IH
Îîî dépendance et du droit qu’elles ont de sA protéger elles'-mêmes.
Voilà, en peu‘-de mots^ Thistorique de tiotre querelle avec les, Anglais. Les laits "ÿ sont si intimement , si nécessairement liés ) qu’il est impossible de les séparer. Un homme
^ doit être tout entier ou wliig ou tory. Qu’il
soit sensible, pieux, charitable, il faut qu’en politique il ne varie point. Il ue peut être whig pouf une chose et tory pour l’autre;
■ Celui qui dit qu’il est contre l’indépenr dance des États-Unis est aussi contre tout
ce qu’ils ont fait de plus , car l’indepen^ dance coinp^end tout. Il peut tout aussi bien dire qii^||rAngleterre a eti raison da j nous déclarer rebelles , de, s’armer contxq
nous , et de déclarer ce qu’elle avoit le droit 50 de nous lier dans tous les cas quelcoii-^ ques >3. ~~ Peu importe qu’il se crée un terrein pour y demeurer neutre ; notre querelle n’admet aucune neutralité entre l’An-^ gleterre et rAmérique ; l’une a absolument raison ou absolument tort.
L’Angleterre ressemble à un joueur ruiné et extravagant, qui veut d’un seul coup se
racquitter
raccjüittôr de toutes ses pertes. Si elle gagtiej elle gagnera ma vie ; elle gagnera le continent comme Tenjeu des rebelles ; elle gagnera le droit de mettre des impôts sur ceux qu’elle aura rendus ses sujets ; elle gagnera , enfin , le pouvoir de les enchaîner comme de vils esclaves. Tout cela ne dépend que de la manière dont nous soutiendrons notre indépendance. C’est donc cette indépendance qui est la piçrre de touche des vrais patriotes. Celui qui ne dé^ fendra point l’indépendance de l’Amérique^ comme ses principes religieux et politiques l’obligeroient à défendre le gouvernement de tout autre pays oii il vivroit, est, dans le sens que les Américains attachent à ce mot , un vrai torV ; et dès l’instant qu’il cherche à mettre son torysme en pratique ^ il devient un traître. Le premier ne peut exciter qu’un cri général d’indignation : la loi a déjà prononcé le châtiment do l’autre.
Il est impolitique et contre nature d’admettre dans notre législation , soit comme représentans , soit comme électeurs , des hommes qui voudroient anéantir notre indépendance ; car sa destinée dépend eiç
grande partie et du courage et de grité de ceux qui Eerout à la tête des affaires. L’Aualeterre voudroit- elle en tem»
de paix, et sur-tout en tems de guerre , souffrir que les élections de son parlement ou de ses magistrats fussent faites ou remplies par des hommes qui prétendroienf Sî’être point ses sujets ? non , sans d^ute. , Mais nous avons ici une classe de torys,' qui ne peuvent alléguer ni conscience ni religion , mais dont l’avarice règle seule les principes. Quelques hommes des plus riches du continent , lesquels sont du parti des whigs , voient leur fortune attachée au sort de ce parti La sécurité doit- elle donc être le partage de la défection ? Rien peut - il donner une plus basse idée du caractère d’un homme , que de le voir ne s’occuper que de son argent ? Cependant , quoique les vues des torys dont je parle soient extravagantes , tant qu’ils croiront, d’une part , qu’en ne se montrant pas très-eoi>pables envers l’Amérique^ et que de l’autre, en blâmant en secret son indépendance pour se ménager la bienveillance de l’ennemi , ils pourront ne courir aucun risque tant qu’ils seront , dis-je , libres de îiigrcher sur
une fîgne entre les deux partî»7'ï® rüseet l’ararice les y retiendront , et letir vd exemple ne trouvera que trop d’imita'* teurs.
Ces hommes sont pourtant honteux d a- Vouer l’indigne cause d’où naît leur défiedtion , ajoutent bassesse sur bassesse , en prenant le masque de l’hypocrisie. Mais ils seïoient bien plus excusables s’ils étoient torys par quelques principes particuliers, que d<ô l’être parce qu’ils n’ont aucun principe.»
Mais jusqu’au moment où ils pourtorit nous fournir quelque raison politiquë oft quelque principe religieux contre notre indépendance , nous ne devons pas les placer au premier rang des torys , maïs bien au plus bas degré.
J’ai essayé , dans le second numéro de la Crise , de montrer l’impossibilité où est l’ennemi de soumettre l’Amérique. J’ai prouvé que nous n’avions besoin que de patience et de constance , et qu’avec ces vertus nous étions , autant que l’esprit humain puisse en juger, certains de nos succès. Mais comine il est parmi nous plusieurs personnes qui, influencées par d’autres, ont changé d’opinion , rétrogradé à mesure que
«ÔUS avancions ; comme il n’est point de bon Américain <jui n ait le malheur d’avoir dans son voisinage quelque traître , je veux employer une ou deux pages à confirmer l’un dans ses bons principes , et à tâcher de ramener 1 autre, en traçant les principaux motifs de notre indépendance. Il est bien plus doux de corriger le vice que d’avoir a le punir ; et quoiqu’un juste ressentiment nous anime contre les traîtres, et que nos dépenses nationales fussent acquittées par la confiscation de leurs propriétés , nous préférons l’harmonie et l’amitié ^ qui font toujours le bonheur des pays où elles régnent.
N otre indépendance est fondée sur quatra raisons principales.
1®. Le droit naturel de ce continent.
a°. Son intérêt.
3®. La nécessité.
4°- 3es avantages moraux.'
Premièrement : le droit naturel du continent à l’indépendance est , une chose qui n’a jamais été révoquée en doute. Le nier paroîtroit une sorte d’athéisme politique;
fet la meilleure qu’on pourroît faire dans cé cas seroit : « l’insensé a dit dans son cœur, >5 il n’y a point de Dieu ».
• Secondement : l’intérêt qu’a le continent à être indépendant , ne peut pas plus être contesté que son droit. L’Amérique par une industrie particulière que les Anglais seuls connoissoient en Europe , étoit , au moment de la guerre actuelle, arrivée à un point de grandeur, de commerce et de population , que nos oppresseurs ne vouloient pas laisser aecroître davantage , de peur qu© sentant notre force nous ne fussions moins soumis. Ils voyoient ce continent avec l’œil d’envie et de crainte d’un tuteur avare qui s’enrichit des revenus de son pupille , et qui voit ce pupille toucher à l’âge de sa majorité ; et l’Amérique n’a pas plus d’obligation à l’Angleterre de l’état où elle est parvenue, que le pupille n’a d’obligatipn à son tuteur d’être arrivé à vingt-un ans. L’Amérique, il est vrai , a prospéré sous le gouvernement britannique ; mais il est aussi indubitable que si , dès le commencement de son établissement , elle avoit été affranchie de toute domination étrangère , maîtresse de régler
son commerce , de faire ses lois , elle âe* roit devenue bien plus puissante qu’elle ne l’est, La raison est toute simple. Les premiers colons de nos diverses provinces furent d’abord inconnus aux puissances européennes , et conséquemment n’en tirèrent aucun secours. Mais comme la tyrannie , les persécutions de l’ancien monde chassoient chaque jour une foule de malhemreux qui vinrent se réfugier dans le nouveau , et qui , par les faveurs de la Providence , eurent assez de courage et d’intelligence pour faire des établissemens utiles , l’ambition des Européens se réveilla , et chercha à profiter de cet avantage. Il étoit sans douto impossible que , dans ces commence-^, mens, les colons américains pussent résister au premier qui auroit tenté d’envahir leur pays et de les soumettre à son pouvoir. L’Angleterre se présenta alors, et les Américains la reçurent avec reconiioissance. Il étoit assez indifférent pour eux que ce fîtt file ou une autre, sentant bien que les forces et l’ambition des puissances européennes lui faisoient en quelque sorte un devoir 4’appartenir à l’une d’elles, jusqu’à ce qu’ils lussent en état de faire reconnpître leuïS
Ôroîts. La Hollancle leur auroît peut - être niieux convenu que l’Angleterre ; et certaitiement quelque maître à qui ils eussent appartenu, l’espérance de profiter des avantages de leur commerce , en ne les opprimant pas trop , leur auroit procure les memes effets. La protection de l’Angleterre fi’est qu’une dérision ; car pour avoir] besoin de protéger les Américains , il faut d’abord que ses querelles particulières nous suscitent des ennemis.
Pour bien savoir s’il est de l’intérêt du continent d’être indépendant, il ne faut faire qu’une simple question. Estdl de l’intérêt d’un homme de vivre continuellement dans l’enfance ? La réponse convient à l’Amérique comme à l’iiomme. L’Amérique a été un objet continuel de contestations pour législation depuis le premier gouverneur que l’Angleterre nous a envoyé jusqu’au dernier; et ce n’a été certainement qu’un effet de l’opposition d’intérêt , qui a toujours existé entre le nouveau monde et Tancien.Les gouverneurs anglais, dès l’instant de leur nomination^ n’auroient jamais du. être considérés par nous que comme d’honnêtes espions, dont la principale aft
faire étoit de nous opprimer. Comme esî pions , ils etoient chargés d’observer le caractère , les sentimens , les dispositions du peuple f 1 accroissement dü commerce et des fortunes particulières ; et comme oppresseurs , ils .dévoient réprimer tous les actes de nos assemblées coloniales , lorsqu’ils n’étoient pas au profit du roi d’Angleterre , quelqu’avantageux qu’ils fussent d’ailleurs pour ce pays ci.
Depuis l’établissement des Européens,’ l’Amérique n’a pu commencer qu’aujourd’hui à être appellée un pays libre , parce que sa législation dépendoit d’un homme qui vivoit à quinze cents lieues de distance , dont les intérêts étoient diamétralement opposés à ceux des Américains , et qui d’unt mot pouvoit enchaîner toutes leurs volontés, La liberté du commei’ce est aussi un objet de si grande importance pour un pays commerçant que la source de ses richesses en dépend ; et il est impossible qu’une nation soit aussi florissante qu’elle devroic l’être , si son commerce est envahi ou entravé par quelqu’autre. Ce sont pourtant ces maux et beaucoup d’autres dont je ne parle point que l’Amérique souffroit, parce qu’elle
ëtoît dans les fers de la Grande-Bretagne.' Mais Findépendance nous delivre de tous ; elle nous décharge du continuel et inutile soin de faire des pétitions dédaignées. En échange de l’Angleterre, elle nous donne l’Europe ; nous verrons le monde entier nous tendre la main ; nous vivrons en paix par-tout , et nous irons trafiquer là où nos véritables intérêts nous appelleront.
Troisièmement : la nécessité d’être îndépendans, même avant la déclaration de notre indépendance , étoit telle que l’Amérique sembloit accélérer en retardant cette déclaration. Nous avons plusieurs raisons de croire que l’Angleterre vouloit nous traiter à l’européenne^ démembrer l’Amérique comme la Pologne l’a été , en sacrifier une partie plutôt que de perdre le tout , et nous vendre au plus offrant et dernier enchérisseur ; car de tels marchés ne sont pas rares. Ainsi Gênes ne pouvant réduire 1 île de Corse, l’a vendnie à la France* Nous n’avions point alors des envoyés auprès des cours de 1 Europe pour rendre nulles les négociations de l’Angleterre , et ^es agens ne trouvoient aucune contradic-
tîon. Nous n’eûmes même connoîssaiice de son traité avec le landgrave de Hesse, qu’a* près sa conclusion, et lorsque les troupesrfurent prêtes à s’embarquer. Si nous avions déjà eu déclaré notre indépendance , peutêtre auroit - elle empêché ce traité. Nous étions sans crédit au - dehors , parce qu’on nous regardoit comme des rebelles. Nos vaisseaux ne trouvoient aucune protection dans les ports étrangers, parce qu’on n’avoit aucun prétexte pour les protéger. Nous reconnoître nous-mêmes sujets de l’Angleterre , et combattre contr’elle , étoit sans doute donner à toute l’Europe mauvaise opinion de nous. Si les torts qu’oir nous a laits nous ont donné le droit de prendre les armes, ils nous ont également donné le droit de nous séparer de nos oppresseurs ; et s’ils ne Justifient pas notre séparation , ils ne peuvent pas non plus justifier d’avoir pris les armes*
Tant que nous avons pu être regardés comme des rebelles , toutç l’Europe a été intéressée à nous réduire ; et toute l’Europe, ou du moins une grande partie, est intéressée à nous soutenir comme États indépendans : tant que nous n étions
point indépendans, notre condition ici étoît encore pire- Notre papier-monnoie n’avoit plus aucune garantie ; et sa chute pouvoit ruiner à la fois et les whigs et les torys. Nous n’avions pour loix qu’une sorte d’indignation J pour autorité civile qu’un peuple heureusement honnête et bon , et pour protection que l’attachement naturel que tout homme a pour l’autre. Quelques meis de retard auroient plongé ce continent dans un état de confusion et de désordre inextricable. Des partis contraires se seroient élevés avec violence , et dans ce conflit général les riches auroient été ruinés et les pauvres anéantis. Ce n’est qu’à notre indépendance que les torys eux-mêmes doivent leur sécurité ; car c’est par elle seule que nous sommes sortis d’une incertitude funeste pour entrer dans un état de société régulière.
Quand bien même il n’y auroit point eu de démêlés entre l’Amérique et l’Angleterre , nous n’aurions pas tardé à sentir la nécessité de devenir indépendans. L’important accroissement de notre commerce , l’incertitude de notre législation , les embarras de la politique euï:opéenne > tout
nous àuroit fait sentir chaque jour dé plus en plus l’impossibilité de rester soumis à 1 Angleterre. Apres y avoir réfléchi avec tout le sang - froid possible , on voit que l’Angleterre est trop jalouse de l’Amérique pour pouvoir là gouverner avec intégrité ; trop mal instruite de ce qui lui convient pour la bien gouverner , et trop éloignée pour la gouverner d’aucune manière.
QcATiiiiMEMENT : eh ! de quelle importance doivent être aux yeux de tout homme sage les avantages moraux qui résulteront de notre indépendance ? La guerre , le cardésolation sont devenus une sorte de commerce pour l’ancien monde. L’Amérique ne pouvoit être sous le gouvernement des Anglais , sans participer à leurs crimes et devenir aussi coupable qu’eux. Une sorte d’esprit de duellisme , qui devient alors l’esprit général , caractérise toutes les guerres européennes. Elles ont rarement d’autre motif qu’un fol orgueil, et d’autre but qu’une vaine renommée. Les vainqueurs et les vaincus se ruinent égalerrient ; et la seule différence qu’il y a entr’eux , c’est que les premiers se retirent avec de prétendus
honneurs q«e iee, autres n’ont plus. L« caractère des Anglais est de se bfittre pour une plume, s’ils imaginent c[ue cette plume est un affront pour eux ; eti’Amériquej, sans avoir le droit de dire pourquoi, étoitr obligée d’entrer dans toutes leurs querelles, et de suivre leur destinée. Il est vraiment affreux pour une nation.de faire la guerre au gré d’une autre , soit que cette guerre soit juste , soit qu’elle ne. le soit pas ; et cependant , si nous ne nous étions pas séparés des Anglais , tel serolt à jamais l’effet <de nos rapports avec eux. Certes , les quakers ont oublié leurs principes , quand ils ont dit dans leur profession de foi politique, que des rapports , dont dépendoient.la désolation et le carnage , étoient une h.eu~ reuse constitution.
Depuis long-tems la Grande-Bretagne a été en guerre près de cinquante ans par siècle. Ainsi , par principe de conscience autant que par politique, les Américains doivent s’abstenir de tremper leurs mains dans le sang qu’il plaît à l’Europe de verser. Notre situation nous met à l’abri de ses troubles ; et l’heureuse union de nos
États donne la facilité d’écarter an moins d’un coin du globe , le barbare usage deS armes. La politique irréligieuse des chefs actuels des quakers a voulu pourtant , par attachement pour des gens qu’ils connois^ sent à peine , nous priver de ees douces espérances de paix ; ils Touloient enchaîner ce continent à l’Angleterre ^ comme le corps d.’Hector fut enchaîné' au char d’Achille , et le traîner au miliëu de tous les malheurs des guerres européennes*
En considérant sous ce point de vue notre liaison avec l’Angleterre , l’humanité en est révoltée. Tant que les Anglais étoient nos maîtres /nous avions pour ennemis lâ plupart des autres Européens , et une guerre continuelle étoit inévitable. Mais dès que nous sommes indépendans de toute dominaliion étrangère , l’Europe devient notre amie , et nous pouvons nous flatter d’une paix éternelle. Ceux qui parlent en faveur du gouvernement anglais , sont obligés de borner leurs idées de paix au tems où l’Europe sera en paix elle-même ; car pendant que l’Angleterre nous gouvernoit , nous fiions contraints d’entrer dans toutes les
guerres (ju’elie entrepreHoit , et notre seul ospoir étoit d’échapper à une ruine totale. JEst-ce donc là un état heureux ?
Si, pendant la guerre du Canada,- les Français avoient profité de la d^aite du général Braddock, Philadelphie et toute la Pensylvanie auroient senti le malheur d’appartenir à ^Angleterre. Le même dan- -ger pourroit encore se renouyeller , si l’Amérique continuoit à dépendre < de la •couronne delà GEandarBretagnetTellÊ paroîtroit cpmme unç (pomme de discorde entre ce royaume et la France^ et ses campagnes seroient toujours le théâtre de la guerre.
Si I on peut désirer de yoir une partie du monde exempte de carnage ; si la liberté du commerce et la facilité de trafiquer sur toute l’etendue du globe peut mériter notre attention ; si le crédit et Le xembonrsement de notre papier - monnoie nous intéressent ; si nous voulons jouir de l’entière possession de nos terres sur lesquelles les Anglais réclament un vain droit, de propriété ; si nous prétendons au droit iide faire nos loix sans être entravés par un
espion royal on ministériel ; si nous som* mes f enfin , dignes d’être libres , nous devons tops-defendre notre indépendance. Et puissent ceux qui ne la défendront pas ^ être privés de ce bienfait du ciel , et , sans exciter aucune compassion , traîner leur vie dans les horreurs et la honte de la servitude !
Nous avons lu souvent l’histoire des anciens ; nous connoissons les faits des nations qui nous ont précédés. En les lisant nous avons applaudi, critiqué, ou versé des larmes , suivant nos diverses manières de sentir. La grandeur d’ame et la patience des héros , la justice de leur cause , la cruauté des oppresseurs , l’excès [d’infortune des opprimés , l’importance des objets pour lesquels on combattoit , les conséquences d’un triomphe ou d’une défaite , ont bien des fois ému nos cœurs et excité notre sympathie. Mais , avant nous , a t-on jamais vu un peuple obtenir la guerre pour prix de la justice qu’il demandoit ? Et avant cette guerre en a-t-on vu quelqu’autre dont dépendît le sort d’un hémisphère entier ?
Peut - être ne sommes • nous pas asses
sages
sar,es pour tirer tout !e parti possible de notre indépendance. Cependant ses avantages ne s’offrent à nous (pi^ave'c un caractère de grandeur et de beauté ^ (bgnes du Tout- Puissant à qui nous la devons. Au milieu des troubles actuels , je préVôrs des jours de tranquillité où nous pourrons donner l’exemple de la paix au rtste du monde. Certes, si les quakers étoient dirigés, par les sentîmens de paix et de bienfaisance qu’ils affectent de s’attribuer , ils auroient été les premiers à applaudir à notre indépendance , même en condamnant les moyens dont nous j sommes forcés de nous servir pour nous l’assurer, parce que se séparer de Sodome et de Gomorrhe , c’est favoriser rétablissement d’une paix gétiérale, qui est la base de leur religion. O vous, hommes dégénérés, prêtres folbles , troupeau imitateur de l’inexplicable Pemberton l que pouvons-nous vous dire de plus que de déclarer qu’un quaker pieux est un homme estimable , mais qu’un quaker politique est un vrai jésuite f
A présent que j ai expliqué les principales raisons que nous avons de maintenir notre indépendance , je prierai mes lecteurs de
èfe’eniontêr avec moi jusqu’à l’époque où l’otî ^commença à éii parler publiquement , et d’examiner les progrès que cette doctrine a faits, parmi les diverses classes des habitans de ces contrées. L’époque dont je parle est celle du 19 avril 177.5 , premier jour des hostilités de rAngleterre. Jusqu’à ce mo- Hientdà, rAmérique n’avoit envisagé la dispute que comme une espèce de procès polir un point de droit, entre rancieii monde et le nouveau; et elle sentit alors la même horreur que si elle avoit vu un plaideur inique se présenter devant le tribunal à la tête d’une troupe de brigands , et passer au fil de 'i’épée sa partie adverse , l’avocat , les jurés et le juge même. Peut*êire ii’y eiit-il jamais d’exemple d’une indignationsaussi générale® La pitié qu’inspirèrent les victimes de cette journée désastreuse., la haine qu’excitèrent îpurs coupables meurtriers, la crainte d’éprouver la même destinée , firent de l’affaire de Lexington l’affaire du continent américain. Les divers cantons des Etats-Unis en furent frappés ^ et un même sentiment se ma« nifesta par-tout.
‘Ceux qui étoient déjà pénétrés des prin-* #pes du véritable wHiguisme , c'est à'dire ,
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f âroit el de la nécessité de s’opposer à rinfluence de la couronne, et de se soustraire même à son autorité dès l’instant qu’elle se montreroit trop dangereuse 'par là pratique, car elle n’a jamais cessé de i’êti'a en théorie ; ceux-là, dis- je, montèrent au premier rang des indépendans : tandis que les whigs de la seconde classe , également justes dans leurs principes , mais non si hardis dans leurs entreprises , s’attachèrent plus fortement à réprimer l’autorité royale , mais n’osèrent pas prêter l’oreille aux propositions de s’en affranchir tout de suite ; mais cette différence ne fit pas grand chose. Plusieurs hommes modérés , dont la principale faute alors venoit de ce qu’ils avoient de l’Angleterre une meilleure opinion qu’elle ne méritolt , ont reconnu à présent leur erreur, et sont devenus de trèsbons whigs. Les torys ayant vu de leur côté que ce n’étoit pas un objet de plaisanterie , comme ils l’avoient d’abord cru, se tinrent dans le silence et l’obscurité , ou condamnèi'ent le général Gage. Personne n’osa entreprendre de justifier le jour de nos désastres : tous le virent coinnae ils le dévoient ;
'tous Gîi conçurent Ja plus juste liorrexiT<^^ C est donc de cette ëpoque que nous pouvons dater notre indépendance.
Si on compare entr’eiles les diverses circonstances de cette mémorable époque^ on en tirera peut-être une conclusion, à laquelle on n’avoit pis d’abord songé ; c’est que le roi d’Angleterre et ses ministres avoient certainement formé le dessein de nous faire prendre les armes ^ alin d’avoir mil prétexte de s’emparer de- tout le continent , et le déclarer propriété immédiate de îa couronne. Noble butin pour des courtisans affamés !
L’on doit se rappelîer que la première pétition que le congrès adressa au roi et au parlement resta sans réponse. La motion, appellée motion de lord Nortli , fut faite le 20 février 1775, et parvint en Amérique à la fin de mars. Cette motion devoit être présentée 5 par les commandans anglais , à nos diverses assemblées provinciales ; et la première assemblée qui la reçut fut celle de Pensylvanie , à qui elle fut présentée seulement au mois de mai, c’està-dire , près de deux mois après qu’elle fut arrivée en Amérique.
Tons ces faits sont exacts. Or , fe mande à présent pourquoi les liostilitéa> commencèrent dans le laps de tems qui s’écoula* entre la résolution prise au parlement le 20 février , et le moment où nos assemblées furent prêtes à délibérer sur cette résolution ? Quelque avilissante, quelqu'infaîne que fût la motion de lord Nortli , il y a lieu de croire qije le roi et ses ministres craignirent que les colonies ne se soumissent aux conditions qu’elle portoit , et ils voulurent la prévenir par des hostilités. Ils ne doutoient nullement alors de pouvoir soumettre l’Amérique sans coup férir ; et comme par ce moyen ils espéroient obtenir bien plus que par de simples taxes, ou par quelqùe accommodement , ils résolurent d’empêcher toute conciliation , même aux termes proposés par eux-mêmes.
La motion du 20 février et l’ordre de commencer les hostilités sont l’ouvrage de la même personne ou des mêmes personnes ^ et les hostililés ne sont pas dues au seul général Gage , comme on l’a faussement débité dans le tems. La preuve de ces fait^ se trouve dans l’extrait d’une lettre de ce général lue au parlement avec d’autres pa-
plers. Gage dit dans cette lettre « que , qnoî^ que 1 idée qu’avoit le gouvernement de w désarmer certains comtés fût de droit , il » falloit pour pouvoir l’exécuter s’étre d’a- » bord rendu maître du pays —Voilà ce qui a eu lieu avant les hostilités , et conséqueniment avant que nos assemblées continentaies pussent délibérer snr la motion dïi 20 février.
Peut-être demandera -t< on pourquoi la motion passa, puisqu il y avoit en même teuis un projet d’opprimer les Américains sans les entendre ? Pourquoi ? lord North en dit la raison ; c’est qu’il avoit l’espoir de nous diviser. Il %^ouioit d’abord nous engager publiquement à rejetter sa motion, pour qu’en suite si les hostilités n’avoient pas assez d effet , la rejétion de sa motion justillàt tout ce qu'mon pourroit entreprendre contre nous. La motion passant au parlement , et étant ensuite rejettée en Amérique, favorisa les projets de la barbare politique des Anglais. Elle leur fournit sur-tout le prétexte de représenter aux yeux de l’Europe les Américains comme des rebelles. Ils demandèrent qu’on ne leur fournît ni armes ni munitions. Or ^ pour irriter contre
îiotis Tes puissances étrangères , il falfoit ai# moins qu'on eût qiielqu apparence de rair son. En divisant les Arnéricaiits , on vouloit lès affbiblir,^ et inquiéter les amis qu’ils, avoient en Angîeterfè : mais le principal dessein dés Anglais , cçtuî qui caractérisé^ tonte leur ^conduite, c’étoit de plonger les colonies dans un état qu’ils pussent appéller rébellion , et partir de là pour s'empat^ de toutes les propriétés, et mettre un içrme à nos pétitions , à nos remontrànces . meme a nos plaititéSi lis ont ravage une partie du globe / de manière à nen pouvoir "presque plus rien tirer /îjeur' prodigalité a besoin d’un nouveau Butin , et ils ont ,cru que le thé leur fdurniroit Éoccasion d^xercer leurs rapines depuis Elnde jusqu’en Amëriquè. Toutes leurs querelles ont quelque prétexte ; et la barbare avarice , qixi a ruiné le pays où ils ont pris le th'é^ les a acéénlpà^îésr lorsqu’ils l’ont porté dans nos ciitnàts.
Üne malîrnè certaine, c’est que les Iiommes qtii deviennent méclians , deviennent aussi tôt ou tard' fous. Les hostilités commencèrent dc'ins les premiers jours d’avril^ c'est-à-diie , dans le tems le moins fliyorablp
âti succès jdes Anglais. Le congrès devoît se rassembler le lo mai suivant ; et la juste indignation que tout le continent ressentit à la nouvelle des cmauîés de Lexin<rton, donna, au congrès un degré, de fermeté et.de force extraordinaire. Il écarta tous aoî d’irnportance,, et se voua
avec afiection à la, cause générale qiji occu- Çbit tous les esprits. La douceur inspira eu meme tems au peuple une sorte de. facilité, qui, fut la^ base de Lunionet du bon ordre ont distingués depuis. Dans tout autre moment, peut être, les hostilités auroient excité quelqu’effroi, quelqu’affliction, et seroient bientôt restées dans l’oubli : mais la Providence , qui. sait le tems où ses rL gueurs comme ses bienfaits peuvent nous btre utiles, a choisi le pus convenable j qui est-ce qui osera le nier?
Le peuple américain ayant vu ses preîîiicrGS pGtitions sans réponse , no senibloit point disposé à en faire de nouvelles. Cependant le congrès prit sur lui d’en adresser une seconde au parlement, à l’occasion, de laquelle je remarquerai qu’on commit une faute assez grave ; car. le congrès en appelioit à ce qu’on nomme la prérogative
de là Couronne, pendant qu’il s’agîssoît d’uîl objet coiistitutionneL Mais >cette pétition , toute flatteuse qu’elle étoit, ne frappoit pas si agréablement l’oreille: queile son de l’argent, et conséquemment elle ne plut pas au tyran et à ses ministres. Tout prouve , j ? le répète , que la cour d’Angleterre no songeoit qu’à en vaîiir T Amérique. Elle S0 croyoît sûre du succès, et le champ de bataille étoit le seul îeridroit ou elle voulût traiter. Des milliers d’Américains sont à présent étonnés d’avoir jamais pu penser ai:^^ trement : ce péché étoit alors le péché de l’honnêteté ; mais il fut aussi contraire à notre bien-être d’aujourddiui, que la bonne opinion qu’on auroit du diable ppurrolt l’être à notre paix ;future. i
On ne parloit ici que fort rarement d’indépendance jusqu’à la fin de l’année \^^5i Auparavant toute notre politique se fondôît sur l’espoir d’obtenir justice par un accommodement , espoir qui ^ quoique général en Amérique ^ n’est jamais entré dans les vues de la cour d’Angleterre. Elle ne desiroit que coïKjuêle efcccbnfîscation. Dieu juste ! combien rAuiérique doit de remerciemens à cettQ cour ! quelles obligations n’a -belle
pas à l’iiisertse qui occupe le trône f II faP loit, un excès xle mécliancetë, de perfidie et de folie, pour opérer une séparation. En-
^ 77^> -congres en proliiliiant fiinportation* des marchandises. a-nglaises, prit une mesure qui pouvoit retarder notre indépendance, et 1 annee suivante le danger aug^ inenta -par la confîrmation-de la prohibition. Si 11 Amérique avoit dès - lors résolir de se-rendre indépendante j Coihme l’a pré^ tendu l’Angleterre^^; -elle -auroit cherché' a
doubler l’importation , et-dimimiè'àù même degré ses exportations. Ce fait seul suffit pour jusMfier l’Amérique 'au tribunal' des nations id’avoir eu dés long-tenis un- plaii* d indépendance : toutefois'si elle ravoit eri' "> ce seioit un honneur* pour, ellë' ; ruais ce n est qu’un reproche mal, foiidé , qui prouve et 1, ignorance grossièr'è et la basse perversité.défia cour d’Anglèterrei .
La seconde, .pétition ffiobtint pas plûb deréponse que la première.' A peine avouat-on l’avoir reçue. La cour britannique* étoit trop aveuglée par ses noirs projets-; pour se conduire avec adresîse ; et dans som ardeur de conquête elle négligea les moyens^ de réussir les plus nécessaires. Si eilo-
âVok été aussi rusée que cruelle^ elle att-î roit pu nous diviser , nous égarer , nous jouer une foule de tours dangereux.
La nouvelle injustice de la cour britanjiique , en ne répondant pas à notre seconde pétition , ajouta aux raisons que nous avions déjà de songer à l’indépendance. Ceux qui connoissoient la farouche opiniâtreté du roi , et l’esprit astucieux des ministres, prédirent le sort de la pétition des l’instant même qu’elle fut expédiée par le congrès; car, quand on a des notions justes du caractère des hommes , ôn peut aisément prévoir ce qu’ils feront. Én bonne politique^ nous devons moins fonder nos espérances sur la raison de nos demandes que sur la raison des personnes à qui nous les adressons. Qui est- ce qui pourroit attendre de la discrétion de la part d’un fou , de la douceur de la part d’un tyran , de l’équité de la part d’un méchant ?
Cependant comme le silence de la cour anglaise sembloit nous annoncer qu’il ne falloit plus penser à un accommodement, on commença à faire des léliexions sérieuses. Obligés de renoncer aux fausses espérances qui les avoient long-tems leurrés,
les Américains furent mieux eiï état Méprendre un parti sage. Cependant la masse du peuple hésitoit encore. Il s’effrayoit à la seule idée d’indépendance, sans songer qu’il avoit été bien plus extraordinaire de prendre les armes ; sans songer que les autres nations libres nous ont donné l’exenipie de la liberté; On doutoit en même tems que le continent américain lût en état de maintenir son indépendance : car on n’envisageoit pas qu’il failoit être aussi forts les armes à la main pour obtenir un accommodement, que pour nous rendre indépendans. Lun n’étoït pas plus facile que l’autre. Pour réussir dans les deux cas , il étoit nécessaire d’empêclier que l’Angleterre ne nous soumit ; et il eût été ridicule de nous livrer à la servitude, dès que nous avions le moyen de nous rendre maîtres ( 1 ).
(i ; C’est dans ces circonstances que parut le pamplilet intitulé le Sens commun. Ce n’est point à moi à parler de son succès. Il me saffit de dire que les uns l’attribuèrent d’abord au docteur Franklin , les autres^ à M. Samuel Adams , ou à M. John Adams son frère. Je n’ayois pas alors le plaisir de connoitre ces deux
Xe scrupule de quelques Américains étoît extrêmement mal l’ondé: car, s’ils pouvoient ' défendre leurs propriétés et leurs droitslesar^ mes à la maiuj, i Is pouvoient également main-^ tenir leur indépendance. Aussi, à mesure qu’ils reconnurent la nécessité et la justice de notre indépendance ^ ils eurent l’hon^ iietcté de l’avouer et de Fadopter ; aussi depuis , leur conduite a servi à montrer leur caractère avec honneur^ Une erreur d’opinion a quelquefois un avantage par-
derniers. Quant au docteur Franklin, j’en avols fait la connoissance en Angleterre 5 et c’est sous ses auspices que je suis Tenu en Amérique, J’étois encore enfant , lorsque je lus une histoire très-intéressante de la Virginie , et dès- lors je formai le désir de :v:oir cette parti® du nouveau monde. Au mois d’octobre 1775 , le docteur. Franklin me proposa de me donner beaucoup de notes qu’il avoit recueillies pour écrire l’histoire des événemens actuels-, et il souhaitoit que le premier volume parût le printems suivant. J’avois déjà tracé la plan du Se/is commun , et presqu ^achevé d’écrire la première partie \ et comme j’imaginai que l’intention du docteur étoit d’ouvrir l’année par un nouveau système , je me proposai de le surprendre à cet égard 5 et sans lui rien dire de mon pamphlet , je me hâtai de î’àchever ^ je le mis sous presse , et je lui en envoyai 1® jpremicr exemplaire.
tîculîer ; c’est que l’esprit peut rapidement franchir les plus grands intervalles , et se porter tout d’un coup à l’extrémité la plus reculée d-u champ dont il s’écartoit d’abord ^ Dans les occasions où la manière de penser est différente , souvent quelque circonstance frappante , ou quelque raison extraordinaire , fait en un moment ce que l’exemple et les meilleurs raisonnemens possibles n’aur oient pu produire en un siècle.
Les bornes que je suis forcé de donner à cet écrit ne me permettent point de tracer le succès qu’eut notre indépendance auprès des diverses classes d’habitans de ces colonies , et les sentimens divers dont ils étoient animés. Quelques-uns vouloient l’indépendance, parcequ ilsregardoientave^ horreur la barbarie opiniâtre du ror d Angleterre et de ses ministres ; et dans leur douleur et leur indignation, ils étoient à la fois pleins d’espoir et de défiance. D’autres croy oient chaque jour, de plus en plus , que le système de la cour britannique étoit de jetter les semences d’une (juerelle , de l’envenimer , et d’en profiter pour confisquer nos propriétés ; et l’amour de ceux ci pour l’indépendance crois&oit à propor-
ixon de l’évidencs de leur opinion. t3ne troisième classe d’hommes sentant que le véritable intérêt de l’Amérique,- tant dans ses rapports au-d:eliors qu’au-dedans , étoit de n’appartenifi qu’à ^ elle-même:, adoptoit les idées d’indépendance ; et se fortiSa d’autant plus dans ces idées , qu’elle Toyoit l’independance plus, facile à soutenir. D’autres enfin se montroient pénétrés de toutes ces diverses» raisons. Mais ceux qui étoient assez endurcis -pour n’en sentir aucune ^ furent et sont encore torys.
Le droit et la nécessite de notre indépendance a été fort bien démontrée par l’hoiiorable William Henri Brayton, grand juge de la Caroline méridionale. Son écrit , ainsi que l’adresse de la convention de New-York sont , a -mon sens, au rang' de ce qu’ori a fait de mieux en Amérique.
La crainte et Liiidolence sont cause que l’indépendance n’a pas été aussi généralement soutenue parmi nous , comme elle auroit dû l’être ; et Tavarice , la lâçke trahison, Tinfame égoïsme, se sont opposés à .ses progrès. Il n’y a point en Amérique m seul tory qui le sait dans sa conscience.
Et les. lio.mmes et les femmes qui peu* vent considérer patiemment le luxe , la férocité, la crapule de la cour britannique , et les violences que ses armées ont commises au milieu de nous , ont tous quelqu’irttérêt secret à soutenir cette cour. On ne peut guère avoir bonne opinion de la vertu d’une femme qui montre des sentimens favorables pour nos oppresseurs. On doit même remarquer que toutes les prostituées de New-York sont torys; et les projets des torys, qui font retenir en prison quelques Philadelphiennes , et pour lesquels une d’elles fut pendue il y a quelque tems, sont ordinairement tramés dans les maisons de débauche , et favorisés par les dignes institutrices de ces maisons.
Les rapports entre le vice et la petitesse d’esprit sont ordinairement un objet de satyre ; et quand la satyre ports sur des faits vrais., elle coupe avec la force du diamant. Si un quaker s’arme d’un fusil pour défendre ses droits , ses propriétés , la chasteté de sa maison, il est chassé des assemblées de ses frères : mais le roi d’Angleterre qui a séduit une quakeresse avec laquelle il vit'
en
6n àdulterô j 6St Yeveré et défeildü lës qtiakers ; et le noble éj)oux de cette femlne, lêquel est maintenant en cette ville , restô au service de son rival ^ et semble s’enorgueillir d’être cocüfîé pâr ce qü’oü appelle un roi.
Nos succès dépendent de tant dë circonstances et de tant d’hommes dilférens , qu’il n’en est point qui ne puisse être Utile. Il est des personnes absolument inhabiles aux al-mes, mais qui sont prêtes à sacrifier leur* fortune pour soutenir ceux qui vont cornhattie. La nature a préparé les hommes pour dilférens emplois , en leur donnant des talens dilférens. Si tous faisoient le métier de soldat , tous seroient bientôt nuds et mourroient de faim ; et s’il n’y avoit aucun soldat , tous seroient bientôt esclaves. L’éloignement pour l’indépendance est le caractère d’un tory ; et par conséquent le désir d’être indépendant annonce toujours un vrai whig.
Les services des whigs, depuis ceux qui ont les moyens de Contribuer à tout ce qui favorise l’indépendance > jusqu’à ceux qui ne peuvent lui offrir que des vœux> tendent tous au même but; et s’ils diffèrent, ce n’est que par leur degré de mérite et d’utilité^
ïplus nous étendrons le cercle du-wliiguismo», plus il y aura d’accord entre nous , et plus nous serons forts. Nous n’avons besoin que d’écarter la défection ; et, les traîtres bannis, nous pourrons accepter des autres tous les services qu’ils voudront rendre. Un étroit système de politique ^ comme un étroit système de religion , ne convient qu’à des esprits aigres , qui ne savent bien vivre avec personne.
Il ne nous est nécessaire de connoître que ceux qui sont pour l’indépendance et ceux qui y sont o]>posés. Ceux qui sont pour l’indépendance combattront ou paieront les frais de la guerre ; mais ceux qui s’oppo sent à nos vœux et cherchent à nous trahir doivent s’attendre à la plus grande rigueur. Les prisons et l’échalaud s’apprêtent pour eux. Il y a une espèce de générosité bâtarde qui, s’exerçant envers tous les homnies, est aussi funeste que peut l’être le défaut de vraie générosité. Un rehichement dans l’administration de la justice peut , sous le nom dangereux de modération , décourager les vertus publiques et favoriser les crimes. Si notre comité de sûreté avoit pris connoissance de la profession de foi
Ipolitiqiîe qu’ont publiée les quakers et puni ses auteurs, il est vraisemblable qu’on n’auroit pas osé ourdir les trahisons qui ont eu lieu depuis. L’exemple d’un traître qu’on épargne en encourage bientôt quelqu’autre,' Tout le monde à été étrangement surpris de voir passer sous silence le pamphlet incendiaire des quakers , imprima le 20 novembre dernier ; pamphlet quij sans doute/ avoit pour but de fomenter la sédition et la trahison parmi nous , et d’encourager l’ennemi à s’emparer de Philadelphie , dont il n’étoit qu’à une journée de marche. J’insérerai ici un mémoire qui fut présenté eu cette occasion au comité de sûreté de Pensylvanie. Il n’y eut pas un membre de C3 comité qui ne me témoignât alors combien, il étoit indigné de la conduite des quakers. Je crus que^ le comité étoit véritablement disposé à sévir contr’eux ; et cependant ou garda le silence, comme si Ton avoit voulu exciter de nouvelles trahisons pour ruiner la cause que nous défendons et cet État.
A i-’HOiroRABLE Conseil de sûreté de la province de Pensylvanie.
JDans une assemblée de plusieurs habitans de J? hilade Lphie , persuadés de la justice de la cause que défend le continent ^ et animés d’une ardeur généreuse pour sa défense -, il a été résolu de présenter ce mémoire au comité de sûreté»
e Nous faisons profession de bienveil- 5» lance pour tous les hommes, avec cette » différence seulement que ceux qui ne la s» méritent pas , s’efforceront de la mériter. » Nous professons la pure doctrine d’une universelle liberté de conscience , et nous 5> croyons devoir assurer aux autres ce » droit sacré, et ne rien négliger pour nous r> le conserver à nous-mêmes ; car loin de » nous piquer de juger de la rectitude des » préceptes , nous en laissons le soin à ce- » lui qui nous a créés.
» Nous ne persécutons ni ne favorisons » personne à cause de sa religion ; nous sommes concitoyens des divers habitans » de cette ville , nous faisons partie du
{ loi )
fc' même État ; et c’est en cette qualité seu- » lement que nous voulons avoir des rap- » ports avec eux , et leur accorder la pré- » férence sur le reste du genre humain. » Mais nous nous croirions indignes d’être » membres des États libres et indéten- » DANS DE l’Amérique , si nous pouvions » souffrir lâchement qu’aucune atteinte pu- » blique ou privée fut directement ou indirectement portée à la paix et à la sù- » reté de ces États. Nous n’avons pas be- » soin de savoir quel est le rang ou la re- » ligion des agresseurs ; il nous suffit de » connoître leurs personnes et de les dé- » noncer à la vengeance des loix.
» Nous présentons aujourd’hui au comité » de sûreté un exemplaire d’un pamphlet, » qui a été imprimé et distribué^sous le nom » de John Pernbsrton, que nous croyons »» être habitant de cette ville. Si les auteurs » de cet écrit avoient pensé qu’il fût de 30 leur devoir d’exhorter leurs frères à se » soumettre avec patience aux calamités 39 actuelles , et à attendre humblement que 33 le ciel y mît un terme , ils auroîent mon- 33 tré qu ils etoient de vrais chrétiens , et 33 nous aurions gardé le silence : mais la
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colère et les principes politiques qui » régnent dans leur pamplilet, les injures »? qu’ils vomissent contre tous ceux, qui ne 33 pensent pas Comme eux ^ ne nous laissent point douter de l’esprit qui les anime ; et >5 nous croyons qu’il est nuisible a la cause » de la vérité que des hommes puissent » abuser des mots les plus sacres , et s en ify servir méchaniquement comme si lâ » religion consistolt en simagrees. INous 53 ignoions que les quakers aient ete ja* 5> mais forcés de prendre les armes , ou 53 de faire rien de contraire à leurs principes religieux. Ainsi l’avis qu’ils don- >3 nentàleurs frères c/e refuser de se sou- 53 mettre aux instructions arbitraires et 33 aux ordonnances des hommes ^ nous pa- 33 roît une fausse alarme ^ qui n’a d’autre >3 but que de plaire à nos ennemis , au rno^ 33 ment où ils paroissent prêts à envahir 33 cet État ; ou le but plus criminel encore 53 de favoriser leur entrée, en affoiblissant >3 les mains armées p .ur notre défense.
33 Nous nous élevons contre toute espèce 53 de tumulte et de désordre dans la puni- 53 tion des coupables. Nous ne voulons 55 point qu’ils soient jugés par la colère ,
D5 mais par la raison. Nous sommes pei> 33 suadés que deux choses ont nui à la cause 33 de la lilierté : la première est trop de dou- >3 ceur envers quelques traîtres , et la se- 33 conde trop de ressentiment et de rigueur 33 envers d’autres. Nous souhaitons qu’oiz 33 évite désormais ces deux extrêmes , et 33 qu’on punisse avec une juste sévérité.
» Chaque État de TAmérique a , d’aprêst 33 les demandes répétées de ses habitans 33 autorisé le congres à publier une décla- 33 ration formelle d’indépendance , pour se 33 soustiaire a jamais a l’oppression du roî 33 et du parlement de la Grande-Bretagne* 33 Nous regardons comme ennemi celui qui^, 33 d une maniéré ou d’autre, ne soutiendra 33 pas eette indépendance ; et par consé- 33 quent nous devons considérer comme 33 bien plus criminels encore, les personnes 33 qui , sous un masque de religion , veulent 33 par leurs écrits, par leurs discours, ou >3 de quelqu’autre manière que ce puisse 33 être, lui insulter ou tenter de la dé- 33 truire.
33 Les auteurs de l’écrit, ûgaé Jo/m Pent'^ » berton, montrent la passion la plus dé- 33 mésurée en recommandant à leurs amis . G 4
w de refuser d’ obéir à toutes les înstrue^ te tions QU ordonnances qui ne dériveroient te pas de ce qu’ils appellent l’heureux gou~ te vernement sous lequel ils ont long- tems te joui de là paix. Si ce n’est point là de te la trahison , nous ne savons point à quoi » ce nom peut être appliqué.
» Pour nous, nous sommes extrêmement te surpris que des hommes , qui ont contite nuellement sur les lèvres le mot de paix , te soient si jaloux de vivre sous un gouverte nement qui est sans cesse en guerre , qui te a répandu dans l’Inde la famine et le te carnage, qui réduit l’Afrique à l’esclate vage, qui a armé les sauvages et les nè- 35 grès pour faire égorger les libres Améri- 35 cains. Et on ose encore appeller ce goûte vernement heureux î Nous regardons , 95 nous, comme un malheur pour cette prote vin ce , de receler dans son sein une pâte reille hypocrisie : mais comme nous ne te vouions point arracher un cheveu de la te tête d’un homme , quand cet homme ne te nous nuit point , nous desirons que ceux te contre lesquels nous vous adressons ces te plaintes , nous laissent la paix et aillent P en jouir eux-mêmes dans quelque partie
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^ des Etats de la Grande-Bretagne. Alors ils n’auront rien à dire contre nous, et nous , nous ne serons point troublés par eux. Notre opinion constante est que ceux 35 qui ne méritent *{)oint place parmi nous » n’y restent point.
55 Nous concluons en priant le conseil 55 de sûreté de prendre en considération 5> récrit, signé John Pemberton ^ si cet 55 écrit lui paroît dangereux, ou portant 55 quelque caractère de trahison, nous de- 35 sirons qu’on fasse arrêter l’auteur , ainsi 55 que toutes les personnes qui y ont eu 35 part , jusqu’à ce que leur procès leur ait 33 été fait. Nous prierons alors les Juges , 35 quels qu’ils soient^ de n’avoir aucun égard 35 au nom des coupables , à leur qualité , 53 à leurs liaisons , à leurse richesses , ni à 53 leurs principes religieux , et de ne con- 53 sidérer que la nature du crime 3>.
Les sectaires les plus disputeurs ne peuvent accuser le mémoire précédent de contenir les moindres principes de persécution. L’esprit de liberté^ sur lequel est fondée la cause des Américains, dédaigne des moyens qui ne conviennent qu’aux caractères soup-
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çonnenx , et qu'oia peut appeller k rouille des arnes étroites, La suspicion et la persécution sont des semences de la meme' nature ^ et croissent eriseinble* Si les quakers ne s’étoient occupes que de leur religion et de leurs affaires , ils auroient conservé au milieu de nos troubles la plus lieiireuse tranquillité , et personne ne leur auroit rien dit. Leur dicton éternel est que paicc esÊ leur principe -y mais on peut leur répondre que leur pratique est toute contraire à ce principe ; car jamais la conduite *de personne iTa été aussi opposée à sa propre doctrine que la leur. Iis sont devenus tout autres qu/ils n’étoient , et ils ont pourtant assez d'adresse- pour se,: persuader, les uns aux autres qu Tis sont toujours les mêmes » Iis resseniblent^tà ces vieilles filles qui j ne voyant point les ravages que le teins fait à leur beauté , prennent les rides pour des grâces , et s’étonnent de la sottise des gens :.qui ne les admirent pas.
Si cette apostasie des quakers n’avoit point de danger pour nous , nous n’y ferions aucune attention : mais comme par son intention et par ses effets elle attaque la cause comrmme^ leur conduite ne doit
pü3 seulement être examinée dans leur cotisa* sistoire, mais jugée par Tordre des chefs de TÉtat, ou elle s’est montrée coupable , et du congrès continental contre lequel elle e3t dirigée. Désormais toute entreprise en faveur du roi et du parlement de la Grande- Bretagne , est une trahison contre chacun des États-Unis ; ainsi il est impossible qu’aucun d’eux pardonne un outrage fait à tous.
Poursuivons. Lorsque les aveugles tory s parloient le printems dernier de commissaires > d’accominodernent, et qu’ils arrangeoient tout cela ^ Dieu sait avec quelle déraison 1 leur hou roi et ses ministres s’apprêtoieiit à réduire l’Amérique dans un état de soumission absolue , et ils se fiattoient entr’eux que la conquête de toutes nos provinces seroit l’affaire d’une seule campaa;ne. Je vais citer ici ce qui a été imprimé dans le journal des débats du parlement, article de la chambre haute, duo mars 1776.
cc Les Américains , dit lord Talbot, se 35 sont montrés opiniâtres^ ingrats et diffî- 35 ciles à gouverner depuis l’origine de leurs 33 établissemens , et je suis cha(}ue jour de 33 plus en j)lu-> convaincu qu’ils ne rentre- » ront jamais dans le devoir et dans lu juste
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w subordination dans laquelle ils doivent etie vis-a-vis de 1 Angleterre, jusqu’à ce que nous les ayons entièrement soumis.
35 Point de dangereuse modération avec eux ; 55 ne leur accordons rien ; n’en souflrons 55 rien: nous ne ferions qu’accroître leur 35 insolence.
55 La querelle, dit lord Tov^nsend , est 55 maintenant une querelle de pouvoir. Le 55 sort en est jette; et le seul point qui reste 53 a décider , c’est la manière la plus effi- 55 cace et la plus prompte de poursuivre la 55 guerre , réduire l’Amérique à cet état de 55 soumission absolue, dont vient de par- 55 1er si dignement le noble lord au bâton 55 blanc (i). Je ne doute nullement que les 55 mesures qu’on va prendre ne terminent 55 la guerre en une campagne ; car si elle 53 duroit plus long-tems , il y a lieu de croire 55 que quelque puissance étrangère interviem 53 droit pour profiter de nos troubles et de 5> nos malheurs domestiques 53.
(1) Lord Talbot est premier maître-d’bôtel du roi. Lord Townseud a été commandant de Quebec^ tosiiite lord-lieutenant d’Irlande, ,
Lord Littleton dit ensuite : — «Mes sen-
timens sont bien connus. Je me bornerai » à dire ici que des mesures de douceur » n’ont servi qu’à nous attirer insulte sur » insulte. Plus nous avons accordé , plus » l’Amérique a osé demander, plus elle est » devenue insolente. Aussi désiré -je au- ». jourd hui qu on emploie les moyens les » plus décisifs. Mon opinion est qu’il faut » pour jamais renoncer à l’Amérique, ou » la forcer enfin de reconnoître l’autorité » législative de l’Angleterre. Il fkut donc » la réduire à une soumission absolue ».
Des paroles peuvent-elles être plus expressives ? Sûrement nos torys en croiront les lords torys! Oui, ils les croiront ; car ils savent , tout aussi bien qu’aucun whig du continent, que le roi d’Angleterre et ses ministres n’ont jamais eu aucune idée d’accommodement avec l’Amérique, et qu’ils ne desiroient au contraire que de la conquérir. Le rôle que vouloient alors jouer les torys , c étoit d’empêcher par de perfides mensonges que le continent ne se tînt sur ses gardes , et de semer la division et le mécontentement parmi les whigs, afin de gagner de 1 ascendant sur eux. Ils v'ouloient
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^nnn nous distraire assez pour que les ïbrcréà anglaises pussent nous soumettre en une campagne : ils s’entendoient avec les ministres britanniques en paroissant jouer un jeu différent. Le cri des torys d’Angleterre étoit point de réconeiliation ^ point d'accoimnodement ^ afin d’obtenir de plus grandes forces. Le cri des torys d’Amérique n’étoit rien que conciliation et accommo^ dement , pour que les forces anglaises pussent nous vaincre sans résistance.
Mais cette seule campagne est passée , et l’Amérique n’est point conquise. L’ouvrage reste encore entier, et les moyens de
l’entreprendre sont diminués. La condition des Anglais est à la fois triste et méprisable ; ils sont sans argent, sans courage et sans espérance. L’Amérique ne manquant ni d’armes ni de munitions , ayant trois millions d’habitans , et étant à mille lieues au moins de distance de tous ses ennemis , peut hardiment se rire d’eux.
Howe semble avoir deux projets en vue ; le premier de remonter le long de ,1a rivière du nord, le second de venir à Philadelphie.
En remontant la rivière du nord , il
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iE.ssure la retraité de son armée en Canada. Mais les vaisseaux seront obligés de s’en retourner par où iis seront entrés , si pourtant ils s’en retournent jamais ; car comme notre année se sera alors avancée de ce côté , elle pourra leur couper le passage. S.i Howe prend ce parti , il ne pourra recevoir des secours de l’Europe que par le Canada , et il expose son armée et sa flotte U. périr. L’idée de couper la communication entre les provinces du sud et celles de l’ouest , en se rendant maître de la rivière du nord^ est une idée folle. On ne peut pas 1 exécuter avec des vaisseaux , parce qu il n y a point de rivière où un vaisseau ose mouiller près de terre , sans qu’on ne puisse 1 en chasser avec un seul canon. Nous en avons eu l’exemple , le mois d’ocîobie dernier , au fort Washington et au fort Lee. Un seul canon seulement de cha-, que coté de la rivière, obligea, en moins
d’une heure, deux frégates à rebrousser cliemin.
Howe ne peut pas non plus couper avec son armée la communication entre l’orient et le midi de nos États , parce que les
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divers postes qu’il seroit oblige d’dcclipef diviseroient trop ses forces , et l’exposeroient à être vaincu en détail par nos troupes. Mais supposons qu’il réussisse à cou-^ per la communication , quel mal cela nous feroit - il ? Pendant qu’il resteroit campé dans les hauteurs de la rivière, nos Américains s’occuperoient paisiblement de leurs travaux domestiques ; et à l’instant qu’il se mettroit en marche , la communication auroit lieu.
Il est bien plus probable qu'Hovre viendra à Philadelphie. Ce général n’est en Amérique que pour la conquérir , et à mesure qu’il trouvera cette conquête plus difficile , il cherchera à inquiéter les femmes , les esprits foibles , afin de devoir à leurs craintes ce qu’il n’a pu obtenir par la force. Sa marche -vers Philadelphie prouvera invinciblement sa foiblesse. Jamais un général, qui sera capable d’entrer en campagne et d’attaquer son ennemi , ne songera à renfermer pendant l’été son armée dans une ville. Cette manière de se cacher , en se retirant d’un endroit dans l’autre^ sans jamais rien faire de bon, a
un
■Bh caractère de timidité et de poTtromrër^ TTaiinent niéprisable aux yeux de tous les hommes qui pensent.
D’après plusieurs avis reçus de New- York , nous pouvons croire que personne dans l’armée de Howe ne croit plus à li conquête de 1 Amérique. Tous ^ ofliciers et soldats, ne songent plus qu’at. butin ; ils savent que Philadelphie est rempli de riches magasins ; et èoâime ils espêrént gagner davantage en pillant Une ville qu’eA attaquant une 'armée, il est vraisettiblablê qu’ils viendront ici; Nous h’âvOns point à combattre une ai%iée de •güérriers > mais une troupe de voléürs,- qui'chërchént plu^tôt la rapine que lés conibats , et qui s’ils espèrent die nous soumettre , c’est par leur férocité. ■
Ils s’attendent à un immense butin ;"îfs s’attèndeiit à S’emparer de cetté ville , en répandant une terreur panique. Mads à moins qu’ils fie puissent en sortir aussi aisément qu’ils y seront entrés ; à moins qu’ils ne se rendent maîtnss'^de tout lè cours de la Delaware j ils pourront être arrêtes avec leur vol. Ils - h’ônt jamais eu
succès loi^qu ODf 5*C5t présenté pour leux
JBiire face , si ce n’est au fort Wasliîngtoîîî A Ciiarlestown , leur défaite fut complette^ A Ticonderago , ils prirent la fuite. Dans les différentes escarmouclies de Kingsbridge et des Plaines-Blanches , ils furent forcés ^ la retraite. Dès que nous leur offrîmes la bataille dans les Jerseys, ils reculèrent ,, et ceux qui osèrent ne pas reculer furent pris.
^ . La nécessité de se conformer aux circonstances où l’on se trouve pour les ré- ^lemens et la police intérieure est si frappante, que personne ne peut en douter.
jL.e, . salut de la société en dépend ; et là où l’on y a peu d’égard , ou voit bietitôt naître le trouble et le désordre. La protection et rencouragçinent des bons , comme la punition des médians , sont la base et l’objet de toute autorité. Philadelphie renferme npe foule jd’horames dont les opinions et les caractères diffèrent, et les circonstances ^exigent qu’ils soient publiquement-connus* Les tory s sont moins dangereux par; 1^^ nombre que par l’adresse qu’ils ont de se , cacher. 11 .faut donc que chacmi prenne jliautement uu parti, et qu’il s’attende ù tPut jpe ij^ui eu ppujx:^ idsuiter^ Le, s ,
^ônt les Tues ne sont pas bien étendues, ènt, par malheur pour eux, publié leur profession de foi politique 5 et nous sommes obligés de les croire sur leur parole i Ils se sont volontairement exclus du nom-* bre des fidèles liabitans de ces États, efc ils ne peuvent espérer d’y rentrer qu’en se repentant de leur faute, et en nous aidant par des contributions à maintenir
notre indépendance. Ceux dont la poli-s tiqüe est fondée sür l’avarice, sont toujours sourds a là voix de la raison , et le seul moyen de guérir leur torysme ^ c’esÉ de^ les soumettre â des impôts. Le bipn > qui peut quelquefois venir du vice, est non moins litile a la société que celui qui liait de la vertu. Quand des hommes ne sont point animés du désir de se rendre
utiles à la société , le gouvernement doit s’attacher à tirer d’eux le meilleur parti possible ; et quand la principale passioii d’un homihe ou d’une classé d’hommes est une fois connue , il ri’est pas difficile de savoir comment ou doit s’y prendre avec eux. Les avares meme, sur lesquels rëstîme publique n’a jamais d’empire, se montre-
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ront bientôt généreux, si l’én met uttè forte taxe sur l’avarice. ' .
Les torys, pbur essayer de garantir leurs propriétés du |iil'age de l’ennemi, ont risqué dé se déslioriorëï a nos yeux aussi l’on peut en conclüte qu’ils ne sont gouvernés que par leur ’ avance. Menacez - les de leur faire perdre autant d’un côté que de l’autre , et vous ébràrilérez leur lorysine. Faites plus : inspirez-lèür la crainte de perdre davantage à êtrd torys, et vous les verrez devenir wlilgs ; car, ces ge ns la adorent toïijours la puissance qu’ils craignent lë plus.
Cette manière de considérer à la fois' les hommes et les choses, ouvre lin vaste champ aux spéculations, et me fournit l’occasion de faire quelques réflexions sur notre papier - monnoie , et de démontrer que son crédit se soutiendra à proportion des eiicouragemens qu’on donnera au patriotisme et des soins qu’on prendra pour réprimer
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la défection.
La première idée qui se- présente quand on considère notre papier- monnoie , c’ês% que nous en ’avons uné trop grande quan*^ üté , et tpë ce n’est qu’en réduisant cette
J5^’î;îaririte q.ue nous pouvons accroître sa va- IciSri O4 4^vlént pauvre ici par les moyens mcj^ië qu’on prend pour s’enrichir ; car à fciG^urë que le prix des marchandises hausse ^ la valeur du ‘papier avec lequel on les pale diminud. Voici une preuve de cette vérité. Qu’un homme ait cent guinées en papier^ et pour vingt guiriéea de marchandise ; si, en vendant ces vingt guinées de marchandise , il exige qu’on les .^lui paie quarante giimees ^ il oBîige les autres marchands de doubler également le prix de celles qu’ils ont ; et alors la valeur de. ses cent miinées> en aVgent est réellei rient réduite à cinquante. Si au contraire toutes les niarpllàndîses avoient diminué de la moitié Sé . leur prix’ , il auroit donné les siennes, pour ^ dix guinées, mais ses cent gui- Üéés eri Argent en vaudroient deux cents } il -*aôurroit acheter le double de marchandises,,, et soutenir plus long tems la dépense de sa .maison. Quehp’étrange que cela ■puisse parbître , il est plus pauvre de cent cinquante guinées en doublant le prix de ses marchandises , qu’il ne le seroit s’il les diminuoit de moitié ; car ses vingt guinées de marchandise, vendue quarante guinées ^
jie luî produisent réellement pâs davantâg&jj toutes les marcliandises en général haussant au prorata (jue s il n en avoit tiré cjue dix j et que toutes eussent baissé dans la mêra© proportion. La différence de la perte au gain est dans, la différence de ses cent guir itiées en argent , qui peuvent en valoir réellement deux cents, ou être réduites à cinquante, , ' ^
Cette rage de Taire haussât le prix des marchandises est bien plus la faute des tory s que des wKîgs’; ët,cèpendant les premiers , on doit le dire .à leur honte , sont ceux qui se plaignent le plus de çe fâcheux inconvénient. La plupart des vvhigs- étant à l’armée , du remplissant quelqu’emploi civil j achètent et ne vendent point : ainsi on ne peut pas accuser d’un mal^ né dans le négoce, ceux qui ne sont point négo-i. çians,
Mais le mal est aujourd’hui trop étendu pour qu’on puisse y remédier par des méthodes partielles. La seule qui peut réussir^ c’est de diminuer la quantité du papiermonnoie.Avec la moitié de ce papier, nous serions plus riches que nous ne le sommes ^ présent ^ parce que non-seulement la va*
îeur en séroit cjoublej maïs fions y serions plus attachés. Ce n’est point le nombre de ducats <Jui rend un homme plus ou moins riche, mais ce sont les objets qu’il peut se procurer avec ces ducats.
En admettant que la quantité de notre papier-monnoie soit trop considérable , et qne le prix de^ rnarchandises ne puisse être diminue qu en diminuant . cette quantité ^ d . reste à considérer quel est le moyen d’opérer cette diminution! .
Les circonstances actuelles exigent, ainsi, que je l’ai déjà observé , que les opinions politiques des habitans^de ces États, soient entièrement connues ; et la meilleure manière de s’pn assurer , est d’exiger d’eux le serment de renoncer à tout attachement au roi de la Grande-Bretagne , et de soutenir de tout leur pouvoir l’indépendance des Etats - Unis. Imposez en même tems une taxe de dix, quinze, vingt pour cent par an qu’on paiera par quartier, et qui ne sera appliquée qu’aux propriétés de ceux qui ne prêteront pas le serment. On aura le libre choix du serment ou de la taxe. Celui qui prêtera le serment prouvera son affection ^ notre cause ^ et en s’obligeknt de cette
n’aaière à pâyer l’impôt pâr .des^ servfçefpÊrsomlels, il s’affràncliira de la taxeV Mais cepx aui aimeront miçux payer Timpô^^ eiî^ argent seront exempt^ d’un autre service OU plutôt leur contribution sera le prix qu’ils^ «pus paieront pour les égards prétendus (jpi’ils espèrent de" la part de rennemi. .
Mais. ce n’est là qu’une partie des avantagcs que nous retirerons de la connoissance publique des opi.nîoris. Les wliigs attendent touft désormafs diéànccès de nos armes; les torys au contrairè cLcrcTient traîtreusement à rendre nos éiroiFs intitiles ; par conséquent la fortune déjS wliigs, e^^^ bien plus ex-r posée/Mais les rpva^gés'^ que rennemi exerce dpns leprs propriétés ^/doivent iU^ portés par ceux bnf tout Fait jusqu’à présent' pour la défense de la ^)dtri^ ^ ou jpXr ceux, qui, àu.|iéîf de la défepclre ont HJ vilé Fennemi à' j' entrer ?
Dans Ta crise ou nous sommes ^, nous de- Yons connoitre dans tous les quartiers , dans toutes^ lès maisons.^, quelles persoupes 'sont fiiyiérnent atrach tind’épehdance des Etats «Unis , et quéfleV personnes lui sont contraires. Qu’on tfacè une ligne tien d£stlîiète , et que chacun montré quel degré
confiance oti peut avoir' en luî. Il sèrdif' non séülèmênt de la lionne politique, mà*s de rèxàcté justice, Je leve'r ciiK|uaTite/cenT mille guinées^ on mcniie cf avantage s’il te falicit, sur les bicn.V dès Adorateurs qîië îe roi d’Anglétèrre a daos Philade^pliie , pclif en faire ta distribution à tous les Pensylvaîiiens qui prendront les armés pour repousser l’ennemi, s’il ose màVéfier vers cetFè ville. Il faudroit aussi que lèé'propriëtcs Jel torys répoiidissënt des domnïàges que pour^ ront éprouver celles dès Avliigs. I! est'iifipossible d^êtrè toujours juste dans le ccmrs d’une guerre ; nous prenons souvent dei vaisseatâ, àppartenans. a àes Anglais, qSi >sont bien ^plus nos amis 'que les tsrys “dë Pliilacîelpliîe. I
Dans tous les écrits que j Ai publiés depinâ le Sens commun jusquau dernier numéro de la Crise, j’ai charîtablémént supposé que les torys etoient plus aveugles que criminels , et j’ai multiplié lès raison nemens avec toutek candeur et la forcé clont j etois capable J'pour tâcher de-^es faire revenir à la raison 'et prévenir leur niîne. J’ai renipli mon devoir à cet égard \ et je crois le remplir également éù soutenant à présent qui
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Üêüjt qui persistent à professer la doctririë dü torysme ne sont que dé perfides avares ^ qui voudroient sacrifier le continent pour conserver leurs misérables richesses, ou des brigands et des traîtres , avides de partager nos dépouilles; On peut ajouter à la liste des torys , tous ces serviles agens de la couronne , qui , plutôt que de renoncer à leur portion de pou voir , le païtagerôient avec l’enfer. Les malheureux sont sans espoir de conversion ; ils ne seront soumis que par la crainte et par l’autorité de nos loix.
Bientôt nous saurons a quoi nous en tenir sur les opinions ; et en distinguant les hommes qui nous .sont contraires , nous préviendrons le mal qu’ils pourroiènt nous préparer. A mesuré que l’ennemi désespérera de nous soumettre, il emploiera davantage les moyens dè séduction et de crainte, et il nous fera tout le mal qu’il pourra nous faire; Mais en guerre il est une chose certaine ; c’est que la cruaUté et les fanfaronnades sont toujours des signes de foiblesse. Celui qui peut vaincre est trop maître de lui-même * pour se montrer sanguinaire ; et celui qui se dispose à conquérir n’a pas besoin det faire parade de ses forces».
Nous cormoîssons à présent notre enne^ mi. Lorsqu'il! étpit enivré de Tespoir du succès, il déclaignoit de nous montrer de rhonnêteté. Mais à mesure que les revers lui donnent du sang-froid ; à mesure qu’il craint que quelque puissance européenne vienne à notre secours , il devient rampant et artificieux ; car pour honnête ^ il ne peut pas l’être. Cependant quel que soit l’état ou il se trouve , notre réponse à toutes les propositions sera toujours courte et décisive : €c Comme États libres et indépendans, nous » ferons dès demain la paix avec vous ; 55 mais nous ne pouvons vous écouter ni 55 vous répondre en aucune autre qualité En ne pouvant pas nous conquérir , l’Angleterre prouve qu’elle ne peut ni nous gouverner ni nous protéger ; et notre position actuelle est telle qu’en renouant avec elle > au lieu d’un ennemi à moitié vaiheu , noua en aurions deux puissans et victorieux^ L’Europe , s’il faut en croire des bruits qui paroissent certains , est au moment d’avoir la guerre : la moindre alliance avec Geoj'gé III met la France et l’Espagne contre nous ; mais en nous séparant de lui ^ nous nous