La crise d'Orient de 1839 à 1841 et l'Europe
L'établissement des Turcs en Europe avait eu, entre autres conséquences, celle de modifier complètement la politique des Etats occidentaux, politique qui ne reposera plus désormais que sur un unique système : l'équilibre européen, fonction de la question d'Orient.
Depuis le milieu du xv^ siècle, il devient évident que cette question domine tous les faits, est le ressort de toutes les combinaisons des chancelleries, question qui, par un sort étrange, se présente plus enchevêtrée, plus rebelle à toute solution à mesure qu'on y travaille davantage. En un mot, l'histoire de la diplomatie, du jour où l'étendard du Prophète flotta sur les murs de Byzance, pourrait, à proprement parler, s'appeler : histoire de la question d'Orient. C'est elle qui est à la base de toutes les querelles, qui est le prétexte, avoué ou non, de tous les conflits ; on dirait le brandon de discorde jeté comme par quelque génie malfaisant sur la vieille Europe qui souffre ainsi d'une sorte de mal chronique offrant des alternatives de rémission ou d'acuité.
Une des plus graves de ces crises éclata en 1840 et menaça l'Occident d'une guerre générale, qui ne fut évitée que par la modération du gouvernement français, modération qui lui était d'ailleurs presque imposée par son isolement. Attitude d'autant plus louable, qu'il lui fallut, pour n'opposer que des armes pacifiques à l'Europe coaHsée, lutter contre une opinion publique favorable à une cause chevaleresque. A travers quel dédale d'intrigues, d'évolutions contradictoires, les puissances unies arrivèrent- elles à isoler la France du concert