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révolte »... » C'est avec une sorte d'ivresse que l'anarchie exalte la révolte et fait ressortir son caractère satanique. Satan n'est pas ce qu'un vain peuple pense, ce n'est pas la personnification du mal, de l'égoïsme; « Satan, dit le théoricien de l'anarchie, n'est pas égoïste du tout, il ne s'est pas révolté pour lui-même, mais pour l'humanité tout entière, et il s'est réellement sacrifié, puisque, plutôt que de renoncer à ce principe de la révolte, qui doit émanciper le monde humain il s'est laissé, condamner à des tourments éternels, s'il faut en croire les Saintes Écritures '. » En général, les hommes et les partis politiques entendent par liberté le droit de faire ce qu'ils veulent et d'imposer leur volonté aux autres. Dans les gouvernements aristocratiques, on appelle liberté la conservation des privilèges; dans les démagogies, on donne ce nom à la licence, à l'oppression de la majorité par la minorité. Il semble que, dans une société démocratique, les tyrannies locales ne devraient pas exister, mais, en fait, le gouvernement qu'on appelle libre n'en a souvent que le nom ; les oppressions ne font que se déplacer. Personne ne veut être opprimé, mais tout le monde veut être oppresseur ; ou du moins le nombre de ceux qui veulent la liberté pour tous est peu considérable ; on veut la liberté pour soi et ses amis. Tous les partis cherchent à s'emparer du pou- Ci) Bakounine. La Théologie politique de Mazzini et t Internationale, p. 50.
(2) Le premier numéro de la Revue anarchiste contient une pièce de vers de Clovis Hugues sur Satan, où on Ht ce qui suit :
Nous t'aimons, nous t'offrons l'encens de nos prières, Nous vénérons l'éclair qui luit sous tes paupières, Démon magnifique, ô céleste Titan, Nous jetons à tes pieds des lauriers et des roses, Et nous te respectons dans tes métamorphoses. Que tu sois Vasouki ! Prométhée ou Satan !
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princes ou leurs ministres s'estudient à le manier et persuader par belles paroles, le séduire et tromper par les apparences... par le moyen de bonnes plumes, en leur faisant faire des livres clandestins, des manifestes, apologies et déclarations artistement composées, pour le mener par le nez et luy faire approuver ou condamner sur l'étiquette du sac tout ce qu'il contient * ».
Fourier a écrit une brochure pour dénoncer c les pièges et le charlatanisme des deux sectes Saint-Simon et Owen » ; ce sont des aveugles, dit-il, qui conduisent des aveugles, de faux frères qui ne cherchent qu'à « envahir le gouvernement, les finances, les hoiries 2 ». Il me faudrait tout un gros volume pour signaler le charlatanisme de tous les partis politiques. Je me bornerai à présenter encore quelques courtes réflexions sur ce sujet inépuisable, en m'attachant plus particulièrement au temps présent.
Que faut-il penser de la sincérité des hommes politiques, qui se disent modérés, tout en votant des lois radicales ? Si quelque chose est modéré, en eux, c'est surtout le courage et la sincérité.
Où est la bonne foi de ceux, qui sommés de se prononcer contre les hommes de la Commune, n'osent ni les approuver de peur d'encourir le mépris public, ni les désapprouver, de peur de perdre une clientèle profitable ?
Sont-ils bien sincères les socialistes, qui disent qu'ils n'ont rien de commun avec les anarchistes, lorsqu'on les voit se faire leurs alliés et protester contre la répression
(1) Gabriel Naudé. Les coups d'État (ch. iv).
(2) Dans cette brochure, Fourier lui-même, prodigue de promesses, disait qu'il avait trouvé le moyen * d'organiser, en deux mois, le progrès réel, la vraie association », et de quadrupler le revenu de la France.
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terrestre, où tous les hommes seront des anges, où les lois, les tribunaux et les prisons deviendront inutiles ? Ne doiton pas appliquer à ces promesses menteuses ce passage de Tacite : c II est des paroles séductrices et spécieuses ; elles portent avec elles une ombre de liberté et elles préparent la chute vers un affreux esclavage 1 . »
Sont-ils bien uniquement préoccupés des intérêts du peuple, ces faiseurs de belles promesses, qui sont, pour leur compte personnel, si avides de réclames'? Souvent les plus exaltés font écrire ou écrivent eux-mêmes sur leur compte les articles les plus élogieux, mettant ainsi en pratique le conseil de Bacon qui recommandait l'emploi de la réclame à ceux qui veulent parvenir : « à défaut de mérite, leur disait-il, montrez-en les apparences ; vantez donc vos vertus, vos talents, votre fortune même. Il en est de l'ostentation comme de la calomnie : il en reste toujours quelque impression dans les esprits, et l'estime de la multitude dédommage un peu du mépris des sages ; maxime détestable dans la morale, mais en revanche utile dans la politique. »
Espérent-ils réellement préparer le règne de la fraternité,
(1) Tacite. Annales, 1. I, § 81.
(2) Marat ne négligeait pas ce moyen de popularité. Le lendemain de la prise de la Bastille, il remit à Brissot, avec prière de le publier dans le Patriote Français, un article où il se donnait les éloges les plus extravagants, où il se comparait à Horatius Coclès et s'attribuait un rôle mensonger. Une se décida à faire un journal que parce qu'il trouva que les autres journaux ne lui prodiguaient pas assez d'éloges. Dans un numéro de Y Ami du peuple, il fit lui-même son portrait sur un ton lyrique et célébra son génie universel ! • Je crois, disaitil, avoir épuisé toutes les combinaisons de l'esprit humain sur la morale, la philosophie et la politique, pour en recueillir les meilleurs résultats. J'ai huit volumes de recherches métaphysiques et physiologiques sur l'homme. J'en ai vingt de découvertes sur les différentes branches de la physique ; plusieurs sont publiés depuis longtemps, les autres sont dans mes cartons. ■ (Mémoires de Brissot, t. I.)
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