I'* PARTIE, SCÈNE VI
teau des environs de Mantes .. Vauvert, je crois, cela s’appelle ?
JULIETTE , avec éclat.
Vendre Vauvert!... Il vous l’a dit?
DESSOLES, feignant l'embarras.
Non... Mais voyons, de vous à moi , madame, est-ce qu’il serait jaloux de quelque voisin de campagne ?
JULIETTE, riant.
Jaloux! mon mari ! ah ! grand Dieu!... Quant à ma villa, il la vendra d’autant moins que je compte y passer l’été.
DESSOLES
Et c’est pourquoi, apparemment, il compte la vendre ce printemps. Voyons, madame, je suis fort indiscret : mais de Marsan a donc une raison bien sérieuse de ne pas vouloir que vous alliez à cette campagne, quand même votre santé, qui lui est si chère, y serait intéressée ?
JULIETTE
Ainsi , vous lui avez dit que ma santé se trouverait bien du séjour de cette campagne, et il a persisté à la vendre!
DESSOLES
Je n’ai pas dit un mot de cela !
Vous ne savez pas mentir, docteur.
DESSOLES
Il y a un petit voisin de campagne, allons!
JULIETTE
Ni petit , ni grand ! Mon Dieu ! jaloux ! monsieur de Marsan ! Il y a dix ans, il ne l’était pas... Ainsi , jugez! — Au reste, nous sommes bien bons de nous creuser l’esprit pour lui trouver un motif... Un homme qui se promène la nuit... c’est de l’égarement, voilà tout... Au surplus, j’irai dès demain m’établir à Vauvert, et nous verrons s’il nous vendra, ma villa et moi !
DESSOLES
Vous partirez comme cela sans le prévenir?
JULIETTE
Tout simplement.
DESSOLES, ae levant.
Ah! madame, il faut que je vous quitte, je vois cela ! On ne sait où vous pousserait le point d’honneur... Et si j’avais l’air de douter plus longtemps de votre énergie, ( Riant. ) vous seriez
femme à partir sur 1 heure! (Il se dirige vers le fond, à droite, en passant derrière le bureau.)
Sur l’heure, non; mais demain. Soyez persuadé de ce que je vous dis, docteur...
DESSOLES
Oui , oui , madame, j’en suis persuadé. ...Hé ! hé !... Mille respects ! ( u saine. ) Voulez-vous que je commande les chevaux à la poste en passant?
JULIETTE
Mon Dieu! quel homme!... je n’ai pas besoin de vos chevaux de poste... j’ai le chemin de fer... du Havre.
DESSOLES, toujours goguenard.
Tiens ! je vais par là ! Voulez-vous que je vous y conduise?
JULIETTE, avec résolution et se levant.
Oui. ( Elle donne un coup de sonnette et saisit son chapeau. ) Êtes-vous
satisfait ?
DESSOLES
Oui certainement, d’autant plus que, pour aller à la première station et revenir ici , il faut à peine trois quarts d’heure. Vous aurez montré du caractère, vous aurez fait votre petit coup d’État : de Marsan n’en saura rien, et tout le monde sera enchanté.
JULIETTE, arrangeant son chapeau.
Vous n’en croyez pas un mot, vous êtes le plus taquin et le plus insupportable des hommes.
DESSOLES
Je le crois si bien que... (u regarde k «a montre.) Voyons, il est deux heures; je n’ai pas de visite sérieuse avant quatre heures... Je vais avec vous, si vous voulez.
JULIETTE, allant à lui.
Vrai? Vous êtes adorable 1 donnez-moi la main. — Je vous