‹ La crise agraire en Russie: quarante ans de propriété collectiveChapitre 8 sur 18 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Des événements graves se produisent en Russie ; Fimpopularité de la guerre contre le Japon a exaspéré les sentiments d'hostilité perceptibles depuis longtemps, à l'état latent, contre • le régime autocratique.

La révolte se manifeste partout : dans les milieux cultivés elle affecte la forme politique des revendications constitutionnalistes ; dans les milieux ouvriers celle de l'agitation révolutionnaire, des soulèvements dans la rue ; dans les milieux agraires nous assistons à des actes de jacquerie sur tous les points du territoire, qui, par leur fréquence et leur simultanéité, inquiètent tous ceux qui redoutent une révolution et qui croient en discerner les prodromes dans les événements actuels.

D'aucuns, par contre, croient que ce mouvement agraire est superficiel, et n'est que le résultat des déceptions de la guerre ; que les revendi-

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cations des paysans ne sont pas assez sérieuses pour justifier ces craintes et que leur dissémination rendra facile la répression d'une agitation qui ne saurait être le fait que de quelques meneurs.

Lu situation est plus sérieuse et plus complexe. Sans doute l'exaspération provoquée par la conscription, le mécontentement sourd et vague provoqué par les résultats constamment malheureux d'une guerre qui se prolonge, l'atteinte portée au prestige de Tautocratie, Tébranlement de la confiance ont agi sur Fensemble de la nation, sur les paysans comme sur les ouvriers, comme aussi sur les bourgeois et une partie de la Noblesse et ont donné l'occasion au mécontentement grandissant de se manifester ; sans doute, de même que la guerre de Grimée a eu pour conséquence un changement total de régime et a définitivement assuré l'afiranchissement des serfs, projeté, depuis longtemps déjà, il est permis de considérer que la guerre russo-japonaise aura des répercussions considérables sur l'avenir du pays, sur sa politique et sur son régime intérieur. — Mais aujourd'hui comme alors la guerre n'est que la cause déterminante qui précipite des événements inévitables.

Ou s'est suitout préoccupe en France ties

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mouvements violents qui se sont produits dans les villes» à Saint-Pétersbourg, à Moscou et à Varsovie» parce que, par leurs péripéties Sanglantesi ils émeuvent davantage la sensibilité, parce qu'on peut plus facilement les saisir d'ensemble, parce qu'il s'agit de maniibstations ouvrières^ de grèves, de drapeaux rouges et que dans notre histoire les révolutions se sont accomplies de la sorte ; mais devant la rareté des renseignements fournis et la monotomie des détails l'attention a été moins sollicitée par les désordres agraires. Et cependant c'est là que réside le danger»

U ne faut pas oublier que dans ce pays il n*exisle pas comme ailleurs une démarcation entre les ouvriers et les paysans; les mêmes hommes sont à la fois l'un et l'autre, et les plaintes des travailleurs des villes ont comme cause principales les souffrances du peuple des campagnes*

Les conditions géographiques, ethniques et sociales ne permettent guère d'envisager l'hypothèse d'une véritable révolution au sens que donnent à ce mot les peuples occidentaux ; mais on peut craindre néanmoins que la Russie ne soit à la veille d'une crise profonde et dangereuse, d'une période chaotique et anarchique.

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Si l'agitation s'étend, si les soulèvements de paysans se produisent avec simultanéité la lutte sera rendue difficile, étant données surtout les conditions territoriales ; et, quand bien même on réprimerait les troubles, ils sont fatalement appelés à se reproduire, car ils sont le résultat de phénomènes profonds.

La Russie est, avant tout, un pays agricole, et son avenir économique est lié à la prospérité de ses populations rurales. Or, non seulement cette prospérité n'existe pas, mais les campagnes sont dans un état de misère organique telle qu'il est matériellement impossible à des êtres humains, si résignés soient-ils, de continuer à la subir, et que la révolte partielle, d'abord, puis générale, en est une conséquence fatale. On n'empêchera l'agitation et la jacquerie qu'en en faisant disparaître la cause, que si on se décide à apporter les réformes fondamentales qui s'imposent et à en réaliser virilement l'application.

Cette situation est généralement ignorée en France. Sans doute des livres remarquables, qui sont, à cet égard, des sources précieuses de renseignements, ont été publiés ou traduits dans notre langue, mais ils n'y consacrent que quelques chapitres dans une étude d'ensemble sur la Russie, ou bien ce sont de.s ouvrages économi-

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ques, et les uns comme les autres ne sont lus que X>ar un public restreint (i).

Dans les pages qui vont suivre, nous avons tenté d'exposer cette situation d'une façon synthétique, d'en montrer les causes, d'en signaler la complexité, de faire connaître les réclamations des populations rurales, les remèdes préconisés, les attitudes successives du gouvernement du Tzar en présence de cette crise qui, depuis longtemps, se manifeste douloureuse ; nous avons retracé l'histoire de l'affranchissement des serfs dont les conséquences se font si fortement sentir dans Tétat de choses actuel, et nous avons étudié

(i) Cf. notamment à ce sujet : Schnitzler : Les Institutions de la Russie; Anatole Leroy-Iieaulieu : VEmpire des TzarSy Paris, Hachette, 3* édit., 1897 ; les ouvrages de Maxime Kovalewsky et en particulier : Le Régime économique de la Russie, Paris, Giard et Brière, 1898 ; Laveley : Les formes primitives de la propriété^ Paris, Aican ; — Nicolas On : Histoire économique de la Russie, Paris, Giard et Brière, 1902 ; — Wladimir Kovalewsky : La Russie à la fin du XIX* siècle, Paris, Guillaumin,

Ce dernier ouvrage est particulièrement utile à consulter, car il constitue une publication presque oflicielle : c'est une série d'étiquetés publiées en vue de l'Exposition universelle de Paris en 1900, sous la direction du Minisîre des Finances de Russie, et les renseignements qu'on

trouve ne peuvent donc pas être regardés comme ^ endancieux.

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leB mceoTB, la coaditioD des paysans sation de leur commune, de leur mir.

En dehors même des circonstiuicee ques, immédiates, cette étude préBentt iatérét 4 cause de l'application du col agraire qui se rencontre dans cette cunuuuue.

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