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TROISIÈME PARTIE

Les Remèdes à la Crise de l'Apprentissage

Cette parlie se divisera en deux chapitres : Dans le premier, l’on étudiera ce qu'on a fait pour remédier à la crise. Dans le second, l'on examinera Les moyens

propres à améliorer l'apprentissage.

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Institutions créées pour améliorer l'apprentissage.

Le Gouvernement ou les particuliers ont créé des écoles pratiques ou ils en ont favorisé la création; 1ls ont constitué des groupements, provoqué des enquêtes, réuni ces congrès. Leur action s'est quelquefois combinée ;

d’autres fois, elle s'est appliquée à des objets différents.

Dans une étude publiée dans la « Revue Hebdoma-

daire», M. Georges Picot cite une société, dont

l'existence remonte à 1822. C'est la Société d'Apprentissage des jeunes orphelins, dont le siège est rue du Parc- Royal, n° 10, dans le quartier du Temple.

Dans ces temps reculés, la crise de l’apprentissage ne sévissait pas avec autant d'intensité qu'auJourd hui, mais la transformation de l'industrie et son acheminement vers le machinisme préoccupèrent de bonne heure les esprits.

C'est ainsi qu'on voit, en 1866, se fonder à Paris une société nationale de protection des apprentis et des enfants employés dans les manufactures. Cette société, présidée par M. Georges Picot, fonctionne encore : Elle compte des milliers d’ahérents ct distribue, tous les ans, des récompenses aux apprentis les plus méritants.

L'apprentissage organisé par l'imprimerie. Chaix remonte à 1803. Depuis 45 ans, l’enseignement a donné les meilleurs résultats : cent trente apprentis, la plupart fls d'ouvriers, sont reçus après concours. Les enfants qui sont attachés aux machines ne sont pas libres avant la fermeture des ateliers ; c'est à ce moment que, pendant trois quarts d'heure, ils suivent un cours. Ceux qui apprennent à composer ne travaillent que neuf heures, ils ont des cours quotidiens d’une heure.

L'enseignement a pour but de perfectionner les connaissances acquises à l’école primaire et de préparer, par une série de notions spéciales, la formation du typographe. Entre le travail et les cours, il y a une harmonie

singulièrement propre à développer les qualités techni-

ques. L’apprenti est mis, dès le début, à la besogne; il reçoit des conseils du contremaître, mais il agit par lui-même et peu à peu se développent son initiative et sa responsabilité. Ainsi les neuf heures de travail sont, pour l'apprenti compositeur, neuf heures de leçon pratique. Plusieurs revues, sorties de l'imprimerie Chaix, sont composées par des enfants.

Le cours de la dixième heure porte sur les notions accessoires à un habile typographe ; un cours de langues étrangères permet de composer les citations d'anglais, d'allemand, même de latin et grec. Chaque année, l'Association des Etudes Grecques donne des prix aux Jeunes apprentis qui savent composer en caractères grecs-

Des institutions analogues existent dans d’autres industries : À l’orfèvrerie Christofle, à la Manufacture de Baccarat.

Messieurs Christofle et C'° ont créé en 1873, dans leur usine de Paris, un internat où vingt-quatre apprentis se consacrent, pendant le jour, aux travaux de l'atelier et le soir reçoivent, trois fois par semaine, des leçons d’un professeur et les trois autres jours suivent un cours de dessin.

La durée de l'apprentissage est de cinq ans. L'instruction comporte deux sortes de cours : cours généraux, communs à tous les ateliers ; cours spéciaux pour chaque section (orfèvrerie, ciselure, montage en bronze, gravure

et guillochage).

« Nous voulons, dit le programme de l'internat, nous voulons qu'à la sortie ce leur apprentissage, tout en adoptant, suivant leurs goûts la spécialité de telle ou telle branche de notre industrie, nos Jeunes ouvriers soient capables d'exécuter une pièce complète d’orfèvrerle. »

« Nous voulons enfin qu'ils ne reçoivent leur brevet d'apprentissage qu'après avoir fait ce qu'on appelait autrefois le chef-d'œuvre. »

Les enfants sont, pendant toute la durée de leur apprentissage, couchés, nourris et habillés. Ils ne reçoivent aucune paye; à la fin de l’année, ils ont des gratifications proportionnées à leur travail et à leur conduite. Leur apprentissage terminé, 1ls reçoivent une gratification qui varie de 100 à 150 francs. Dès leur entrée à l'atelier comme ouvriers: ils sont à même de gagner 4 à 5 francs par Jour. La dépense par enfant

est d'environ 1.250 francs. (1)

Dans les manufactures de velours et peluche, J.-B. Martin à Tarrare, existe aussi un internat d'apprentissage pour Jeunes filles. Le contrat passé avec les parents des Jeunes apprenties est calqué sur la loi de 1851 : la durée de l'apprentissage est de trois ans. Pendant la dernière année seulement, les apprenties reçoivent un salaire ; elles sont alors considérées comme

ouvrières et peuvent gagner de 10 à 45 francs par mois.

(1) L'institut d'apprentissage des manufactures de Baccarat est analogue.

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On pourrait multipler les exemples de ces organi-

sations, dues à l'initiative des particuliers. Il est intéressant de signaler, à côté d'elles, les organisations

dues à des collectivités ou à des groupements professionnels-

Les idées qui ont présidé à la création de l'atelier de la rue des Epinettes, à Paris, valent une mention spéciale.

Il y a quelques années, des entrepreneurs, des architectes, unis dans une préoccupation commune, s'étaient demandé comment l’industrie du bâtiment, plus atteinte qu'aucune autre par la crise de l'apprentissage, pourrait, à l’avenir, recruter ses ouvriers : plombiers: serruriers, charpentiers avaient échangé leurs inquiétudes ; les anciens ouvriers étaient aussi soucieux que les maitres. Tous s'assemblèrent en un effort commun. Une société fut créée, un terrain acheté et, en 1906, s’ouvrait rue des Epinettes, un atelier-école.

Les enfants de treize à quinze ans y reçoivent l'instruction professionnelle. Les fondateurs sont partis de ce principe qu’à treize ans, l'enfant qui se prépare aux travaux du bâtiment, ne peut être affecté à une branche spéciale ; il faut qu'il traverse une période préparatoire.

Les enfants viennent dès le matin. Après la leçon de dessin et les cours théoriques, ils étudient la décomposition d’un objet : arrosoir, passoire, cafetière. Dans

l'après-midi, ils le construisent, après en avoir tracé

eux-mêmes et découpé les éléments. L'objet qu'ils ont fabriqué leur est donné : ils l'emportent à la fin de leur journée, dans leur famille, comme témoignage de leur travail.

Après 18 mois ils sont en mesure de choisir ieur profession : ils peuvent entrer chez un serrurier, chez un plombier, dans un atelier de machines

et achever, sous une forme spéciale, leur instruction

professionnelle.

Il existe une institution analogue à Roubaix : c'est l'école Jacquart, qui forme des contremaîtres de tissage et dont la création est due à l'initiative du Syndicat des Fabricants. Cette école a pour but de donner au personnel dirigeant de l’industrie de la Fabrique, les connaissances professionnelles et la formation morale que réclament les temps actuels.

« L'introduction des métiers Northrop, dit le programme, le développement des métiers duite à duite, ont rendu nécessaire la création de l'école. Il importe que. les chefs de sections en connaissent tous les détails et tous les perfectionnements pour en pratiquer le réglage avec la précision et la rapidité nécessaires ».

Pour débuter, on s’est contenté d'une vingtaine de métiers de plusieurs largeurs et de différents genres; quarante élèves suivent les cours et travaillent alternativement matin et soir, de façon à assurer aux métiers une marche régulière. Les élèves qui ne tissent pas sont

occupés par les différents cours de théorie.

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La durée des études est de trois ans, l'enseignement est gratuit. L’intention des fondateurs a été de créer à chaque élève une masse fournie par une partie du produit de son travail. Cette somme ne doit lui être remise qu'à

sa sortie de l’école.

Les Conseils de Prud'hommes ont, pour favoriser l'apprentissage, organisé dans plusieurs villes des concours d'émulation; de plus, ils surveillent les appren-

Us et veillent à la bonne exécution du contrat.

Prendre les jeunes gens à l'entrée de la carrière industrielle, veille à ce qu'ils reçoivent une instruction solide par la pratique régulière de leur métier, se tenir au courant de leurs progrès, leur faire subir des examens, les stimuler par des récompenses, voilà le plan que s'est

tracé le Conseil des Prud'hommes de Bar-le-Duc.

Par cette institution, 1l s'intéresse aux apprentis, 1l exerce une surveillance, avec le concours des patrons et il arrive à former, pour les industries du pays, des ouvriers connaissant leur métier dans tous ses détails, 1° pratiquant avec goût et capables d'y apporter des amé-

liorations et des perfectionnements.

Le Conseil des Prud'hommes de Montluçon a institué aussi un concours d’apprentis. En 1C07, 33 apprentis mouleurs, tourneurs, ajusteurs, ferblantiers et imprimeurs ont pris part à ce concours et leur travail était bien exécuté, mais aucun n’a pu faire la partie théorique, qui

consistait à exécuter le croquis d’un boulon sous diverses

faces, avec le calcul de son volume et de son poids.

Pour remédier à cette lacune, une société montluçonnoise d'enseignement théorique professionnel s’est constituée en 1g9c8 Elle comprend trois cours: comptabilité et commerce, cours de technologie et cours de mécanique et électricité, qui sont suivis par trente apprentis.

Les municipalités de certaines villes ont créé des cours d'enseignement technique. Celle de Saint-Etienne a organisé des cours professionnels très variés : cours de repassage, de traçage pour chaudronniers et zingueurs; de tissage, d’'ébénisterie, de dessin mécanique, de bâtiment, de peinture, de filetage, de traits pour charpente, d’arithmétique, de coupe et essayage. Ces cours ont eu lieu le soir à la Bourse du Travail.

Des cours professionnels ont aussi été organisés par les Bourses du Travail de Roanne et de Clermont-

Ferrand; 1ls sont suivis par de nombreux élèves.

On a cru longtemps que les progrès du machinisme entraînaient l'inutilité de l'apprentissage dans la grande industrie. En réalité, le problème s’est simplement déplacé. Un apprentissage sommaire suffit dans la plupart des cas; un simple conducteur de machines peut être recruté parmi les manœuvres de l'usine et rapidement mis au contact de son métier; mais 1l faut toujours

des ouvriers d'élite, pour construire ces machines, dont

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l'habileté mécanique a remplacé l'habileté professionnelle des anciens ouvriers. Il est indispensable de former des mécaniciens pour les installer et pour les réparer. Il n’est pas possible de les laisser toujours aux mains d'ouvriers inexpérimentés, qui ne sauront intervenir en temps utile pour empêcher un accident de se produire dans leur

mécanisme, ou une malfaçon, dans l’objet fabriqué.

En tous cas, si elle ne touche pas l’ouvrier, la responsabilité incombera au contremaître ou au chef d’atelier, qui n’y pourra faire face que s'il possède une instruction professionnelle à la fois technique et pratique.

D'où la conception d’un nouveau mode d'apprentissage, peut-être plus limité quant au nombre des ouvriers, mais d’un caractère plus technique que par le passé et dont la nécessité apparaît comme plus pressante encore qu'autrefois (1):

Ce sont là les idées directrices qui doivent inspirer ceux qui veulent rénover l'apprentissage. Ce sont ces idées qui ont motivé la création des œuvres signalées plus haut. Depuis quelques années, elles font des progrès et l’on se préoccupe sérieusement de l'apprentissage. Le Congrès National Mixte de l'Industrie, du Commerce et du Travail, dont on a déjà fait mention dans ce travail, a eu à ce propos une initiative heureuse : il a créé un

comité permanent, dont le siège est à Paris. Le but de ce

(1) Voir, à ce propos, ce que nous disons p. 509.

comité est de réunir tous les documents concerrant l'apprentissage, d'établir des relations entre les Chambres de Commerce, les Syndicats patronaux et ouvriers et de faire connaître à tous les intéressés, par la publication d’un bulletin, les efforts tentés dans ce but.

Voilà ce qu'a fait l'initiative privée.

Qu'’ont fait, en regard, l'Etat ou les villes subventionnées par l'Etat?

La Ville de Paris a créé des écoles professionnelles : Ecole Boulle, Ecole Diderot, Ecole Estienne, Ecole Palissy, Ecole Germain Pilon, Ecole Dorian. Chacune

de ces écoles mérite une notice.

L'Ecole Boulle a été fondée en 1886. Pour y être admis, les enfants doivent avoir treize ans au moins et seize ans au plus et subir avec succès un concours. Le nombre des jeunes gens admis chaque année varie entre 50 et 60. La durée normale des études est de quatre ans; mais beaucoup d'élèves quittent l’école avant l'expiration de cette durée, soit volontairement, soit pour incapacité ou inconduite. On y prépare aux professions d’ékéniste, de menuisier, de sculpteur, de tapissier.

L'Ecole Estienne a été créée en 1889. Elle a pour but l'enseignement pratique des métiers appartenant à l'industrie du livre. Elle possède dix-sept ateliers pour autant de professions distinctes et organise des cours du soir pour les ouvriers du dehors. De 1889 à 1000, il est sorti de l'Ecole Estienne 337 élèves.

L'Ecole Germain Pilon dirige ses élèves vers l’art

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décoratif avec application aux différents métiers de l'industrie parisienne. Les jeunes gens s’y perfectionnent dans les arts du dessin, tels que le modelage, l'aquarelle, le moulage, le lavis et, en général, dans tous les enseignements artistiques susceptibles de donner du style aux

productions de luxe dont Paris a conservé la réputation.

L'Ecole Bernard Palissy, fondée en 1853, a un but analogue à celui de la précédente, c’est-à-dire de former des ouvriers artistes, habiles dans certaines industries d'art, telles que : la céramique, la sculpture sur bois, la pierre, le marbre, le dessin sur étoffes et la peinture décorative. |

L'Ecole Dorian, ancien orphelinat municipal, transformé en 1887 en internat professionnel, a pour mission d'enseigner aux orphelins qui y sont recueillis, les métiers du menuisier, du tourneur sur métaux, sur Dois, sur pierre; sur marbre, de l'ajusteur, du forgeron et du ferronnier.

L'Ecole Diderot a été fondée en 1873, pour l'enseignenent des professions de la forge, du tour sur métaux, de l’ajustage, des instruments de précision, de l'électricité, de la chaudronnerie, de la menuiserie, de la serrurerie et de la plomberie sanitaire.

L'école de physique et de chimie industrielles, qui date de l’année 1882, a pour but de donner aux Jeunes gens, sortis de l’école primaire supérieure, des lycées et collèges, une instruction spéciale, à la fois scientifique et

pratique, leur permettant de rendre aux industries phy-

siques et chimiques des services sérieux, tant comme

ingénieurs que comme chefs de laboratoires.

Signalons encore : L'Ecole d’arboriculture et d'horticulture de Saint-Mandé, l'Ecole Salicis de la rue Tournefort consistant dans la création d’un atelier modèle de travail manuel, annexé à une école communale primaire. = Pour les filles, il existe 6 écoles professionnelles et ménagères.

On reproche à ces écoles d’être dépourvues de direction pratique et de n'avoir ainsi, comme recrues, que des fils de commerçants ou d’industriels, de fonctionnaires ou de chefs d'ateliers. Le concours subi à l'entrée de l'école; le temps considérable passé pour les études supposent, pour les lauréats, une situation de fortune plus élevée que celle de la généralité des familles ouvrières.

On ne retrouve pas ces inconvénients dans les écoles pratiques de Commerce et d'Industrie, organisées par la loi du 26 Janvier 1802. Ces écoles étaient, en 1908, au nombre de 47 pour les garçons et de 10 pou les filles. Les élèves qui les fréquentaient dépassaient dix mille.

Leur but est de former des ouvriers habiles et instruits. Des programmes types ont été adoptés pour leur servir de modèles, mais ils ne sont pas obligatoires; ils facilitent la tâche des Conseils de Perfectionnement chargés d'élaborer les plans d'étude. Ils doivent avoir assez de

souplesse pour se plier aux besoins des industries et

commerce locaux.

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