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DE L'INTERVENTION EN GÉNÉRAL

La baisse des prix de coton, ayant suscité une vive préoccupation dans les milleux de producteurs, a amené les gouvernements des pays intéressés à étudier une série de remèdes. Le but essentiel de cette intervention gouvernementale est de chercher à réaliser une marge bénéficiaire suffisante pour le producteur, et protéger ainsi une classe intéressante de la population. Mais ce but, quoique essentiel, n’est pas toujours unique, et son importance varie avec l’importance relative du coton dans l’économie des pays considérés.

A titre d'exemple, prenons d’abord le cas de l'Egypte.

«€ Grâce à l'élévation de la valeur de son coton, l'Egypte est arrivée à un certain niveau de bien-être amenant sur son sol une large diffusion de la civilisation occidentale, et il s’agit de savoir si elle va pouvoir le conserver et continuer son ascension dans la voie du progrès, ou si elle va être obligée de revenir en arrière et de rétrograder vers le genre de vie plus primitif, qui a si longtemps été le sien, et dont elle se dégage peu à peu.

C’est que, en effet, l’affaiblissement du prix du coton que nous constatons a, pour la vallée du Nil, une importance capitale. Il ne marque pas seulement la diminution d’une des principales sources du revenu national; sa portée est

beaucoup plus grave, à cause du rôle que joue la récolte

cotonnière dans l’économie générale du pays. Le coton forme, pour l'Egypte, l’article d'exportation par excellence, celui qui permet d'acquérir les nombreux articles qu’elle reçoit de l’étranger et dont l'achat, en attendant qu’elle puisse les produire elle-même, est chez elle la condition indispensable du progrès, du bien-être matériel et de la culture intellectuelle! »

Et M. Blanchard ajoute : « Nous en revenons donc à cette constatation que le coton et sa graine — pour la partie de la récolte de celle-ci qui est vendue au delà des frontières — forme de beaucoup la principale monnaie d’échange que possède l'Egypte sur les marchés extérieurs, qu’ils tiennent une place prépondérante, disproportionnée même, dans la valeur totale de ses exportations dont ils représentent de S0an 900.

On conçoit facilement, dans ces conditions, que la politique cotonnière de l'Egypte ne soit pas identique à celle des Etats-Unis, la production de coton représentant dans ce pays une source de richesses appréciable, mais n’étant pas l'âme de l’économie nationale. Ceci explique pourquoi le gouvernement égyptien pense surtout à assurer l’avenir du pays par le maintien d’un prix élevé global des récoltes et que celui des Etats-Unis, influencé par les doléances des planteurs, recherche des solutions immédiates à la CHISe:

Cette différence de situation entre les deux producteurs n’est pas la seule expliquant les divergences d’action des pouvoirs publics. Ainsi que nous lPavons vu, la grande République américaine fournit plus de la moitié de Ta production mondiale de coton brut, alors que le coton nilo-

1. Conférence faite par M. G. Blanchard sur « La cerise en Egvpte », reproduite par L'Egyple contemporaine, n° 27, mars 1931.

tique ne participe que pour 6 % dans ce total, il en résulte que les moyens d’action sur le marché sont totalement différents dans l’un et l’autre cas. Enfin, la différence des qualités produites peut encore être retenue, mais avec quelques restrictions.

Quoi qu'il en soit, une question liminaire se pose à tout gouvernement qui veut amorcer une politique cotonnière rationnelle. La chute des cours est-elle due à la surproduction? Nous avons cru pouvoir conclure à une surproduction cotonnière profonde, c’est ce que d’une façon plus ou moins avouée les pouvoirs publics ont toujours reconnu. Dans ces conditions, les interventions pouvaient logiquement se produire dans plusieurs sens :

Réduction et abandon d’une culture non rémunératrice et remplacement par celle d’un produit en meilleure posture;

Réduction du prix de revient, autrement dit, adaptation de l’exploitation aux prix.

Malgré la simplicité d’une solution de ce genre, et peutêtre même à cause de celte simplicité, les gouvernements préfèrent des procédés à allures plus scientifiques et plus conformes à la mode du jour. Ce n’est qu'après avoir essuyé une série d'échecs que l'Egypte revient à une conception plus saine des choses, mais au moins avait-elle su tirer de expérience une lecon ce quimiutiloin détre le casades Etats-Unis.

En définitive, convaincus que leur ingérence était indispensable, les pouvoirs publics sont donc intervenus, et de différentes facons. Tantôt, le coton seul les préoccupe, tantôt leur action se fait sentir sur ce produit par l’application d’un plan intéressant toute l’agriculture et parfois

même toute l’économie d’un pays. Nous ne nous occupe-

LES REMÈDES iii

rons que des interventions directes sur les conditions du textile qui nous intéresse, ou des modalités particulières d'application qui lui sont réservées dans les plans plus généraux. Nous ferons cependant une exception pour les remèdes monétaires se rapportant à la revalorisation de l’argent, quoique cette question sorte un peu du cadre de cette étude, en raison de l'importance très grande, beaucoup trop grande, que lui attribue le monde cotonnier.

Les interventions se sont produites dans les formes les plus diverses, parfois bénignes, parfois constituant de véritables applications particulières du socialisme d'Etat, mais recherchant toutes à assurer une marge de bénéfice pour le producteur en s'inspirant parfois d’autres préoccupations. Il est curieux de constater que fort peu recherchent les moyens d’ajuster l'offre à la demande d’une facon permanente, et se contentant d’un essai d'équilibre momentané ou de durée imprévisible.

Les différentes variétés d'intervention peuvent se grouper autour de trois idées :

19 Rechercher le prix de revient minimum soit par l’amélioration de la culture, soit par une meilleure défense sociale du planteur.

29 Attribuer la plus grande part possible du bénéfice au cultivateur par la suppression d’intermédiaires entre les filatures et lui, par la réglementation des bourses, par la création d’entrepôts permettant une courte attente de conditions saines du marché, etc...

39 Obtenir des cours les plus élevés possibles par la création de stocks, réduction de la production, ete... Ce sont les procédés de cette catégorie qui eurent el ont encore le plus de vogue.

«€ Disons dès l’abord qu'il n’v avait rien de surprenant

ou de particulièrement blâmable à rechercher ces formes de secours contre le poids oppressif d’une dépression des cours. Presque dans tous les cas, ces mesures procèdent des meilleures intentions. Ainsi, il n’y avait rien de reprochable, de la part du Brésil, à décider de venir en aide à ses producteurs de café. Personne ne songea à blâämer le gouvernement de Cuba d’avoir, dans un cas désespéré, eu recours à des mesures artificielles en vue d’améliorer les cours du sucre. Tout ceci n’était qu’expériences, mais lorsqu'elles échouèrent, nous eûmes la preuve qu’elles étaient viciées à la baset. »

Si ces expériences n’élaient pas blämables, surtout avant 1929, elles étaient pour le moins imprudentes, en raison de l’exemple de l'échec des tentatives antérieures. Mais lorsque les conditions économiques changèrent et que la crise générale sévit, sans qu'il soit possible d’en déterminer le terme, elles devinrent pour la plupart dangereuses et injustes; dangereuses, car même sans résultats apprécia-

bles. elles entretiennent une illusion nuisible aux essais

d'adaptation aux conditions nouvelles; injustes, car souvent elles compromettent les intérêts de certains, sans aucune compensation et engagent dans une voie dangereuse les finances publiques. On comprendrait à la rigueur que des remèdes du genre de ceux appliqués aux Etats- Unis aient reçu l’approbation de certains théoriciens, mais 1l est impossible de comprendre comment des financiers avertis aient pu les préconiser, ne pas voir le danger que présentait une opération dont on ignorait totalement les conditions de la hquidation. L'étude succincte qui va suivre permettra de se rendre compte de l’invraisemblance

de la plupart des solutions envisagées.

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