II. — Les autres lextiles
La tradition et l’habitude ont certainement un grand rôle modérateur empêchant les variations brusques de la consommation. Ce modérateur si puissant, surtout pour les peuples d'Orient, n’a pas pleinement joué depuis la guerre. Le besoin de luxe qui se fit sentir fortement chez les peuples atteints par le bouleversement de 1914-1918 se répercutera sur les peuples qui lui furent le plus étranger par l’intensification des échanges et des relations. C’est ainsi que le coton qui entrait, en grande partie, dans la confection du costume national d’un grand nombre de pays, a cédé la place à la laine quand ce costume fut remplacé par le vêtement européen.
La stabilisation de ces nouvelles mœurs orientales semble faite actuellement.
Dès le début de 1931, nous avons vu que les industriels cotonniers prévoyaient une reprise de la consommation due à l’usure des objets de coton indispensable; or, cette reprise ne vint pas, le consommateur préférant acheter de la bonneterie, du tissu de laine, de soie ou de toile fine, de plus long usage. C’est ce qui explique la tendance générale de l’industrie cotonnière à fournir des produits de plus en plus finst.
1. On pourrait s'étonner du fait que l'indice de la production du lin pour le années 1925-29 soit de 78 (base 100 pour les années 1910-14). Cette crise de matière première tient au fait que la culture du lin est restée un monopole et que la Russie qui fournit 60 9, dans les besoins mondiaux a diminué sa
production de 30 °, depuis la guerre, quoique la surface cultivée soit plus grande.
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Le nationalisme économique.
Le nationalisme économique a eu, et a encore pour résultat, un déséquilibre désastreux de la production. Cette politiaue d'économie en vase clos a été pratiquée par la plupart des pays. L'industrie textile, en raison de la facilité relative de sa mise au point, de l'importance réduite de son outillage et de la facilité d'instruction de la main-d'œuvre, devait être des premières choisies pour la réalisation de ces plans économiques.
Section I. —— Les causes.
Pendant la période de guerre, les échanges entre belligérants et neutres sont plus ou moins arrêtés, des mesures sont prises pour diminuer le plus possible les importations. Après les hostilités, on conserve ces habitudes de restriction en ce qui concerne l'emploi des produits étrangers, les barrières étabies subsistent. Survient la crise des monnaies, la crainte du « dumping » des changes incite les gouvernements à renforcer leurs systèmes douaniers, en même temps la variation continuelle des valeurs relatives des monnaies démoralise le commerce régulier.
De plus, les événements ont prouvé qu’en cas de conflit, le ravitaillement en certains produits de toute pre-
mière nécessité, ne peut être assuré que si le pays lui-même
ou ses colonies le produisent. C’est tout particulièrement le cas du coton indispensable à la fabrication des explosifs qui, par suite, joue un rôle essentiel dans la défense nationale.
Certains pays, d’ailleurs, se sont trouvés entraînés dans des essais de cultures coloniales, par la crainte de disette de matière première, les Etats-Unis employant, pour leur industrie, une portion de plus en plus grande de leur productiont. C’est le cas de la France et de la Belgique qui essaient d'utiliser certains de leurs territoires d'Afrique dans ce but.
Des pays neufs (Amérique du Sud) désireux d’une indépendance économique ausi grande que possible développent successivement culture et industrie cotonnières.
Il est intéressant de noter aussi que les corrections des frontières nationales après la guerre, rompant parfois l'équilibre existant entre la production des filatures et des industries du tissage d’un même pays, ont été la cause de
la création de nouvelles filatures et de nouveaux tissages. Section II. — Les conséquences.
Les conséquences de ce nationalisme économique sont loin d’avoir toutes contribué avec la même importance à la crise cotonnière.
Il serait ridicule d'attribuer une grande part de respon-
sabilité aux nations colonisatrices qui s'efforcent de déve-
1. Voici ce que dit M. Henri Manuel dans un numéro de la Revue Coton et Culture cotonnière de 1926.
« En définitive, il faut se borner à constater que le magnifique essor pris par la production américaine à la fin du xxrre siècle a fait place à un certain ralentissement de cette production ou plus exactement une irrégularité beaucoup plus grande du rendement annuel de Ia récolte.
Seulement, si le pessimisme souvent exprimé à l'égard de la récolte américaine semble s’atténuer, le danger de disette garde son acuité, car les besoins augmentent.»
lopper dans leurs possessions africaines, la culture du coton. Ilsuffit, pour s’en convaincre, de se souvenir qu’en 1926, le coton colonial rentrait en France pour 2% seulement de la consommation des filatures.
Si pour le coton du Congo Belge ce rapport est un peu plus élevé, il est loin malgré tout de satisfaire à une partie importante des besoins de la métropole. D'ailleurs, ilne faut pas oublier que cette culture africaine crée un débouché aux produits manufacturés de coton eux-mêmes. Voici à ce propos ce que dit M. Edm. Leplae, directeur général de l'Agriculture du Congo belge :
€ La Culture du Coton avait donc avant tout un but d'instruction et de relèvement économique; son adoption dans les villages indigènes fut un premier pas vers la civilisation. En fait dans toutes les régions où la culture du coton fut généralisée, des indices de prospérité deviennent visibles dans tous les villages.
» Les femmes jusqu'alors presque nues, s’habillent d’étoffes européennes; les hommes achètent des outils européens, des fusils de chasse, des bicycletles ».
De même, les résultats acquis par les nations sudaméricaines sont actuellement encore sans influence profonde sur le marché du coton.
A notre sens, la conséquence désastreuse du nationalisme économique a été le développement inconsidéré de l'outillage qui stimula à son tour la production de coton fibre des anciens pays producteurs et de la Russie. Ce point est tellement important que nous étudierons successivement le développement de loufillage el le déplacement du centre de gravité des forces industrielles qui en est la conséquence.
Avant de passer à cette étude, il est utile de préciser
que le nationalisme en matière cotonnière s’est surtout traduit par une protection douanière intense. A tous les stades de l’évolution de l’industrie, cette protection a fonctionné avec des modalités différentes.
Les pays à leurs débuts, en matière textile, imposent les articles communs déjà confectionnés, les articles filés étant admis en franchise. Puis au fur et à mesure du développement du tissage les gros articles filés sont taxés, les tissus plus fins sont frappés et finalement les articles filés de bonne qualité sont touchés à leur tour par les droits d’entrée quand l’industrie nationale complètement organisée
est capable de produire tous ces articles,