‹ La Crise CotonnièreChapitre 40 sur 53 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Les remèdes

L'étude faite précédemment nous a amené à affirmer l'existence d’un déséquilibre entre la consommation individuelle et la possibilité de consommation des usines. Le planteur, avons-nous dit, influencé par la résistance de l’industrie qui ne veut pas réduire son outillage, croit en la bonne étoile du « King cotton » et sème toujours avec le secret espoir que le coton à venir se vendra à des prix astronomiques. Chaque année le déçoit, et chaque année il espère en l'avenir. Ce déséquilibre qui crée cette mentalité morbide, peut-il être supprimé? Nous ne le croyons pas. La difficulté réside dans la différence de gravité du mal créé par la crise dans les divers pays. Nous avons vu qu’on pouvait classer les industries cotonnières en (rois groupes :

19 Les industries asiatiques, dont le développement est incessant.

20 Les industries de l’Europe continentale et des Etats- Unis.

3° L'industrie anglaise.

I} serait ridicule d'espérer un sacrifice quelconque de celles du premier groupe. Celles du deuxième, travaillant en champ clos, pour les marchés nationaux, protégées par

des droits de douane élevés, attendent assez facilement le

retour de conditions meilleures. Les Etats-Unis, euxmêmes, qui exportaient environ 15% de leur production,ont réduit le nombre de leurs broches et de leurs métiers, depuis 1927, de 15 % et 13 %, ce qui les assimile actuellement aux pays européens. Tout le sacrifice, en matière d’assainissement industriel, devrait donc être demandé au Lancashire. Seul, un bouleversement complet (fort improbable) des méthodes de travail et de l’organisation anglaise pourrait modifier son sort. La dépréciation de la livre n’a pas apporté une amélioration notable, mais a encore créé un courant d’optimisme, que les diverses mesures récentes, dont nous avons parlé, renforcent encore. Dans ces conditions, 1l paraît peu probable que, dans ce pays, soit envisagé bientôt une réduction sérieuse de l’outillage. Si les industriels anglais pensent pouvoir redevenir les grands pourvoyeurs de l'Orient en cotonnades, 1l n’y a que les faits et le temps qui puissent éliminer ce que l'intérêt raisonné aurait peut-être condamné depuis longtemps.

N'ayant pas trouvé, et ne trouvant pas encore actuellement, dans la demande où le potentiel de demande des filatures, l'élément modérateur normal, la production cotonnière s’est donc depuis 1924 constamment maintenue à un niveau trop élevé pour que la consommation individuelle puisse l’absorber sans chute des prix. C’est du moins ce que nous croyons pouvoir conclure.

Devant les difficultés qui se sont présentées dans les différentes phases d’une crise dont les premières manmifestations datent de dix ans, les gouvernements des pays gros producteurs de coton ne sont pas restés indifférents. Mais au lieu de s'attacher à éclairer les planteurs sur la situation exacte du marché, les principaux efforts ont consisté

à essayer de soutenir artificiellement les cours, mode d’in-

tervention beaucoup plus Lentant et facile sous un régime démocratique. Cependant, toutes les formes d’interven- Lions possibles semblent bien avoir été employées par deux pays, l'Egypte et les Etats-Unis d'Amérique, producteurs de qualité et de quantité, auxquels nous bornerons l'étude qui va suivre.

Cette étude des essais d'intervention, comme remède à la crise, est utile pour deux raisons :

10 Elle prouve qu'il est indispensable de renoncer à toute intervention, tous les essais s'étant clôturés par des échecs.

20 Elle montre quels seraient les dangers d’une intervention même heureuse (à supposer le succès possible) ayant pour but de fausser les cours, sur l’avenir du coton.

Après quelques généralités sur lintervention, et un essai de classification de ses principales manifestations, nous étudierons celles-ci succinctement sans entrer dans le détail des modalités d'application, et nous essaierons de tirer une conclusion de l’ensemble complexe que constitue la si-

Luation cotonnière actuelle.

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