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La crise agraire en Russie; quarante ans de propriété collective. Avec un préf. de M.J. Flach

J'ai souvent eu l'occasion de citer le mot profond de Tocque ville : « Le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est celui où il commence à se réformer ». Qae de nations, y compris la France du second Empire, l'ont, depuis la Révolution française, vériflé à leurs dépens. Au fond n'est-ce pas le vieux proverbe russe : « Otch odnogo herega ochschalk, k, drou gomou ne prischalk » ? « On a quitté une rive, l'on n'a pas abordé à l'autre ».

La Russie est entrée dans la zone dangereuse, avec les lois libératrices de 1861, et elle s'y est enfoncée de plus en plus à mesure que, par la brèche ouverte, des maux nouveaux et aigus envahissaient la société. La première réforme, inachevée et précaire, non seulement en appelait d'autres incessamment, mais elle aggravait de jour en jour la rupture d'équilibre qu'elle avait

provoquée. L'édifice reposait sur deux colonnes, l'autocratie et le servage ; quand l'une d'elles fut sapée et écroulée, de formidables lézardes se produisirent, la masse tout entière vacilla sur sa base unique et insuffisante, l'édifice porta à faux.

Où trouver d'autres supports, d'autres colonnes ? Ni la noblesse ni le clergé ne pouvaient les fournir. Tous deux faisaient corps avec l'autocratie, ou s'ils s'en séparaient, la noblesse ruinée par l'émancipation, le clergé miné par les idées scliismatiques, ils se transformaient en éléments révolutionnaires. Au lieu de consolider l'édifice, ils l'ébranlaient ; ils augmentaient l'instabilité au lieu de la combattre.

De tiers état, de bourgeoisie, il n'en existait point. C'était la petite noblesse qui en tenait lieu. Elle se recrutait dans les classes inférieures ou à l'étranger, parmi les fils de popes ou parmi les Allemands des provinces baltiques. Elle se composait de petits fonctionnaires corrompus et de petits propriétaires besoigneux, qui trafiquaient des fonctions locales. Ses idées étaient souvent novatrices, ses actes toujours despotiques à l'excès. Elle frayait la voie aux menées révolutionnaires par sa propagande subversive comme par ses

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