in' celle des vases crêlois. Au drlMil du \ sircle. la polerir de I AHi(|ue supplanle n«lle deCorinlhe. de IKuIm'C. de Cyri'ne el de rioniedans loulle monde nmnu de ee lem|»s, (Jrère, ilesé-^rennes.CNrénaïijue, Kjiyple, ANi.' Mineure, riinier. ri sniloul Italir <•! Sieile : ef. J/œ disfrifuttinii of Atlic mso" par <i. M. A. Kiililcr. dans fiSA, .\l. p. '.ii-rri.
(•») C'est surloul ici que leniprunl fait a rKg^pteesf sensible: cnroiv sagil-il seulement du procède, non de lai l. I) ailleurs les i^recs aussi iront, el scmide-l-ii. deux lois, ai.prendre en Kjiypleà ral.ri.|uer la faïence : une première lois à Naueratis. au mi >iècle av. J.-C. ensuite à ré|MM|ue hellniislique; cf. \h:iv,u;. Sur fa ^lurslion nnjvniieniw, dans h-s Mémoires i/t'l iradrntii'ffes /Hsrripfioiis et /i.-/... t. \\\V. p. ;{oo s.
.3) Nisloin- tlef'art. tlansfanfù/uitc ; t. VI, fM(Jr<rr /n'iunlwcj'art mycniien, p. 871.
LA CKÊTE A^ClEiNiNE.
une combinaison éclectique, quelque chose comnir l'art des Phéniciens (1) : « Les scènes figurées sur les coupes phéniciennes ont toutes, plus ou moins, je ne sais quel air d'images calquées sur un patron; on y devine, comme on dirait aujourd'hui, des ciichcs que l'ouvrier avait empruntés à des modèles de toute provenance qu'il répartissait, à son gré, dans les bandes concentriques ([u'il faisait tourner autour dun motif central. Son outil était agile et sûr; mais il travaillait de seconde main ; pressé de gagner son salaire! il ne s'inspirait pas directement du spectacle de la vie. »
Toutefois, M. Perrot n'affectait aucune intransigeance à soutenir l'originalité de l'art mycénien. Il admettait sans hésiter que le griffon avait été emprunté à l'Kgypte (2 , tandis que le sphinx, lui aussi d'origine égyptienne, avait pu être influencé par une transformation assyrienne et phénicienne. Étaient encore d'origine orientale le type de la déesse à la colombe, et de celle qui semble se tenir les seins, le petit temple entouré de colombes, et aussi, d'après M. iMax Millier, le dieu du tonnerre des Phéniciens, qui n'était à l'origine que l'Orion égyptien, transporté en Occident comme modèle pseudo-égyptien de Z<»us- Apollon.
Le savant allemand concédait que les Astarlés mvcéniennes ne sont pas de fabrique phénicienne, mais elles sont "^pourtant des imitations conscientes de la grande mère d'Ascalon ou de Byblos(3). Ces concessions, probablement trop larges, ne suffirent ^pas aux partisans attardés de l'origine phénicienne de l'art mycénien. Dans un savant mémoire présenté en 1895 (V) à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, M. Helbig fit remarquer que les richesses de Mycènes et de Tirynthe déposées au musée national d'Athènes n'ont pas toutes la même valeur artistique. Ce qui tenait incontestablement au sol grec, la porte aux Lions de Mycènes, les masques d'or des rois ensevelis dans son acropole, les stèles placées sur leurs tombeaux, sont d'un art médiocre. Les autres objets dont le mérite force l'admiration, comme les poignards incrustés d'or et d'argent, ou les gobelets d'or de Vaphio, peuvent être d'importation étrangère. Que l'on tienne compte aussi du silence des fouilles, exigeait'on ! Les acropoles d'Athènes, de Mycènes, de Tirynthe nous sont
(2) L. L, p. 8.{1 s. : «< CVsl de IK^yple que vient en droite ligne le griffon de Mjeenes un compose de laigle et du lion. Dans les monuments de la vallée de lEuphrate le griffon a toujours sur la nuque une arête formée de plumes raides, dressées en l'air. Nulle part à Mycènes on ne retrouve cette arête. »
(3) M va, 190i, •>, p. 42 s., note.
(4) Dans les Mémoires, t. XXXV, 2* partie, p. 2y 1-373.