rj:s SYMIIOLES
a) La double hache ou bipenne.
Le caractère sacré de ce symbole n'est pas douteux. Sa présence sur les pierres taillées et sur les piliers, sur les vases, sur les sceaux, surtout à Cnosse, serait par elle-même peu caractéristique. On pourrait y voir un emblème royal, quelque chose comme la fleur de lis, ou l'aigle impériale, et sans doute, en se multipliant, elle est devenue un indice du pouvoir royal et sacré en môme temps. Mais le sarcophage de llagia Triada, pour ne citer que le document le plus clair, la marque comme un symbole représentant si directement la divinité qu'on croirait que c'est à elle, avec l'oiseau qui y est nosé, que le sacrifice est offert.
A s'en tenir à la Crète, on pourrait douter si cet attribut divin appartient à un dieu ou à une déesse. Il n'est jamais dans les mains d'un homme; nous l'avons rencontré au contraire dans les mains de femmes, qui, il est vrai, sont peut-être des prêtresses. Mais pour un signe si caractéristique, on ne peut se dispenser de chercher au dehors des points de comparaison. La double hache était l'insigne du Zens carien de Mylasa, du dieu cavalier phrygien et du Zens de Dolichè en Cominagène (1 j. En remontant plus haut, nous la trouvons sur l'épaule du
(I) Cf. Lcjc. myth. de Roscher aux mois Polichenus al Labrandeus; pour le dieu cavalier plirygien, lierue des Études anciennes, VIII {li)OG), p. 188 s. D'aprùs Hommkl, Grundriss...,
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i.A <;i{i:ïi: ancik.nnk
I i^. :..{. - D'iipifs une plmiu j4r;»|)lii(».
statuettes trouvées en K- vptc \r 1-7 .le la li,::. Vî) par M. do Mor-an
et M. ri. Trliir. et atti'il)iir(»s pai* ru\ à la race qui a piécédc les K-ypliens pharaoniques dans la vallée du Ml li.
Viennent ensuite i Minoen aneion III les idoles dites Cycladicpies fii:. :»(h, en niarhre, typr déjà bien connu par la riche collection du musée national d'Athénrs, et provenant d'Amoreos, de Paros ci), de Syros. etc. Dans la collection d Anior-os, (piel([ues-uues sont masculines. Celles de Grêle stmt féminines, le sexe étant l'oifeuient accentué par les seins et les parties ,i:énitales. (juehpielois les bras et les Jambes n étaient pas ligures; d'autres l'ois les bras sont croisés sur la pcûlrine bien au-dessous des seins. In grand nond)re de ces liguriues provient de la nécropole de Saiut-Onuphrc, piès de IMiaeslos (lig. 'i\\ A noter un pot de t<'rre cuite eu l'orme «le remmc, |)eut-ètre [>rotolype de la déesse au\ serpents.
Le miuoen moyen I est <'ai'actérisé par le déj)nt de l*etsofà. Les hommes sont nombreux, reconnaissables à la gaine qui enl'erme les parties viriles lig. Tri . Les t'emmesonl descha|)cau\à r<'l)ords très avancés sur le devant, qu'on a pu rattacîier à certaines modes modernes lig. .'»:{. Les é[)of|ues (pii suivent sont représentées moins richemcnl dans les toud)eaux. Il semble (jue les tigurines sont plus velues, ou du moins que le vêtement se détachi* plus richement. On peut citer dans ce sens l'extraordiiunre ligurine trouvée par M. Paribeni à IMiaestos :{ . Tout
(I) Di: Moi5«;\N. IWrhrrrhrssHr /<'\ orifjinrs de l l'jjifjth', I. Il, p. .V». Les noinbn'iiNrs irl«^ren(osaii\ «liveis intMUHrcs de roliieont rie n'cviiuncnl ^rou|n'('s tI.Ul^ r^Nn-linil ouvrai»- «le Cvi'\i;t. Les tlrhii/sdc inrf en l.ijtipli' : vï. siirloul |». '?.\ s>., i:.o ?,s.
(M Paros est iMitiruIirn'inent rirlie |>oiir la rorine en Im)îIi« .i xiolon (||«. :,i). à i||oit«> .
("Si MoHinin'iifi.... \IV, «-. 7'»:.. Ilaiih'ur ti". :{:."..
Kii{. *i4. Daprrs Moiittuionti...^ MV. «MJ. 7i:.. Ili-. it.
LA UKMCION
son corps, (pii, au-dessous des seins, nVst guère qu'un cvlindre très allongé, est garni de petites protubérances qu'on prendrait volontiers pour des mamelles lig. 5V . Cependant M. Pariheni refuse d'y reconnaître une idole -:Xj- ;/a7T:;. Ces protubérances sont plut«M un ornement à la faj.on de certains vases de Kamarès, à la fois polychromes et décorés à la barbotine.
Le miuoen récent, qui touche au mvcénien, a fourni en Crète de petites tigurines semblables à celles du continent (lig. 55). Les robes et les colliers sont figurés par des raies de couleur brune sur fond jaunAtre: les nez proéminents et les bras coupés donnent à ces petites tigurines une vague ressemblance avec dos oiseaux. Le sexe féminin domine absolunnuit, s'il n'est pas seul représenti'.
li:;. .Vi. — Figurine «1*11110 loinho ^\o Naiiplic. (.iiM|iiis pris :tii miisrt- ir.\llii'iu's.
m:s svmholks.
a) La f/otthlr ha( lie ou hîpnunr.
Le caractère sacré de ce symbole n'est pas douteux. Sa présence sur les pierres taillées et sur les piliers, sur les vases, sur les sceaux, surtout à Cnosse, serait par elle-même peu caractéristique, (bi pourrait y voir un emblème royal, quelque chose comme la tleur de lis, ou l'aigle impériale, et sans doute, en se multipliant, elle est devenue un indice du pouvoir royal et sacré en même temps. Mais le sarcophage de llagia Triada, pour ne citer (pie le document le plus clair, la marque comme un symbole représentant si directement la divinité i\\\in\ croirait (pie c'est à elle, avec l'oiseau ipii y est nosé, que le sacrilice est oilert.
A s'en tenir à la Crète, on pourrait douter si cet attribut divin appartient à un dieu ou à une déesse. Il n'est jamais dans les mains d'un homme: nous l'avons rencontré au contraire dans les mains de femmes, qui, il est vrai, s«mt peut-être des prêtresses. Mais pour un signe si caractéristique, on ne peut se dispenser de chercher au dehors des points de comparaison. La double hache était Tinsigne du /eus carien de Mylasa, du dieu cavalier phrygien et du Zeus de Molichè en Comrnagèuo > I i. En remontant plus haut, nous la trouvons sur l'épaule du
Jj n. I.vr. imilh. i\o Uosriin- aux \\\(\\s botivlunns i'\ fjihrandriis; pour UuWvu eavalirr |.lir>};leii, nrr„e (1rs Itudrs nHcininv^. VIII \\m\ , p. IHS s. Dapics IIommk. , Crundrisa..,,
LA r.lŒTE ANCIENNE.
Fig. :^i. — D'apns RB.yV.ma, p. 37-i, pi.
jeune dieu (jui suit la déesse et parait présenter avec elle ses hommages au dieu suprême dans le sanctuaire hétéen de Boghaz-keuï (1). Klle était donc Tattribut d'un dieu, et c'est sans doute ainsi qu'elle
iigure eu Crète. Nous croyons mrme pouvoir la signaler dans un document beaucoup plus ancien, malheureusement à l'état isolé, et stylisée comme un caractère d'écriture linéaire dans l'inscription sur pierre proto-élamito, découverte à Suse et publiée par le P. Scheil (2) qui l'attribue au temps de Karibou-cha-Chouchinak (3 , gouverneur d'Klam et patési de Suse, environ 3,000 avant Jésus- Christ. I.e P. Scheil croit que cette écriture a la même origine que le cunéiforme babylonien. C'est donc à ces très lointaines origines qu'on devrait faire remonter le symbole de la double hache (lig. 5G!.
Quant au sens du symbole, il demeure douteux. Le plus probable est qu'il représente la Tondre, étant ainsi un équivalent du signe babvlonien des deux branches divergentes en zigzag (jui montent du dos du taureau de Hadad-Kamniàn (fîg.57). Un équivalent, non une transformation, car tout point intermédiaire fait défaut entre deux signes trop dissemblables pour que l'un soit sorti immédiatement de l'autre.
Peut-être, tandis que les Sémites voulaient surtout rendre l'aspect de l'éclair, les peuples d'origine européenne étaient-ils pins frappés des effets de la foudre qui fend les arbres comme une hache [ï); si elle a signifié la foudre,
p. 51, 11. :>, la double liucho paraît comme symbole du dieu Min sur des statues de Coplos; il cite aussi un cas élruricn, sur la stèle d^Aulo Eluskes, d'après L. A. Mii.ani, Miism lopuy. dell' Etruria;F\renzi\ IHUS, p. :u\.
(\) Mksskrsciimidt. Corpus inscriptionum heltiticarum, pi. XXVIF.
(2) Mémoires (de la délégation en Perse), t. VI, pi. tî, et les dessins de M. (le Morgan, p. Si ; cf. /f/i., 11>o5, p. :{7'> ss., planche.
(;{) Que le P. Dhorme lit : Ha<'ba-Clioucbinak.
(4) « Parce <|ue la bipenne est le s\mb(dt> dr la foudre qui fend les arbres de la forél ». F. Clmo.m, Revue (les thtdes anciennes, VIII (1906j, p. 28'?.
— .„-. ^Jlty.*
Klg. .%'. — D'après un hoioiuurron de Suse.
U RELIGION
c'est parce que le dieu était surtout un dieu du tonnerre. Peut-être aussi la double hache, usitée de temps immémorial dans les sacrifices, est-elle devenue l'indice du pouvoir divin. Quoi qu'il en soit, la tradition est ferme qui fait du dieu à la double hache un Zeus tonnant. Le Zeus Labrandeus et le Zeus Dolichenos ont d'une main le paquet d'éclairs, de l'autre la double hache. Nouvelle preuve que les deux symboles se complètent plutôt qu'ils ne sont strictement synonymes; l'éclair luit et le coup frappe.
Les exemples ne sont pas rares en Crète de bipennes redoublées, c'est-à-dire à deux tranchants juxtaposés de chaque côté de la haste. Voulait-on manifester de cette façon une double présence divine, celle du dieu et de la déesse? Plusieurs l'ont pensé; mais ce mélange des attributions est peu probable; le but de l'artiste était peut-être simplement de donner à ce symbole plus d'arnpleur et de relief.
On pourrait donc être tenté d'attribuer à la double hache une origine asiatique. Elle ne parait pas en Crète avant la fin des temps minoens moyens, ne se trouvant nulle part dans les premiers palais de Cnosse et de Phaestos. La catastrophe qui les détruisit serait attribuée à une invasion étrangère, parfaitement compatible avec le développement continu de la civilisation; du moins on pourrait supposer que la bipenne a été introduite par une dynastie nouvelle.
Toutefois les peuples qii l'ont honorée n'ont pas entre eux ce seul lien, comme nous le verrons plus tarJ. La double hache, à snpposer qu'elle soit nouvelle comme symbole, a di\ se rattacher en Oète à des idées traditionnelles sur le caractère du dieu, et plonger ainsi par ses racines dans un centre d'idées commun aux peuples de l'Asie Antérieure et des lies, sinon du continent grec lui-même.
b) Prolomes de taureau, cornes de consécration.
Le protome de taureau avec une rosette sur le front est un symbole bien connu depuis la découverte du quatrième tombeau de Mycènes, contenant une tête de vache en argent avec des cornes en or [{\^. 58). iM. Perrot y voyait la représentation d'une victime. Si un autre objet avait montré la double hache entre les cornes de la bête, c'était Tinstrumentdu sacrifice en même temps que la victime. Les mêmes symboles se sont rencontrés en Crète; dans un cas (^\^. 59) une croix remplace la rosette sur le front de l'animal.
M. Max Millier a donné du tout une explication fort satisfaisante (î).
(I) MiUeilungender Vorderas. Ces., 1904, *>, p. 55 ss.
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