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verait ses cadres actuzls. et le Canada ne serait pas plus embarrassé qu'il ne l'est au-
jourd'hui pour prélever son revenu, observer
l'économie et maintenir sur les places d'Europe le magnifique crédit dont ses gouvernements l'ont doté.
De quelque côté que nous jetions les yeux, nous n'apercevons ni l'intérêt public, ni l'intérêt privé éprouvant la plus légère secousse par suite du nouvelordre de choses.
C'est le contraire qui arriverait.
Le Canada, en possession de sa vie propre, devient une nation dont aucun obstacle ne vène le plein développement de toutes les énergies sociales. La lutte pour la vie prend un caractère différent ; de nouvelles carrières s'ouvrent à l'ambition de la jeunesse; on ne craint plus, au moment de recueillir le fruit d’un labeur et d’études de plusieurs années, de se voir supplanté par un étranger que nous envoie la Métropole et dont elle ne savait que faire.
La milice coloniale devient une petite armée, et ses officiers, jadis sans autre pers-
pective que celle de dépenser en de vaines
parades leur temps et leur argent, voient s'ouvrir devant eux une carrière sérieuse qui promet à la fois gloire et profit.
Qu'il nous soit permis à ce sujet d’exprimer notre approbation de la clause de l'Acte fédéral de 1867, qui, différant en cela de la constitution des Etats-Unis, place entre les mains du pouvoir central l'organisation et le commandement des forces militaires de la nation. Les treize colonies américaines furent surtout préoccupées, dans l'élaboration de leur système politique, d’affaiblir autant que possible les attributions du gouvernement général. Leur indépendance leur avait coûté cher en hommes et en argent ; elles prirent toutes les précautions possibles pour ne pas se donner un maître sous un autre nom. C'est là le secret des complications sans fin et des rouages multiples qui frappent l'attention de celui qui étudie l'organisation des pouvoirs publics de cette puissante nation. Le Canada se constitue dans des circonstances tout-à-fait différentes, et les diverses autnomies provinciales pourront sans dans pour l'ave tir commun faire
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plus large la part de l'Etat fédéral. La sécurité générale n’en sera que mieux assurée.
La république voisine a brisé violemment ses attaches avec la Métropole ; le Canada dénouerait les siennes en toute paix et en tout accord, et conserverait intactes avec l'Angleterre ses relations de parenté.
Il est vrai que nous perdrions la protection du drapeau britannique ; c’est là l'objection capitale, la seule réelle en apparence qui puisse être formulée contre un changement de régime politique.
Avoisiné par une nation de soixante-etcinq millions d'’âmes que deviendrait, en effet, le Canada livré aux seules ressources d'une population de cinq millions? Les Etats-Unis n'en feraient qu'une bouchée si jamais l'envie leur prenait de l'avaler : c'est vrai. Mais cette envie leur viendrait-elle jamais ?
Et d’abord nous ne voyons pas quel intérêt ils auraient dans une conquête 2 ef armis : serait-ce pour accroître leur puissance; serait-ce pour augmenter leur ri-
chesse, ou pour se débarrasse: d'un voisin hostile à leur bien-être social et politique ?
Leur intérêt n'est-il pas au contraire de laisser le Canada se développer avec des institutions différentes quoique tout aussi démocratiques que les leurs ?
Ce sont surtout les ambitions territoriales qui dans notre siècle font éclater les guerres : or, la République voisine n'en a pas; elle a satisfait celles qu'elle a jamais eues, et cela sans verser une goutte de sang, ni tirer un coup de fusif. Lorsqu'elle a voulu rectifier ses frontières et diminuer le nombre de ses voisins, elle à fait comme un gros propriétaire, ennemi des chicanes de mûr mitoyen, et nous l'avons vue acheter la Louisiane à la France, la Floride à l'Espagne, et l'Alaska à la Russie,
L'expérience et la raison des choses enselsnent quil y a des bornes à l'étendue d'un pays, comme il y a des limites au chiffre de la population qu'un même système de gouvernement peut régir efficacement.
L'empire Romain n'eut guère de durée, et le siècle qui finit a vu les commence-
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ments et la fin de l'audacieuse tentative faite par Napoléon de soumettre tout l'Europe à son sceptre impérial.
L'unité de territoire qui doit caractériser l'existence d’une nation comprend au même titre l'unité de climat qui semble être une condition naturelle de l'accord des intérêts matériels.
La zône occupée par le Canada embrasse un pays caractérisé généralement par ses hivers rigoureux ; la République voisine est exempte de cette saison des grands froids et des neiges abondantes. Les deux pays sont donc différents quant à l'unité de climat.
En outre, une nation qui ne saurait pas borner ses frontières s'exposerait à ne pourvoir maintenir l'équilibre qui doit exister entre les diverses forces productives de sa richesse, à cause de sa diversité profonde d'intérêts sociaux et de tendances que ne
manquerait pas de créer, sur les points reculés de l'empire, une population de cent cinquante à deux cent millions d'individus.
Les hommes d'État de Washington, sou-
cieux de l'avenir de leur grande nation, se refuseront toujours, croyons-nous, à courir une aventure dont le gain à tout prendre serait plus que problématique.
La civilisation canadienne a d’ailleurs une physionomie différente de la civilisation américaine.
Les deux régimes de gouvernement ont de profondes dissemblances. Notre démocratie est plus réelle parce qu'elle ne cesse à aucun moment d'agir sur le gouvernement ; en outre, elle emprunte à un mélange heureux de nationalités une somme d'institutions éminemment saines et conservatrices.
Nous prétendons posséder le meilleur régime; nos voisins visent à avoir le plus compliqué.
Si le Canada était un territoire à peu près inhabité, il est possible que la République voisine pât nourrir tôt ou tard le dessein de l'acquérir comme elle a fait de la Louisianne, de la Floride et de l'Alaska :
elle a jusqu'ici imité le spéculateur de biens fonciers qui préfère agioter sur les terrains vacants que sur ceux qui sont bâtis. Les
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constructions déjà faites gênent ce dernier dans les plans qu'il a imaginés, absolument comme les pays déjà peuplés gêneraient gravement s'ils ne rendaient pas impossibles les procédés d'assimilation voulus par les Etats-Unis. Le Canada ne pourrait donc accroître ni la puissance, ni la richesse, ni le progrès de la République dans une mesure proportionnée aux embarras que son incorporation pourrait et devrait fatalement lui susciter dans sa politique intérieure.
Ni enviables, ni gênants, les Canadiens par la force des choses sont donc assez indifférents à leurs voisins, et il ne tiendra qu'à la sagesse, à la prudence et à l'habileté des hommes d'Etat du Canada d'établir et de conserver toujours avec eux les meilleurs rapports de voisinage.
Notre faiblesse même ferait notre force, et notre plus formidable armement contre l'extérieur pourrait bien être de n'en avoir aucun ou à peu près. D'ailleurs, avec les découvertes de plus en plus stupéfantes qui se font tous les jours, il est bien permis
de croire que ce ne sont plus les gros ba
taillons qui décideront de la victoire dans l'avenir.
Entre nations la haine suit la crainte, et toute puissance cherche naturellement à détruire celle qui lui porte ombrage. Rappelons que la doctrine Monroe a pour but d'empêcher une nation européenne de venir implanter sur le sol américain une monarchie ou toute forme de gouvernement qui ne serait pas républicaine ; elle ne vise aurcunement à subjuguer le monde.
Nous ne sommes pas non plus de ceux qui ne voient dans la république voisine qu'un peuple sans foi ni loi, abusant de sa force pour maltraiter les faibles, et possédée de l'idée fixe de s'annexer le Canada à tout prix.
Il est possible que cette opinion se soit formée à la suite des invasions féniennes et des embarras suscités à l'intercourse des deux pays ; mais qui ne sait qu'aux Etats- Unis il est de bonne tactique dans les élections présidentielles de tordre la queue au lion britannique afin de concilier l'élément
irlandais ? Or, comme le Canada est une
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possession anglaise, les ennuis qui nou viennent de Washington visent l4 Métro pole uniquement quoique nous ayons 4 er payer la façon. Que le Canada devienne indépendant et ces tracasseries cesseront d'avoir leur raison d'être.
N'est-il pas avéré, par l'histoire soixante-et-dix dernières années, que ! An gleterre nous a invariablement sacrés chaque fois que nos voisins ont réclamé un morceau de territoire, ailleurs une pro-
quelconque de ce qui nous appartenait Depuis la fameuse capitulation de Lori Ashburton, le Canada sait d'avance à s'en tenir sur la valeur réelle de la t tion du drapeau impérial. Les intéréts de la Métropole d'abord, puis ceux du Canaïa si par hasard il en reste. Ce nest pas :sentiment qui règle la politique de la Mere- Patrie, c'est le souci d'augmenter la clien-
ms du
tèle de ses négociants et d'éviter toute que-
relle avec les pays étrangers. La paix est la première condition des affaires, et il lui en