‹ La criminalité juvénile et les récidivistesChapitre 16 sur 21 · DE · texte numérisé non relu

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pas en souffrir. Nous devons d’ailleurs ajouter que cette pratique n'est suivie d'aucun résultat satisfaisant car si le tatouage disparait en effet, il se produit une cicatrice indélébile qui peut presque aussi bien servir de signe d'identité.

CGHAPIPRE IV.

Constitution psychique.

Comme le faisait remarquer M" Clémence Royer au Congrès d’Anthropologie Criminelle de 1889, . « on s'explique mal qu'un homme devienne criminel par ce seul fait que certains de ses os présentent certaines anomalies, lors même que les anomalies anatomiques entraineraient des .anomalies myologiques ou fonctionnelles, »

L'évolution normale et progressive des facultés mentales aboutit à cet état de conscience qui nous permet de discerner le vrai du faux, le bien du mal, à ce témoignage secret de l’âme qui donne l'approbation aux actions bonnes et fait reproche des mauvaises, et qui est en définitive la caractéristique du sens moral. C'est cet état de conscience qui fait défaut chez les dégénérés qui nous intéressent ici; ce ne sont pas des aliénés ; ils sont même souvent très intelligents et raisonnent parfaitement avec beaucoup de logique ; ce sont des fous-moraux, comme les appellent les Allemands: Cette division de l’activité psychique de l’homme en

deux facultés fondamentales est due à Pinel ; c'est lui qui le premier montra l'existence d’un trouble cérébral sous l'influence duquel les malades sont en mesure de raisonner juste, avec logique, sensément, tout en commettant une série d'actes insensés et malhonnêtes. Après lui Mathey, en 1816, décrit sous le nom de #2oridomante une affection altérant seulement les tendances et la volonté : la tendance à faire du bien à ses semblables, naturelle chez l'homme sain, fait place chez ces malades aux instincts des bêtes féroces. Mais c'est à Prichard que nous devons la théorie de l'/usanzité morale. 11 définit ainsi cette affection dans son ouvrage « Treatise on Insanity ».

«L'insanité morale consiste en une dépravation de sentiments, d'inclinations, et de l’activité des forces ; elle coexiste avec l’état normal des facultés intellectuelles. L'on observe dans les actes et les agissements de tels malades quelque chose qui éveille involontairement le doute au sujet de l'état de santé de leur esprit. »

C’est cet état maladif, cette obtusion du sens moral qui empêche ceux qui en sont atteints de profiter des leçons et des conseils qui leur sont prodigués. Il est très fréquent d'entendre émettre cette opinion que tous les enfants en général sont cruels et égoistes; c'est peut-être exact, mais il n’est pas douteux cependant que si on leur montre et leur explique le vilain côté des propriétés et défauts mentionnés, ils les abandonnent très facilement. Il

n'en est pas de même si l’on se trouve en

présence d’un enfant dégénéré, d'un futur criminel. Celui-ci ne comprend pas ce qu’on lui expose son intellect, qui n'est cependant pas arriéré et qui lui permettra plus tard peut-être de faire de bonnes études, est incapable de s'assimiler des idées morales. Le terrain est absolument réfractaire au développement de cette plante qu'est le sens moral. D'Abundo a montré que ces enfants sont trés facilement excitables, impulsifs, paresseux, égoïstes, enclins à la révolte, doués de facultés sexuelles à développement précoce et dépravé. Tel est bien le cas d’un garcon que nous avons connu tout enfant et que nous avons pu suivre d'assez près pour en pouvoir établir l'observation, Rien ne lui a manqué dans sa famille, ni les bons exemples, niles conseils, ni les punitions et cependant mHieéstresté cefquiil était, enfant, c'est-à-dire égoïste, impulsif et pares-

seux.

OBSERVATION I

X...,25 ans, sans profession, célibataire, a fréquenté différentes écoles jusqu'à l’âge de 18 ou 19 ans. Il avait 13 ans lorsque son père! mourut paralytique général ; ce n'était pas un buveur. Sa mère, qui s’occupa alors de lui avec l’aide d’un oncle, est très nerveuse mais bien portante. Il n’y a dans la famille aucun antécédent criminel. Un frère. son aîné de sept ans environ, a toujours été au Lycée comme dans la suite de sa carrière, un brillant sujet et d’une honnêteté parfaite.

Nourri au sein par sa mère, il eut une enfance

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maladive ; quelques crises convulsives, pas d'incontinence d'urine. Vers l’âge de quatre ou cinq ans, il devient turbulent, difficile à contenter et méchant avec ses jeunes camarades. Ces défauts vont en s'accentuant avec l’âge et, arrivé à l’école, il est souvent puni pour inconduite. Plus tard, au Lycée, il est un élève médiocre qui ne travaille pas, se fait très souvent punir et a cependant parfois des sortes d’envolées où il montre que son intelligence n’est pas absente et qu'il est capable d'être mème un très bon élève, mais ces heureuses échappées n'ont jamais duré bien longtemps.

Dès cette époque, il se révèle voleur ; il a une passion :irrésistible pour certains objets de peu de valeur, tels que par exemple des crayons de couleurs ; il commence également à fumer — :ila environ 12 ans — et des lors pour se procurer ce qui lui plaît ou de l'argent pour acheter du tabac, il ne recule devant rien; il vole ses camarades et vole aussi dans sa famille. C'est ainsi qu'un jouril apporte en classe une croix de la Légion d'honneur venant d’un de ses ancêtres et qu'il a dérobée chez ses parents: il veut la donner à un camarade en échange de trois crayons de couleurs. Un surveillant s’apercoit de la chose ; il est puni à l’école et dans sa famille. 11 se met en colère et frappe à l’école ses camarades, dans sa famille les domestiques, peutêtre même sa mère.

Lorsque, pendantles vacances il peut s'échapper de chez lui, il recherche la fréquentation de personnes plus âgées que lui; en particulier celle d’un valet

d'écurie avec qui il apprend des chansons et des mots orduriers qui lui plaisent. — A quinze ans, il est officieusement renvoyé du lycée pour paresse, inconduite et vols. Il entre alors dans une autre école d'où ses nombreux vices ne tardent pas à le faire mettre à la porte. Lorsque des pensionnaires lui donnaient une lettre et de l'argent pour y joindre un mandat, 1l mettait la lettre à la poste mais conservait l'argent. Sa mère le garde alors chez elle; il - prépare soi-disant des examens et concours qu'il ne passe jamais. Lorsqu'il sort c'est pour se promener avec des voyous de la ville car ses anciens camarades se soucient assez peu de sa compagnie. Il affectionne tout spécialement un jeune épileptique qui a d’ailleurs les mêmes goûts et les mêmes occupations que lui.— A dix-huit ans, il veut s'engager mais on le refuse pour incapacité physique; à vingt.et un an ilest réformé. Il reste ainsi chez sa mère qui le nourrit et essaye, mais en vain, de lui faire prendre un métier. Il rode à travers la ville et emprunte de l’argent à des personnes qui, connaissant sa famille mais le connaissant mal lui-même, consentent à cet emprunt. Cet argent, il ne le rendra jamais ;ilena bien la ferme intention. Sa mère l'envoie un jour porter à une personne de sa connaissance une lettre ouverte contenant un timbre neuf ; il remet la lettre et raconte en souriant qu'ila pris le timbre, cela lui permettra d'acheter du tabac. Son frère lui ayant donné une pièce de vingt francs pour aller chercher de la monnaie, il ne le voit pas revenir, il rentre le soirchez sa mère ayant tout dépensé ou à peu

près. Il agit ainsi presque chaque jour; il n a cependant pas encore eu de condamnation mais ilne le doit qu'à ce fait que, sa famille étant très honorablement connue, iln'y a pas eu de plaintes déposées contre lui. 4

Au point de vue physique, il est petit, maigre et d'aspect maladif; cependant il n'est jamais malade. Il a une grosse tête asymétrique, les bosses frontales sont très saillantes, les bosses pariétales inégalement développées. Les dents vicieusement implantées sont en assez bon état. Il estonychophage et ses ongles sont presque réduits à néant. Sur le nez on note une cicatrice en fer à cheval datant de son enfance : il s’est blessé en sebattant. Sur le corps on ne relève aucun tatouage. Un tic lui fait de temps en temps hausser les épaules et tourner brusquement la tête à gauche. Il n’a aucun trouble des organes des sens sice n'est un léger degré peut-être de myopie.

Toute sensibilité morale fait défaut chez lui: lorsque des amis de sa famille veulent lui faire des reproches sur sa conduite il se met à rire et il n’apparaît sur son visage aucune rougeur, rien qui puisse indiquer qu'il est gèné par ce qu'on lui dit. Lui parle-t-on de sa mère ou de son frère, il ne s'émeut pas d'avantage « mon frère je m'en f...» et il s'en va en sifflotant. Si parfois sa mère lui fait des remontrances, où lui refuse de l’argent, il la menace. " Et dans l'histoire combien en trouvons-nous d'exemples! Caracalla dès sa plus tendre enfance montrait d'invincibles dispositions à la férocité ; il aboutit, comme on Île sait, à des imminences de par-

ricide et l’accomplissement d’un fraticide; Commode pour une faute légère, ordonnait, à l'âge de treize ans, qu un esclave soit jeté dans une fournaise ardente ; Caligula, Néron et tant d’autres dont l'énumération serait aussi longue que fastidieuse, tous n'opposaient qu'un cœur d’airain à toutes les lecons d'humanité que leur donnaient leurs maîtres, et on sait ce qu'ils furent devenus hommes.

Ce qui caractérise surtout le psychisme de ces malfaits, c'est leur égoïsme; tous leurs actes leur sont dictés parleur intérêt seul ; et si, pour réaliser ce qu'ils croient être leur bonheur, quelque chose ou quelqu'un les gène, ils n'hésitent pas à le supprimer par n'importe quel moyen. Ils sont incapables de réfréner leurs désirslors même que ceuxci entraineraient pour leur satisfaction les pires méfaits.

Ils ont « une conscience exagérée de leur droit et diminuée de leur devoir. » Ce sont des sujets chez qui, les centres modérateurs étant affaiblis, les opérations logiques sont impuissantes à maîtriser la passion qui les envahit, qui croît, qui s’exaspère et dont la voix impérieuse exige une satisfaction immédiate, c’est le règne sans contrepoids des instincts. Et si, comme le demande Auguste Comte dans la quarante-cinquième lecon de son cours de philosophie positive, nous envisageons le cerveau non plus comme un organe mais comme un appareil dont telle ou telle partie sera le siège de telle ou telle faculté, nous pourrons dire, en localisant à la partie occipitale les instincts et à la partie frontale la raison, que

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c'est la région postérieure qui prend le pas sur la région antérieure, devenue impuissante.

Ils n’ont aucune conscience, aucune notion de ce qui est bien ou de ce qui est mal. Ils ne peuvent s'expliquer que lorsqu'ayant besoin d'argent, s'ils en prennent dans la poche d’un voisin, ils ont tort ; ils estiment que cela est naturel. Aussi chez eux, jamais aucun remord ; ils regrettent parfois de s'être laissés arrêter mais Jamais d'avoir volé, et n'attendent que leur sortie de prison pour mettre en pratique un nouveau plan, une nouvelle méthode qui doit être infailhble. Ils sont en effet, avons-nous dit, souvent très intelligents et capables de combiner quelquefois avec un art parfait les brigandages dont ils se rendent coupables. Et c'est cette désharmonie, cette discordance du développement des facultés intellectuelles d'un côté et morales de l’autre qui les rend incapables de vivre dans une société. Leur cynisme est révoltant, etc'estavec la plus grande désinvolture, le sourire sur les lèvres, qu'ils narrent tous leurs méfaits. Ils n'ont qu'une ambition: faire parler d'eux, voir leur nom dans les journaux, arriver à la célébrité de tel où tel grand brigand aussi connu que redouté. Tel est bien le cas du sujet dont nous empruntons l'observation à

M. Paul Garnier.

OBSERVATION II

Joseph Lepage, 17 ans, fils d'alcooliques et d’ailleurs d'intelligence alerte et vive, tenta d'assassiner sa bienfaitrice pour lui dérober quelques franes. Il se

promettait aussi, a-t-il affirmé, de souiller son cadavre. En prison, il fit montre du cynisme le plus complet. Sa préoccupation était de ne pas être considéré comme un criminel vulgaire, timide et repentant. Il ne me cacha pas qu'il enviait cette célébrité qui s’attache aux grands malfaiteurs. Parlant de ses excès absinthiques, il déclarait sur un ton gouailleur : «Eh bien, oui, jai imité le principal défaut de mon père, comme lui, je bois de l’absinthe... quant à mes idées les voilà en un mot : gouaper, voler, massacrer… j'ai voulu faire comme Pranzini... Maintenantil me tarde d’aller en cour d'assises. Il y aura beaucoup de monde et les youruaux parleront de mor... »

L'attitude de Lepage à l'audience fut d'un cynisme révoltant. Il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Comme type de leur cynisme et de leur absence de repentir nous pouvons citer les observations sui-

vantes :

OBSERVATION III

Tale ee SEE Lonvteurote 02186 Hnvergure.… . - 1762:)& \ Larecure te 902610 ;1 Duceppe E0N 02 ‘ Bizygomatique . 13,6 Oreille droite . 5,6

Piéd'anche name 245

Médius gauche” 00, 10,7

Auriculaire gauche. . 8,8

CGoudée gauche 7.7. 43,3

R..,, 21 ans, né à Oullins, vient d’être condamné

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pour la troisième fois. Son père était maquignon, il a été trouvé noyé à l’âge de 48 ans; on ne sait pas s'il s'agissait d'un accident ou d’un suicide. La mère est morte à 49 ans d’une bronchite, probablement bacillaire. Il est le plus jeune de huit enfants dont cinq sont morts ; deux sœurs vivantes ont une bonne conduite.

A l’âge d'un an environ, il a été malade pendant dix-huit mois ; mais il ne peut préciser davantage. Il a eu une blennorragie, pas de chancre. Pas d'autre maladie. Il a fréquenté l’école jusqu’à douze ans, époque à laquelle il a été placé chez un boulanger dont il a appris le métier. Il sait lire et écrire. Il boit du vin, de l’absinthe, est fréquemment ivre.

Il a été condamné pour la première fois à dix-huit ans pour vol et abus de confiance. Deux mois et demi après nouvelle condamnation pour vol d'un portefeuille. Puis il est resté deux ans libre pendant lesquels il prétend avoir travaillé de son métier de boulanger. Il serait resté seulement quinze jours sans travailler avant sa condamnation actuelle pour agression. Il narre tous ses actes délictueux avec une remarquable désinvolture. Son développement intellectuel est normal, mais le sens moral fait totalement défaut. Il est actuellement en cellule grâce à son indiscipline.

Au point de vue physique, c'est un malfait comme au point de vue psychique. La tête estasymétrique, la bosse frontale droite est absente. Le côté gauche de la face est complètement aplati ; la mâchoire est,elle aussi asymétrique, les dents vicieusement implantées;

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rides frontales très accentuées. Aux mains, les doigts sont déformés par des engelures. Depuis un mois il est atteint d'une pelade généralisée.

OBSERVATION IV

SN CR er Et te PonSueurer tr nElS 6 Envergure . 1267 +hargeure et 0 D'UE Con ES "75 LE Bizygomatique . 14,4 MOrerleiroitentr 006:

Pied gauche eu 2000 Médius gauche t=."°7 TA Auriculaire gauche. . 8,8 Gondée gauche : 7 48 B..., 19 ans, cartonnier, né à Lyon, a été con-

damné neuf fois pour coups et blessures, vagabondage et vols avec effraction. Son père, chauffeur, et sa mère, ménagère, sont séparés depuis quatorze ans. Il a sept frères ou sœurs dont il est le plus jeune. Il est seul à la charge de sa mère, car, bien qu'il ait un métier, il n’a jamais beaucoup travaillé ; jamais il n’a été malade. Elevé à Lyon par sa mère, il a fréquenté l’école jusqu'à onze ans; il apprenait facilement, dit-il. Sorti de l’école, il a d’abord aidé sa mère, puis il a fait son apprentissage, mais n’a pas tardé à vagabonder et, à quinze ans et demi, a été condamné pour bris de clôture. Six mois après, il était de nouveau condamné pour vol et, continuant dans cette voie, il est arrivé à avoir, à dix-neuf ans, neuf condamnations. En tenant compte des nom-

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breuses fois où 1l n'a pas été arrêté, on se rend compte qu'il n'a guère cessé de voler, ce qu'ilraconte d'ailleurs, avec force détails. De tous les membres de sa famille, il est surtout fier d’un frère de trentetrois ans qui, d’ailleurs absinthique, a été enfermé à la réclusion de Beaulieu pour agression nocturne. La face et le crâne sont asymétriques; la voûte palatine ogivale et les dents vicieusement implantées.

OBSERVATION V

(Résumée, empruntée à M. Krauss)

Marie Schneider, 12 ans, fut citée en 1886 devant le tribunal criminel de Berlin. C'était une enfant bien développée pour son àge, l'expression de son visage n'avait rien de particulier; sans être jolie, la gamine n'était pas laide. La tête était ronde, le front un peu fuyant, le nez plutôt petit: les yeux bruns brillants, les cheveux châtains lissés en arrière. Elle répondait à toutes les questions du président avec une netteté et une logique surprenantes pour son àge, sans la moindre hésitation ni crainte ; quand même les questions posées étaient si graves que le Juge lui-même changeait d'intonation, la fillette ne se départissait pas de son sangfroid, de son calme et de sa naïveté.

Née à Berlin en 1874; son père est mort depuis longtemps; elle ne l’a pas connu; sa mère vivante est bien portante. Elle à un frère plus jeune et a perdu une sœur il y a un an. Elle déclare qu’elle n'aimait pas beaucoup cette sœur qui, plus sage

quelle, était mieux aimée de sa mere. Ses polissonneries lui attiraient de nombreuses punitions ; sa mère la battait, elle était donc dans son droit en la frappant à son tour avec le même bâton. A six ans, on l'envoya à l’école où, grâce à sa paresse, elle fit peu de progrès. Elle avait des camarades de son âge mais aimait mieux se rendre auprès d'une jeune femme de vingt ans — femme de mauvaise vie — qui lui raconte que lorsqu'elle avait son âge elle se conduisait de la même facon. Elle aime à tourmenter ses camarades de son âge ou plus jeunes qu'elle: lorsqu'elle était plus enfant, elle s'amusait à crever les yeux aux lapins et à [eur ouvrir le ventre. Elle adore les friandises et avoue que, pour s’en procurer, plusieurs fois elle a eu recours au vol. L'acte qui l'amène devant les tribunaux est le suivant :

Sa mère l'ayant envoyée faire une commission, elle rencontra en chemin la petite Marguerite Dietrich, âgée de trois ans et demi, et l'emmena avec elle. La petite portait des boucles d'oreilles en or avec une pierre de couleur. Marie songea qu'en prenant ces bijoux et les vendant elle pourrait s'acheter un gâteau. Elle conduisit l'enfant dans un escalier et l’assit sur le rebord d’une fenêtre qu’elle venait d’ouvrir. Elle avait l'intention. après lui avoir enlevé ses boucles d'oreilles de la jeter par la fenêtre pour éviter qu'elle l’a dénoncçât, craignant que cette dénonciation la fit battre.

Lorsqu'elle commenca à lui enlever ses boucles, Marguerite cria ; mais sur la menace d’être jetée par la fenêtre, elle se tut. Voici les propres paroles de la

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jeune criminelle : « Après avoir caché [es boucles d'oreilles dans ma poche, je poussai l'enfant; je l'entendis heurter la lanterne et retomber sur le pavé. Alors je descendis rapidement l'escalier et allai faire la commission dont ma mère m'avait chargée ».

Elle pensait bien que l'enfant était morte, mais ne songeait nullement au chagrin que cela pourrait causer aux parents ; depuis elle n’y a jamais songé. A une première enquête elle nia et dit ne rien savoir puis se débarrassa des bijoux, de peur qu'on n'eût l'idée de la fouiller. Elle n'’avoua à une deuxième enquête, que parce qu'on la menacait de lui tirer les oreilles si elle ne disait pas la vérité. Confrontée avec sa victime, elle n'éprouva aucune émotion, aucun regret, aucun chagrin. En prison, elle raconte son crime en riant, aux femmes avec qui elle est en-

fermée.

Au point de vue psychique, il est encore une distinction à faire entre les voleurs et les violents. Les premiers sont intelligents; 1ls usent de ruse et mettent à profit leur intelligence pour combiner les plans de leurs brigandages. Les escrocs en particulier, doivent employer toute sorte de roueries pour que de pauvres crédules tombent plus facilement dans leurs pièges. Les violents, au contraire, sont des débiles intellectuels; ils agissent comme la brute, sans réfléchir et sans envisager les conséquences de leurs actes. Ils frappent souvent sans

Se raison et parfois pour le plaisir de frapper ou dans

le but de se faire respecter. Ils ont de multiples condamnations ; toutes pour coups et blessures.

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