LA CUISE
JULIETTE
Combien de femmes n’auraient jamais eu une pensée d’infidélité si leur mari avait eu la patience de les aimer comme vous le disiez .. de leur parler comme vous venez de le faire ! Combien seraient sauvées à jamais... par un seul mot d’abandon... et d'indulgence! (eu* ie regarde d’un air suppliant.)
DE MARSAN, dur, et descendant en scène.
Quant à être indulgent pour des fautes de cette nature, madame, c’est ce qu’il ne faut pas demander à un homme!
JULIETTE, se le rant, et venant près de lui.
Oh! vous, du moins, monsieur, j’en suis sûre, vous le seriez!
DE MARSAN
Vous me connaissez mal : je le serais moins qu’un autre ; nonseulement je ne pardonnerais pas, mais je me vengerais de mon mieux...
JULIETTE
Je ne vous crois pas... Et comment?
DE MARSAN
Je mettrais une sorte d’orgueil à me faire regretter !...
JULI ETTE , inquiète.
Regretter !
DE MARSAN
Ce serait une vengeance que d’exposer tout entière, sous les yeux de la femme coupable, cette âme qu’elle aurait brisée — de combattre mon heureux rival avec ses propres armes — - et de le vaincre peut-être!...
JULIETTE, dont 1* anxiété s'accroît-
Oh! oui... mais ensuite?...
DE MARSAN
Ensuite... (il s’interrompt et prête l'oreille.)
JULIETTE, courant à la glace sans tain.
Ce sont des chevaux de poste... une voiture dans la cour!... *
DE MA R.S AN, froidement.
Ah ! c’est Pierre qu'on est venu chercher de la part du marquis Despars qui se meurt dans son château...
JULIETTE, «part.
Mais il est là !
IV e PARTIE , SCÈNE VI.
DE MARSAN
La suite... je lui reprocherais, à ma femme !... (Juliette l'interroge des ysu* arec turreur.) Tenez — je ne lui reprocherais rien... je la laisserais à sa conscience... puis je partirais...
JULIETTE^ égarée.
Vous... c’est vous...
DE MARSAN) avec force.
Oui... c’est moi qui partirais... lui épargnant celte peine... je partirais avec ses enfants, si elle en avait.
JULIETTE
Ses enfants!... oh ! monsieur!
DE MARSAN, avec une violente émotion.
Ses enfants ! la chair de sa chair — le sang de son cœur — je les emmènerais... je n’attendrais pas la loi! je n’attendrais pas le bénéfite d’un ignoble procès où cette femme oserait encore peut-être me disputer ma dernière consolation !... Non! j’irais vivre au loin avec eux... elle enverrait son amant me les redemander, si elle voulait! (Avceurmos.) Je leur apprendrais, pauvres enfants! à oublier leur mère!... je laverais sur leur front, à force de baisers, la tache de leur naissance!... (a s-.imUu
et regarde sévèrement Juliette qui semble avoir peine à se soutenir, puis il ajoute
d un ton glacial : ) Vous n’osez me renvoyer, mais je vois bien que vous êtes fatiguée, (n u baise au front.) Bonne nuit ! .
(il sort. Juliette balbutie quelques paroles et parait défaillir.)