CHAPITRE II Influence de l’hérédité et de la puberté
Selon Herbert Spencer, plus l'existence de la tribu humaine est longue, plus sa vie mentale se perfectionne pour se manifester sous la forme de fonctions intellectuelles supérieures et surtout sous forme de doctrines et d'exigences morales les plus parfaites. On a dit que l’évolution de l'individu reproduit en raccourci celle de l'espèce. Ainsi dans l'organisme psychique, les instincts qui paraissent les premiers seraient ceux de la bête, ensuite les plus égoïstes, ceux de l’homme primitif auxquels viendraient s'ajouter successivement les sentiments égo-altruistes et altruistes acquis par la race d’abord par la famille ensuite, enfin par les parents de l’enfant. Ce seraient autant de juxtapositions d'instincts et de sentiments parmi lesquels les manifestations morales les plus élevées sont les plus récentes. Or, les fonctions génériques de date ancienne sont les plus durables et les plus stables; quant aux fonctions de caractère récent, elles sont les moins équilibrées. En conséquence, les manifestations morales de l'homme civilisé actuel, comme étant les dernières venues, présentent le phénomène le moins stable et
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le plus sujet à la disparition, Sous l'influence de processus pathologiques quelconques, mème les plus faibles, les éléments nerveux gardiens et porteurs des sentiments moraux, des inclinations et des impulsions d’ordre supérieur, seront justement les premiers qui subiront la modification pathologique et la destruction. Quant à l’anéantissement des manifestations mentales plus durables, il exigera de la part de l’homme des facteurs pathologiques plus puissants.
Ces processus pathologiques agissent par l'hérédité; ce sont en première ligne, des intoxications parmi lesquelles l’alcoolisme a un rôle prépondérant. L'alcool est un stupéfiant du système nerveux car, comme tout excitant passager, il est soumis à la règle infaillible qui veut qu’à toute excitation succède une période de dépression plus ou moins prolongée. Au point de vue individuel, l’alcoolisme aigu fait perdre l'influence du contrôle de la raison sur le côté instinct et par le renouvellement, fait naître un tel état mental, qu'il transforme souvent l'homme en criminel.
« Dans certaines régions, nous dit M. Boissier, — congrès d'anthropologie criminel, 1896 — l’alcoolisme et le crime étaient à peu près nuls il y a vingtsix ans, avant l'invasion du phylloxéra. Après cette époque, les mauvaises liqueurs distillées y sont entrées en usage et bientôt après la moralité a notablement baissée dans la génération directement alcoolisée. Mais depuis que la génération issue de celle-ci est parvenue en âge de se manifester par des