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CHAPITRE II

INTERVENTIONS TENDANT A L’ABAISSEMENT DES PRIX DE REVIENT DU COTON BRUT

Les interventions prêtent toujours à critique, mais comme il faut reconnaître que les gouvernements ne peuvent les éviter, il faut leur savoir gré de leur choix quand celui-ci se porte sur les formes les plus bénignes. De prime abord, la réduction des prix de revient est séduisante et le mal nécessaire considéré sous cet aspect ne semble pas bien effrayant, mais le tout est ici encore une question de mesure.

Deux écueils sont à redouter, et ils ne sont pas facilement évitables; ce sont l’emploi d’un accroissement de la production comme moyen de diminution du coût unitaire et l’emploi de règlements à tendance socialiste. Dans le premier cas, le pays envisagé, surtout si sa participation à la production mondiale est faible, considère que l’accroissement du volume du coton brut jeté sur le marché est trop faible pour produire une baisse des prix. On conçoit qu'une telle politique irait à l’encontre du but poursuivi par le gouvernement si elle triomphait dans quelques pays, surtout si l’on n'oublie pas le caractère spéculatif du marché cotonnier.

Le deuxième danger est mis entièrement en lumière

par le passage suivant extrait d’un article de M. G. Blanchard et se rapportant à l'Egypte!

« Le gouvernement égyptien a commencé cette réadaptation (aux conditions nouvelles) en réduisant, au moins provisoirement, le loyer des terres; mais pareille mesure ne saurait être renouvelée. D'ailleurs, une fois entré dans cette voie, il serait difficile de s'arrêter; après les bénéfices des propriétaires, il lui faudrait s'attaquer à ceux des fournisseurs d’engrais et de semences, à ceux des distributeurs d’eau, à ceux des prêteurs qui font des avances aux fellahs. De proche en proche, il arriverait jusqu’à réglementer les dépenses des particuliers; ce serait l’instauration d’un régime complet de socialisme d'Etat, qui conduirait au socialisme pur et simple. »

Si donc l’idée de poursuivre la réduction du prix de revient du coton est excellente en elle-même et ne peut être qu’approuvée sa mise à exécution semble devoir se heurter à de sérieuses difficultés.

L'exemple de l'Egypte, le seul pays où ce mode d’action ait été sérieusement envisagé, prouve l’impossibihité dans laquelle se trouvent les pouvoirs publics de se substituer efficacement à l’initiative privée dans la recherche de l’adaptation des conditions d’exploitation aux prix. Une courte étude est suffisante pour s’en persuader.

Après une dure leçon, l'Egypte se décidait en 1930 à envisager l'application d’une nouvelle politique cotonnière et le sous-secrétaire d'Etat présentait à cette époque une Note en vue de l'adoption par le Gouvernement d’une politique

cotonnière stable. Cette note, en plus des idées théoriques

1. M.G. Blanchard, « La monoculture en Egypte et la crise acruelle ». Bulletin du Comité de | Afrique française, supplément à l'Afrique française de septembre 1931.

qu’elle contient, est intéressante par l’aveu de limpuissance de toutes les mesures antérieures, des raisons qui les avaient inspirées, et des conditions dans lesquelles elles avaient été prises. Il est plus que probable qu’une généralisation à tous les pays ayant eu recours à l'intervention ne serait pas exagérée. Voici un passage très net de la note précitée

« L'action prise par le gouvernement au cours des dix dernières années n’était pas le résultat d’une ligne de conduite bien arrêtée ou d’une étude très approfondie. Bien souvent, elle n’était point dictée par une conviction ferme et bien étayée sur des avis techniques judicieux établissant que le remède auquel on avait recours était le plus efficace et suffisait par lui-même à redresser la situation. Elle avait plutôt pour mobile le simple désir, soit d’atténuer momentanément les effets d’une crise plus ou moins aiguë, soit de donner satisfaction au public en faisant face à un besoin immédiat ou en mettant un terme à des plaintes provenant de personnes intéressées aux questions cotonnières, plaintes inspirées par un souci d'intérêt général ou d'intérêts particuliers. »

Ayant condamné tout retour à une politique de soutien des prix, le sous-secrétaire d'Etat examine les faits et aboutit aux conclusions suivantes qui constituent un mélange curieux de théorie s'inspirant du plus pur libéralisme et de théories diamétralement opposées

10 Il est avantageux pour un pays de s’adonner à la culture des produits qu'il est le plus apte à produire et d'acheter avec le prix réalisé de la vente les articles dans la production desquels se spécialisent d’autres contrées.

Donc, l'Egypte ne devra pas chercher à se suffire à ellemême, à constituer une économie fermée. Elle devra, au

contraire, chercher à développer sa production cotonnière.

29 Il faut chercher une diminution du prix de revient par un aménagement différent de la répartition du revenu brut (autrement dit, au détriment d’autres facteurs de l’économie nationale : les propriétaires, les exploitants de pompes, les négociants, les banquiers, etc...) L'Etat devra donc fournir directement ou indirectement un crédit à bon marché.

On le voit, l'Egypte, du moins en théorie, ne sait pas éviter les écueils de l'extension des cultures et de l’intervention abusive, mais fort heureusement les circonstances el les premiers essais d'application lui font abandonner ce que ce plan d'orientation nouvelle de la politique cotonnière avait de mauvais.

C’est ainsi que le gouvernement, après avoir risqué en 1931 une intervention temporaire de réduction légale d’un cinquième des loyers des terres et, d'autre part, obtenu en 1932, de la Cour d'Appel Mixte que les ventes forcées immobilières soient suspendues pendant les mois d’été, semble résolu à ne plus s’aventurer sur le terrain dangereux de la réglementation des contrats privés.

D'autre part, la régression continue de la consommation cotonnière et les stocks existants déterminèrent le gouvernement égyptien à limiter l’acréage affecté à la culture du coton, limitation inutile d’ailleurs, la baisse persistante des prix du coton ayant amené les cultivateurs à s'occuper d’autres produits dans une telle propor- Lion que la superficie cultivée en coton se trouvait être inférieure au maximum édicté par la loi.

En définitive, peu de chose subsiste en 1933 en conformité avec le plan élaboré en 1930, seule fonctionnait encore

l'intervention financière,

L'Egypte étant un pays de très grande propriété, et de propriété extrêmement morcelée, l’idée d’aider les petits propriétaires sans contact avec le crédit des grandes banques était justifiée. Le Crédit agricole, sorte de service public à autonomie financière, est créé à cet effet, mais il se heurte à de grosses difficultés résultant de l’organisation sociale du pays et l’absence d'organisation de la vie locale.

« Plus que partout ailleurs, en cette Egypte centralisée, où la masse n’a aucune compréhension des vérités économiques ou financières, il faut craindre que s’exagèrent les recours à ce qu’on a appelé l’Etat financier à ce que s’enracine l'illusion suivant laquelle tout le monde peut vivre aux dépens de tout le mondet. »

D'autre part, le gouvernement déploie de louables efforts pour maintenir la qualité et la renommée des cotons égyptiens, par l’amélioration constante de la technique agricole, en contrôlant la distribution des semences, en interdisant le mélange des variétés et en prenant enfin des mesures sur le degré d'humidité du coton. Le gouvernement s'efforce ainsi de tenir compte des desiderata des filateurs et se charge directement de faire une propagande active à l’étranger en vue d’y développer la consommation du coton égyptien.

Ce dernier mode d’action ne prête à aucune critique et la généralisation de son application au plus grand nombre possible de pays producteurs semble souhaitable. Ce n’est que par l’amélioration des qualités du coton, sans accroissement de son prix de revient ni de sa production, que l’on peut espérer provoquer un relèvement de la consommation

1. Opinion de M. Vincenot, président du Crédit foncier égyptien, Europe nouvelle du 31 décembre 1932.

mondiale et retarder les effets de la concurrence de la soie artificielle.

Quant à l'intervention sous sa forme autoritaire, l’expérience égyptienne, faite pourtant dans des circonstances et un milieu somme toute favorables, montre qu’en dépit de ses apparences séduisantes, elle constitue un danger non seulement pour le pays qui y a recours, mais aussi pour la

situation cotonnière internationale.

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