L AME DE L ENFANT
J'ai VU de très jeunes enfants, au moindre caprice non satisfait, pousser des cris, se rouler à terre, lever la main sur leurs parents ou leur entourage, briser les objets qu'ils pouvaient atteindre.
Lombroso, Motet et bien d'autres se sont plu à reconnaître ce manque d'amativité chez l'enfant, son égoïsme, ses mauvais instincts. Il me parait superflu d'insister. Tout homme qui n'est pas aveuglé par un amour paternel excessif ne saurait nier la réalité de ces faits. Preyer lui-même, qui a analysé avec tant de sagacité l'âme naissante de l'enfant sortant des limbes cérébrales, a fait les mêmes constatations.
€ Nous n'avons pas Fidéal de Platon, écrit le D' F. Rassier (1), et si nous admettons que l'enfant arrive exempt de défauts et de qualités, nous reconnaissons qu'un penchant naturel le porte au mal, et que, si rien ne le réprime, il est accessible à toutes les passions qui tourmentent Tadulte. »
L'enfant est souvent d'une insensibilité et
(1) De la valeur du témoignage des enfants en justice. Thèse, Lyon.
d'une dureté de cœur extrêmes. Les plus grandes infortunes le laissent indifférent. En outre, son égoïsme se double, pour un rien, d'une jalousie haineuse. « J'ai vu, dit saint Augustin, un enfant nerveux, jaloux ; il ne savait pas encore parler, et avec un visage pâle, des yeux irrités, il regardait déjà un autre enfant qui était près de lui. »
L'enfant est vaniteux à l'excès. Il aime à commander ; il veut dominer. S'il protège quelquefois un enfant plus faible que lui, c'est pour le dominer l'instant d'après. Jl préfère le mal au bien, parce qu'il satisfait davantage sa vanité et qu'il y trouve plus d'émotion. C'est encore ce besoin d'émotion qui le rend cruel. 11 préférera au plus beau des jouets, un oiseau à sa merci, un animal emprisonné, parce qu'il pourra les faire souffrir et les torturer à sa guise.
Ainsi donc, en général, l'enfant naît méchant. Mais, s'il n'apporte pas avec lui une tare ancestrale, si quelque malformation ne vient pas entraver ou retarder le développement de son être psychique, son âme est une cire molle et malléable que pourra façonner l'éducation. Placé, comme Hercule, entre le chemin du vice et de la vertu,