‹ La crise agraire en Russie: quarante ans de propriété collectiveChapitre 10 sur 18 · sans ce concours · texte numérisé non relu

sans ce concours

(i) L'âme de révision est Tunité de recensement: c'est tout paysan qui payait la capitation ; il faut compter en plus leur famille.

3.5oo.ooo dans les pro^'inces occidentales où le rachat avait été rendu obligatoii-e à la suite de l'insurrection polonaise.

Les 645.000 moujiks, comptés comme rachetés sans intervention de l'État, avaient, pour ainsi dire, tous réclamé le bénéfice du quart gratuit, de sorte que, comme le dit M. A. Leroy-Beanlieu : « Ce qu'on serait tenté, k première vue, de prendre pour un signe de richesse, est en réalité un indice de pauvreté ». En tous cas, on n'en peut tirer aucune conclusion par suite des- raisons qui aidèrent au développement du quart gratuit.

Ces 8.a45-ooo flnies de révision correspondaient à près de ao.ooo.ooode paypans. En revanche, il existait encore i.553.ooo « temporairement obligés » correspondant à environ 3.5oo.ooo paysans.

Paur remédier à cet état de choses, le tzar Alexandre III rendit, en 1881, un oukaze aux termes duquel tous les serfs devaient s'être rachetés avant le r^i^ janvier i883, avec le concours financier de l'Etat, qui désintéresserait les Seigneurs dans les conditions préalablement fixées.

En même temps, pour venir en aide aux paysans qui se trouvaient souvent accablés sous le poids des charges résultant de la fixation arbi-

traire, en 1861, du taux du rachat, le fardeau des annuités fut allégéde 16 0/0, ce qui représentait un dégrèvement annuel de la millions de roubles (i). Enfin un oukaze du aS mai 188a abolit la capitation ou impôt personnel que payaient toutes les classes de la nation, sauf la noblesse. Cette abolition devait être graduelle, sauf pour les catégories dites privilégiées et qui comprenaient les bourgeois, les allranchis, les paysans sans terre, les domestiques, et enfin ceux des paysans qui avaient accepté le quart gratuit. Grâce à ces dernières mesures, le noble but visé par Alexandre I®"^ et ses successeurs s'est trouvé enfin pratiquement atteint.

(i) « Le prix du rachat de Tobrok, écrit M. Karychelf, « était très élevé ; il était loin de répondre à la valeur « réelle des terres que le propriétaire avait été obligé de « céder, et à Timportance des ressources qu'on en tirait. « Le rachat fut donc ruineux pour les paysans émanci- « pés. L'exagération du prix eut pour effet d'accumuler « sur la tête du cultivateur des arriérés qui, entre 1880 « et 1890, montaient à 17 millions de roubles.

« En même temps, pour les ving^ premières années, « ropératiou se solda par un excédent de recettes de 40 a millions de roubles pour le Trésor.

« C'est pourquoi, vers 1881, on réduisit les prix du <c rachat. Malgré cette réduction, le paiement des arré- « rages de rachat n'en demeure pas moins la charge la « plus importante des paysans. » Wladimir Kowalewsky : La Russie à la fin du XIX* siècle, p. ii5.

Tout en déclarant que FËtat n'imposait pas aux moujiks un mode de possession plutôt qu'un autre, le gouvernement de 1861, et, plus tard, celui d'Alexandre III, favorisèrent, autant qu'il dépendait d'eux, la possession communale. C'est aux communes que furent cédées collectivement les terres abandonnées par les Seigneurs, à raison d'un lot légal par âme de révision, à charge pour elles de les répartir entre leurs membres.

Cette façon de procéder n'était pas inventée de toutes pièces : si on a choisi la commune pour unité, c'est que l'usage était déjà chez les serfs de se distribuer ainsi mutuellement entre membre d'un même Mir les terres que le Seigneur abandonnait globalement à celui-ci, et même de les répartir de nouveau à intervalles réguliers.

Il n'est pas invraisemblable d'admettre que l'origine de la coutume de ces partages périodiques des terres se rattache au servage et peut être attribuée à l'influence des nobles qui ne voulaient connaître que l'ensemble de leurs paysans, au point de vue de la perception des taxes, et qui auraient trouvé dans cette périodicité une facilité à leur accorder pour que les mêmes ne soient pas toujours liés à un mauvais sol et ne pas forcer quelques-uns d'entre eux à toujours payer pour les paresseux ou les mal-

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