L.\ RKÏJGION
c'est parce que le dieu était surtout un dieu du tonnerre. Peut-être aussi la double hache, usitée de temps imméinoiial dans les sacrifices, est-elle devenue l'indice du pouvoir divin. (Jnoi qu'il en soit, la tradition est ferme qui fait du dieu à la double hache un Zens tonnant. Le Zens lAibmndrtoi et le Zens Do/ic/tmos ont d'une main le paipiet d'éclairs, de l'autre la double hache. Nouvelle preuve que les deux symboles se complètent plutôt qu'ils ne sont strictement synonymes; l'éclair luit et le coup frap[)e.
Les (vvemples ne sont pas lares en Crète de bipennes redoublées, c'est-à-dire à deux tranchants juxtaposés de chaque c()té de la haste. Voulait-on manifestei- de cette fa(;on une double présence divine, celle du dieu et de la déesse? Plusieurs l'ont pensé; mais ce mélaniie des attributions est peu probable; le but de l'artiste était peut-être simplement d(» donner à ce symbole plus d'ampleur et de relief.
On pourrait doue être tenté d'attribuer à la double hache une origine asiatique. Klle ne parait pas en Crète avant la lin dt-s temps minoens moyens, ne se trouvant nulle paît dans les [)remiers palais de Cnosseet de Phaestos. La catastrophe qui les détruisit serait attribu('^e à une invasion étrangère, paifaitement compatible avec le développement continu de la civilisation; du moins ou pouriait supposer (pie la bijiennea été introduite par une dynastie nouvelle.
Toutefois l(^s peuples (( li Tout honorée n'ont pas entre eux ce seul lien, comme nous le verrons plus tarJ. La double hache, ji supposer quelle soit nouvelle comme symbole, a du se rattacher en Crète à des idées traditionnelles sur le caractère du dieu, et plongei* ainsi par ses racines dans un centre d'idées co.nmun aux peuples de l'Asie Antérieure (H des lies, sinon du continent grec lui-même.
bi Prutntiu's de laiirrtui, cnntrs dr ronsrc ration.
Le protome de taureau avec une rosette sur le front est un symbole bien connu depuis la découverte du (puitiième tondjeau de Mycènes, contenant une tête de vache en argent avec des cornes en or lig. 58 1. M. Pcrrol y voyait la représentation d'une victime. Si un autre objet avait montré la double hache entre les cornes de la bête, c'était l'ins- Irumenldu sacrilice en même temps (nie la victime. Les mêmes svmboles se sont rencontrés en Crète; daus un cas ^fig. 09 j une croix remplace la rosette sur le front de l'animal .
^\. Max .Millier a donné du tout une explication fort satisfaisante (î).
I Mi/feihuh/CH fier ]'nr(h'ras. firs., l«)Oi, ', p. ."iT» ss.
IV • m li: AXCIKNXK.
La vache est la bote céleste portant le soleil entre les cornes, qui marquent elles-mêmes l'orient et l'occident.
La rosette serait donc le signe du soleil, et par conséquent la cioiv un signe abrégé de la rosette.
Lorsque la double hache remplace la rosette [ûg. GO, c'est le signe de l'orage au lieu de celui de la lumière (1). De son côté la rosette pouvait se combiner avec la double hache (fig. 61) (2).
Cette vache céleste serait plutôt égyptienne qu'asiatique, si l'on en juge par le nombre des représentations figurées de ce type en Egypte. On ne doit pas oublier cependant qu'Ichtar était aussi une déesse vache, quoique l'égyptienne llathor soit beaucoup plus V r i 1 . célèbre dans ce rôle.
En Crète, la vache parait à peine, tandis que le taureau est très commun soit que l'animal paraisse tel quel, soit qu'un homme ait une tête de taureau, soit que le protome CAiste seul. 11 est donc pro-
(1) Celte combinaison ost relalivemenl récente; sans parler des exemples en Grèce à Mv cènes a 1 Herœon près dAr«os, sur un vase de l'ancienne Salan.ine, on peut citer une intaTue dagateaCnosse du style du <lernier palais, des vases peints et dJs sarcop£Vd"^atc^ dence ou delà reoccupati(,n partielle (/M.i, |X, p. m) ^»l »««,.< s dt laUtw-
t«!ii \l f"^r ';'".^'"^''«" ''«"'• ^^' ^'«"^ Uolid.enos; ordinairement il tient la hache d'une
Fig. 58. - D'apivs Pfiuiot.... Ilistoite..., V|, p. h-2\. Il,
LA RELIGION
bable que ce symbole appartenait au dieu, plutôt qu'à la déesse du ciel.
Ce qu'on a nommé « cornes de consécration » n'est qu'une réduction de ce premier symbole. Le nom est assez bien choisi pour marquer
eo
Fig. *i9.
Fig. 00.
Fig. Ul.
D'après liSA. vni, fig. 60.
D'après un moulage acquis au musée de Candie.
D'après BSA. VIII, fig. 61.
que la présence de ces cornes donne à un édifice le caractère sacré. On les rencontre souvent sur les édicules figurés (cf. fig. 62) et elles formaient par elles-mêmes un objet votif, surtout lorsqu'elles portaient la double hache {ii^\ 63).
Elles étaient destinées à caractériser les autels. L'Ancien Testament parle souvent des cornes de l'autel. Il est probable que les cornes do l'animal immolé, placées sur l'autel comme un trophée, lurent remplacées par des formes analogues permanentes , naturellement placées aux quatre coins, lorsque l'autol était carré. L'accord est ici parfttit entre la Crète et les Sémites. On ne peut non plus se dispenser de rappeler à ce propos l'autel des cornes à Délos, rattaché à la Crète par le mythe de Thésée qui y aurait institué la danse geranos, en souvenir du labyrinthe. « Callimaque, qui raconte au long la consti^uction de cet autel, dit qu'il était fait de cornes entrelacées et qu'il était entouré d'une enceinte construite aussi avec des cornes. . . Artémis apportait à son frère les têtes de chèvres sauvages
Fig. 6i. — Autel volif en terre cuite rouge, avec Cornes do consécration peintes en hianc. Débris d'un tenon métallique audessous. Cnossos : trésor de la déesse aux serpents (env. 1/3).
i.A <:ui:ti: ancien.nk.
Lci vache est la hHe céleste portant le soleil entre les cornes, qui marquent elles-mêmes l'oiient eti'occitlent.
La rosette serait donc le si.i:ne du soleil, et par consé(juent la oioi\ un. si^ne abréiié de la rosette.
Lorsque la double hache remplace la rosette tïg. 00 , c'est h' si:;ne de l'orai-e au lieu de celui de la lumirre ( 1 . hc son côté la rosette pouvait se combiner avec la double hache (fiii. 01) i2i.
Cette vache céleste serait plutôt éi;yptienne cpiasiatique, si l'on en juge par le nombre des représenta lions lig urées de ce type en Kg vpte. On ne doit pas oublier cependant <pi'Ichtar était aussi une déesse vache, ((uoique l'égypti»'nne llathor soit beaucoup plus .,,,,, , , célèbre dans ce rôle.
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