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coûte moins cher de souffrir les affronts que reçoit le Canada que de se mettre une guerre avec les Etats-Unis, sur les bras.
Il nous semble donc que la perte de ce côté serait plutôt sentimentale que réelle.
Responsables de tous nos actes, pleinanent éclairés sur les conséquences de nos discussions avec nos voisins, nayañt que nos intérêts à soigner, est-ce qu'il ne nous serait pas plus aisé de prévenir toute cause de différends, ou d'en arriver à un arrangement dans lequel l'honneur et la justice seraient mieux sauvegardés que sous le régime actuel ?
Nous écrivons ces choses sans aucun esprit de récrimination ; nous trouvons logique à son point de vue la politique coloniale de la Métropole, et si nous nous en plaignons quelquefois, c'est plutôt pour faire ressortir les inconvénients inséparables de notre dépendance que pour lui en faire un crime,
Le Canada n'a pas et ne peut avoir d'ambition territoriale. Ses possessions sont suffsantes, et ses frontières parfaitement déli-
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mitées; en quelques mots un enfant peut les indiquer.
D'un autre côté, la création de son service diplomatique devra se borner absolument à l'entretien de consuls, de vice-consuls et d'agents consulaires. Pas de cartes d'Amérique à remanier, pas d'équilibre américain à sauvegarder avec un soin jaloux, pas de faste monarchique à payer, ni de cour royale à défrayer.
Les disputes européennes pourront affliger les Canadiens, mais nullement les menacer.
La Suisse, la Hollande, le Danemark et les diverses républiques d'Amérique ont chacune des représentants dans les ports des deux mondes où elles font déjà ou espèrent faire des affaires; leur budget n'est grevé d'aucune dépense exagérée à ce sujet. Le Canada n'aurait qu'à les imiter.
On sait qu'à part leur service diplomatique, toutes les grandes nations ont, elles aussi, une organisation consulaire dont les rapports réguliers fournissent à leurs marchands les renseignements les plus détaillés
et les plus précieux sur le mouvement agricole, industriel, et commercial du pays où ils sont accrédités. Le Canada n’a que faire du premier ; c'est la seconde de ces organisations dont il a besoin pour accroître ses exportations, augmenter son pouvoir productif et profiter des marchés nouveaux ouverts à l’entreprise de ses citoyens.
La carrière consulaire exige un apprentissage, des connaissances spéciales et de sévères conditions d'honneur et de respectabilité; le Canada ne manquera pas de saines traditions à établir pour s'attirer le respect et la considération des pays étranvers.
Tels sont ou à peu près les rares changements qu'amènerait au dedans l'évolution définitive de la nation canadienne. Aucune secousse ; l'avenir assuré ; une large mesure de progrès économique garantie; une im-
pulsion nouvelle imprimée au développement des ressources matérielles, et le bien conmun largement organisé de la bâse au sommet de l'édifice social.
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Il n'est pas besoin d’être prophète, croyons-nous, pour prévoir que les principales causes qui déterminèrent la convention des provinces en 1866 seront les mêmes qui devront forcer le Canada à sortir de son régime actuel pour chercher dans l'indépendance la formule définitive de son apaisement, de sa sécurité et de sa force. Le mal dont on souffrait alors est encore celui dont le pays est tourmenté aujourd'hui, maladie de croissance, maladie de vitalité mal réglée. C'étaient des crises qui présentaient en raccourci toutes les agitations profondes de l'heure présente. Comme aujourd'hui elles intéressaient l’organisation et le progrès régulier de nos institutions politiques ; nous avons déjà traité cette partie du sujet : comme aujourd’hui, elles semblaient
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s'attaquer à la base même de l'organisme social, c'est ce que nous allons maintenant examiner.
Disons d'abord que le Canada ne sera heureux que lorsque les pouvoirs publics pratiqueront pleinement la justice. Si le pacte inter-provincial de 1867 a manqué d'y pourvoir suffisamment, il appartient aux chefs politiques de saisir au plus tôt l'occasion de faire disparaître cette cause de tous nos malheurs, et d'en préserver la nouvelle constitution. De fait, nous ne croyons qu'à ce seul moyen pour ramener la paix dans les couches si violemment remuées de tout l'organisme social canadien.
Il y a des droits et des libertés qui ne doivent jamais être mis en question. Ils le sont facilement lorsque la constitution ne
les soustrait pas aux audaces et aux entre prises des partis politiques.
Avant de construire l'édifice d’une nationalité, l'homme d'Etat doit consacrer ses plus longues et ses plus sérieuses réflexions à l'étude des fondations sur lesquelles il élèvera vers le Ciel les murs qui divisent
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et les toits qui réunissent. Il ne faut pas que les assises soient trop faibles pour supporter le poids des étages futurs. En d'autres termes, une constitution n’est guère bonne à de grandes choses si, devant tous les droits et les droits de tous elle reste sans force et sans voix, si la justice est négligée, si on en laisse le soin à nous ne savons quel fol et vague espoir de demimesures qui ne rassurent personne et de compromis qui ne règlent rien.
La doctrine chrétienne et la science s'accordent pour établir que le but de la société humaine est de porter les individus à s’aider mutuellement ici bas añn de préparer leur bonheur suprême qui est la fin de toute créature humaine.
C'est dans le besoin de cet appui mutuel que se trouve la première idée d’une association concrète. Mais si le bonheur suprême est indispensable pour déterminer le fonctionnement de la société humaine, il ne s'en suit pas que cette fin constitue le but immédiat de la société. L'objet de celle-ci consiste à coordonner entre eux des êtres
composés chacun d’un corps et d'une âme ; la société n’a pas de droits sur la partie spirituelle, son action est limitée à l’ordre extérieur et se borne à faciliter aux individus l'obtention de la félicité naturelle.
L'âme lui échappe absolument ; les intérêts de celle-ci dépassent les frontières du monde visible et sont régis par la société religieuse.
Ajoutons comme corollaire de ce principe absolu que la mesure du bien social est le bien qui rejaillit sur l’ensemble des individus. Bentham a dit : “Il ne faut pas juger “du bonheur d'un pays par le plus ou “ moins de droits politiques dont il jouit, ‘“ mais bien par la sagesse de ses lois civiles “et la manière dont on y entend et fait ‘“ justice.” Mais quel est ce bien public?
Est-ce le bon plaisir de chacun; est-ce la recherche outrée des satisfactions matérielles, est-ce la civilisation qui nait principalement du progrès des arts industriels ; est-ce en politique le règne sans frein de la majorité ; est-ce en matière de religion la tyrannie du nombre ?
Non.
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Le bien public que doit procurer la société, consiste surtout dans la plénitude avec laquelle les droits de tous sont sauvegardés.
Tout individu, tout citoyen, tout habitant d'un pays (nous parlons ici des pays chrétiens) a droit à la vie, à la jouissance des fruits de son travail, à la souveraineté paternelle et à la liberté de son culte religieux. Ces droits sont imprescriptibles, et la société n'existe que pour les protéger. Mais comme la théorie des droits implique nécessairement celle des devoirs, chaque citoyen doit l'obéissance aux lois, la pratique envers tous de la justice et de la charité, l'amour à ses semblables et l'éducation à ses enfants.
L'art de gouverner se résume dans la conduite que le gouvernement doit tenir pour diriger les individus vers ce qui est le Vrai, le Bien, et le Beau.
Plus les droits sont respectés dans un pays, plus la justice y règne et plus grand est le degré de civilisation quon y rencontre. La paix des familles et le bonheur des individus sont le résultat, non des dé-
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couvertes de la science moderne, mais de l’observance du Décalogue.
On conçoit dès lors que la perfection accidentelle ou secondaire de la société peut s'accroître sans limite sous la direction d'un bon gouvernement parce que la société est douée de facultés indéfiniment perfectibles dans l'ordre intellectuel et matériel. Elle est destinée à progresser toujours, sans jamais atteindre les bornes de son perfectionnement. C'est le développement continu, c'est le progrès, la marche en avant de l'humanité, c'est la poussée infatigable, l'ascension sans arrêt de l'homme vers un ordre supérieur d'organisation et de paix, vers la réalisation d'une splendide et complète unité sociale.
Ces principes répugnent, nous le savons, à l'école utilitaire et matérialiste ; ils sont pourtant les seuls qui renferment la vie et la lumière, les seuls que les plus grands économistes du siècles ont reconnus comme étant l'âme, le sang et la chair des sociétés humaines. Chaque fois qu'ils sont méconnus l'organisme souffre et l'intensité du mal
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est toujours en proportion de l'importance du principe violé. C'est la loi éternelle dans l’ordre physique comme dans l'ordre moral ; et si notre pays a des crises périodiques de douloureuses agitations, c'est parce qu'il y a des droits systématiquement méconnus par l'autorité politique soit dans les légi:latures particulières, soit dans le parlement général.
Le Canada est une Fédération d'états distincts les uns des autres par des nationalités différentes de religion et de langue : de là l'existence et les dures nécessités d'une société mixte. L'essence même et la raison d'être de ce régime fédéral consistent dans la protection garantie par tous les membres aux droits religieux et nationaux de chaque unité provinciale. C'est ainsi que l'acte de 1867 décréta que les lois du parlement fédéral seraient publiées dans les deux langues française et anglaise, et que le svstème séparatiste en matière d'instruction publique existant dans les deux Canadas serait confirmé par une clause organique. Hélas!
la majorité protestante du congrès provin
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cial de 1866 refusa d'aller plus loin, et les minorités catholiques du N. Brunswick et de la N. Ecosse restèrent à la merci de la vénérosité ou du fanatisme des majorités.
Plus tard, en 1870, le Parlement consacra par une clause constitutionnelle le droit des catholiques de la nouvelle province de Manitoba au . système scolaire séparatiste.
Mais comme les catholiques paraissaient y avoir la majorité, en leur concédant ce droit on ne fit pas autre chose que garantir les libertés de la minorité protestante. On se garda bien néanmoins «insérer une pareille clause dans les constitutions données à l'Ile du P. Edouard et à la Colombie Anglaise lors de leur entrée dans la Confédération canadienne, probablement parce que la majorité des habitants était protestante. Soit négligence, soit oubli, soit manque de prévisions politiques, soit absence de la faim et de la soif de la justice, le gouvernement commit là une faute énorme dont nous n'avons pas tardé à ressentir les déplorables effets. La crise
qui sévit de nos jours avec plus de violence
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que jamais et menace de tout détruire si on ne se hâte d'agir n'a pas d'autre cause.
Les protestants savent, qu'en effet, un catholique ne peut pas transiger sur la question de l'instruction de ses enfants, et qu'il repousse de toutes ses forces un système où leur foi religieuse n'est pas suffisamment sauvegardée. Pour lui la question est une affaire de conscience et constitue une des libertés les plus précieuses. Et cependant les protestants, partout où ils sont libres, forcent par une odieuse iniquité le catholique à payer une taxe scolaire dont ils savent que le père catholique ne tirera aucun profit pour l'instruction de ses enfants. En d'autres termes, le contribuable catholique est obligé par la loi à subvenir, lui individu de la minorité, aux frais de l'enseignement des enfants de la majorité protestante, Et s'il veut avoir des écoles où il puisse envoyer les siens, il devra s'imposer une nouvelle taxe et payer ainsi deux taxes, l'une pour les écoles protestantes, et
l'autre pour ses propres écoles.
N'est-ce pas qu'un pareil déni de justice,
n'est-ce pas qu'une pareille violation du premier principe de la constitution anglaise serait à peine croyable si on en signalait l'existence ailleurs que chez des peuples ignorants ou dépravés ?
Mais, direz-vous, comment expliquer une telle tyrannie de la part de gens qui se croient et ne cessent de se proclamer tolérants, libéraux, amis de l'équité, adversaires déclarés de ceux qui oppriment le faible et le malheureux, de gens en un mot qui ont créé l'expression British Fair Play, comme si la pratique de cette grande vertu était avec
le temps devenue un monopole national ?
Assurément, ils doivent avoir des raisons pour en agir ainsi avec leurs concitoyens, avec les catholiques surtout dont la tolérance ne s'est jamais démentie.
Oui, et ce sont précisément ces raisons ou plutôt ces prétextes que nous ne pouvons passer ici sous silence sans en faire ressortir une fois de plus toute la fausseté, disons-le, toute l'insigne mauvaise foi.
1° “ Nous voulons, dit la majorité pro- ‘ testante par ses chefs et par ses journaux,
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“ nous voulons établir en Canada un sys- “ tème uniforme d'écoles publiques afin que “ les enfants, destinés à devenir citoyens du “ même pays, apprennent à se connaître “ dès le bas âge et soient, pour ainsi parler, “ coulés dans le même moule. Nous vou- “ Jons que les enfants, habitués à se voir et “ recevant les mêmes leçons des mêmes “ maitres, cessent dans l'avenir de se traiter “ comme des hommes n'ayant rien de com- “ mun dans la manière de remplir leurs de- “ voirs envers la société et la patrie.
2° “ Nous prétendons que si la majorité “ accorde à la minorité catholique la faculté “ de tenir ses écoles séparées, il y aurait “injustice flagrante à refuser un semblable “ privilège aux anglicans, aux presbytériens, “ aux méthodistes, aux baptistes et le reste,
“ ce qui rendrait impossible tout système “ d'instruction publique à cause des frais et “ des complications sans nombre qu'il en- “ traînerait à sa suite.
3° “ Nous ne voulons pas du système “ séparatiste parce qu'il nécessite le main- “ tien d'une double administration très-coû-
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“ teuse et une augmentation notable d'im- “ pôts scolaires.”
La majorité se recrute en outre de tous ceux qui, repoussant tout enseignement religieux dans les écoles publiques, s'unissent aux protestants parce que ces derniers sont en général les moins éloignés de leur manière de voir, et d'ordinaire ne mêlent à l'étude du calcul et de la grammaire que la plus petite dose possible d'éducation relivieuse. On sait, ou plutôt peut-être on ne sait pas que M. Martin, l’auteur de la loi spoliatrice de Manitoba, appartient à cette classe de politiciens déistes et utilitaires. Et s'il tonsentit à souffrir l'introduction dans son bill de quelques dispositions anodines tendant à permettre l'introduction de quelque vague religion dans les écoles, ce fut uniquement par peur de voir sa mesure repoussée par la députation protestante.
Que personne ne s'y trompe; ce que M.
\Nartin voulait, c'était l'école sans notions aucunes de Dieu, d'immortalité de l’âme et
de christianisme. La législature n'était pas müre pour le paganisme ; elle l'était uniquement pour l'injustice.
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Examinons brièvement ces arguments des adversaires du système séparatiste.
La première proposition de la majorité suppose comme fait admis que, dans les écoles catholiques, il se distribue un enseignement tout-à-fait contraire aux préceptes de la charité chrétienne et de l’obéissance aux lois du pays. Elle suppose que nos
enfants apprennent de leurs maîtres et maîtresses à haïr et mépriser les autres enfants qui ne parlent pas leur langue et n'ont
pas la foi catholique. Car, prôner la nécessité d'écoles communes pour les enfants catholiques afin d'en faire de meilleurs citoyens c'est évidemment affirmer l'impossibilité où sont les écoles séparées d'en faire autant.
Or, cette prétention est fausse et calomniatrice ; elle repose sur la plus noire ignorance des faits ou sur les plus absurdes préjugés. Qui dit bon catholique dit bon citoyen : qu'on prouve la fausseté de cette proposition, et alors nous verrons s'il n'y aura pas moyen de s'entendre sur les écoles mixtes.
En attendant, nous maintenons comme
proposition également irréfutable que si l'école catholique forme d'aussi bons citoyens que l'école mixte ou commune, toute l'objection se réduit alors à l'expression d'une simple préférence dans le choix de la méthode. Les protestants et les déistes croient à l'efficacité d’une méthode et les catholiques à une autre : mais alors où les premiers prennent-ils le droit de forcer les derniers à adopter leur opinion? Est-ce que les catholiques ont jamais cherché à leur imposer la leur ? Est-ce que la province de Québec où la majorité est catholique ne laisse pas sous ce rapport à la minorité protestante la liberté la plus complète ? Est-ce qu'il n'en est pas ainsi partout en Canada où la majorité est catholique ? Or, si la méthode pratiquée par les écoles catholiques dans toutes les provinces de la Confédération est pour le moins aussi efficace pour former de bons citoyens que celle des écoles communes ou protestantes, il s'en suit que ces écoles ont absolument et incontestablement les mêmes droits à la protection des lois et aux encouragements de l'Etat.
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