LES IDOLES
Par idoles nous entendons des images de la divinité en forme humaine, par opposition aux symboles aniconiques, ou de forme animale
Les représentations ont certainement existé en Crète, au moins à 1 époque des derniers palais, et tout porte à croire, comme nous le verrons, quelles remontent aux premières origines. Pourtant il faudrait se garder de prendre pour une idole, c'est-à-dire pour une
vonM vJT'''' .*'"^' '^"^"'''^ ^"'"^'^"^^- '^^ ^^i^*i»^«-« est souven très difficile, quelquefois impossible. l>our procéder avec quelque
clarté, nous examinerons d'abord les cas où la figure à classer nL pas seule. Dans ces cas en efl^et, la scène à laquelle elle est mêlée ou les personnes qui l'accompagnent peuvent donner quehjue lumière sur sa notion. C'est dire que nous commençons par les chatons des l)agues ou les empreintes.
a] Sceaux et empreintes.
L'exemple le plus clair est celui que nous avons déjà cité (cf. û^ 27 ) U déesse apparaît au sommet d'une roche. Ses cheveux flottent librement, son sein est nu ; depuis la large ceinture elle est vêtue d'une robe a volants. Sa main droite est placée au-dessus de la ceinture; son bras gauche étendu brandit un bâton droit. Derrière elle, son sanctuaire ; devant elle, un adorateur, ébloui par sa lumière, se porte la main devant les yeux; le rocher est flanqué de deux lions. Il résulte de cette précieuse emprunte que la déesse n'est pas nécessairement représentée nue; la jupe à volants des dames de la cour lui sied très bien; les lions sont un indice de sa nature divine. Nous classerons dans la môme catéî-orie les femmes accompagnées de lions, par exemple celle d'une autre empreinte d'argile [i\^ :j(î) • femme tenant un long bâton de la main droite", la main gauche posée
Fi-. 3J. - lï'après USA .IX, fig. 37. Dessin du p. savignac.
LA CUETE ANCIENNE.
Flîï. .17.
D'après
USA, IX, fis:, .w.
sur la croupe d'un lion qui passe derrière elle; elle est coillée d'un bonnet pointu; sa taille est entourée de lanières qui forment collier et rejoignent l'étroite ceinture en métal; la jupe est simple.
Ce dernier exemple nous entraine à placer dans la catégorie des divinités un guerrier (fig. 37) vêtu d'une courte tuni(|ue sanglée»^ la
ceinture et vêtu d'un chapeau à visière proéminente, à la mode hétéenne ; derrière lui un long bAton (fui doit être une lance; la main gauche tient un bouclier rectangulaire: devant lui passe une lionne, ou peut-être un chien. Il faut noter cependant que les dieux niAles sont fort rares; si l'animal était décidément un chien, plutôt qu'une lionne, on pourrait incliner à regarder le personnage comme un guerrier plutôt que comme un dieu.
Nous éprouvons le même doute à propos d'un personnage mAle qui étend les mains sur deux lions pour les dompler. iM. Evans {JHS, 1901, p. 16;{) le regarde comme un dieu. Mais les lions cèdent-ils î\ la force extraordinaire d'un héros, ou A l'ascendant de la divinité? Leur attitude en présence de la déesse est plus soumise.
C'est, sebm nous, une déesse ([ui figure A moitié assise devant une colonne sur un anneau d'or trouvé par M. Savignoni à Phaestos (1). Elle est complètement nue. Un chacal debout et une femme en grande toilette lui rendent hommage(2).
La colonne représente ici le sanctuaire de la déesse, à moins qu'elle n'en soit le symbole.
Divers emblèmes malaisés A reconnaître tloltent dons le chnnqi supérieur (:]).
iNous ne pouvons nous attarder A décrire une fois de plus la célèbre bague d'or de Mycènes; la femme assise sous l'arbre rec^oit les offrandes ,
(I) 3fonnmenti...t XIV, col. :»78, lig. .".I.
(•>) M. Savignoni regarde la personne iiiie comme une danseuse; le divin sérail ici représenl»^ seulement par la colonne, pane que la personn«' nue lourne un peu la U^le de son rôl.'. Mais ce peul élre, dans l'inlenlion de larlisle, une manière d indiquer la ctirrélalion entre la déesse et la colonne.
(3^ DanslundVuv M. Savignoni r.Tonnaîl le phallus; rel exemple sérail 1res isolé en Crèle el ii es! douteux.
Us. .■«. — D'aprrs Mo,tumonli.... \IV. :i7S. fi^'. M.
LA RELIGION. e9
de trois autres femmes; si elle tient à la main un bouquet de trois pavots, c'est qu'elle vient de le prendre des mains de la première oliVante. L'arbre remplace ici la colonne. Dans ces conditions on ne voit pas ce qui autorise M. Dussaud à la regarder comme une prêtresse (1). Mais, en dehors de cette mise en scène qui place la déesse dans un rang bien supérieur, on ne peut reconnaître avec certitude une divinité
Fig. 3î). - D'après Kako, Althret. Kullsfàden: o^u L. p. i wi, (i-. 27,08.
dans toute femme portant des fleurs ou même brandissant la double hache. Un moulo du musée de Candie (fig. 39) représente deux personnes : l'une tient à chaque main une double hache, l'autre A chaque main des fleurs (2). Que dire de cette autre personne qui, sur une autre gemme, tient A la main la double hache et, étant déjà vêtue, une robe à volants (3)? Nous inclinerions, avec .M. Karo, à y voir une prêtresse qui porte un symbole divin et le vêtement sacré de la déesse. Sur une empreinte de Zakro les mômes éléments culluels reparaissent portés chacun par une femme dont le rôle de prétresse semble mieux précisé encore par la singulière jupe ronde avec appendice que portent les prêtresses i ij du sarcophage de Ilagia Triada (fig. 40).
D'autres sceaux ou empreintes représentent des formes humaines mêlées A des formes animales; généralement c'est la tête que fournit l'animal; le reste du corps est humain. L'exemple le plus fréquent est celui de l'homme taureau, le minotaure (fig. VI); on trouve aussi Thomme cerf (fig. it2), la déesse aigle (fig. V3). On est convenu de nommer ces étranges personnages des « démons ». Il est naturellc-
(\) Les fouilles récentes..., p. l*25(Extraif des Bulletins et mémoires de la Société d' \ntfiropolof/ie de Paris). Voy. notre pi. VI, 2. (V Je crois que la pièce a été acquise et ne provient pas d'un chantier de fouilles (3) BSA, VUl, p. 102, lig, 59; en stéatile.