Lé\7 Bruhl, Vidée de rtsponsahUiléy p. 89u Paris
sentiments : « Quand on les approche de près, on se demande s'ils ont une âme. A voir leur insensibilité, leur cynisme, leurs instincts si naturellement féroces, on est plus tenté de les prendre pour des animaux à face humaine, que pour des hommes de notre race. . . C'est triste à avouer, rien ne peut ramener ces misérables à des sentiments honnêtes, ni Tidée chrétienne, ni leurs intérêts, ni la vue des malheurs dont ils sont la cause ; rien ne les touche, rien n'arrête leur bras, encore bien qu'à de certaines heures ils laissent percer de bon» instincts... Ces gens-là ont une optique différente de la nôtre. Leur cerveau a des lésions qui le rendent impropre à la transmission de certaines dépêches. Il ne vibre qu'à l'appel des passions malsaines*. »
Pourra-t-on douter de la description faite par un écrivain illustre, qui a passé parmi eux de longues années enfermé dans la « maison des morts » ? Dostojewsky, tout en exécutant une œuvre d'art, nous a donné la psychologie la plus complète du criminel, et, ce qu'il y a d'étonnant, c'est que ce portrait du malfaiteur slave, enfermé dans une prison sibérienne, ressemble parfaitement au portrait du malfaiteur italien tracé par Lombroso. « Cette étrange famille, dit Dostojewsky, avait un air de ressemblance prononcé, que l'on distinguait du premier coup d'œil . . . Tous les détenus étaient moroses, envieux, effroyablement vaniteux, présomptueux^ susceptibles et formalistes à l'excès... C'était toujours la vanité qui était au premier plan... Pas le moindre signe de honte ou de repentir... Pendant plusieurs années je n'ai pas remarqué le moindre signe de repentance, pas le plus petit malaise du crime commis. . . Certaine-