IV* PARTIR, SCÈNE V
de collège ni amie d’enfance ne paissent être regrettés. Je veux lui demander, après sa main , son âme tout entière, et d’avance lui livrer la mienne ; je veux que nos deux existences soient si étroitement enlacées qu’elles n’aient pas un sentiment , joie ou douleur, dans le présent ou dans le passé, qui ne leur soit commun; — quelles tressaillent toutes deux aux mêmes contacts, qu’elles se brisent au même coup'.... Je vous aimais, Juliette !
JULIETTE
Oui...
DE MARSAN, avec la m^me émotion passionnëo.
Ainsi se trouvaient remplies nos premières années d’union, et si je portais mes regards plus loin, il me semblait que nous pourrions passer sans trop de peine à une affection plus grave... plus séante avec des cheveux gris... surtout si la voix de nos petits enfants couvrait celle de nos regrets... Oui, j’espérais que ** les soirées seraient sans ennui , — sinon sans quelque charme entre tant de souvenirs partagés, — et ces espérances vivantes... nos enfants! Je voyais, enfin, notre vieillesse feuilleter en souriant le livre unique de notre double existence près de se fermer,
— et dont toutes les pages étaient bonnes à lire Je vous
aimais !
JULIETTE, timidement.
Et... si tout cela n’est pas arrivé... qui accusez-vous, vous ou moi ?
DE MARSAN, froid.
Un peu tous deux... moi, pour n’avoir pas persévéré; vous, pour n’avoir vu que le maître dans le mari.
JULIETTE
Oui... c’est vrai... mais... excusez-moi... je ne sais trop ce que je dis... Est-il trop tard?
DE MARSAN, distrait et brusque.
Trop tard ! Pour quoi faire?
JULIETTE
Je m’exprime mal, sans doute... Je vous demande s’il ne dépend pas toujours d’un mari de ramener... de sauver sa femme?
DE MARSAN
C’est à vous que je le demanderai.