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La crise autrichienne

La presse française est généralement peu au courant des questions qui s'agitent en ce moment en Autriche, questions graves s'il en fut, car de leur solution dépend l'avenir de l'Europe. Entre le grand État allemand et le grand Etat slavo-touranien, y a-t-il place pour un État intermédiaire, ou cet Etat doit-il être absorbé par ses deux formidables voisins £ Assurément le problème nous touche de près; déjà quelques publicistes ont compris que cet Etat devait exister, que sa forme devait être fédérale et que l'ancien empire autrichien offrait un cadre tout prêt à son développement. Ce n'est pas avec les rares télégrammes de l'Agence Havas, ou les informations timorées et souvent très-partiales de la Correspondance dto Nord-Est, que Ton peut connaître tous les détails de la crise traversée en ce moment par FAutriche, et qui, malgré le mauvais vouloir des Allemands, aboutira nécessairement au fédéralisme. L'élément le plus important de cette crise est assurément la couronne de Bohême. Comprenant près de'huit millions d'habitants, dont la majorité est slave, la Bohême est depuis plusieurs années en lutte avec Vienne, qui s'obstine à vouloir lui faire perdre sa vieille autonomie historique pour en faire une province de la Cisleithanie, cette moderne création d Ain ministre saxon. Par quelles armes luttent les deux parties^ quels sont les prétentions de Tune et les griefs de l'autre? c'est ce que généralement on connaît assez peu. Des phrases bien senties sur la nécessité à'u?i pouvoir fort, sur les intrigues du panslavisme, ne suffisent pas à expliquer le conflit qui s'agite entre Prague et Vienne. Aussi croyons-nous utile de publier un document qu'aucun journal ou recueil français n'a, croyons-nous, encore reproduit, la Déclaration des députés slaves de la diète de Prague, remise par eux le 28 août dernier au président de la diète de Bohême., Un dé-

puté de la diète, ancien membre du reichsrath autrichien, nous transmet cette déclaration, et la fait précéder de quelques explications qui rehaussent encore l'intérêt de ce précieux document.

Déjà le simple fait que, dans le moment grave, où la nation bohème renonce librement à ses droits constitutionnels et fait un dernier appel de imperatore maie informato ad melius informandum, il ne se trouve parmi 243 députés de la diète du royaume de Bohème que 82 députés de nationalité bohème f slave), prouve assez clairement qu'il y aici une question à résoudre; car la population slave de la Bohême comprend les deux tiers de la population entière du royaume, quipaient aumoins les deux tiers des impôts (1). Deux tiers de la population du royaume sont donc représentés à la diète par un tiers, et un tiers de la population y est représenté par deux tiers du nombre entier des députés.

Les journaux officieux de Vienne aiment à appeler la question dont il s'agit ici une question de pouvoir, et ils posent avec leur légèreté habituelle cette alternative : Ou nous vous dominerons, ou vous nous dominerez; il n'y a pas de milieu, et par conséquent nous voulons vous dominer ! Cette doctrine sent un peu trop, pour le dix-neuvième siècle chrétien, le moyen âge et le droit du plus fort.

Nous autres Slaves, bien qu'étant les plus forts en Autriche, nous protestons ouvertement contre cette doctrine au nom de l'humanité et delà civilisation du dix-neuvième siècle chrétien. Nous croyons que la grave question aujourd'hui pendante entre nous et les centralistes-dualistes allemands de l'Autriche (pour ne pas dire Cisleithanie) est une question de justice, qui sera résolue aussitôt que l'égalité des droits de toutes les nations de l'Autriche sera devenue une vérité et un fait.

Nous ne prétendons qu'à l'égalité avec les autres nations, nous ne prétendons pas à la domination. On a dit en 1848 que les Slaves de l'Autriche aspirent à faire de la monarchie autrichienne un empire slave, parce qu'on savait très-bien que les Slaves font la majorité de la population. Cette assertion mal fondée a été pleinement réfutée par les faits, et tout homme sensé, sans être grand politique, doit savoir que les Slaves ne sont pas centralistes, mais fédéralistes; qu'ils ne veulent pas faire de l'Autriche un Etat centralisé, mais une confédération des différents royaumes et pays dont l'Autriche est composée, qu'ils n'aspirent pas à la domination sur les autres nations, mais uniquement à l'égalité et à la liberté de toutes.

Nous, Slaves, nous ne voulons donc pas être les maîtres dans une Autriche régénérée, nous ne réclamons aucune suprématie sur les Mad^vares, les Allemands et les Roumains; nous voulons que tous les pays°de l'Autriche jouissent du même droit politique et constitutionnel, et de la même autonomie vis-à-vis du pouvoir central nécessaire pour T^î^wrver l'unité de l'empire; nous voulons, puisque la question dont

population de la couronne de Bohême (y comp-is la Moravie et la Silésie) binq millions de Tchèques et 2 millions 300,000 Allemands. — Voir la Bohême e^Àt littéraire, par Joseph Fricz et Louis Léger; librairie internationale, 1H68.

il s'agit chez nous en Bohême est principalement à résoudre entre les Slaves et les Allemands, que les Allemands soient les maîtres dans tous les pays entièrement allemands de l'empire, et qu'ils jouissent de tous les droits politiques et de toutes les garanties nécessaires au libre développement de leur nationalité dans les pays où ils se trouvent en minorité. Mais nous ne pouvons pas admettre que, d'après la doctrine soi-disant constitutionnelle et libérale des dualistes allemands, les droits soient d'un côté et les devoirs de l'autre, et qu'une minorité allemande revendique la suprématie sur la majorité slave. Nous désirons que les rapports des différentes nationalités de l'empire s'établissent sur le même pied que ceux des différentes nations de la Suisse, dont aucune ne parle de suprématie, parce qu'il existe une véritable égalité de droits entre toutes.

L'empire d'Autriche est habité, d'après les données officielles, par :

16,005,260 Slaves, 8,407,390 Allemands, 5 305,460 Madgyares, 1,824,150 Roumains.

Et il ne faut pas oublier que ces données proviennent des bureaux d'un gouvernement germanisateur .

Ainsi que l'histoire récente de l'Autriche nous l'apprend, la politique germanisatrice du gouvernement autrichien a été brisée par la révolution de 48, qui faillit dissoudre la monarchie. 11 ne peut y avoir aucun doute que l'avenir de la monarchie autrichienne n'eût été gravement compromis, si en 1848 les Slaves avaient secondé les tendances des Allemands et des Madgyares. Nous sommes loin de nous en faire un mérite, mais nous avons le droit de proclamer hautement devant toute l'Europe qu'alors nous n'avons agi ni « comme satellites delà réaction », ni dans un but égoïste de domination, mais uniquement dans l'intérêt bien entendu de la conservation de notre propre nationalité, menacée d'un côté parle naissant colosse d'un Etat unitaire allemand, de l'autre par les velléités de suprématie madgyare.

La satisfaction de nos aspirations légitimes a été ajournée par la résurrection éphémère du gouvernement absolu : il prit pour tâche principale de poursuivre tous ceux qui avaient eu la moindre part au mouvement de 1848 comme des ennemis de la chose publique, et il se piqua de prouver aux Slaves qu'il ne leur savait aucun gré de ee qu'ils avaient fait en 1848 pour le maintien de la monarchie. La germanisation gouvernementale de Vienne reprit encore sa tâche ingrate, et le ministre de la police, le baron de Kempen, put croire un moment que le salut de la monarchie reposait sur les baïonnettes de ses gendarmes, sur les dénonciations dont il avait seul le secret et sur le gouvernement arbitraire de son bon plaisir. Mais la guerre d'Italie mit tout d'un coup fin à ses illusions, et le régime constitutionnel fut de nouveau inauguré.

Ce n'est pas la faute des peuples s'ils entendent liberté quand on leur dit : Liberté!

On renonça à Vienne, en 1859, au régime absolu, mais on n'avait nulle envie de renoncer à la centralisation allemande. On renonçait au gouvernement arbitraire, on parlait de liberté pour tous, d'égalité de droits pour tous, mais l'arrière-pensée des hommes d'État qui se mettaient alors à la tête des affaires pour régénérer l'Autriche dans le sens libéral et constitutionnel, était d'employer encore l'ancienne formule (livide ut imperes pour assurer à l'élément allemand la suprématie et la domination sur les autres nations de l'empire. Ce n'est pas la faute des nations non allemandes si elles ont su prévoir l'avenir qu'on leur préparait; ce n'est pas la faute des Slaves si les nouvelles libertés constitutionnelles n'ont eu pour eux d'autre conséquence qu'un changement du gouvernement absolu de la bureaucratie allemande en gouvernement non moins arbitraire du parti national allemand ; on ne peut leur en vouloir s'ils se sont tout d'abord mis en opposition contre une constitution qui ne leur donnait pas la vraie liberté constitutionnelle, qui n'était pas faite pour eux, mais plutôt contre eux. Dire que les Slaves tont les ennemis du régime constitutionnel est une calomnie propagée à dessein par leurs ennemis. Pour légitimer les tendances germanisatrices auxquelles ils ne veulent pas renoncer, les Allemands se plaisent à dire que la race allemande est une race élue, prédestinée par la Providence à porter la civilisation vers l'Orient chez tous les peuples slaves et autres, tellement, à ce que disent les Allemands, négligés par le Créateur, que, sans l'aide et l'assistance fraternelle de la race germanique, ils ne sauraient jamais être rangés parmi les peuples civilisés de l'Europe (1).

Le gouvernement autrichien se croit obligé de donner toujours la première place à la minorité allemande et de l'ériger en guide et mentor des autres nations confiées par la Providence à ses soins paternels ; dans les pays de population mixte et dans ceux ou la population slave est en majorité, il a *u trouver les moyens de faire que la majorité des députés soit allemande , et peut-être ne regarde-t-il pas comme chose injuste et inique ce qu'il croit faire dans l'intérêt sacré de la civilisation.

"Nous autres Slaves, prenons la liberté de regarder tout cela de notre point de vue et d'en juger à notre manière. Nous considérons la civilisation comme le patrimoine commun de l'humanité, patrimoine dont aucune nation n'a ni le privilège, ni le monopole exclusif. Nous croyons que la civilisation est l'apanage de toute nation, et que, s'il y a certainement une civilisation française, anglaise et allemande, il y a aussi une civilisation slave. Nous croyons que la force et la ruse ne peuvent jamais constituer le droit, et nous espérons connue chrétiens que les paroles mémorables prononcées par le ministre anglais

(V Sur la nouvelle constitution autrichienne, consulter la brochure de Mi Valrey ; l'Empire constitutionnel d'Autriche; librairie internationale, 1868.

John Russell à Aberdeen, en 1859, deviendront une vérité, c est-àdire que le principe fondamental de la morale chrétienne : Ne fais fias à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse, deviendra un jour le principe fondamental de tous les rapports internationaux.

Tout le monde sait que les tendances germanisatrices constitutionnelles ont abouti, en Autriche, à la division de l'empire, dont les Slaves ont toujours voulu conserver l'unité et dont on a même aboli le nom pour en faire deux États distincts : la Cis et la Transleithanie. Kotons en passant ce fait que la domination allemande a cessé d'être absolument nécessaire dans les pays de la couronne de Hongrie : aussi espérons-nous que le jour approche où elle cessera de même de l'être dans les pays de la couronne de Bohême pour faire place à la vraie liberté et à l égalité de tous. Le royaume de Bohême doit maintenant, d'après la nouvelle constitution de décembre 1867, faire partie du nouvel Etat « cisleithanien » qui n'a pas encore de dénomination officielle, et que les Madgyares appellent, faute de mieux « les autres pays de Sa Majesté ».Ce nouvel Etat * cisleithanien » doit être, d'après les vœux du parti ci-devant centraliste, maintenant dualiste allemand, un État dans lequel la suprématie de la race allemande ne serait plus ôontestée; on État, autant que possible, centralisé, et les projets assez transparents des chefs du parti allemand, maintenant à la tête des affaires, tendent à mettre à l'écart tout ce qui s'oppcse à la fondation de cet État. On veut centraliser à Vienne la législation et l'administration du nouvel État « cisleithanien », et les ci-devant diètes des différents royaumes et pays deviendront de simples Etats provinciaux avec des attributions purement administratives.

Depuis longtemps il est permis aux organes de ce parti de parler de la couronne de Bohême comme d'une ridicule antiquaille et du couronnement du roi de Bohême comme d'une cérémonie gothique, digne du mépris de tout homme raisonnable, et pourtant un roi couronné de Bohême l'empereur Ferdinand) vit encore, et S. M. l'empereur actuel a fait la promesse solennelle de se faire couronner à Prague comme roi de Bohême. Depuis longtemps il est permis à ces organes de traiter la nation bohème entière comme un amas de misérables et de fous dont on ne doit faire aucun cas. En attendant qu'on juge bon de la mettre hors la loi et de lui courir sus, tous les articles que la presse officielle et semiofficielle de Vienne consacre à la question bohème ne sont que l'expression d'une rage mal dissimulée et d'un souverain mépris. Les tribunaux de Sa Majesté n'y voient nul inconvénient, et il n'y a jusqu'à présent qu'un journaliste bohème (slave) qui ait été accusé, par le procureur du roi, d'avoir commis le crime d'exciter la nation bohème à la haine contre la nation allemande ; mais ce n'est pas crime d'exciter la nation allemande à la haine contre les Slaves. Pendant que tout est permis à la presse gouvernementale et allemande, payée sur les deniers des contribuables slaves, nos journalistes passent plus de temps dans les salles de justice que dans les bureaux de leur journal, et les peines qui leur sont infligées atteignent toujours les maximum

déterminés par la loi. Les journaux officiels excitent le parti allemand à faire usage du droit de réunion, et le gouvernement favorise les réunions allemandes par tous les moyens possibles ; pour nous autres Slaves, le droit de réunion n'existe que sur le papier ; en réalité, toute demande de convoquer une assemblée populaire qui provient du parti national slave rencontre aussitôt un refus pur et simple de la part du préfet ou du sous-préfet. 11 est permis à nos adversaires d'attaquer tous les intérêts qui nous sont sacrés, mais il ne nous est pas permis de les défendre; l'égalité des droits garantie par la constitution libérale à toutes les nations ne va pas si loin.

Notre liberté constitutionnelle ne consiste que dans la liberté d'oublier notre passé, de renoncer à tout avenir et de nous soumettre silencieusement à la domination allemande. Notre crime est de ne pas vouloir oublier notre passé, de ne pas vouloir renoncer à notre avenir et de ne pas accepter la domination allemande comme légitime dans les pays de la couronne de Bohême. La nation bohème se sent encore assez forte pour s'engager dans une lutte qui doit finir par la victoire de son bon droit.

11 est vrai que la nation bohème a été cruellement mutilée clans le dix-septième siècle au nom du fanatisme religieux (1), mais il n'est pas moins vrai qu'on ne saurait la détruire dans un siècle de liberté et de civilisation. La nation bohème, que l'on pouvait croire morte et ensevelie à tout jamais, ressuscita par sa propre vitalité aux premières lueurs de la liberté; elle reconquit la position qu'elle avait tenue parmi les peuples civilisés de l'Europe, par ses propres forces, dans une lutte perpétuelle contre un gouvernement allemand qui a toujours méconnu et nié son existence, qui ne l'a jamais assistée, mais qui au contraire s'est toujours efforcé de contrecarrer ses aspirations civilisatrices et de la maintenir dans un état de servitude. Malgré ces difficultés, la nation bohème, c'est-à-dire plus des deux tiers de la population des pays de la couronne de Bohème (cinq millions), forme aujourd'hui un parti politique compact, dont on ne peut plus nier l'existence et avec lequel les hommes d'État de l'Autriche sont forcés de compter.

On a prétendu que les Bohèmes travaillent à la destruction de l'Autriche, tandis qu'ils ont toujours ouvertement défendu l'unité de la monarchie : même à présent ils se résignent à considérer raccommodement avec la Hongrie comme un fait accompli, ils aspirent à donner à l'empire d'Autriche une organisation qui soit assez forte pour garantir à la monarchie son ancienne position comme grande puissance de VEurope au point de vue politique et militaire. Mais ils demandent en. revanche des garanties réelles pour la conservation de leur nationalité et le maintien des anciens droits historiques de leur patrie; ils demandent encore la pleine et entière autonomie du royaume, surtout au point de vue de l'administration et de l'économie nationale, ils deman-

(1) Voyez sur ce point le récent ouvrage de M. Reuss : Destruction du protestantisme en Bohême (Strasbourg 1868).

dent enfin que Sa Majesté reconnaisse solennellement, par le serment de couronnement, l'ancien droit historique du pays.

Le royaume de Bohême est le pays le plus cultivé et le plus riche de l'empire d'Autriche; on peut croire que l'intérêt bien entendu de tous ses habitants leur impose le devoir de défendre soigneusement son autonomie et l'indépendance de son individualité politique ; on pourrait croire que l'intérêt public de ce royaume doit réunir tous ses habitants dans le même but de garder et de conserver les richesses dont la nature a pourvu ce beau pays. Mais, en réalité, nos compatriotes allemands se soucient très-peu de tout cela, et ils sont prêts à sacrifier le droit politique du pays, son indépendance, son individualité historique et politique, tous ses intérêts matériels aux tendances centralisatrices du gouvernement « cisleithanien. n

Il y a parmi les Allemands de la Bohême un parti malheureusement toujours croissant qui, mettant l'unité allemande au-dessus de tout, a l'intention de soumettre à la Prusse, comme au représentant actuel et incontestable de l'unité germanique, tous les pays prétendus allemands de l'Autriche. Il va sans dire que ce parti veut avant tout retenir les pays éminemment slaves de la couronne de Bohême dans une union étroite avec les autres pays « cisleithaniens » qui anciennement faisaient réellement partie de l'empire germanique. Entre ce parti teuton et nous toute transaction est impossible; mais qu'il prenne garde que le pangermanisme politique doit nécessairement engendrer le panslavisme politique ; si le principe de la nationalité trouvait son application pleine et entière dans la vie politique des Allemands, il ne serait pas possible, à la longue, de ne pas l'admettre dans la vie politique des Slaves.

On comprend que des agitateurs politiques qui ne cessent de prêcher la nécessité d'un État unitaire allemand, auquel la Bohême doit être incorporée, voient dans les Slaves de Bohême un obstacle à l'exécution de leurs projets. Ils redoutent d'ailleurs la peine du talion si la nation bohème reconquérait un jour sa pleine et entière liberté d'action.

Nous avons l'espérance ferme et immuable que la domination allemande doit un jour, et peut-être bientôt, faire place à la vraie liberté de toutes les nations; cette liberté, nous la voulons pour nos compatriotes allemands comme pour nous-mêmes; nous savons trop bien que ce ne sont pas eux qui ont fait notre gouvernement actuel tel qu'il est, mais que c'est le gouvernement qui les a rendus tels qu'ils sont à notre égard. Nous ne croyons pas même avoir le droit d'user de représailles envers eux, et nous affirmons que nous n'aspirons pas à la domination, mais a la vraie liberté et la véritable égalité de tous. Nous sommes* assez prudents pour ne pas vouloir forcer nos compatriotes allemands à chercher contre nous la protection de la Prusse, et nous croyons qu'ils peuvent très-bien trouver la vraie liberté dans leur patrie, et qu'ils n'ont nullement besoin de la chercher ailleurs.

En attendant le temps qui réalisera nos vœux, nous renonçons à ces droits constitutionnels qui ne signifient pour nous que la soumission de

la majorité à la minorité, et nous abandonnons de notre gré à nos compatriotes allemands le soin de gouverner et d'administrer le royaume de Bohême, étant convaincus qu« le bon droit ne saurait être longtemps méconnu.

C'est dans cet esprit que la déclaration ci-dessous a été conçue et présentée au président de la diète du royaume de Bohême.

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