PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION LES RÉFORMES NÉCESSAIRES
La politique étant une lutte d'idées et surtout de passions et d'intérêts opposés, et la nature humaine étant ce qu'elle est, c'est-à-dire portée à l'intolérance, à la haine et à la vengeance, il serait naïf d'espérer que le pouvoir sera toujours exercé par des hommes sages, que les partis victorieux après des luttes violentes n'abuseront jamais de leur victoire pour abattre leurs adversaires, qu'ils ne seront pas intolérants, haineux et vindicatifs, que toutes les lois qu'ils proposeront seront conformes à la justice et au bien public. On voit toujours des hommes politiques et des assemblées démoraliser les peuples par des pratiques et des maximes immorales, telles que celles-ci : la fin justifie les moyens, la force jnHme le droil^.
Cicéron raconte que César avait toujours à la bouche ces vers d'Euripide : « S'il faut commettre l'injustice pour arriver au pouvoir, commettons-la; mais en toute circonstance soyons honnêtes gens^ » Napoléon F** aimait aussi à répéter, en se les appliquant, les vers de Cinna, où les crimes d'Etat sont excusés :
Tous les crimes d'Etat qu'on fait pour la couronne,
Le ciel nous en absout, alors qu'il nous la donne, etc. '
1 . Bcntham disait que le sopliismo est la maladie du parlementarisme ; on peut dire d'une manière plus générale que le sophisme est une maladie de la politique, qui, sous tous les régimes, cherche à masquer l'immoralité des moyens par d'hypocrites maximes.