PROPORTION POUR 100 DES OUVRIERS PAR AGE
Moins de 6& ans
18 ans 18 & 24 ans S5 à SI ans S5 à 4i ans 45 à 64 ans 55 à 64 an* et plut
D'après les données de ce tableau, la construction mécanique (avec la chaudronnerie et la fonderie) compterait un peu plus de vieux ouvriers que les mines de houille (6,11 pour 100, de 55 à 64 ans; 1,51 pour 100, à 65 ans et au-dessus) ; moins que la métallurgie, — et cela, à première vue, ne laisse pas que d'être assez surprenant (7,93 pour 100, de 55 à 64 ans; 2,62, à 65 ans et au-dessus) ; — un peu plus, enfin, que Tensemble de la classe, d'ailleurs vague, baptisée officiellement : « Travail du fer, de Tacier, des métaux divers » , quant aux ouvriers de 55 à 64 ans (6,19 pour 100), mais un peu moins, quant aux ouvriers de 65 ans et au-dessus (2,30 pour 100). On y vieillirait donc un peu plus que dans les mines, un peu moins que dans la métallurgie, et tout à la fois, s'il est permis de le dire, un peu plus et un peu moins que dans le travail du fer en général ; un peu plus jusqu à 65 ans; et, après, un peu moins.
Mais si, dans la construction mécanique, » on vieillit » moins que dans la métallurg[ie, ce n'est pas que le travail y soit plus dur et, pour employer un mot bien gros, plus meurtrier (à part les accidents qui sans doute y sont fréquents, mais qui cependant ne doivent pas Tétre plus que dans la métallurgie) . Et précisément, dans la construction mécanique, la catégorie ou spécialité d'ouvriers pour qui le travail est le plus dur est une catégorie ou spécialité de métallurgie : celle des fondeurs et aides-fondeurs de l'atelier de fonderie de cuivre^ o qui sont exposés à la chaleur des divers foyers en surveillant la fusion du bronze dans les creusets » . Ainsi, même cause de fatigue, et même motif de peine que dans la métallurgie : Faction au feu. Encore la Société des Forges et Chantiers a-t-elle installé, pour fondre les pièces, o une salle spéciale, énergiquement ventilée » ; et, diminuant ainsi la chaleur, elle a diminué par là même de beaucoup le poids du travail.
Si donc il y a proportionnellement moins de vieux ouvriers, ou des ouvriers moins vieux, dans la construction mécanique que dans la métallurgie, serait-ce que Ton ne pratique pas ici ce que nous avons vu pratiquer par certaines usines métallurgiques, notamment par notre usine A..., les Forges et Aciéries de..,"! Nous avons dit qu'à Tusine A..., la règle est de ne pas renvoyer les vieux ouvriers et de ne pas les mettre à d'autres ouvrages : on les garde dans leur atelier et dans leur équipe, dans leur spécialité, dans leur métier, quitte à traîner pendant quelque temps cette surcharge et à faire une opération qui
n'est pas économiquement très bonne. Ici, aux Forges et Chantiers, l'exploitation serait-elle, indépendamment desins« titutions que la Société a pu créer ou encourager, plus industrielle, et, — je me sers encore d'un mot bien gros, — moins paternelle? Quoi qu'il en soit, c'est pour les spécialités voi« sines de la métallurgie, pour l'une d'elles surtout, les fondeurs de cuivre, que le travail est le plus dur : il l'est pour eux par ses circonstances nécessaires, plus que par son intensité ou par sa durée : pour les autres, s'il reste quelquefois plein de risques par ses circonstances, il n'est très pénible ni par sa durée, ni par son intensité.
La journée de travail effectif est de dix heures, divisée en deux séances de cinq heures chacune, à partir de 6 heures et demie du matin jusqu'à 11 heures et demie, et à partir de 1 heure jusqu'à 6 heures du soir. Entre 1 1 heures et demieet 1 heure, il y a repos, pour le déjeuner, à tous les ateliers. La très grande majorité des ouvriers va prendre ce repas au dehors. Il n'y a guère que Vaielier des forges où les marieleurSy avec leurs pilonniers, manœuvres et chauffeurs, en raison du temps demandé par les réchauffages successifs de leurs pièces de forge, font onze heures et demie de présence à l'atelier; mais, pendant le réchauffage de ces pièces, ils se reposent, ils déjeunent, et eux non plus ne donnent pas, dans la journée, plus de 10 heures de travail effectif. A V atelier des fonderies, la journée de travail est, comme ailleurs, de dix heures. Néanmoins, par exception, les jours de coulée très importante (c'est toujours le samedi), un certain nombre de manœuvres doivent revenir dans la soirée pour déterrer les moules coulés, et passer la moitié de la nuit ou la nuit tout entière suivant la dimension des pièces. Les ateliers sont fermés les dimanches et jours fériés, que les ouvriers emploient à leur guise, sans qu'il soit exercé sur leurs loisirs ou leurs plaisirs aucun contrôle. Le travail n'est pas continu, et iln'ya
par conséquent pas d'équipes de roulement. Aux chantiers, comme aux ateliers, la journée de travail est de dix heures.
Après la peine du travail, et en face d'elle, le prix du travail. On sait dans quelle mesure il est légitime de parler de salaire moyen, et qu'il y a autant de salaires différents que de spécialités, si ce n'est même que d'ouvriers. Mais, dans la mesure où il est légitime d'en parler, le salaire moyen quotidien, par spécialités, varie, pour les ouvriers des ateliers M. : auxforgesy de 3 fr. 53 (pilonnier) à 10 fr. 30 (marteleur) ; à la fonderie de fer , de 4 fr. 10 (outilleur) à 5 fr. 90 (mouleur); à la fonderie de cuivre, de 4 fr. 20 (outilleur et ébarbeur) à 5 fr. 90 (mouleur) ; aux modèles, il est sensiblement égal pour les trois catégories (modeleur, 5 fr. 80; menuisier, 5 fr. 50 ; charpentier, 5 fr. 70). Le perceur de Y ajustage à la main ne gagne que 4 fr. 19 et le monteur, 6 fr. 50 ; le raeuleur de Vajustage à Coutil, 4 fr. 20; le tourneur, 5 fr. 60. A Voutillage, le fraiseur et le frappeur reçoivent 3 fr. 90, l'ajusteur, 5 fr. 14. A la chaudronnerie de fer, le traceur touche 7 fr. 20, mais le frappeur n'a que 4 francs; à la chaudronnerie de cuivre, le chaudronnier est payé 6 fr. 05 ; son aide, seulement 3 fr. 60. L'aide-chauffeur des/or^re^ a 4 fr. 20; l'aidefondeur de la fonderie de fer, 4 fr. 80 ; celui de la fonderie de cuivre, 4 fr. 50; V aide-chaudronnier delà, chaudronnerie de fer, 3 fr. 10. Les manœuvres gagnent, selon les ateliers auxquels ils sont attachés, 3 fr. 80, 3 fr. 90 ou 4 francs. L'apprentiajusteur touche 1 fr. 37; l'apprenti-tourneur, 1 fr. 44; l'apprenti-chaudronnier en fer, 1 fr. 60; l'apprenti-chaudronnier en cuivre, 1 fr. 83.
Mais ce salaire moyen vaut et signifie ce que signifie et vaut un salaire moyen. En effet, voici des modeleurs à 6 fr. 50 ou même à 6 fr. 80, mais en voici un à 2 fr. 30; et voici des fondeurs à 7 francs, à 7 fr. 30, à 7 fr. 50, mais en voici à 5 francs, à 4 fr. 50, à 3 fr. 80, à 3 fr. 30, à 3 francs; en voici
338 l/ORGANISATION DU TUAVAIL
un à 2 fr. 50. Voici des ébarbeurs à 4 fr. 20, en voici à 3 fr. 50; des outilleurs à 5 francs, et d'autres à 3 francs. A la fonderie de cuivre, il y a des mouleurs à 7 francs ; et il y en a à 6 francs, à 5 francs, à 3 francs, à 2 francs. Il y a des chaudronniers, à la chaudronnerie de fer ^ qui touchent 4 fr. 20 ou même 3 fr. 30; et il y en a qui touchent 8 francs ou même 8 fr. 30; à la chaudronnerie de cuivre^ il y en a qui touchent
7 francs, 7 fr. 20, 7 fr. 80, et il y en a qui touchent 5 francs ou 4 fr. 80.
11 en est aux chantiers comme aux ateliers. A la chaudronnerie de fer des chantiers^ voici des ouvriers à 8 francs et à
8 fr. 30; en voici à 6 francs, à 5 fr. 50, à 4 francs. Et voici, aux chantiers, des chaudronniers en cuivre à 7 francs et 7 fr. 30; mais en voici à 4 fr. 80. Il y a des forgerons à 7 francs, à 7 fr. 30, à 7 fr. 50; et il y en a à 3 fr. 80 et à
3 francs. Un pilonnier gagne 4 fr. 20, un autre ne gagne que
2 h. 80. Certains menuisiers reçoivent 6 fr. 30, 6 fr. 80, ou même 7 fr. 50; mais certains autres ne gagnent que 5 francs,
4 fr. 20, ou même 4 francs. Voici des charpentiers à 7 francs, à 7 fr. 80, en voici un à 8 francs; et en voici à 5 fr. 50,
5 fr. 30, 5 fr. 20, 5 francs. Les gréeurs gagnent de 4 à 5 francs; les riveurs, de 5 francs à 5 fr. 50; les teneurs de tas, de 2 francs à 4 francs; les chauffeurs de clous, de l fr. 50 à 2 fr. 50. II y a des chanfreineurs et des ajusteurs à 7 fr. 50, mais il y en a à 5 fr. 30. De 5 fr. 30 à 6 francs, c'est ce que reçoivent les électriciens, et la plupart des tourneurs sur métaux (deux pourtant, âgés de 19 et de 17 ans, et considérés probablement comme des apprentis, ne touchent Tun que
3 francs, l'autre que 2 fr. 80). Les taraudeurs gagnent de 3 fr. 80 à 5 fr. 50; Toutilleur, 5 fr. 80; l'affûteur et le trempeur, 5 fr. 50; les meuleurs, de 4 fr. 20 à 4 fr. 80; le mortaiseur, 5 francs; les raboteurs, de 4 fr. 50 à 6 francs; les scieurs de métaux, les enrouleurs de tôles, les épauleurs, de
LA CONSTRUCTIO:S MECANIQUE 339
4 francs à 4 fr. 50; les cisailleurs et poinçonoeurs, de 4 francs à 4 fr. 50 (quelques-uns 3 fr. 80 ou 3 fr. 50 seulement). Il n'y a pas de perceur ou de fraiseur à la machine qui touche plus de 5 fr. 50, il y en a qui ne touchent que
3 fr. 80 ; les perceurs à la main ont tous ou presque tous de
4 francs à 4 fr. 50; leurs aides, de 1 fr. 50 ou 2 francs à
3 fr. 50 (ce sont tous jeunes gens) .
Dans les professions ou services auxiliaires, les maçons gagnent de 5 francs à 5 fr. 50, leurs aides de 3 fr. 80 à
4 fr. 30 ; les peintres, de 3 fr. 30 à 6 fr. 30; 6 fr. 30 aussi, le bourrelier; et le vannier, 5 francs. On donne de 4 fr. 80 à 5 fr. 80 au mécanicien et aux chauffeurs de la machine motrice; de 4 à 5 francs aux chauffeurs et conducteurs de treuil, grues et mâts de charge; 4 fr. 30 au chauffeur de four; 4 fr. 80 et 5 francs aux graisseurs; 5 francs et 3 fr. 80 à rinfirmier et à son aide (taxés à Theure comme les ouvriers) ; de 4 fr. 20 à 4 fr. 50 aux gardiens; de 5 fr. 30 à 7 francs aux distributeurs d'outillage (avec un gamin de 14 ans à 1 fr. 50); de 4 fr. 50 à 5 francs aux distributeurs dans les magasins ;
5 francs aux classeurs. Les manœuvres des chantiers sont payés 3 fr. 50, 3 fr. 80, 4 francs, 4 fr. 20, 4 fr. 30, 4 fr 50. Un seul, qui vraisemblablement est le chef, figure en tête de liste pour 5 fr. 50.
Que si maintenant, dans la construction mécanique comme dans la métallurgie et dans le Nord-Ouest comme dans la Loire, on tient pour un salaire bas le salaire au-dessous de 4 francs, pour un haut salaire le salaire de 7 francs et au-dessus, et tout le reste, entre 4 et 7 francs, pour des salaires médiocres, — c'est-à-dire ni bas, ni hauts^ mais suffisants; et il faudrait encore expliquer « suffisants »! — on peut affirmer qu'en somme la quantité de beaucoup la plus considérable des ouvriers de la Société des Forges et Chantiers reçoit un salaire médiocre, au sens étymologique, un salaire de
« milieu » , intermédiaire entre 4 et 7 francs. Comme bas salaires, au-dessous de 4 francs, on ne trouve, aux ateliers, que le pilonnier des forges (3 fr. 53) (I), le frappeur et le fraiseur de Toutillage (3 fr. 90), les manœuvres, les aides et les apprentis; comme hauts salaires, au-dessus de 7 francs, le marteleur des forges (10 fr. 30), le traceur de la fonderie de fer (7 fr. 20). Au modelage, pas de haut salaire; parmi les mouleurs de la fonderie de fer, 1 1 ouvriers A haut salaire, 5 à bas salaire, 26 à salaire intermédiaire. Par rapport àTàge, les hauts salaires vont à des ouvriers de 67, 65, 62, 56, 50, 49, 47, 44, 43 et 41 ans; les bas salaires, à de jeunes hommes de 21, 19, 18 et 17 ans; les salaires intermédiaires, à des ouvriers de tout âge, de 23 à 67 ans.
La même observation pourrait être faite sur toutes les catégories ou spécialités d'ouvriers des ateliers et des chantiers. Aux chantiers, on trouverait comme hauts salaires : un menuisier (7 fr. 50); 17 chaudronniers en fer (de 7 francs à 8 fr. 30); 2 chaudronniers en cuivre (7 francs et 7 fr. 30); 3 forgerons (de 7 francs à 7 fr. 50); 25 charpentiers (de 7 francs à 8 francs); 2 chanfreineurs (à 7 fr. 50); 2 ajusteurs (7 francs et 7 fr. 50); 1 distributeur d'outillage (7 francs). Les âges correspondants sont : pour le menuisier, 40 ans; pour les chaudronniers en fer, de 30 à 55 ans; pour les chaudronniers en cuivre, 42 et 49 ans; pour les forgerons, 30 ans et 51 ans ; pour les charpentiers, de 26 à 67 ans ; pour les chanfreineurs, 40 et 42 ans; pour les ajusteurs, 40 et 45 ans; pour le distributeur d'outillage, 37 ans. Comme bas salaires, aux chantiers, en dehors des manœuvres, des aides, des apprentis, et de quelques ouvriers dont Tàge permet de dire qu'ils sortent à peine de l'apprentissage, on ne relèverait que des cas individuels très rares; et peut-être serait-il abusif
(1) Ce chiffre et lestuivanU sont empruntés au tableau récapitulatif du salaire moyen quotiditn par spécialité.
d'appliquer indistinctement la qualification de « bas salaire » au prix qui rétribue le travail d'un aide, d'un apprenti, qui n'est pas encore maître de son métier, d'un manœuvre qui n'a pour ainsi dire pas de métier, et à celui qui rétribue le travail d'un ouvrier fait, de métier classé, de capacité et de productivité pleinement développées.
La base sur laquelle est établi le salaire est l'heure de travail : dix heures de travail à 0 fr. 50 l'heure, 5 francs par jour; à 0 fr. 70, 7 francs. Autant que possible, les ouvriers travaillent a au prix fait »> ou au « marchandage » , — cette expression de « marchandage » a le tort de rappeler les sévérités de la législation de 1848, où elle est prise dans un sens péjoratif; le sens, à peu près de l'anglais sweating-system ; — mais, ici, de toute manière, l'ouvrier n'en souffre pas; s'il y a perte par rapport au prix fait, ce n'est pas lui qui la supporte, on ne la lui retient pas; et s'il y a bénéfice, il en profite, on le lui compte. L'heure de travail n'est donc qu'une base de salaire et le salaire à l'heure n'est donc lui-même qu'une taxe minima : l'ouvrier ne peut pas recevoir moins, il ne peut que recevoir plus (1). Le marchandage se débat ou le prix se fait entre l'ouvrier et le contremaître; il n'est arrêté et définitif qu'après l'approbation du chef d'atelier, du sousingénieur, de l'ingénieur des ateliers et de l'ingénieur en chef; toute la hiérarchie y passe, et l'on ne saurait demander plus de garanties. Lorsque, par hasard, des ouvriers doivent
(1) Exemple pour Vatelier des forges :
Taxe type Catégories d'ouTriers par heure minima.
fr. c.
Marteleur 1 10
Forgeron 0 70
Frappeur 0 40
Pilonnicr 0 *^
Chauffeur 0 70
Aide-chquffeur 0 55
Taxe majorée
des bénéfices.
fr. c.
342 L'ORGANISATION DU TKAVAIL
venir le dimanche réparer les machines ou les chaudières des ateliers, — réparations qui ne pourraient être faites en semaine sans suspendre la marche .de Fusine, — la demijournée du dimanche matin (cinq heures de travail effectif) leur est comptée 5«.r heures; celle de l'après-midi sept heures. Pour les travaux du soir ou les travaux de la nuit, les heures sont majorées de moitié ; soit 1 heure et demie pour 1 heure. Sont tenues pour heures de nuit les heures entre 8 heures du soir et 5 heures et demie du matin (I).
La paie se fait tous les samedis, la journée finie, après
6 heures du soir, dans les bureaux et sous la surveillance des contremaîtres. On ne consent d'avances que pour des cas « imprévus » . L'ouvrier doit en faire la demande par écrit à
l'ingénieur en chef, avec ses motifs à l'appui. L'avance consentie est remboursable au moyen d'une retenue variant, suivant l'importance de l'avance, de 5 à 10 francs par semaine, et le remboursement en doit être effectué dans les deux ou trois mois.
Aux Forges et Ohantiers, il n'est point infligé d'amendes. Toutefois une retenue de salaire peut être opérée, quand Touvrier arrive en retard. Il doit être entré à l'atelier, le matin, à 6 h. 35. S'il n'est pas là, la porte lui est fermée jusqu'à
7 heures. Il peut alors entrer jusqu'à 7 h. 5, mais sa demijournée, qui reste de quatre heures et demie, ne lui est plus comptée que pour quatre heures; et par cette retenue, indirectement, il est à l'amende d'une demi-heure, en plus de la demi-heure perdue. Le prix de cette demi-heure est versé à la caisse de secours. L'après-midi, la consigne est plus
(1) Aux travaux du dehors^ dont l'effectif est essentiellement variable, mai» peut atteindre le chiffre de 250 hommes, la durée moyenne de la journée de travail est subordonnée aux règlements des ports et des usines où sont exécutés \i'* ii>onta{;es. Le salaire moyen et type est h^ même que celui de ro'uvrier de iiiéin»' catégorie travaillant dans les ateliers; mais, pour les montages effectué» en dehors de X .., ce salaire est majoré de 50 pour 100.
Là CONSTRUCTION MÉCANIQUE 343
rigoureuse encore, et l'ouvrier qui n'est pas entré à 1 h. 5 n'entre plus.
Le contrat de travail est très simple, si simple qu'il n'y en a pour ainsi dire pas. Les ouvriers sont embauchés par les chefs d'atelier pour un temps indéterminé, et, au bout de la première semaine, après six jours de présence et d'épreuve, taxés suivant leurs aptitudes, à tant de l'heure. On n'exige plus le livret. Au départ, tout ouvrier qui désire quitter la Société est obligé de prévenir, huit jours à l'avance, son chef d'atelier ou son contremaître. Le même délai de huit jours est obligatoire lorsque c'est, au contraire, le contremaître ou le chef d'atelier qui, pour une cause ou pour une autre, renvoie l'ouvrier. Mais, en fait, ce délai de huit jours n'est presque jamais observé, presque jamais on n'astreint l'ouvrier à faire sa huitaine; car, en ce cas, il travaille mal, — c'est ce qu'on nous a déjà dit ailleurs; — et il n'y a aucun intérêt à lui imposer, — et à s'imposer du même coup, — ce mauvais travail. Soit pour départ volontaire, soit pour renvoi, il n'y a, ni de part ni d'autre, indemnité.
L'apprentissage est soumis aux règles ordinaires. L'enfant qui veut se faire admettre comme apprenti doit, s'il n'est âgé que de douze ans ou de moins de treize ans, présenter, comme la loi le prescrit, un certificat d'études primaires et un certificat d'aptitude physique. Pendant environ deux mois, les apprentis sont employés dans les ateliers, sans recevoir de salaire; après deux mois, ils commencent à être payés, 0 f. 05 l'heure : petits conscrits de la grande armée du travail. Mais, la fortune, ici, comme partout, a ses caprices et ses faveurs;
344 l/ORGANISATION DU TRAVAIL
les apprentis chaudronniers, traités tout de suite comme des aides, sont payés, dès le premier jour, et payés 10 centimes Theure.
Telle est rorg[anisation, telles sont les conditions du travail dans la construction mécanique; dans Tune au moins, et non la moindre des branches de cette industrie, la construction navafe ; dans Fun des établissements, et Tun des plus considérables, de la construction navale en France, les établissements du Nord-Ouest de la Société des Forges et Chantiers de X... Nous Tavons dit en commençant et nous le répétons pour finir : il ne serait pas exact de donner cette observation faite en temps de crise comme Tirnage du travail dans la construction mécanique à Tétat normal ou à Tétat de santé ; et, scientifiquement, peut-être y perd-elle de sa valeur. Mais, socialement et, si je l'ose ajouter, politiquement, elle y gagne de rintérêt, car elle montre non seulement TinHuence des circonstances générales de l'industrie sur les conditions du travail, et jusque dans le dernier détail de la dernière de ces conditions, mais aussi Tinfluence d'une bonne ou d'une mauvaise loi sur les circonstances générales de l'industrie même. Et la morale qui en découle, puisqu'il y a une morale en tout, c'est que qui fait des lois, et par les lois qu'il fait tient en ses mains le travail, le pain et la vie des hommes, il ne doit les foire qu'avec une extrême prudence, non selon ce qu'il sent, mais selon ce qu'il sait: non selon ce qu'il veut, mais selon ce qu'il peut; que l'intention ne le dispense pas de la précaution; qu'il lui fout avoir la sagesse de réfléchir avant d'agir, et, lorsqu'il a agi, s'il a agi de travers, le courage de réagir.
L ORGANISATION ET LES CONDITIONS DU TRAVAIL
ft Parmi les produits si nombreux, si variés, qui attestent le génie industriel de Thomme, il en est bien peu qui aient des usagées aussi multipliés que le verre, dont les propriétés soient aussi merveilleuses ; aucune matière ne pourrait remplacer le verre dans les plus importants de ses emplois, et le fer seul est capable peut-être de disputer la prééminence à cette substance diaphane qui, dans nos climats surtout, nous mettant à Tabri de toutes les intempéries, nous laisse cependant jouir de la clarté du jour. Si nos plus fastueuses demeures sont ornées de glaces, de lustres, de cristaux dont les facettes prismatiques réfractent etreflètent la lumière avec tant d'éclat, il n'est pas non plus d'humble chaumière où Ton ne retrouve quelques vitres, un petit miroir et quelques verres à boire. N'étant pas décomposable par les acides (sauf par l'acide fluorhydrique) , le verre est éminemment propre à conserver sans altération les liquides de toute nature, dont, par sa transparence, nous pouvons apprécier l'état. Le verre, enfin, a prolongé la carrière active de l'homme, condamné sans lui à une vieillesse anticipée : la majeure partie de nos hommes d'État, de nos savants, artistes, industriels, ne seraient-ils pas.
en effet, réduits à une regrettable inaction, si les lunettes ne venaient apporter à leurs yeux un indispensable auxiliaire? »
Le verre est le serviteur de tous les besoins et l'auxiliaire de toutes les sciences : il rapproche les cieux et il grossit la terre; la chimie, Tastronomie, l'histoire naturelle ne seraient pas ou seraient à peine sans lui. Sans lui, nous ne connaitrions ni rinfiniment grand, ni Finfiniment petit. L'homme, dans sa lente conquête de l'univers, marche vêtu comme d'une armure de verre; c'est le verre qui peu à peu met comme une frange lumineuse au noir manteau sous lequel, ignorante et aveugle, étouffait l'humanité. Ainsi, — ou avec autant de poésie, — s'exprime, à la première page de son Guide du Vérifier (!}, qui demeure, après quarante ans, l'un des classiques du genre, M. G. Bontemps, et l'on voit bien qu'il est orfèvre, c'est-à-dire qu'il était maître de verrerie; mais économiquement, philosophiquement ou historiquement, il a beau chanter les louanges du verre, il ne le célébrera jamais trop; et nous pourrions encore ajouter au panégyrique, si nous ne devions nous occuper ici moins de l'œuvre que du travail, moins du produit que du producteur, moins du verre que du verrier.
Jîous n'irons donc pas rechercher en Phénicie, au pied du Carmel, entre le lac Candebœa et la colonie de Ptolémaïs, le petit fleuve Bélus a aux eaux bourbeuses et insalobres, et toutefois honorées d'un culte » , dont le sable, lorsqu'il a été refoulé par les eaux de la mer et agité par les vagues, a devient pur et blanc, et, depuis bien des siècles, n'a pas cessé d'être la mine féconde qui a alimenté les verreries » . Nous ne nous chargerons pas de vérifier la tradition suivant laquelle « des
(1) Guide du Verrier, traité historique et pratique de la fabrication des verres, cristaux, vitraux, par G. Bontemps, 1 vol. in-8"; 1868. — Cf. Jules Hb!i- BivAUX, La Verrerie au vingtième siècle, 1 vol. pr. in-8*, 1903; et du mèuie, Une Maison de verre, dans la Revue des Deux Mondes, numéro du 1" novembre 1898.
marchands de nitre qui prirent terre sur cette plage, voulant cuire leurs aliments, et ne trouvant pas de pierres sur le rivajje pour servir de trépied à leur chaudière, y suppléèrent avec des blocs de nitre qu'ils tirèrent de leur vaisseau qui en était chargé » ; ni d'expliquer comment « le nitre entrant en fusion par Tardeur du feu, et s'étant mêlé au sable de la plage, on vit couler un liquide nouveau et transparent, formé de ce mélange, d'où vient, assure-t-on, l'origine du verre» . Nous ne citerons, un peu au hasard des rencontres, ni Pline le Jeune, ni Tacite, ni Strabon, ni Josèphe, ni Galien, ni Plutarque^ ni Lucrèce, ni Sénèque, ni Aulu-Gelle, ni Vitruve, ni Vopiseus; ni, au moyen âge, un certain Eraclius et son traité />e artibus et coloribiis Romanorum, ni la Diversarum arlium Schœ^ dula du moine Théophile; ni, aux seizième et dix-septième siècles, Georges Agricola, Thomas Garzoni, de Venise, Antoine Neri, Florentin; ni, plus près de nous, les Français Ilaudicquer de Blancourt, Henri de Valois, Beneton de Perrin, le chevalier de Jaucourt, Alliot (auteur de l'article Verrerie dans V Encyclopédie méthodique par ordre de matières) ^ P. Leviel^ Bosc-Dantic, Loysel, Bestenaire d'Audenart; ni enfin l'Italien Philippe Bu'onarotti, ni les Anglais Middleton ou Porter, ni les Allemands Hamberger et Jean-David Michaëlis. Nous ne contesterons, et dès maintenant ne contestons, ni au verre ni aux verriers leurs lettres de noblesse. Mais, plus attentifs à l'ouvrier qu'à ses ouvrages, négligeant lesÉg^'ptiens, les Sidoniens, les Romains, et bornant notre étude à un point de l'espace en une minute du temps, nous parlerons surtout de la condition des verriers en France, et surtout de la condition des verriers d'à présent.
^V8 I/OUGANISATÏON DU TRAVAIL
De toutes les circonstances qui concourent à « situer « , à •ii localiser » une industrie, — proximité de la matière première, du combustible, des débouchés, — il semble que ce soit la proximité du combustible qui ait d'abord et le plus activement déterminé la répartition géog[raphique de la verrerie en France. Naturellement, tant qu'elle brûla du bois, la verrerie fut une industrie en quelque sorte forestière (1). — Dès le treizième siècle, on trouve des verreries établies dans le Forez. Au seizième siècle, elles abondent : quatre verreries dans le Hainaut; verrerie du Perche, à Montmirail; verreries •de Gastine, Saint-Denis-d'Arques, au Maine; de Nouant, Exmes, Tortisambert, en Normandie; de Nevers, etc.; glaceries de ïourlaviile près Cherbourg, de Reuilly au faubourg Saint-Antoine, berceau de Saint-Gobain qui, bientôt adulte, •va absorber toutes les autres dans sa fortune et dans sa gloire.
Jusqu'aux environs de 1730, on s'en tient là, les créations aouvelles sont assez rares : le Conseil du commerce craint que la multiplication des fours ait pour conséquence la destruction «des forêts; mais, après 1730, les mines de charbon entrent en exploitation, et l'autorisation de fonder des usines est plus facilement accordée. Les religieux de Marmou tiers édifient à Saint-Quirin une verrerie, qui devient, en. 1753, la a Manufacture royale de cristaux et de verres en tables » , et
(1) Et peut-être est-ce une des raisons, peut-être est-ce parce qu'elle était •alors naturellement et nécessairement forestière, qu'elle fut une industrie noble, les bois n'appartenant guère qu'à des gentilshommes et l'art du verre étant con- «idéré comme un moyen de tirer des furets un meilleur parti.
qui d'ailleurs, elle aussi, finira par fusionner un jour avec Saint-Gobain. L*évêque de Metz, Mgr de Montmorencv-Laval^ en fonde une qui deviendra la cristallerie de Baccarat. Un arrêt du 6 mars 1755 permet au sieur Lefèvre d'en établir une au village d'Ëauplet, près Rouen. Lille possède une fabrique de verre à bouteilles. Celles de Champagne et du Clermontois n'arrivent pas à satisfaire les marchands de vin d'Épernay. Voici des verreries en Poitou, à Decize, à Beauregard, dans le département actuel de TAin; en Aunis, dans le Lyonnais, dans TAllier actuel, à Blancpignon près Bayonne, à Bordeaux, en Provence, près d'Aix, et à Marseille. Les verreries forestières, les verreries à bois, de Normandie et des^ Ardennes subsistent ; mais voici maintenant des verreries minières ou houillères, à Carmaux, par exemple, à la Levade près Alais, à Saint-Étienne, à Anzin, etc. (1).
La proximité de la matière première paraît en revanche avoir eu sur la localisation de Tindustrie du verre beaucoup moins d'influence, et cela va de soi : partout on esta proximité de la matière première, parce que cette matière première est partout. Qu'est-ce en effet que la matière première ou les matières premières du verre? « La silice, dit un auteur distingué entre les plus compétents, est l'élément principal de la composition du verre. Avec de la silice on mêle de la potasse ou de la soude et de la chaux pour obtenir le verre à vitre et le ven-e à glace; ajoutez-y de l'oxyde de fer, vous avez le verre
(i) Voyez Germain Martin, la Grande Industrie en France $ou* le règne de Louis XI y, p. 193-197; La Grande Industrie en France sous le règne de- Louis XVy p. 149-151. — Cf. ibid., p. 110. Par un mémoire du 28 décembre 1727, le sieur de Sartres demandait Tautorisation d'établir à Cette une verrerie qui serait alimentée par le cbarbon des bouillères : « Les Anglais et les Allemands ont appris l'usage du charbon de terre qui produit non seulement l'avantage d'épargner le bois, mais encore de faire beaucoup plus d'ouvrage que dani les autres verreries ; ce secret n'est point commun, et il n'y eik a que quatre dans le royaume : une dans le Bonlonnain, une à Bordeaux, une à Bonrg-sur-Dordogne, et une établie depuis peu à Sève (Sèvres), sur le chemin de Versailles, à la maison de Mme Dargenton, où est Tarcade de Saint-Cloud. "
à bouteille; substituez de l'oxyde de plomb, vous obtenez le •cn'sial; remplacez par Toxyded^étain, vous produisez V émail.,. La silice est partout. Le cristal de roche, le grès, le sable, le caillou, sont de la silice; les cendres des plantes, les eaux des volcans, les sources minérales en contiennent. Le sucre ressemble au verre, et cette apparence ne trompe pas; fondez les cendres de la canne à sucre, vous avez du verre; car elles contiennent, avec de la silice, de la potasse et de la chaux. Les substances calcaires composent peut-être la moitié de lenveloppe supérieure de la terre; la chaux est dans nos os, et elle est aussi dans les végétaux, dans la paille du blé comme <Ians le squelette deThomme et dans la matière terrestre; elle Cï>t partout, plus répandue encore que la silice. La soude se trouve aussi dans la nature, on l'a tirée longtemps de la combustion de certaines plantes marines; elle est produite aujourd'hui très simplement par des moyens artificiels. La potasse, <jue l'on peut employer au lieu de la soude, n'est pas moins connue et commune ; elle est dans toutes les cendres (1). »
Or, comme les éléments du verre sont partout, le travail du verre peut se faire partout. Et tous les travaux du verre. En France, la verrerie proprement dite, la miroiterie^ Vemaillerie, — telle est la nomenclature officielle (2), — occupent plus de 40,000 personnes; le département du Nord est celui où l'industrie de la verrerie emploie le plus grand nombre d'ouvriers ; 18 usines en ont chacune plus de 500. Le tableau que nous allons reproduire permet d'embrasser dans leur ensemble et les multiples branches de l'industrie du verre, et les divers groupements du personnel ouvrier qui vit de celte industrie.
(1) Augustin Gocuiei, La Manufacture des (jlacex de Saiut-Gobain, de 1665 à 1865, p. 12-13. — Cf. G. Bo:(TBMP8, Guide du Verrier, ch. ii. Des elémenU •fjui constituent et qui composent te verre ; Pkligot, Douze leçons sur l'art de la verrerie; et les travaux de MM. J.-B. Domas et Peloczk.
(2) Résultats statistiques du recensement des industries et professions (DéDombremeot général de la population du 29 mars 1896), t. IV, Résultats généraux y
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