De Marsan, à son bureau. Dessolcs
cifique... En un mot, jamais, de toute évidence, elle ne fut dans un état de santé plus satisfaisant.
DESSOLES
Tu m’attendris! — Achève!
DE MARSAN
Avec tout cela, mon ami , ma femme, que je me plaisais naguère à appeler ma chère Juliette, ma femme m’inquiète profondément. Si je ne reconnaissais sa voix, ses traits... je croirais qu’on me l’a enlevée, en lui substituant je ne sais quelîe créature désolante et incompréhensible !
DESSOLES
Que me dis-tu là I morbleu ! Je ne m’en vais plus, mon ami ! Quoi ! une nouvelle incarnation du démon de la femme, — un mystère, — une plaie du cœur ! Mais c’est ma spécialité, mon ami !
DE MARSAN
Je le sais! .. Tu fais de la médecine à ta manière... de la médecine... comment dirai-je? .. spiritualiste!
DESSOLKS.
Que veux-tu, mon ami!... j’ai naturellement la conscience délicate : la première fois que venant voir un de mes malades, je le trouvai sous la porte... cela me fit un effet singulier... Il me sembla que la police allait avoir l’œil sur moi, qu’on allait m’arrêter... je reconnus que je n’avais pas le tempérament médical... Je ne voulus pas davantage comme tant d’autres débutants, promener ma jeunesse meurtrière à travers les familles, marchant de mécompte en mécompte et de cénotaphe en cénotaphe... je cessai de verser ma science suspecte dans le corps de mes semblables et laissai agir la nature dans son mystérieux domaine; je devins médecin expectant.... de plus, j’étudiai le moral... plus souvent qu’on ne le pense — ce sont, vois-tu bien, les chagrins, les vices, les misères sociales qui ouvrent le chemin à ce qu’on nomme les maladies... Je tâchai d’étouffer dans leur germe ces maux pour lesquels mon diplôme était impuissant... Bref... voilà ma méthode... ne pouvant guérir — je console quelquefois... je fais des ingrats — mais je ne fais pas de martyrs !
Ire PARTIE, SCÈNE II.
DE MARSAN
Je sa s cela... bien que nous le voyions trop rarement, je ne te perds pas des yeux... je connais ta réputation... tu es le sorcier favori de toutes les belles dames de Paris, et c’est pourquoi je t’ai appelé. J’ai besoin de toute ton expérience comme de toute ton affection. Pierre, je suis réellement malheureux !