‹ La crise agraire en Russie; quarante ans de propriété collective. Avec un préf. de M.J. FlachChapitre 13 sur 18 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

« Ce qui caractérise avant tout les petites indus- » tries rurales, dites industries de « Koustari » » — c'est-à-dire industries buissonnières — c'est » que les travaux nécessités par ces industries » sont faits en famille. En second lieu, leurs pro- )) duits ne sont pas fabriqués sur commande, la » production a lieu en vue de consommateurs » inconnus, des acheteurs qui se présenteront » sur le marché ; enfin elles ne sont, pour ceux » qui s'y livrent, qu'une ressource accessoire ; » elles procurent au petit agriculteur des res- » sources supplémentaires, augmentant celles » qu'il tire de ses travaux principaux, de son )) métier d'agriculteur. — Elles se distinguent » donc bien de l'industrie dite « des métiers »

» OÙ l'homme ne travaille que sur commande et » pour qui la profession constitue le principal » gagne-pain. — Elles sont donc bien différentes » de lindustrie des ouvriers en chambre des » pays d'Europe. »

Ainsi s'exprime M. Moratchevsky, dans l'article qu'il consacre à la petite industrie rurale dans « la Russie à la fin du XIX^ siècle » de M. Wladimir Kovalewsky (i).

C'est, en effet, ainsi que l'on a pu longtemps définir lindustrie domestique des campagnes russes. Pendant une longue période les paysans consacraient leurs veilles et les journées d'hiver perdues pour l'agriculture, àla fabrication d'objets rustiques de première nécessité, destinés à leurs propres usages et à ceux de leurs voisins immédiats : il y avait simple troc et le bénéfice résultait pour eux de ce qu'ils n'avaient pas à acheter au dehors ce qui leur était indispensable en plus de la nourriture : meubles, charrettes et voitures, ustensiles de cuisine et de ménage en poterie.

Bientôt, la population augmentant, ces artisans isolés se constituèrent en petits corps de

(i) « La Russie à la fin du xix' siècle ». Enquête publiée sous la direction de M. Wladimir Kowalewsky, adjoint du Ministre des Finances de Russie, en vue de l'Exposition Universelle de 1900 à Paris.

métiers ruraux, travaillant sur commande pour les voisins un peu moins proches ; il y eut déjà là un commencement d'organisation de ces travaux accessoires : ce fut la naissance d'une petite industrie, au vrai sens au mot.

Mais par une conséquence fatale, la population continuant d'augmenter, la productivité de ces nouveaux venus était supérieure à leurs besoins, car chacun pouvait fournir au-delà de sa propre consommation. On vit alors ces petits fabricants ne plus se contenter des commandes qu'ils recevaient et vendre leurs produits sur les marchés. Cette phase fut d'assez longue durée ; pendant de nombreuses années, dans la période du servage, la misère matérielle n'étant pas grande, on ne demanda à l'industrie que le supplément stricttîment nécessaire et l'offre put rester proportionnée à la demande.

Malheureusement, peu à peu, la misère croissait, l'agriculture laissait toujours inoccupés un plus grand nombre d'individus et le prolétariat grandissant, pour trouver son gagne-pain, se rabattait sur le Koustari, la production en vint à dépasser les besoins de la région voisine et il fallut chercher des débouchés plus lointains. Au début, certains de ces artisans se chargèrent d'aller au loin écouler les produits de leurs cama-

rades puis, la matière première venant à manquer par endroits, ces mêmes hommes ajoutèrent à la vente des produits l'achat de la matière nécessaire.

Ils devinrent rapidement de véritables entrepreneurs, fournissant la matière à des ouvriers qu'ils payaient aux pièces et revendant ensuite les objets ainsi fabriqués. Ils reçurent des commandes sous leur responsabilité, puis passèrent des traités avec de grands commerçants et même avec des industriels qui trouvaient avantage et économie à faire ainsi exécuter certaines pièces au dehors, au lieu de faire travailler dans leurs ateliers. La petite industrie rurale, telle que nous la définissions en commençant, telle qu'elle avait si longtemps prospéré, avait vécu et se trouvait devenue une simple annexe, un rouage de la grande industrie naissante.

De plus en plus, les paysans ont vu se produire celte évolution, car trop de causes paralysent leurs efforts pour qu'ils puissent continuer à pratiquer leur métier d'une manière autonome.

Aux tout premiers débuts de la grande industrie, avant l'émancipation, celle-ci trouva une redoutable concurrence du fait des petites indusr tries, de Koustari, qui en effet, pouvaient fabri-

quer à très bon marché, puisqu'elles ne devaient fournir à ceux qui les exerçaient qu'un appoint, tandis que des usines naissantes, avec leurs frais généraux, Famortissement du capital et la difficulté grande qu'elles trouvaient à recruter leur personnel ouvrier, ne pouvaient pas songer à de tels prix et souffraient beaucoup de cet avilissement.

Dès i856, les économistes partisans de la grande industrie, entre autres M. Tarassof, se plaignaient de cet état de choses, et constataient que bien que les produits des petites industries fussent médiocres, ils triomphaient et entraient chaque jour davantage dans l'usage des classes rurales, les plus nombreuses de la nation, par suite de leur coût peu élevé.

M. Baranowski a même établi que les tissages domestiques ne se sont introduits en Russie qu'après l'installation des premières manufactures qui eurent longtemps de la peine à lutter. De i836 à 1867, l'importation du coton, matière première, quadrupla, prouvant le développement de ces industries et pendant le même laps de temps le nombre des ouvriers employés dans les usines diminua de i/5. — Les paysans, après des stages dans les fabriques A^oisines avaient fait leur éducation technique et vu la modicité de leurs

prétentions, les marchands d'étoffes trouvaient avantageux de s'adresser à eux (i).

A cette époque, les salaires en Russie étaient plus élevés que dans tous les pays d'occident. — Mais aujourd'hui les rôles sont renversés et les progrès de la mécanique ont tout bouleversé. Les perfectionnements apportés aux machines, d'un prix coûteux pour les paysans et nécessitant une main-d'œuvre réduite pour de grosses productions, ce qui est la négation même de la petite industrie, ont fait que, de plus en plus, celle-ci se trouve écrasée sous la concurrence.

Une des industries locales qui fut longtemps parmi les plus florissantes, celle des cloutiers, en fournit un exemple saisissant. Avant Tannée i865, ils étaient très nombreux ; dans un seul gouvernement, celui d'Oulama, on comptait 20.000 cloutiers, produisant annuellement pour 3.5oo.ooo roubles de clous ; aujourd'hui ils sont à peine 5 ou 6.000 et la valeur de leur production est réduite à i/3 de ce qu'elle était il y a 35 ans. Les laminoirs à clous peuvent en produire en effet plus de So.ooo par jour, alors qu'en 18 heures de travail un villageois n'en peut faire que 1000 naturellement plus grossiers que ceux

(i) Maxime Kovalewsky, loc. cit.. p. 173.

fabriqués mécanique aient. De plus, la matière première qu'ils trouvaient dans le voisinage s'est épuisée et ils sont aujourd'hui sous la dépendance absolue des entrepreneurs nomades qui leur fournissent le fer et leur achètent leurs clous .

Un statisticien russe, M. Gharizomenow, établit qu'actuellement 72 0/0 des industries villageoises sont des dérivées de la grande industrie, qu'elles ne constituent plus qu'une des formes du travail pour un patron, le classique travail à domicile : elles fournissent les 86 0/0 du total des marchandises produites dans les villages (i).

« L'industrie de Koustari, dit M. Maxime » Kovalewsky, n'est plus un simple appoint » pour ceux qui s'y livrent, dans la plupart » des cas, et, comme pour obtenir de très )) maigres résultats, il faut travailler 1/4 ou i/3 )) de plus qu'à l'usine, que le bénéfice est infé- )) rieur au salaire de simples manœuvres, on » s'en détache et on l'abandonne de plus en » plus ».

En tous cas on peut dire que la forme ancienne et patriarcale, distinctive de cette petite industrie, a presque complètement disparu, et que l'on se

(i) Maxime Kovalewsky, loc. cit., p. i83.

trouve en présence d'un aspect intermédiaire et transitoire. Les villageois russes sont trop disséminés pour qu'on puisse songer, comme dans les pays d'Occident, à jamais distribuer, la force motrice à domicile, de manière à permettre à ces travailleurs en chambre de bénéficier des avantages du machinisme et de ne pas succomber définitivement.

Au fur et à mesure que la grande industrie se développera en Russie, les artisans du Mir sont condamnés à disparaître, tant comme travailleurs autonomes que comme fournisseurs des industriels, tués qu'ils seront par les bas prix que leur grande rivale peut atteindre et par la perfection, le fini que seule la machine peut donner à la plupart des produits qu'elle fabrique. Leur domaine semble devoir de plus en plus se réduire aux objets d'usage courant, tels que les ustensiles en bois, le mobilier grossier, le charronnage dont les consommateurs se trouvent sur place et qui ne peuvent guère être faits en grand mécaniquement — et aussi aux objets qui, au contraire, demandant un tour de main spécial, ou une facture originale et personnelle, ne peuvent pas se faire à la machine.

A l'heure actuelle, 8 millions d'individus seulement, presque tous travaillant pour le compte

d'un entrepreneur, prennent part aux industries de Koustari (i).

Celles-ci sont peu répandues dans la région des terres noires où le sol est très fertile ; et dans laquelle existent de nombreuses usines. On les rencontre surtout au Nord et à l'Est, principalement aux environs des villes où se tiennent des marchés.

Elles étendent leur domaine à 5o branches différentes, depuis les objets de première nécessité jusqu'à certains instruments de physique et de précision.

On peut les placer en six groupes :

lo Groupe Trai>ail du bois. — Charronnage : ils font annuellement pour 20 millions de roubles de roues ; ustensiles de ménage, meubles, vannerie.

2° Travail des matières textiles : fil, toile, feutre, tissus de soie, dentelles.

30 Travail des produits animaux. — Travail des peaux : tannerie, cordonnerie en gros, travail des cornes, des soies de porcs ; brosserie.

4° Travail des produits m,inéraux. — Poterie, céramique commune. La porcelaine, naguère florissante, a été tuée par les usines.

(i) W. Kovalewsky. La Russie à la fin du XIX' siècle, p. 539.

50 Trai>ail des métaux. — Clouterie, coutellerie, serrurerie, toile métallique, fil de fer, samovar, plateaux.

6* Objets diçers. — Imagerie religieuse. Instruments de physique, jouets. Harmonicas (valant depuis 5 roubles jusqu'à aSo roubles).

Les paysans qui pratiquent encore ces industries fournissent pendant l'hiver un travail de i5 à 18 heures par jour, auquel ils font participer femmes, vieillards, enfants, même en bas-âge. En été ils y consacrent toutes leurs soirées, complétant toujours le même nombre d'heures de travail, et leur gain annuel pai^ famille atteint 60 roubles environ. Quelques ouvriers spéciaux, tels que peintres d'images religieuses, cordonniers, serruriers, qui ont complètement abandonné Vagriculture^ arrivent à un gain annuel de i5o à Î200 roubles.

Nous avons vu dans le précédent chapitre que le bénéficiée retiré de la culture est d'environ 55 roubles. Le paysan russe ne peut donc, grâce à un labeur des plus pénibles, été comme hiver, prolongé très avant dans la nuit, se procurer qu'un gain total annuel de ii5 roubles, soit 3oo francs environ.

Pour améliorer, dans la mesure de leurs moyens, le sort de ces industries, les moujiks qui

les exercent se sont groupés en Artels, ou Sociétés Coopératives, pour aménager des locaux spéciaux des ateliers de travail en commun, indépendants de la maison d'habitation et y installer quelques machines rudimentaires. Ils n'ont guère songé encore à s'associer ainsi, en vue d'acheter leurs matières premières et s'affranchir des intermédiaires, qui rognent la plus grosse partie de leurs bénéfices.

Le Gouvernement Impérial et les Zemtsvos de provinces font de grands efforts pour soutenir la petite industrie et empêcher sa ruine. Pour cela, le Gouvernement alloue tous les ans des subsides, fait de nombreuses commandes pour l'armée, la marine et les administrations. Enfii\ il a ouvert à Moscou un « Musée de la Petite industrie » destiné à faire connaître ses produits et à en encourager l'achat (i).

Les Zemtsvos accordent également des subsides ; de plus celui de Moscou a organisé, lui aussi, un Musée de la Petite Industrie, qui, moyennant une petite rétribution, se charge d'écouler les produits et recevoir les commandes.

Certains particuliers ont fondé des écoles

(i) Il existe à Paris, avenue de l'Opéra, un magasin où se vendent ces produits de l'industrie de Koustari.

techniques pour former les jeunes gens et les mettre en mesure de mieux lutter contre la grosse industrie au point de vue de la bonne qualité des produits dont la confection exige certaines connaissances. — La plupart de ces mesures sont trop récentes pour qu'on puisse juger de leur effet. Néanmoins, les conditions économiques dans lesquelles se développe cette j)etite industrie buissonnière semblent peu propices, l'instruction, même élémentaire, fait encore trop défaut à la masse, les écoles professionnelles sont trop peu nombreuses et la lutte lui est, dans la plupart des cas, impossible contre le machinisme.

M. Maxime Kovalewsky dit, à ce propos, que jusqu'ici toutes les mesures prises sont restées sans résultat — et que les paysans ne sont pas capables d'administrer des Artels sérieux. 11 cite, entre autres, à cet égard, l'exemple de l'Artel des cloutiers de Tver, créé sous l'influence du Zemtsvos fortement subventionné par ce Conseil, qui n'a fait que gaspiller sans aucun profit cet argent (i).

Donc, ainsi que nous venons de le voir, l'industrie villageoise, telle du moins qu'on la comprenait autrefois, a pour ainsi dire complètement

(i) Maxime Kovalewsky, loc. cit., p. 184.

disparu et se trouve remplacée par utie sorte de prolongement de la grande : sous cette nouvelle incarnation même, elle tend de plus en plus à diminuer d'importance, par suite des conditions misérables du paysan et du grand surcroît de travail qu'il doit fournir, par rapport aux ouvriers des usines qui ont des salaires supérieurs à la moyenne de ses gains.

Chaque année le nombre est plus grand de ceux qui renoncent à s'y adonner. Mais il leur faut un surcroit de bénéfices, puisque leur travail agricole est impuisant à les faire vivre. C'est aux usines qu'ils ont longtemps demandé ce gagnepain supplémentaire, faisant ainsi deux parts de leur temps : l'hiver consacré aux travaux de l'industrie, Tété, de retour au village, occupé par l'agriculture.

Longtemps les industriels russes se sont plaints de cet état de choses qui les obligeait à réduire, sinon à arrêter entièrement leur fabrication pendant une moitié de Tannée, qui de plus les mettait dans l'impossibilité d'avoir des ouvriers possédant l'habileté et le tour de main nécessaires pour la perfection de la production. Il est facile de concevoir, en effet, que des travailleurs nomades, interrompant leur travail pendant une partie de l'année, sont moins aptes que ceux qui

n'ont pas d'autre métier, à acquérir l'adresse et les connaissances indispensables. Par contre les ouvriers venant là uniquement pour augmenter leurs ressources, se contentaient de salaires faibles.

Bientôt, par suite des causes diverses que nous avons indiquées, la misère augmentant graduellement dans les campagnes, certains membres d'une famille, abandonnant complètement les travaux agricoles, venaient se fixer dans les centres industriels, dans l'intention de se consacrer entièrement à ce nouveau métier. Mais ils n'avaient pas cessé d'appartenir à la commune et ils devaient rentrer au village sur l'ordre du Conseil du Mir, lorsque celui-ci, par suite de la solidarité fiscale, jugeait leur présence nécessaire pour que les travaux des champs puissent profiter de leurs bras.

Il y avait donc en effet, à ce moment, impossibilité pour les chefs d'industrie de recruter et de conserver une main-d'œuvre satisfaisante, du moins en ce qui concernait les moyens établissements ; car les très importantes usines pouvaient assurer à leur personnel des avantages suffisants pour les conserver toute Tannée : si leur salaire, en effet, était assez élevé pour leur permettre de verser au Mir leur part dans les charges fiscales,

rien ne les obligeait à retourner dans leur village.

Les industriels ont beaucoup insisté sur ce côté de la question et ont fait hautement retentir de leurs doléances les sphères officielles, lorsque se trouvait à l'étude quelqu'une des mesures de protection ouvrière, plus nécessaires en Russie qu'ailleurs, que le Gouvernement du Tzar a prises dans les dernières années.

« Nous ne pouvons pas, disaient-ils, diminuer le nombre des heures de travail de nos ouvriers, ni employer moins de femmes et d'enfants dans nos ateliers. Nos frais seraient trop augmentés et notre production trop diminuée si nous n'utilisions pas ainsi les longues nuits d'hiver pour compenser la perte de temps que nous cause l'habitude qu'ont nos ouvriers de retourner l'été chez eux. »

Malheureusement pour leurs dires et pour les paysans, mais heureusement pour leurs industries, les enquêtes et les documents récents montrent qu'il en est autrement à l'heure actuelle dans la très grande majorité des cas. D'une part, ils ne peuvent plus se plaindre de manquer de main-d'œuvre, puisque, plutôt que de se soumettre aux lois sur le travail des enfants, ils ont préféré les congédier tous et qu'ils ont pu les remplacer par des hommes, sans que les salaires aient

augmenté de ce fait ; et puisqu'au contraire leur moyenne de salaires n'a pas cessé de décroître. D'autre part. M. Maxime Kovalewsky et M. Dementiew, dans son chapitre de l'enquête de M. Wladimir Kovalewsky, montrent qii aujourd'hui 8 y °/o des ouvriers qu emploie la grande industrie ont rompu toute attache avec le Mir, les uns parce qu'ils ont pu, avant la loi de iSgS, se racheter et sortir de l'indivision, les autres parce qu'ils ont été dépossédés par les mangeurs de Mir ou par la commune. Ceux-ci sont de beaucoup les plus nombreux. Il existe en effet plus de 2.5oo.ooo ouvriers agricoles qui ne trouvent plus à s'employer, dont les campagnes n'ont aucun besoin (i).

Or, l'industrie n'emploie que i.5oo.ooo ouvriers, il y a donc une offre plus grande que la demande. Un assez grand nombre de ces ouvriers sont établis aux faubourgs des villes et pratiquent leur métier depuis 2 ou 3 générations.

Il est, par suite, inexact de dire, comme on l'a fait souvent, que le Mir est aujourd'hui un obstacle au développement industriel de la Russie. C'est malheureusement le contraire qui est vrai : par suite des nombreux défauts d'organisation et

(i) Maxime Kovalewsky, loc. cit., p, 184.

Wladiiuir Kovalewsky, loc. cit,, p. 116 et sq.

du nombre élevé de prolétaires qui en est résulté, le Mir fournit aujourd'hui aux usines, dans la grande majorité des régions, un personnel nombreux dénué de toutes ressources, trop heureux d'accepter les salaires qu'on veut bien lui offrir, acculé qu'il est à la misère par la disparition de ses petites industries de Koustari. D'où une baisse continue.

Il ne reste plus guère dans la catégorie des ouvriers nomades que ceux que l'agriculture ne nourrit pas et dont le métier a périclité, mais qui n'ayant pas encore perdu leur lot de terre ou ne l'ayant pas affermé aux mangeurs de Mir, tiennent à retourner le cultiver à la saison propice, ou bien y sont contraints par leurs covillageois. Mais cette catégorie d'individus va tendre à se réduire de plus en plus, en raison même des conditions spéciales où ils se trouvent placés. Le nombre total des ouvriers des fabriques s'élève, en effet, à i.Soo.ooo (non compris ceux des mines) alors que le prolétariat comprend 2.5oo.ooo paysans. Il y a donc les plus grandes chances pour que le mouvement, que les dernières statistiques permettent de constater, se poursuive, si réellement, comme cela semble logique, les industriels, qui emploient encore des ouvriers migrateurs, s'en trouvent gênés.

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