‹ La criminalité juvénile et les récidivistesChapitre 15 sur 21 · DR RE · texte numérisé non relu

DR RE

Au point de vue état général, ils sont pour la plupart d’une taille assez élancée, assez maigres et peu musclés mais cependant parfois relativement forts grâce à une surexcitation nerveuse des plus faciles à réveiller. D'une santé assez précaire, ce qui s'explique facilement par la vie de débauches qu'ils mènent, ils sont assez souvent tuberculeux.

Si maintenant nous détaillons leur individu, nous trouvons : du côté de la tête, des difformités craniennes presque constantes, soit qu'ils aient une très grosse tête ou au contraire une plus petite que la moyenne des sujets de leur âge. Le front est bas, fuyant, le plus souvent rendu asymétrique par le développement plus marqué d’une bosse frontale. La demi-circonférence antérieure l'emporte souvent sur la demi-circonférence postérieure, ce qui est l'inverse du rapport de ces deux mesures sur l'homme normal. Faisons baisser la tête à notre sujet, nous verrons ainsi son crâne par sa partie supérieure, ce qui nous permettra d'apprécier la forme et la valeur de ses bosses pariétales ; nous trouverons généralement l’une d’elles aplatie ; c’est la plagiocéphalie qui peut exister chez des sujets normaux mais est exagérée chez le délinquant et a une prédominance marquée pour le côté gauche. Palpons son occiput, nous trouverons assez souvent une protubérance occipitale externe très saillante. Enfin les cicatrices et déformations accidentelles sont choses courantes sur la tête d’un criminel.

Du côté de la face, nous trouvons en thèse général un allongement du diamètre vertical : assez fré-

quemment un rétrécissement du diamètre transversal avec aplatissement des pommettes ; la bouche restant entr'ouverte. C’est le faciès adénoïdien, complété d’ailleurs par une voûte palatine ogivale. Les dents sont mal implantées, parfois d'un volume exagéré ; et la machoire inférieure présente elle aussi des anomalies: elle est lourde — 84 grammes nous dit Lombroso, au lieu de 80 grammes chez les honnêtes gens — son diamètre est en moyenne de 103,9 au lieu de 98,2 chez les individus sains. Les oreilles plus ou moins déformées sont implantées en anse et présentent le phénomène du lobule adhérent.

Du côté des membres, ce qui frappe surtout c'est la supériorité de la grande envergure comparativement à la taille. Sur huit cents criminels, M. le pro-

fesseur Lacassagne a trouvé la grande envergure

91 fois inférieure à la taille, 86 fois égale à la taille, 623 fois supérieure à la taille.

L'onycophagie est très fréquente chez ces dégénérés.

La peau est souvent semée de cicatrices, mais presque toujours « ornée » de tatouages. À peu près tous les détenus que nous avons examinés à la prison Saint-Paul avaient été tatoués et pour Ja plupart ils s'étaient ainsi fait décorer pendant leur enfance. Beaucoup portent entre autres tatouages un signe conventionnel qui les aide à se reconnaitre comme faisant partie de telle ou telle bande. C'est ainsique nous en avons vus porteurs d’un point

de

tatoué sur la joue droite, d'autres d'un point sur le front, etc...

Enfin les tics et spasmes se rencontrent assez fréquemment dans cette catégorie d'individus.

Du côté du système nerveux périphérique, nous devons noter une anesthésie complète à la douleur. [ls traitent par le plus grand mépris les blessures si fréquentes dans leur genre de vie. Ils sont, nous l'avons dit, couverts de cicatrices, et lorsqu on leur en demande l'origine, ils répondent invariablement : « Ce n'est rien... ». Grâce à cette insensibilité ils arrivent à cacher des blessures parfois considérables mais qui seraient, Si on les découvrait, un signe d'identité qui pourrait les faire condamner. C'est ainsi qu'il arrive fréquemment que des apaches blessés par la balle de revolver d’un agent ou d'une victime peu commode, continuent à fuir alors que la douleur arrèêterait un homme normal. Nous avons vu un cambrioleur qui, mordu par un chien de police qui lui avait arraché une partie de la fesse, ne s'était plaint à personne et avait réussi à céler cette mutilation. À plus forte raison sont-ils insensibles au classique « passage à tabac » qui leur cause cependant, souvent d'assez sérieuses ecchymoses. Et quel est le sujet à la sensibilité normale qui voudrait accepter le traitement qu'ils suivent pour essayer de faire disparaitre leurs tatouages et qui est le suivant : ils frictionnent énergiquement l'endroit tatoué avec du sel de cuisine jusqu'à ce qu'ils aient mis le derme à nu. On peut supposer quelle doit être la douleur ainsi provoquée et cependant ils prétendent ne

Page 1