‹ La crise agraire en Russie; quarante ans de propriété collective. Avec un préf. de M.J. FlachChapitre 17 sur 18 · de · texte numérisé non relu

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à un âge relativement avancé, vingt-cinq ans par exemple, on pourrait peut-être en même temps diminuer le nombre des sorties de famille. Rien n'empêcherait d'ailleurs de substituer la majorité au mariage dans les lois qui réglementent les partages familiaux et de dire que le partage ne s«ra de droit, au cas de décès du père, que pour les membres de la famille âgés de plus de vingtcinq ans (i).

B. — Vices de l* exploitation et des méthodes agricoles.

Nous avons indiqué à plusieurs reprises au cours de cette rapide étude que l'exploitation agricole des terres communales laissait fort à désirer. Cet état de choses tient en j)artie à l'ignorance des paysans, en partie à l'exiguïté des lots, mais il dépend beaucoup aussi des institutions, des coutumes du Mir en matière de partage.

On a souvent reproché à la propriété collective telle qu'elle est pratiquée en Russie d'avoir multiplié les enclaves par suite de l'émiettement invraisemblable des parcelles ; cet éparpillement

(i) Le Gouvernement a été conduit à intervenir assez souvent à ce sujet pour qu'il n'y ait aucune impossibilité de ce fait.

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nécessite de plus le tracé de nombreux chemins d'accès qui font perdre beaucoup d'espace à la culture. Il est certain que ces reproches sont fondés et que si les moujiks ne s'entendent pas entre eux pour exécuter en même temps leurs travaux agricoles tels que labourage, fauchage, rentrée des récoltes, il leur est presque impossible de cultiver ces champs minuscules, car fatalement les premiers prêts endommagent par leur passage les champs des autres.

Un certain nombre de communes se sont d'ailleurs organisées en Mirs artels et ont substitué le communisme au collectivisme. Chacun reçoit bien la part de terre qui lui revient de droit suivant la coutume et sur les bases que nous avons indiquées ; mais tous les moujiks labourent toas les champs du domaine de la commune et en font la récolte ; les produits sont ensuite partagés en nature au prorata de la quantité du sol à laquelle chacun avait droit. Parfois aussi il n'est pas fait d'allotissement et c'est uniquement au moment de la répartition que 1 on tient compte des raisons qui doivent faire attribuer davantage à ceux-ci ou à ceux-là. C'est l'application aux terres arables du principe en usage pour les prairies.

Mais même sans faire toutes les opérations en commun il serait possible, et certains Mirs le

font, de prescrire, puisque le starost doit surveiller et diriger l'exploitation, que les principaux travaux, ceux qui nécessitent le passage de chevaux ou de voitures, seront faits le même jour dans chaque kon, de manière à tenir compte du retard que les récoltes pourraient subir en telle ou telle partie du domaine, par rapport aux autres, par suite de la diversité de fertilité ou d'exposition. Les adversaires du Mir s'élèvent contre cette façon de procéder, au nom de la liberté individuelle qui se trouve méconnue par l'obligation imposée à tous les cultivateurs de labourer ou de faucher à jour fixe sans souci de leurs convenances personnelles. On peut répondre à ceci que tous les chefs de famille faisant partie de l'assemblée de la commune, il leur est loisible d'intervenir dans la fixation de ces époques. Mais il nous semble que ceux qui formulent cette critique se placent sur un terrain qui n'est pas le bon. Qu'ils fassent de manière générale cette objection au principe même de la propriété collective, rien de plus naturel, et c'est certainement un des arguments sérieux dont on peut se servir contre cette institution. Mais une fois admise l'existence du Mir, qui repose sur le droit de la communauté de contrôler les actes et la gestion de chacun de ses membres, on est mal venu à se

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plaindre que telle mesure ne respecte pas entièrement la liberté des individus. Toute la question revient à savoir si la possession commune du sol présente ou peut présenter, lorsqu'elle est bien organisée, des avantages suffisants quant au bien-être de tous, pour que les considérations philosophiques et théoriques passent au second plan. Si ce point est une fois admis, il semble bien que le Mir possède le moyen, dont il use d'ailleurs fréquemment, de parer aux inconvénients les plus graves et de l'extrême dispersion des parcelles.

D'ailleurs, ainsi que nous avons eu l'occasion de le dire au chapitre I^% il suffirait que les paysans adoptassent le principe de Véquwalence entre les lots, substitué à celui de l'égalité, pour que l'on pût remédier à ce défaut et du même coup supprimer celui contre lequel le communisme ne peut rien : l'extrême distance entre le village et certaines parcelles. Les moujiks qui détiendraient les lots les plus éloignés trouveraient une compensation dans l'étendue de la terre«à eux accordée ou dans une diminution de leur part d'impôt.

Les mêmes adversaires reprochent au Mir de ne pas permettre assez de souplesse à l'agriculture vouée à perpétuité, suivant eux, à l'assole-

ment triennal, et par suite empêchée de varier ses produits. Cette critique ne peut reposer que sur un examen superficiel du mode d'allotissement en usage.

Rien n'impose, en effet, l'existence de trois champs de culture : il peut y en avoir deux ou quatre, ou cinq, ou davantage, si les moujiks veulent, au lieu de se borner à produire du blé d'été et du blé d'hiver, cultiver encore la pomme de terre, la betterave, le lin ou le chanvre, ou les herbes fourragères (trèfle, luzerne, etc.).

M. Maxime Kovalewsky cite, d'après sa propre expérience et d'après divers économistes russes, nombre de régions où l'assolement triennal a été abandonné, où il existe des prairies artificielles et où les cultures sus-indiquées sont florissantes (i).

Le système communiste, il est vrai, empêche les initiatives privées et s'oppose à ce que quelques individus adoptent pour leurs terres ces modes d'assolement perfectionnés. Par contre, lorsque quelques membres influents d'une commune en ont compris les avantages, ils savent les imposer et on évite ainsi les lenteurs avec lesquelles les masses acceptent d'habitude les

(i) Cf. également les diagiammes publiés dans : La Russie à la Jin du XIX' siècle de M. Wladimir Kovalewsky.

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innovations. L'expérience tentée dans les régions citées par M. KovalcAVsky a donné, à l'en croire, de très heureux résultats ; cet exemple se répand de plus en plus et il est fort possible d'ailleurs de faire l'éducation des paysans dans ce sens.

« Rien, dit-il, dans la constitution du Mir, ne s'oppose au progrès et lorsque la nécessité d'une amélioration est reconnue, rien n'empêche qu'elle soit adoptée (i). »

Un autre inconvénient, et bien plus grave dans ses conséquences, résulte de la périodicité des partages. Le sol est négligé : non seulement il n'est pas question d'amendements, de drainage ou d'irrigation, mais les terres ne sont même pas

(i) M. Tchouprov, dans une étude sur « la petite agriculture en Russie et ses besoins fondamentaux » publiée dans le journal Roiisskia Viedomosti (n» 98, 1904), dit que : dans le courant des dix ou quinze dernières années, des milliers de communes ont abandonné le système des trois champs pour adopter celui de plusieurs champs avec ensemencement de plantes fourragères. On peut en conclure que l'existence de la commune n'est nullement un obstacle aux progrès de la culture, certains perfectionnements tels que l'achat d'outils meilleurs, sont même plus faciles pour la commune que pour un particulier. Les améliorations se répandent rapidement et sont acceptées avec empressement par les paysans du moment qu'ils voient les nouvelles méthodes à l'œuvre.

Cf. également Maxime Kovalewsky, loc. cit., pp. 128 et 129.

fumées : le paysan se désintéresse, en effet, d'un lot qui doit lui être enlevé prochainement ; s'il dépensait de l'argent et prenait de la peine pour l'améliorer c'est son successeur seul qui en profiterait, car pour les terres arables, le principe de la compensation de plus-value n'existe pas comme pour les terrains de culture maraîchère et de la banlieue du village.

Il en résulte que les meilleurs sols s'épuisent que le rendement en diminue d'année en année, occasionnant ainsi un surcroît de misère aux cultivateurs.

Le mal a pris une extension suffisante pour que beaucoup de communes s'en soient alarmées et se soient mises en devoir d'y parer. Le moyen le plus généralement employé à cet effet consiste à imposer la fumure des terres et à laisser ceux qui ne se conformeraient pas à cette décision, en possession de leur même lot, ainsi appauvri, à la répartition future.

C'est aussi pour ce motif que beaucoup de Mirs ont pris l'habitude de laisser de longues années s'écouler entre deux partages successifs, et que le Gouvernement a posé en 1898 la limite de douze années pour les partages : un cultivateur peut largement, pendant ce laps de temps, profiter des améliorations qu'il apporte à son terrain.

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Comme la question de la fumure et de rentretien des terres intéresse tous les membres du Mir, appelés tour à tour à jouir des mêmes lots, il nous semble qu'on pourrait, logiquement aussi, faire exécuter ces travaux au compte de la collectivité sous la surveillance du starost et de l'Assemblée et en couvrir les frais au moyen des impôts municipaux.

On a souvent prétendu que les partages faisaient perdre beaucoup de temps et que l'opération mécanique en était très longue. Il n'en est rien. Comme on ne peut pas retirer à un individu des parcelles, portant encore leurs récoltes, pour en substituer d'autres, peut-être moins bien cultivées, il faut de toute nécessité faire porter l'opération sur trois années (dans le cas de l'assolement triennal) et répartir chaque année celui des champs laissé en jachères. Dans ces conditions, pour une commune de 200 âmes le partage peut se faire en un jour, pour une commune de 800 âmes en trois jours. Ce reproche n'est donc nullement fondé.

Il résulte de tout ceci, qu'au point de vue purement agricole, le Mir ne porte aucunement en lui-même le germe de sa dissolution : presque tous ses défauts peuvent disparaître par l'instruction et l'éducation technique des paysans.

Ce qui, à l'heure actuelle, le tue, en dehors de la question du manque de terres dont nous nous sommes déjà occupés, ce sont les charges disproportionnées qu'il subit. Si aucune modification ne devait être apportée de ce côté il est certain que, nonobstant tout perfectionnement, toute modification rationnelle de l'organisation intérieure, cette institution serait appelée à péricliter, entraînant la formation d'un vaste prolétariat agraire ; et la Russie moins encore que tout autre pays n'est préparée à ce malheur qu'Alexandre II et ses prédécesseurs avaient mis tout leur cœur et tout leur esprit politique à éviter.

G. — Pauvreté des paysans.

11 est certain que la responsabilité collective en matière fiscale est une des sources de l'extrême misères des moujiks. Mais peut-on espérer que le Gouvernement consente à y renoncer tant que les taxes payées par les classes rurales constitueront une part importante de ses ressources, alors surtout que les impôts rentrent diflicilement ?

Or c'est la question fiscale qui, à l'heure présente, entraîne la décadence irrémédiable du Mir. G'est pour des motifs de cet ordre qu'aucune liberté, aucune souplesse ne peut être accordée à cette institution : il faut que tous les paysans

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soient étroitement liés à la commune pour que sa capacité financière ne diminue pas. Il en sera ainsi aussi longtemps que le Gouvernement Impérial ne voudra pas considérer l'état de choses actuel sous son véritable jour et se rendre compte de la nécessité absolue de modifier l'assiette de l'impôt et de décharger un peu les campagnes qui succombent.

La Russie à la fin du XIX^ siècle, l'enquête, que nous avons déjà citée plusieurs fois, publiée sous la direction de M. Wladimir Kovalewsky, adjoint au ministre des Finances de Russie, qui a été rédigée en vue de l'Exposition Universelle de 1900 à Paris et qui présente par suite un caractère presque officiel, reconnaît explicitement que maintenant encore il existe des communes où les paysans paient des impôts supérieurs aux revenus de la terre, où ils doivent donc, sur les quelques roubles que leur rapporte l'industrie familiale, ou le salaire de l'usine, prélever non seulement la somme nécessaire à leur existence, mais encore de quoi compléter ce qu'ils doivent à l'État. Cet aveu suffit à caractériser le système fiscal russe au point de vue social. Bien entendu là où cette anomalie ne se présente pas, la somme qui reste au cultivateur, une fois les taxes payées, se réduit à fort peu de chose : les plus heureuses

familles arrivent à tirer de leurs champs un bénéfice annuel de 55 roubles !

Il faudra de toute nécessité, si on veut éviter la ruine absolue des populations rurales, quel que puisse être le mode d'appropriation du sol, que l'on se décide à faire porter l'impôt davantage sur la bourgeoisie et l'ensemble de la population. S'il est vrai que les établissements métallurgiques ont traversé une violente crise en Russie, les autres industries de ce pays sont prospères et florissantes : c'est le but que s'étaient assigné l'Empereur et son Gouvernement, et c'est avec orgueil et satisfaction que M. de Witte déclarait, il y a peu de temps encore, dans un rapport adressé au Tzar, que la Russie est en voie de devenir un pays industriel, que l'agriculture a cessé d'être sa ressource principale. Il faut cependant bien reconnaître que l'industrie ne s'est développée que grâce à des droits prohibitifs auxquels a succédé un protectionnisme féroce, et qu'elle présentera un caractère factice tant que les usines seront établies au hasard dans le pays, autour de grandes villes, et non pas dans les régions où se trouvent les richesses minérales et la houille. Il serait donc injuste et imprudent de négliger et d'abandonner l'agriculture qui a subi le contre-coup des droits dont la douane

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frappe les produits étrangers, en ayant vu se fermer devant elle les débouchés allemands qu'elle trouvait autrefois pour ses blés. La Russie ne peut pas se passer de cette richesse nationale ; les économistes de ce pays sont tous d'accord sur ce point, même les plus» favorables au développement de l'industrie.

Il n'est pas exact de dire que celle-ci ne pourrait pas supporter une augmentation de charges dans son ensemble : d'une part, protégée comme elle l'est, elle pourrait facilement, si elle se trouvait réellement trop surchargée, la faire retomber en partie sur le consommateur, sur qui serait prélevé ainsi un impôt indirect moins dur à supporter qu'une taxation supplémentaire ; d'autre part, elle ne paye actuellement que fort peu de chose par rapport aux très gros bénéfices que la législation actuelle lui permet et qui vont fréquemment Jusqu'à /Jo à 5o p. o/o du capital. D'ailleurs une notable amélioration du sort des habitants des campagnes permettrait à ceux-ci de devenir à leur tour consommateurs des produits des fabriques et des manufactures, ce qu'ils ne peuvent pour ainsi dire pas faire actuellement. Vu leur très grand nombre, il y aurait là un débouché nouveau qui permettrait sans nul doute aux industries de récupérer facilement le surcroît de

charge, dont elles se trouveraient frappées. Les faits se chargent d'ailleurs de confirmer ces prévisions : en année de bonne récolte la production des fabriques augmente proportionnellement à l'accroissement des revenus agricoles, et inversement (i).

Quant à la répercussion que ces réformes fiscales pourraient avoir sur les consommateurs, elle ne serait pas fort pénible, car il ne faut pas oublier que la population de l'Empire s'élève à i4o millions d'habitants; en défalquant de ce chiffre les 55 millions de paysans, il en reste 85 millions sur qui aurait à être répartie la partie des taxes dont seraient dégrevés les moujiks.

Jamais les conséquences d'une augmentation d'impôts ne pourraient aboutir pour l'ensemble de la population de la Russie à l'écrasement absolu sous les charges fiscales que l'on constate dans la classe rurale, que nous avons mis en évidence par des chiffres et qui est avoué dans une publication quasi officielle.

D'autre part, et en dehors même du commerce et de l'industrie, les classes dites privilégiées sont très peu taxées. L'impôt sur le revenu des valeurs mobilières ne produit que i6 millions de

(i) Cf. Nicolas On. loc. cit. p. 282.

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roubles, toutes les sommes placées en emprunts perpétuels ou emprunts étrangers en étant dispensées, alors que le commerce et l'industrie payent 69 millions, que les contributions foncières s'élèvent à 45 millions, et les annuités de rachat des paysans à 77 millions de roubles ! Il est hors de conteste que la part contributive des paysans aux ressources publiques est sans aucune proportion avec la partie de la richesse nationale qu'ils détiennent (1).

D'ailleurs il faudra tôt ou tard résoudre le problème. Les annuités de rachat devront être payées d'ici l'année 1920 ; que fera-t-on à ce moment ? Ces ressources devront être remplacées par d'autres. Est-ce encore sur les paysans qu'on fera porter ces nouvelles taxes ? en admettant que la ruine de plus en plus rapide des campa-

(i) Ils ne possèdent en effet que le tiers des terres cultivables ; les sommes payées par eux au budget de l'État pour annuités des taxes de rachat s'élèvent à 77 millions de roubles, et, de plus, ils supportent la plus grosse part de la taxe foncière qui produit 45 millions de roubles, tandis que les autres contributions directes ne fournissent que 75 millions de roubles. Les seules taxes de rachat forment donc les 2/6 du total des contributions directes (120 + 77 = 197 millions). Si on tient compte de la contribution foncière et des contributions indirectes, ils supportent plus de la moitié des charges de l'impôt. Les chiffres précédents ne comprennent pas les impôts provinciaux.

gnes permette encore de se poser la question dans vingt ans. Sinon ce sont les autres classes de la question qui auront à en subir la charge.

Pourquoi donc attendre ? Il ne saurait s'agir d'une question de principe, de vouloir faire payer jusqu'au bout les annuités des moujiks parce qu'ils ont contracté cette dette, car le rachat a été en effet rendu obligatoire et non librement consenti (i). Ce n'est même plus la propriété collective ou personnelle qui est en jeu, mais bien la formation d'un tiers état rural accapareur qui est en train de déposséder peu à peu la masse des habitants des campagnes. Malgré les partages que la loi de 1898 a d'ailleurs plutôt pour effet de restreindre, les mangeurs de Mir continueront à détenir la majeure partie des terres des villages, car les autres moujiks sont leurs débiteurs et, faute de pouvoir rembourser les

(i) On ne saurait non pkis alléguer que les annuités des paysans servant à payer aux anciens seigneurs les arrérages des titres qui leur ont été remis lors de l'affranchissement ; on pourra supprimer ces taxes en 1920 sans avoir à les remplacer ; les titres des anciens nobles ont en effet subi plusieurs conversions ou transformations qui ont diminué le montant des arrérages et avancé l'éfjoque de leur remboursement, de manière qu'il n'y a plus aucune concordance. Cf. notamment Nicolas On, loc. cii.fp. 862 (note).

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avances qu'ils ont reçues, devront à nouveau leur abandonner tous leurs droits ; en outre, les communes où ils sont en majorité usent et abusent de la confiscation des lots contre les retardataires. Si les impôts restent ce qu'ils sont, les terres nouvelles mises à la disposition des paysans seront absorbées de même.

En présence de ces faits il est permis de se demander si ceux qui opposent volontiers l'affranchissement des serfs de 1861 à la suppression de l'esclavage en 1848, dans les colonies françaises, sont bien informés et bien inspirés.

Sans doute la réforme d'Alexandre II était remarquablement conçue en théorie, et si elle comporte des imperfections d'exécution, elle n'en reste pas moins une œuvre admirable. On a fait tout ce qu'on a pu faire, mais les résultats sont-ils meilleurs que ceux obtenus dans nos colonies ? On a théoriquement donné la liberté, on n'a assuré la subsistance que sur le papier, car elle ne fut tirée que des métiers accessoires ; mais ces résultats furent apparents et temporaires : on n'a pas hésité par des mesures ultérieures comme celles de 1893 à rétablir le servage vis-à-vis de la commune pour éviter le développement normal et logique des conséquences de Pacte de 1861, qu'on n'avait pas su prévoir ou empêcher par les

moyens réellement appropriés. Si on a évité les mouvements violents qui ont ensanglanté nos colonies en 1848, les événements actuels permettent de se demander si on ne les a pas simplement ajournés.

L'acte de 1861 ne portait pas fatalement en lui ces conséquences, mais il eût fallu que l'esprit libéral qui l'avait inspiré se retrouvât dans son application ultérieure ; malheureusement tel ne fut pas le cas, et, le premier moment d'enthousiasme passé, le paysan est redevenu l'être méprisable et taillable à merci qu'il avait toujours été ; et dans sa nouvelle condition les conséquences matérielles de cet état d'esprit furent plus dures.

Jusqu'ici le Gouvernement n'a pris aucune mesure générale en faveur de la collectivité des paysans. Son action s'est bornée à quelques dégrèvements partiels et à la fondation, en i883, de la Banque foncière des paysans destinée à leurs faciliter l'acquisition de terres à titre individuel. Cette mesure n'a porté aucun fruit : en i883 le domaine privé des paysans montait à 765.000 hect. ; de i883 à 1900 il n'a augmenté que de 2 1/2 «/o.

D'ailleurs seules, des individualités relativement aisées pouvaient en profiter ; et son seul effet pouvait être de creuser davantage la démar-

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cation entre la masse pauvre et quelques moujiks riches.

Cependant au début de Tannée 1902 un brusque mouvement de jacquerie, durement réprimé, fut un signe avant-coureur si éloquent des dangers dont la situation était grosse que le Gouvernement jugea indispensable d'étudier de près la condition des populations rurales et de déférer ainsi aux désirs non équivoques de l'opinion publique.

Le 26 mars 1908, le Moniteur de V Empire publia un manifeste presque entièrement relatif à la question agraire et dont voici les passages principaux :

« Par la grâce de Dieu, Nous, Nicolas II, )) Empereur et autocrate de toute la Russie, » Tzar de Pologne, etc., etc.,

)) Déclarons à tous nos fidèles sujets,

» Étant monté par la grâce de Dieu au trône » de nos ancêtres, nous avons fait devant le » Tout-Puissant et devant Notre conscience, la » promesse sacrée de veiller aux bases séculaires » de la Monarchie russe et de consacrer Notre » vie au service de Notre bien-aimée patrie ».

« A notre profond regret, le trouble en partie )) semé par les projets hostiles à l'ordre général de

» l'Etat, en partie causé par rentraînement vers » les principes étrangers à la vie russe, empêche » un travail d'ensemble en vue d'améliorer le » bien-être du peuple. Cette agitation qui trouble » les esprits, les éloigne du travail productif et » souvent cause la perte de jeunes forces chères » à Notre cœur et nécessaires à leurs familles et » à la patrie

» Nous avons reconnu, dans notre inébran- » lable décision de satisfaire les besoins ingrats » de l'État, comme utile de :

» Diriger en conformité avec les besoins » urgents d'améliorer l'activité économique du » peuple l'action des institutions de crédit, en » particulier des banques foncières de la Noblesse » et des paysans vers une consolidation et un » développement encore plus grands du bien-être » des propriétaires nobles et des paysans, piliers » fondamentaux de la vie rurale russe.

» Faire parvenir les travaux prescrits par » Nous relativement à la révision de la légis- » lation sur les classes rurales, après leur exécu- » tion préalable dans l'ordre indiqué par Nous » dans les difterentes localités pour y être » élaborés plus complètement et mis en accord

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» avec les particularités locales dans des consul- » talions provinciales, avec participation des » personnes les plus dignes, investies de la con- » fiance publique. Placer à la base de ces travaux » l'intangibilité du régime communal de la pos- » session paysanne, tout en recherchant en même » temps les moyens de faciliter à des paysans » individuels leur sortie de la commune.

» Prendre sans délai des mesures pour abolir » la responsabilité gênante pour les paysans. »

A travers le vague de la phraséologie officielle s'apercevait dans ce manifeste la notion de quelques-unes des causes du malaise qu'il était impossible d'ignorer plus longtemps ; il contenait une promesse ferme, l'abolition de la responsabilité collective, et l'intention de consulter les intéressés. On pouvait donc concevoir l'espoir de tentatives sérieuses d'amélioration.

Le projet de re vision de la législation sur les classes rurales auquel il était fait allusion venait d'être terminé. Sur l'initiative de M. de Witte, une assemblée directrice et centralisatrice fut créée au Ministère des Finances sous le titre de Conférence spéciale pour l'étude de V agriculture ; et celle-ci prescrivait la réunion de comités provinciaux auxquelles participeraient des délégués

des zemstvos et de la Noblesse. Les comités provinciaux étaient de deux sortes ; les uns siégeant au chef-lieu de chaque gouvernement; les autres dans les différents districts.

Un peu plus tard, en octobre 1 908, fut instituée une Commission présidée par le sénateur Kokovtzeff, et comprenant 32 membres : 14 fonctionnaires et 18 représentants des Zemstvos ; elle prit le nom de Commission pour V étude des questions se rattachant aux çariations du bien-être de la population agricole des goupernements du Centre comparatii>ement aux autres régions de la Russie d' Europe. C'est celle dont nous avons déjà parlé plus haut, sous son nom abrégé plus usuel de Commission relative à V appauçrissement du Centre. Son champ d'études portait sur presque tous les gouvernements des régions purement agricoles.

Cependant le projet préparé par le Gouvernement ne portait pas la marque de tendances générales libérales : l'infériorité des paysans au point de vue juridique était accentuée ; les pouvoirs de l'administration à leur égard étaient renforcés, et notamment son influence sur les tribunaux des çolosts ; les peines s^iéciales pour les paysans étaient maintenues. Enfin il comportait la création d'une police rurale spéciale,

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nécessitant une dépense annuelle de lo.ooo.ooo de roubles.

Soumis aux Comités provinciaux il fut mal accueilli par le plus grand nombre d'entre eux . Leur fonctionnement a été très différent suivant la façon dont les membres en étaient recrutés, selon la publicité plus ou moins étendue donnée aux débats, la plus ou moins grande liberté laissée par ces présidents à la discussion et même quant au choix des questions à étudier.

Le Gouvernement a posé aux Comités un certain nombre de questions déterminées, mais bien souvent ils allèrent plus loin et abordèrent des problèmes d'ordre plus général touchant aux bases du régime politique ou administratif.

Le compte-rendu de leurs travaux, clos en 1904, constitue 58 volumes représentant plus de 28.000 pages, qui abondent en documents et en renseignements statistiques prouvant l'extrême détresse de la population rurale ; on y trouve confirmation des constatations pessimistes faites depuis longtemps déjà par les sociologues russes. C'est ainsi que le Comité du district de Balachev, gouvernement de Saratov fait ressortir, par un calcul détaillé, que, après déduction du fermage, des frais d'exploitation, primes d'assurance, etc., et en totalisant le re{>enu des terres de culture

açec le produit du travail salarié fourni en dehors des propriétés ou fermes pqj^sannes, le revenu s'élève pour le district à R 5. 120.000 et que làdessus les impôts directs et indirects absorbent : R 2 .621,000, et R 2 .yoo .000 si on tient compte de la perte de recettes causée aux communes par la suppression des débits d'alcool. Il en résulte un revenu net moyen annuel de 54 roubles par famille de 6 personnes environ : c'est un chiffre moyen, ce qui implique que certaines familles ne jouissent même pas de semblables ressources.

Un très grand nombre de Comités font ressortir une situation identique.

Ils préconisent dans leur grande majorité la suppression des mesures qui instituent pour les paysans une condition juridique intérieure ; la nécessité d'alléger leurs charges, de proportionner les terres à la population. Beaucoup recommandent la suppression de l'autorité paternelle et communale sur ces paysans majeurs ; l'abolition du système des corvées et de la responsabilité collective en matière d'impôts ; une refonte du système fiscal ; et concluent qu'il ne s'agit pas d'une situation locale à laquelle des remèdes partiels peuvent suffire mais qu'il faut attaquer le mal dans ses racines. Sous une forme plus

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atténuée, la Commission relative à V appauvrissement du Centre faisait les mêmes constatations : elle signalait la stagnation de la condition des paysans depuis la réforme de 1861 par rapport aux modifications économiques du reste du pays et ses conséquences. Elle estime nécessaire de prendre une série de mesures destinées à élever le niveau intellectuel et moral du paysan ; à lui donner un peu plus d'énergie, de courage, de force pour vivre. Pour cela, il faut avant tout modifier sa situation juridique qui le place en état d'infériorité vis-à-vis de toutes les autres classes : notamment ouvrir les écoles supérieures ou secondaires aux paysans sans qu'ils doivent pour cela changer de classe ; ne pas entraver leurs déplacements et par suite leur délivrer les passe-ports sans plus de difficultés qu'à d'autres ; supprimer toute intervention de la loi dans le fonctionnement du Mir et des partages ; supprimer les chefs de district, qui exercent leur pouvoir administratif et judiciaire sur les seuls paysans ; cesser de varier la gravité d'un délit selon qu'il est commis par un paysan ou un autre, et supprimer les délits spéciaux pour les paysans (ivrognerie, dissipation).

La Commission conseille en outre d'étendre l'instruction générale et technique ; de s'efforcer

d'introduire chez les paysans des systèmes dié culture perfectionnés ; de tenter de régulariser les migrations intérieures, en centralisant les renseignements sur les demandes de main d'œuvre dans chaque région. Il conviendrait aussi de diminuer les impôts, notamment les impôts indirects et les tarifs douaniers ; d'étudier le moyen de dépenser une part plus grande des ressources provenant des régions agricoles, dans ces régions même ou à leur profit ; de supprimer ou au moins de diminuer fortement les taxes de rachat, et en tous cas d'annuler les arriérés provenant de ces taxes (i) ; de développer le crédit agricole ; et enfin de consulter les zemtsvos, et de les autoriser à se réunir en Congrès, pour que ces problèmes puissent être étudiés d'ensemble.

Les résultats de la consultation des Comités et de cette Commission corrigeaient par leur précision le vague *et l'incertain du manifeste du 26 mars et permettaient un espoir de nature à calmer les esprits.

Mais les propositions de la Commission pour l'appauvrissement du Centre furent mal accueil- Ci) La Conférence spéciale pour les besoins de l'agriculture, instituée au Ministère des Finances a décidé une réduction de 20 millions de roubles, de ce chef, dans 18 gouvernements particulièrement appauvris.

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lies en haut lieu et ceux des Comités qui avaient émis des idées sincères, signalant la nécessité d'envisager les causes profondes de la situation, furent l'objet de mesures de rigueur :

A Moscou le Gouverneur exprima aux membres des Zemtsvos réunis en séance spéciale « le mécontentement de Sa Majesté. »

Plusieurs membres du Comité de Soudja furent mandés à St-Pétersbourg où il leur fut fait défense de discuter les questions qui rentrent dans la compétence du Ministre de l'Intérieur.

Novicoff, paysan membre du Comité de Toula, fut emprisonné pendant 'un mois pour avoir présenté un rapport sur la situation juridique des paysans.

Les incidents du Comité de Voronège valent particulièrement d'être cités. Ce comité avait adopté à V unanimité (i) la résolution suivante :

« Il est impossible de continuer à vivre » comme nous vivons dans notre province, en » craignant constamment pour nous - mêmes et » pour nos biens. Il est impossible de voir avec » indifférence nos richesses naturelles se détruire » peu à peu, l'arbitraire croître partout de plus » en plus, le sens de la légalité disparaître ou

(i) Cette remarque est importante puisque ces comités étaient composés en partie par les délégués de la Noblesse.

^) s'altérer, nos forces rester sans aucune applica- » tion pratique possible ; et par dessus tout cela » voir s'approcher comme un orage de nouvelles » complications sous formes de troubles popu- » laires. La voie ouverte par le Gouvernement » qui s'est adressé à l'opinion locale doit être » suivie jusqu'au bout. Ceux à qui le Gouverne- » ment demande dans les différentes régions de » se prononcer sur les besoins de l'agriculture » doivent être entendus dans des consultations » générales. C'est pourquoi la Commission trouve » nécessaire la participation des représentants » des différentes classes de la population à une » consultation générale de la Russie tout entière.» A la suite de cette résolution, un membre du Comité le Dr Martynoff fut arrêté et amené à St-Pétersbourg, puis fut déporté dans le Gouvernement d'Arkangel, un autre Bonnakoff, âgé de 70 ans, homme de grande réputation et de haute culture, fut l'objet d'un ordre d'arrestation, puis placé sous la surveillance de la haute police, et relégué dans sa j)ropriété ; plusieurs autres membres du Comité furent également placés sous la surveillance de la police (i) ; le président du

(i) D'après les compte-rendus de la revue Osvobojdenie de Struve, organe des constilutionnalistes russes (se publie à Stuttgart).

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Comité fut mandé d'urgence en Crimée où se trouvait le ministre de l'intérieur, M. de Plœwhe, et fut l'objet de remontrances d'une rare violence et de menaces. Ces faits connus du public portèrent l'exaspération d'autant plus haut que Fopinion avait pu espérer un effort consciencieux et sincère.

Le meurtre de M. de Plœwhe eut pour conséquence de provoquer une tentative de politique plus libérale. Le manifeste publié par le Tzar lors du baptême du tzarevich annonça des dégrèvements pour les paysans des régions les plus surchargées, et fit connaître quelques mesures prises en vue de l'émancipation morale des moujiks, notamment la suppression des châtiments corporels.

Le 25 décembre 1904, l'Empereur adressa un rescrit au Sénat sur les projets qui lui étaient soumis et qui tendent à améliorer l'ordre public ; parlant des paysans ce document s'exprime ainsi :

(( Notre plus vive sollicitude va tout d'abord » à la classe la plus nombreuse de celles qui » composent notre peuple, à la classe des paysans » que nous voulons organiser au mieux de ses » intérêts et de son bonheur. Nous faisons con- » naître que, conformément à nos instructions, » cette question est en préparation. Elle est sou-

» mise à un examen approfondi, ainsi que les » projets primitifs du ministère de l'intérieur, » dont l'indication détaillée a été donné en son » lieu.

» En ce moment ont lieu des délibérations » auxquelles prennent part les membres les plus » éminents et les plus compétents de l'adminis- » tration et qui portent sur les questions les plus » importantes intéressant les paysans. Ces ques- » tions sont étudiées à la lumière de leur science » et d'après les données des enquêtes faites sur » les besoins généraux de la classe agricole par » des commissions locales.

» Nous ordonnons que ces travaux, qui cons- » tituent une législation concernant les paysans, » soient incorporés à la législation générale de » l'empire. Ainsi sera facilitée la tâche d'assurer » d'une façon durable la sécurité de cette classe à » laquelle une ordonnance impériale reconnaît » l'indépendance et la plénitude des droits des » citoyens libres. »

Une circulaire du Ministère de l'intérieur en date du i8 janvier 1906 commenta ce rescrit : « c'est à tort que quelques personnes ont paru croire qu'il s'agissait de modifier complètement la législation concernant les paysans. Le manifeste du 25 décembre implique l'observation et

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l'application des principes de la loi de 1861 et par suite le maintien de la propriété communale, de la législation qui s'est formée dans le cours des siècles, et qui est nécessaire aux paysans parce qu'elle répond à des besoins qui leur sont particuliers. On ne peut plus tarder à établir l'unité dans l'administration de la justice, mais ceci n'implique pas la suppression des tribunaux ruraux dont on peut par d'autres moyens faire cesser l'isolement et assurer l'indépendance. »

C'était, encore une fois, sous une forme vague^ des indications d'ordre général mais aucun programme précis, et l'absence de compréhension, au moins apparente, de la gravité et de l'étendue du mal révélé par les Comités et la Commission : la seule résolution nette qu'on y peut rencontrer c'est l'intention formelle déjà exprimée dans le manifeste du 26 mars précédent, de maintenir la forme de la propriété communale.

Rien dans les déclarations gouvernementales depuis les deux dernières années n'était de nature à apaiser les revendications et l'irritation spontanée, trop explicable, des masses rurales et il n'y a pas lieu d'être surpris de voir les soulèvements agraires, les jacqueries reprendre avec force, les esprits ayant été encore surexcités par la guerre.

Il est possible que la dissémination des paysans, le manque de contact entre eux rende difficile un soulèvement général et concerté ; mais rien ne permet de l'affirmer. On a souvent dit que la misère ne fait pas la révolution, c'est là, toutefois un adage auquel il ne faudrait pas trop se fier. Lorsque la misère arrive au degré qu'elle atteint dans les campagnes russes, le soulèvement est fatal et la répétition de jacqueries partielles, de plus en plus rapprochées dans le temps comme dans la distance peut conduire à une généralisation du mouvement qui ne laisserait pas sans doute d'être difficile à réduire, étant données les conditions territoriales de la Russie, et ses conditions politiques générales. Aussi, la crainte, à défaut de sentiments plus nobles devraitelle porter les milieux dirigeants russes à s'attaquer résolument à cette tâche, ardue sans doute mais réalisable. Il ne servirait de rien de se refuser à voir les choses sous leur vrai jour, de persister à croire à de simples mutineries dues à d'habiles meneurs.

Toutes proportions gardées, la situation permet de songer à la réplique fameuse : « C'est une émeute. — Non, Sire, c'est une révolution — » — Et ce n'est évidemment pas en mettant collectivement à la charge des paysans les dégâts commis

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et les pillages, comme on l'a récemment décidé, qu'on solutionnera la question, puisque déjà ils sont incapables de payer ce qu'on leur demande et que là est la cause profonde du trouble et des troubles.

Il est également maladroit autant que condamnable de tenir systématiquement pour non avenues les promesses contenues dans les manifestes récents, et après avoir formellement promis la suppression des châtiments corporels, d'y recourir arbitrairement, sans jugement ni enquête, comme cela se voit constamment depuis plusieurs semaines : on intimidera peut-être momentanément certains villages, mais on augmentera le mécontentement, on tuera toute confiance dans les paroles et les promesses impériales et on perdra ainsi les chances qu'on peut avoir de préparer et de prendre sans brusquerie les mesures qui s'imposent.

Combien paraît plus habile la politique conseillée par M. de Witte dans un tout récent mémoire adressé au tzar : loin de chercher à bâillonner les assemblées locales et les comités, faire grand cas de leurs avis et entrer résolument dans la voie de la suppression du particularisme local pour les paysans : leur donner toute liberté d'évoluer économiquement, de se déplacer et de

porter leur activité dans les régions susceptibles d'une mise en valeur, respecter leur organisation communale et traditionnelle, mais ne pas intervenir légalement en ces matières ni pour maintenir ni pour détruire.

Cette dernière question est évidemment fort complexe : quoi qu'on pense du Mir il est certain qu'il ne pouiTait pas disparaître subitement sans provoquer des perturbations graves dans la vie rurale, et on comprend que le Tzar se soit déclaré résolu à en maintenir le cadre, d'autant plus que dans leur presque totalité, les paysans ne conçoivent pas que la terre puisse ne pas être propriété commune. « Pas plus, disait l'un d'eux à quelqu'un qui l'interrogeait à cet égard, pas plus que je ne puis prétendre posséder le fleuve parce que j'y pêche des poissons qui ensuite m'appartient, je ne puis demander la propriété de la terre parce que j'y fais pousser du blé qui est ensuite bien à moi, parce qu'il faut que je me nourrisse ».

Mais ceci est moins une opinion qu'une tradition et il importe de chercher si les faits ont eu jusqu'ici une répercussion à cet égard. En admettant que la situation matérielle des paysans russes se trouve amélioriée, est-ce sous le régime de la possession collective qu'ils sem-

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blent devoir continuer à vivre ? Un fait mérite de retenir l'attention : tous les moujiks, tous leurs amis, tous les sociologues partisans du Mir, ont demandé sans relâche et viennent d'obtenir la suppression de la responsabilité collective ; mais il peut être à craindre qu'il n'y ait là qu'une question de mots ou que cette suppression n'entraîne la disparition du Mir. En réalité il ne semble pas que la pi;opriété collective puisse aller sans la responsabilité collective à moins de créer une divergence grave entre l'intérêt individuel et l'intérêt de tous : en équité les deux sont corrélatifs.

L'impôt, et quelle qu'en soit la cause c'est toujours à l'impôt qu'aboutit une dette de la commune, frappe l'ensemble du sol possédé et non pas tel ou tel lot.

D'ailleurs qu'arrivera-t-il dans la pratique, sous le régime de la responsabilité individuelle ? En cas de non paiement le fisc se saisirait de la terre et la vendrait soit à la commune et, en fait, les autres paysans se trouveraient payer pour le retardataire en reprenant son lot, comme cela se i:)asse aujourd'hui ; soit à des particuliers, et ce sera alors la dissolution progressive de la commune par démembrement de son patrimoine.

Mais, d'autre part, il est en effet souveraine-

ment injuste sous le régime collectiviste, comportant la jouissance individuelle, de faire prélever aux uns sur leurs ressources propres ce que doivent les autres qui n'ont pas pu ou su le tirer de ressources pourtant identiques. Les paysans sont individuellement, vis-à-vis de la commune, dans la position de tenanciers, et on ne concevrait pas un propriétaire ayant plusieurs fermiers, qui exigerait de certains d'entre eux le paiement de ce que les autres ont négligé de lui verser.

Les deux aspects du problème ne peuvent recevoir de solution simultanée que par le régime communiste, qui suppose la jouisssance commune des fruits du sol, en prélevant avant le partage en nature, les quantités qui représentent l'impôt.

Mais au point de l'avenir nous ne savons si cette solution en est une, car on s'accorde généralement à reconnaître que par tempérament et tradition le moujik tient autant à son indépendance économique individuelle sur le sol commun qu'il repousse l'appropriation individuelle de celui-ci.

Peut-on d'autre part déterminer si quelque tendance générale se dégage quant à l'orientation du mode de propriété sous l'influence des faits.

Il est pour ainsi dire impossible de le prévoir en se basant sur les faits actuels, car nous avons

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montré combien le fonctionnement du Mir était faussé en toutes choses. Jusqu'en iSgS on a vu beaucoup de villageois sortir de l'indivision : mais est-ce le Mir qu'ils fuyaient ou la responsabilité collective ?

Peut-on tirer argument du très petit nombre de répartitions définitives entre paysans qu'on a constaté depuis 1861 ? C'est peu vraisemblable, car il faut se souvenir que le statut agraire exigeait pour permettre cette opération les voix de la majorité des deux tiers ayant droit de vote à l'Assemblée. Or il y a toujours un très grand nombre d'individus absents à chercher du travail au dehors et les monographistes des communes rurales ont constaté qu'il est bien rare que les deux tiers des membres du Mir soient présents à la lois dans leurs villages.

D'aucuns ont cru trouver une preuve que les moujiks se détachaient des principes fondamentaux de leur organisation sociale dans ce fait que nombre de communes avaient cessé les répartitions périodiques ou n'en avaient pas fait depuis i858, date de la dernière réunion. Outre la tradidition qui souvent en était cause, quelques-unes, nous l'avons vu, avaient trouvé ce moyen un peu simpliste de parer au manque d'intérêt que le moujik manifestait pour le sol de son lot . Mais,

surtout, la raison ce ce fait se trouve dans l'existence et l'influence prédominante des mangeurs de Mir qui ont tout intérêt au maintien de l'état de chose établi, car leurs droits acquis sur les parcelles de leurs débiteurs ne sont pas respectées lors d'un nouveau partage : dans la plupart des cas ils sont sûrs de reprendre à nouveau des parts équivalentes, mais il peut arriver que des lots auxquels ils tiennent leur échappent et ils font tout pour l'éviter.

Ils usent de la corruption par distribution d'eau-de-vie pour se créer une majorité à l'Assemblée (i) : quand la question est soulevée, la séance est troublée et interrompre par les violences et les injures de leurs partisans (car pour la plupart les Miroiedy n'en font pas partie).

Il faut joindre à cela que les j^aysans sont très mal renseignés quant à leurs droits à demander une nouvelle répartition et, disent quelques-uns des partisans du Mir, sont retenus par la crainte de provoquer le mécontentement des autorités en employant les mots paiHage ou disU^ibution ou répartition qui sont ceux dont se servent les nihilistes.

(i) On sait que jiour décider une répartition il faut l'unanimité des voix des membres présents.

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Certains amis du Mir ont inversement formulé la crainte que les paysans ne soient portés à faire le partage définitif de peur de voir les prolétaires admis à résidence abuser de leur nombre pour s'emparer par un coup de force de l'administration du Mir et décréter leur admission à la jouissance collective.

Il y a là une raison de plus de mettre en œuvre tous les moyens possibles pour parer à la crise actuelle et éviter le grossissement des rangs du prolétariat.

Il est tout aussi difficile de tirer une conclusion en observant l'influence réciproque qu'ont eue l'une sur l'autre la propriété collective et la propriété individuelle existant côte à côte. On sait que la propriété collective n'est guère pratiquée dans les régions du Nord et de l'Ouest : Pologne, Finlande; que c'est surtout dans le Centre et à l'Est qu'on la rencontre. On a vu la propriété collective se développer récemment sur la base du Mir chez les Cosaques du Don où existait jusqu'alors le système de l'appropriation illimitée, dans la Petite-Russie, dans l'Ukraine, et en Sibérie sous l'influence des émigrants (i).

(i) Ceux-ci venaient presque tous des régions où le Mir existe et il est peu surprenant qu'ils aient reconstitué des communautés semblables en arrivant dans des pays

Dans d'autres régions au contraire, des tendances individualistes se sont manifestées par les partages définitifs, par la vente d'une partie du bien communal qui fut racheté par certains des membres. Quelques communes ont décidé de ne plus faire de répartitions et de rendre les lots héréditaires tout en restant sous le régime collectif.

Peut-on, par contre, former le souhait de voir l'une des deux formes l'emporter sur l'autre ?

Il semble bien que pour des peuples un peu primitifs comme ceux des campagnes russes, le Mir dégagé de toutes les causes accessoires qui le paralysent, peut présenter des avantages : il permet d'exercer une tutelle sur des hommes peu habitués à la liberté.

Il permettrait aussi, si aucun rouage n'était faussé, si la dotation de terre était suffisante et

neufs, si on songe combien ils sont attachés à leurs usages et portés à l'association, d'autant plus qu'ils n'avaient pas sous les yeux d'exemples, de formes différentes de la propriété. — Quant aux Cosaques du Don la situation est assez spéciale : dans le régime . de l'approiiriation illimitée, le sol restait néanmoins possession commune : le rapport entre la population et les vastes espaces disponibles permit longtemps à chacun de prendre ce qu'il voulait. Mais quand la population augmenta on en vint aux procédés du Mir : il n'y a donc eu de changement que dans la forme.

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si les moujiks n'étaient pas écrasés par l'impôt, si la domination des mangeurs de Mir n'existait pas, d'assurer te bien-être minimun à chacun de ses membres ; il serait donc réellement un préservatif, si l'ensemble de l'activité nationale et une suffisante liberté d'action laissée par la loi à chaque individu permettait au trop-plein de la population villageoise de s'écouler régulièrement et constamment.

« C'est ainsi, dit M. K. Leroy-Beaulieu, que » le considèrent parfois les paysans eux-mêmes » et c'est pour cette raison que les moujiks aisés, » devenus propriétaires individuels, hésitent à » abandonner leur commune. S'ils ne peuvent » cultiver leur lot ils le cèdent ou le louent à » d'autres regardant les terres du Mir comme » un en-cas pour les mauvais jours, une réserve » pour leurs enfants ou pour eux-mêmes. Voici, » par exemple, ce que répondaient les paysans » du Gouvernement de Moscou à une enquête de » l'Assemblée provinciale. Si les lots devenaient » propriété individuelle, ils seraient souvent » vendus au détriment des détenteurs ou de leurs » descendants. Un paysan meurt laissant des » enfants en bas âge, un chef de ménage est » appelé à l'armée, ce qui, avec les mariages pré- » coces, n'est pas rare ; la veuve ou la jeune

» femme ne peut exploiter seule, elle ne peut » payer un ouvrier ni même souvent aflermer, » vu le taux de l'impôt qui grève la terre. Si la » vente était autorisée, elle serait obligée de se » défaire de son champ, tandis que maintenant » le Mir le lui reprend pour le donner à une » famille comptant plus d'ouvriers et, lorsque » ensuite le paysan pris par l'armée revient du » service, lorsque les enfants mineurs du paysan » décédé arrivent à l'âge d'homme, tôt ou tard ils » sont remis en possession d'un lot ; de même, en » cas de maladies, incendie, perte de bétail (i). » Il est permis de se demander si on peut réellement voir le refuge des malheureux en une institution qui retire leur lot aux familles dans les moments où elles se trouvent le plus dans le besoin. Mais, peut-on dire, en revanche, ils n'ont qu'une période difficile à traverser et la perspective leur reste de posséder à nouveau leur terre. Vue sous cet angle, il peut être vrai en théorie que « la Commune agraire reste le refuge des « pauvres, des faibles ou des timides ». On oublie toutefois de tenir compte, pour l'avenir, de la nature humaine. Aujourd'hui les malheureux et les dépossédés sont nombreux, par suite

(i) Cf. Anatole Leroy-Bcaiilieu, loc. cit., p. 58; (note).

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de l'excès des impôts ; mais les ivrognes et les paresseux, les malchanceux et les maladroits constitueront toujours une clientèle pour les usuriers et il arrivera souvent que les lots de ceux qui auraient justement besoin de la protection du Mir, comme le dit M. Leroy-Beaulieu, seront entre les mains des Miroiedy.

Il en serait évidemment de même, dira-t-on, avec la propriété individuelle. Certes ; et cela nous amène à nous demander, en concluant, si, comme quelques-uns le soutiennent, le mode de possession des communes russes constitue un progrès par rapport à celui des paysans occidentaux, si l'expérience du Mir prolongée jusqu'à nos jours vient à l'appui ou à l'encontre des théories collectivistes ou plutôt de leur application pratique. La question est trop ardue et délicate pour être traitée dans un cadre aussi modeste.

L'expérience du Mir est faussée en trop de points pour qu'on puisse en tirer aucune conclusion absolue ; et notamment par la coexistence du régime collectiviste et du régime capitaliste, d'une part dans le domaine agraire lui-même, et d'autre part dans le domaine économique général ; les répercussions fiscales et l'arbitraire des interventions administratives, ainsi que l'obligation pour les paysans, propriétaires collectifs

du sol, de subir pour la vente de leurs produits les lois de laconcurrencejéconomique, ne permettent pas de voir dans le Mir une réalisation complète du système collectiviste au point de vue agraire. D'autre part, si les moujiks réalisent la socialisation du sol, ils ne connaissent pas celle des instruments de production et il y a là encore une dilFérence essentielle.

Mais cette différence est fort intéressante à retenir au point de vue qui nous occupe en ce moment : car si des individus aussi imbus des idées de solidarité que le sont les moujiks, possédant d'instinct la notion de l'inappropriation individuelle du sol, sont toujours réfractaires à étendre ce système aux instruments ou au bétail, il est peut-être téméraire de poursuivre cette socialisation chez des peuples individualistes.

D'ailleurs, si on ne peut point tirer de l'expérience du Mir des conclusions absolues, certains faits peuvent néanmoins s'en dégager :

On constate une tendance des individus à s'affranchir de la discipline collective, aujourd'hui que la terre peut leur donner autre chose que la subsistance, lorsqu'ils en possèdent beaucoup. Les paysans se sont divisés en riches et en pauvres, par suite de la facilité laissée à chacun

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de disposer sinon de son lot du moins du droit à l'exploitation du lot. Or on ne peut pas priver les individus de ce droit sous un régime qui comporte la jouissance individuelle, l'indépendance économique, une fois chacun doté des mêmes moyens de production que ses compagnons. Comment interdire à un individu responsable de l'exploitation de son lot, vivant de ce qu'il lui rapporte et qui, par imprévoyance ou par malchance, se trouve dans l'impossibilité de le faire, comment lui interdire d'emprunter sur une partie de sa dotation pour exploiter le reste, ou d'engager le tout pour pouvoir vivre ? Qui lui assurera la subsistance ? La férocité dont les moujiks font preuve dans ces cas prouve que la solidarité ne va pas jusque-là même chez ce peuple qui en a cependant le sens très développé. A ce défaut aussi, le communisme semble parer. Mais sur quoi se fonder, sur quelles données objectives, pour prétendre que l'hostilité des moujiks contre le communisme ne se rencontrerait pas ailleurs et que nos paysans occidentaux s'y adapteraient mieux, eux dont le farouche individualisme s'affranchit souvent des règles de l'humanité la plus élémentaire et aboutit parfois à des crimes féroces à l'égard de ceux dont l'âge ou la maladie font une charge ?

L'expérience du Mir montre encore à quel point un régime de propriété collective exige de discipline de la part de ceux qui le pratiquent, combien est nécessaire une autorité si absolue que maniée par des hommes imparfaits, elle dégénère presque fatalement en tyrannie. En regard de ces défauts qui lui sont propres, les plus saillants de ceux que l'on reproche à la propriété individuelle en matière foncière, c'est-à-dire le morcellement et les inconvénients qui en dérivent, se retrouvent dans le système opposé.

Il ne semble donc pas qu'on puisse s'appuyer sur l'exemple des paysans russes pour réfuter, au nom de la méthode d'observation, ceux qui reprochent aux théories collectivistes leur subjectivité et qui soutiennent qu'un tel système, pour pouvoir fonctionner, exige de ceux qui l'appliquent, un ensemble de qualités tel qu'on peut le qualifier d'utopie.

Néanmoins, si tout permet de supposer que ce régime serait inapplicable dans nos pays où chacun a pris l'habitude de la liberté individuelle, où l'àpreté du paysan et son amour de la terre rendraient illusoire toute espérance de voir germer la solidarité indispensable à son exercice, en revanche, à condition d'être amendé, à condition que la liberté leur soit rendue de sortir de

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l'indivision, que la commune soit considérée en réalité comme une ressource à laquelle n'ont recours que ceux qui le veulent, il nous paraît que le Mir peut constituer une excellente institution, au moins transitoire, pour la Russie, pour ces paysans que cinq siècles de servitude à leurs Seigneurs et à ce Mir lui-même, ont rendus pour le moment inaptes à la liberté absolue et à la propriété entière ; que grâce à lui. ils seront à même de prendre contact avec la civilisation et de faire leur apprentissage moral de manière à pouvoir, en toute indépendance d'esprit et de réflexion, choisir le genre d'existence qui leur semblera s'adapter le mieux à leurs aspirations, et, qu'à ce point de vue, ceux des conseillers du Tzar sont bien inspirés, qui le poussent à ne pas chercher à supprimer cette institution.

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