‹ La crise agraire en Russie: quarante ans de propriété collectiveChapitre 6 sur 18 · PREFACE XIII · texte numérisé non relu

PREFACE XIII

travailleurs-là aussi, à raison de leur multitude et de leur dénuement extrême, durent se contenter de l'existence la plus misérable et des salaires les plus vils. Les maux du prolétariat urbain coulent ainsi de source de la condition lamentable des campagnes, et celle-ci s'aggrave à son tour par la concurrence du prolétariat urbain, le travail de la grande industrie tarissant sans relâche les ressources que procurait au campagnard son industrie domestique*

Les deux seules issues qui paraissent s'ofirir aux paysans russes sont la colonisation lointaine, et l'amodiation des terres d*autrui.

La première est hérissée d'obstacles et de difficultés de tout ordre. Elle suppose d'ordinaire que des communes entières se déplacent, émigrent, ou bien que les familles fassent un abandon de terres avantageux pour l'État créancier ou pour le mir.

Quant à l'amodiation, elle s'est oflerte et s'est imposée coinme un remède si naturel de l'insuffisance des lots que les paysans s'y sont précipités en cohue comme vers un port de salut. C'était faire renaître le mal sous une autre forme. Par la concurrence effrénée, les taux deè loyers ont

monté à proportion que diminuait L'étendue de la ferme. Gomme la taxe, ils ont dépassé le rendement de la terre et obligé le tenancier à un travail forcé aussi désespéré que celui du serf a jamais pu Têtre.

Un landhunger, né d'autres causes, mais sévissant avec une égale intensité, a engendré ainsi les mêmes calamités qu'en Irlande. Ici comme là, des évictions en masse, des crimes agraires, des coalitions violentes contre les propriétaires qui veulent exploiter par eux-mêmes, la précarité de baux conclus à l'année ou at will, Texiguité de la tenure, la naissance de parasites analogues aux middlemen. Ici comme là^ on en est venu à proposer la création de tenures légales et rexpropriation des domaines obérés, et Ton s'en est pris aussi injustement à la fécondité des mariages. Gardons-nous seulement de ne pas pousser le parallèle trop loin. La Russie n'est pas et ne sera jamais une Irlande. Il n'y a ici ni race dominante ou conquérante, ni absence d'industrie et de commerce. La Russie agricole n'est qu'une fraction, si formidable qu'elle soit, de la grande nation russe. G'est dans le pays même ou dans ses dépendances, et non à l'étranger, que le

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