CHAPITRE PREMIER
Parallèle entre la criminalité juvénile et les récidivistes
Depuis que la statistique criminelle a été créée en France, on s'est apercu que la jeunesse et même l'enfance, fournissaient un contingent considérable à cette horde que l’on a décorée du nom d'armée du crime. Chacun s'en émut et les recherches successives, loin d'infirmer ce cri d'alarme, montrèrent que le mal était encore plus grand qu'on ne pouvait le supposer tout d'abord, car d’annéeenannée ons’apercevait quele nombrede délitsetde crimes commispar des enfants et des adolescents allait croissant. En 1882, M. J. Reinach, dans son livre Zes Récidrvistes, nous donne les chiffres suivants : sur 4.347 accusés qui ont passé en 1879 devant les cours d'assises, 802 étaient mineurs de 21 ans, soit 18 pour 100,
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{ pour 100 de plus qu'en 1878, 2 pour 100 de plus qu'en 1877, 3 pour 100 de plus qu'en 1876. En matière correctionnelle, dans la même année, sur 196.056 prévenus, 6.670 avaient moins de seize ans, 4 pour 100, soit 434 de plus qu'en 1878, et 24.218 avaient de seize à vingt-un ans, soit 1.193 de plus que l’année précédente.
M. Paul Garnier disait en 1890 : « Aujourd'hui le grand criminel, lehéros de cour d'assises, est le plus souvent un adolescent ». Et douze ans plus tard, dans une conférence faite à l'assemblée du patronage familial, le mème auteur ajoutait en rappelant les paroles ci-dessus : « Si cette assertion était exacte à l’époque précitée (1890), combien s’est fortifiée cette vérité depuis lors! » Il fournissait, à l'appui de son dire, des chiffres que, vu leur éloquence, nous nous permettons de reproduire ici :
Alors qu'en 1888 Ie nombre des crimes commis par des jeunes gens de seize à vingt-un ans était 20, il y en avait 140 en 1900, soit sept fois plus.
De nos jours, le mal n'a pas diminué, bien au contraire, et l'on ne peut ouvrir un journal sans en trouver les colonnes encombrées des récits de crimes etdélits dont lesauteurs n'ont pasplus devingt-unans. Nous ne saurions cependant nous en tenir simplement aux faits divers des journaux, pour nous faire une idée du fléau qui mine la société, Voyons donc ce que donnent Îles statistiques officielles ; on peut en prenant de dix en dix ans les chiffres fournis par ces documents depuis 1830, dresser le tableau sui-
vant :
+ pires
Mineurs de 16 à 21 ans délenquants de droté commun
Années | Chiffres moyens annuels TRS EE core 20:979 HAUT 0 IS HUE TO I0 LRO Me 18) BU EC A ER En LUE SN ER ESS FE à À) RON RE Et RE EN TE LIT NO RE Et 5 20:40
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Soit au total en trois quarts de siècle, une augmentation d'environ 450 pour 100. s
Mais ces chiffres ne comprennent que des jeunes gens majeurs de 16 ans, comme Île fait remarquer M. le professeur Lacassagne : « Lesapaches ne se rencontrent pas seulement dans les bandes de jeunes gens de seize à dix-huit ans. La bande dont le chef s'appelait Mes Poltes avait 15 ans, la bande du eff Lours, celle des Corbeaux,qui toutes commettaient de véritables cambriolages, étaient composées d'enfants de onze à quatorze ans ».
En consultant les registres d’écrou de la prison Saint-Paul, à Lyon, et prenant les âges de tous les sujets arrêtés quelle que soit la cause de l'arrestation, nous avons constaté une augmentation de la criminalité juvénile de 5 pour 100 dans une période de
vingt-deux ans (1883-1905).
Voici les chiffres :
Nombe de
Années Ages jeunes criminels pour 100
oo-21
21-41 41-61 Ül-00 1883 1925 2219 HU, 296 20 OLA 1885 1232 201 1147 284 24,32 — 1890 908 1739 871 148 24,82 — 1895 1099 1681 794 155 29,21 — 1900 102% 1734 874 264 26,29 — 1905 1040 1782 156 100 30,78 —
De son côté, le nombre des récidivistes augmente aussi; peut-être moins vite, mais cette augmentation est incontestable. Si nous consultons la statistique officielle de la criminalité en France, nous voyons pendant la même période que ci-dessus, le pourcentage des récidivistes augmenter de 3 pour 100, après avoir été en 1890 de 6 pour 100 plus fort qu'en 1880. Cette statistiqe nous donne en effet les chiffres sui-
vants :
Pourcentage
Années des récidivistes 1880 . 42 9, 1885 . LE pee 1890 . 16122 19952, Ag 1900 . 562 1905 h5 —
Et encore ces chiffres sont-ils trop faibles, car la
statistique officielle n'envisage que la récidive légale
c'est-à-dire le cas du malfaiteur, qui ayant été condamné dans des circonstances déterminées, se rend de nouveau coupable d'un genre de délit également déterminé. Or, le récidiviste tel que nous l'envisageons ici, est celui qui, d'une facon ou d'une autre, est toujours en contravention avec la loi de la société dans laquelle il vit. On se rend compte que leur nombre doit être beaucoup plus élevé que celui des récidivistes légaux, qui ont bien plus de conditions à remplir pour mériter ce titre.
Mais d'autre part, nous devons faire entrer en ligne de compte et déduire du chiffre général les récidivistes âgés, mendiants et vagabonds qui, de par leur âge et très souvent par suite d’accidents — accidents du travail ou autres — ne peuvent travailler et sont arrêtés et punis cependant.
La criminalité juvénile et la récidive sont donc intimément liées ; elles suivent une marche à peu près parallèle et malheureusement ascendante.
Le récidiviste rôdant toujours autour de cette proie crédule qu'est l'enfance, est son premier initiateur et l'entraine à sa suite dans la fange. L'enfant d'autre part devenant plus tôt un criminel a plus de chances de devenir un récidiviste.
Ce n'est pas là cependant la principale cause de perversion, c'est peut-être une cause déterminante, mais bien plus importante, croyons-nous, est la cause prédisposante qui est attachée à certains sujets et les conduit inévitablement au mal.
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