PRINCIPAUX
départements de
production
Pour cliacun d'eux
Proportion ~
p. 100 au personnel
occupé À la
même industrie
dans la France entière
Seine (18), Nord (15), Meurthe-et-Moselle (23). Vosges (10).
Seine (13), RhAne (9), Seiuelufér. (28).
^ord (25), Aisne (10), Marne (10), Loire (18), Tarn (8).
Nord (86).
Seine (44), H'«-Loire (11), Calvados (31).
Seine (19), Côte-d'Or (19), RhAnc (59).
Mcurlhe— et — Moselle
(65), Vosges (22), Haute-Savoie (II).
Seine (69), Seine-et- Marne (23).
Seine (12), Meuse (17).
Nord (29), Aisne (32), Meurthe-et-Moselle (15), Allier (21).
Seine (66), Rhône (9).
Seine (90).
Seine (85), Seine-et- Oise (13).
Seine (82), Meurtheet-Moselle (10).
Seine (47), Oise (12).
Seine (67), Haute* Loire (10).
Territoire de Belfort (20), Doubs (52), Seine-lnfer. (21).
35Î Ï/OUGANISATION DU TRAVAIL
Dans ce tableau qui, sous une vingtaine de rubriques, analyse les spécialités de Tinduslriedu verre, des plus communes qu'on ne s'étonne pas de voir numériquement les plus impor^ tantes, — la gobeletterie, la fabrication des bouteilles, Ift verrerie en général, la fabrication du verre à vitre et la fabrication des glaces, — aux plus rares, par suite les moins fréquentes, la fabrication des verres de montre, le bouchage des flacons à Témeri, la fabrication des ballons pour lampe^ — le nom du département de la Seine revient douze fois r c'est donc sur douze spécialités différentes de l'industrie di» verre que son activité s'exerce; le département du Nord et le département de Meurthe-et-Moselle y paraissent chacun quatre fois; le Rhône trois fois; les Vosges, la Seine-Inférieure, l'Aisne, la Haute-Loire, deux fois; la Marne, le Calvados, la Côte-d'Or, Seine-et-Marne, la Meuse, Seine-et-Oise, l'Oise, le territoire de Belfort, le Doubs, la Loire, le Tarn, la Haute-Savoie et l'Allier, une fois. Le quart environ du pays est directement, immédiatement intéressé, dans sa prospérité et dans son travail, à l'une ou à plusieurs de ces spécialités : vingt et un départements, sur lesquels, la France étant partagée par la Loire comme par son diamètre ou son équateur^ quinze départements du Nord, et seulement six départements du Midi.
Toute chose au monde a ses raisons, même quand elles ne se découvrent pas d'elles-mêmes, et la localisation de l'industrie du verre a les siennes. Premièrement, une raison géographique, le climat, a A tout entrepreneur d'industrie, écrit M. Bontemps, je dirai d'abord : gardez-vous d'aller établir des verreries dans un pays dont le climat vous obligerait à chômer pendant les mois les plus chauds ; durant ce chômage, il est vrai, vous ne brûlerez ni bois ni charbon, vous ne consommerez pas de matières premières, mais il vous faudra payer une partie de vos ouvriers: les verriers, ou les payer pour
neuf OU dix mois autant qu'ils pourraient Têtre pour douze, et la plus grande partie de vos frais généraux sera aussi élevée que pour douze mois de production (Ij. » Puis, une raison historique, l'aptitude héréditairement transmise, l'adaptation professionnelle, on dirait presque la race : « Je conseillerai également de s'abstenir de fonder une verrerie dans un pays où cette industrie n'est pas encore établie ; car, comme on ne peut pas improviser des verriers, dont il faut dès l'enfance commencer l'apprentissage, il vous faudrait importer une colonie de verriers, que vous ne pouvez expatrier que par l'appât d'un salaire très élevé, qui vous rendra les frais de fabrication onéreux. » Ensuite, une raison plus strictement industrielle, la facilité d'approvisionnement en combustible et en matières premières, la rapidité et le prix des transports. Enfin, une raison sociologique, le milieu. Aux environs d'une grande ville, la main-d'œuvre coûte plus cher, l'ouvrier est plus exigeant; en outre, le voisinage d'une grande ville n'est pas aussi favorable à la discipline, au bon ordre des ouvriers d'un établissement industriel, et il y a intérêt, et pour le chef de rétablissement et pour les ouvriers eux-mêmes, à ce que l'usine se trouve éloignée des causes de désordres, qui, on ne peut le nier, se rencontrent plutôt dans les grandes villes. » Mais, au contraire, et en retour, pour ce qui est des débouchés, « le voisinage d'une grande ville de commerce mérite considération. Il peut y avoir un grand intérêt à établir auprès de Paris une fabrication de bouteilles ou de flaconnerie, parce qu'il y a une infinité d'industries qui ont besoin de modèles particuliers au sujet desquels on veut s'entendre avec le fabricant, et qu'on a besoin de recevoir du jour au lendemain. Dans la imbrication des cristaux, il y a aussi mille articles de fantaisie, que l'on veut avoir aussitôt qu'on les a
(1) G. BoKTEMPs, Guide du Verrier ^ livre 1, ch. ix. Des localités les plus convenables pour les verreries, p. 218-223.
conçus, et qu'à cause de cela, on ne craint pas de payer plus cher. Le fabricant peut plus aisément se tenir au courant du goût dominant, étant en rapport plus fréquent avec le consommateur. Il sera aussi mieux informé des procédés nouveaux, des perfectionnements qui auront pu être introduits chez des concurrents nationaux ou étrangers (1). »
La formule, en somme, est celle-ci : Dans la verrerie, la dépense du combustible représente à peu près le tiers de la dépense totale; les matières premières, le deuxième tiers; et la main-d'œuvre, le dernier. Toute augmentation sur Tun de ces chapitres appelle en compensation soit une diminution sur les autres, soit une augmentation correspondante du produit ou du profit. Ces raisons se réunissent donc, s'additionnent, s'équilibrent, et, géographiques, historiques ou sociologiques, se résolvent en une raison économique. Le total fait, l'inconvénient et l'avantage pesés, douze spécialités de la verrerie sur vingt sont venues se grouper dans la région de Paris; c'est, en conséquence, dans cette région, tout près de nous, aux portes mêmes de la ville, à la Plaine-Saint- Dcnis, que nous allons prendre notre exemple, et, fidèle à notre méthode, dresser, pour le travail dans la verrerie, exploitée en forme de grande industrie, une monographie d'usine.
Les Verreries et Cristalleries de Saint-Denis (établissement L... et G'") sont bien du type de la grande industrie, puisqu'elles n'occupent pas moins de 1,200 ouvriers, en deux usines, à la Plaine-Saint-Denis et aux Quatre-Chemins à
(1) G. BoRTBMi'S, Guide du Verrier; ibid., p. 2Î1.
Pantin, Tusine de Saint-Denis occupant présentement, à elle seule, 862 personnes, dont une centaine de femmes. Elles font à peu près tous les g^enres, et, comme on disait dans le vieux lang[age des métiers, « tout ce qui concerne leur état» ; — tous les genres classiques de Tart du verre, — sauf toutefois le verre à vitre et la glace : verrerie pour pharmacie et chimie, pour distillation, services de table et fantaisies décorées. Elles se conforment aux préceptes posés par les maîtres et les experts, en trois points essentiels : en ce que ce n*est point là une création improvisée, de conception financière et de génération spontanée; en ce que les relations entre patrons et ouvriers y sont, pour ainsi parler, consolidées par une longue coopération ; et en ce que les moyens de production, en comptant le travail humain comme le premier de ces moyens, personnel et outillage, s'y sont développés en proportion des exigences chaque jour plus nombreuses et à plus courte échéance, de manière à faire vite et par grandes quantités.
Ce développement a d'ailleurs été assez prompt. Les 1,200 ouvriers de 1903 laissent loin derrière eux les 60 ouvriers de 1859; et la puissante organisation d'aujourd'hui reconnaît à peine son ébauche dans la faible et tâtonnante entreprise d'il y a quarante-cinq ans. L'usine de Saint-Denis ne faisait alors que le u flaconnage » , la grosse gobeletterie de table et les articles communs de laboratoire. En 1864, M. L... entre comme chef de fabrication; en 1865, il devient directeur; et, sous l'énergique impulsion qu'il lui donne, malgré la crise nationale que traverse toute l'industrie française, malgré toutes les entraves, toutes les misères et toutes les servitudes de la guerre, de l'invasion, de la Commune, de deux sièges consécutifs, dès 1871, l'ancienne usine est insuffisante : il faut en construire une nouvelle. C'est l'enfance, qui a duré douze ans. Dans l'adolescence, qui dure quelques
années encore, rétablissement de Saint-Denis ne cesse de croître, jusqu*à ce que, plus que doublé, il s'épanouisse en pleine maturité. Il Tatteint complètement, sous la forme collective, vers 1897, lorsque la Société L... et G'* acquiert, aux Quatre-Cheminsà Pantin, une verrerie tombée, qu'elle relève, en la spécialisant dans la fabrication de certains articles de consommation courante. Usine à Saint-Denis, usine à Pantin, bureaux et maison de vente à Paris, 1,200 ouvriers, capitaux associés : on voit que les verreries de Saint-Denis procèdent légitimement de la grande industrie et appartiennent à la variété la plus moderne de Tespèce.
Aux Verreries et Cristalleries de Saint-Denis, le travail est distribué, entre quatre ateliers ou services : V halles de fusion et travail du verre; 2* taillerie et coupage; 3" ateliers de décoration ; 4* magasins et services d'expédition. Le spectacle d'une verrerie a été trop souvent décrit pour que nous essayions à notre tour de le rendre. D'autre part, le mécanisme de la fabrication du verre est trop connu pour que de nouveau nous l'exposions. Aussi bien, ce n'est ni la matière, ni le procédé, ni la « richesse » , pour employer le langage des économistes, ce n'est même pas, dans la rigueur des termes, le travail, c'est l'ouvrier au travail, c'est l'homme en action que nous venons chercher ici.
Dans un coin de cour, un tas de sable très blanc ; dans des caves ou soutes en sous-sol, où l'on accède par une pente douce, d'autres tas d'une autre substance blanche, la soude ; en bordure sur le chemin, séparés par des planches qui forment grossièrement et hâtivement cloison, des tas de débris bleus, verts, multicolores, les roses seuls mêlés aux blancs, parce que seul le groisil de verre rose mêlé au sable blanc et à la soude blanche peut donner encore du verre blanc. Là-haut, au sommet de la rampe, au-dessus des caves à soude, une vaste halle, trouée de larges ouvertures, et
comme coupée en quatre par un double courant d'air, et comme étoilée de taches rouges. D'espace en espace, les fours alignés soufflent, de leur gueule béante, la flamme et la lueur du foyer ardent à quinze cents degrés qui les brûle, qui fond sable, soude et groisil en un liquide visqueux, et d'où va couler le verre. Comme d'autres objets projettent des cercles d'ombre, ils projettent droit à leur hauteur, ils laissent tomber à terre devant eux des cercles de lumière ; et, comme des grains de poussière dansent dans un rayon de soleil, des jeunes gens vont, viennent, marchent, courent dans cette illumination et cet embrasement. On voit passer et repasser, se croiser de longues tiges de fer, avec, au bout, une bulle de feu; telle, au bout d'une paille, une bulle d'eau de savon. Et Ton ne sait d'abord si c'est là un travail ou si ce n'est pas un jeu : d'autant que ces grandes tiges sont des « cannes » , dans lesquelles soufflent, pour enfler et arrondir leurs bulles, ces jeunes gens qui sont presque des enfants.
La canne est aussi ancienne que le verre lui-même : elle figure, parfaitement reconnaissable ou tout à fait pareille à ce qu'elle est aujourd'hui, sur des monuments égyptiens datant de plusieurs milliers d'années. Il y a des cannes de différentes dimensions, selon les verres que l'on souffle : la longueur ordinaire varie de 1",30 à l",80, la grosseur est proportionnée ; le poids, sans être excessif, se fait pourtant sentir à qui garde la canne quelques instants en main. De l'extrémité, qui est renforcée et qu'on appelle le mors de canne, on « cueille » le verre, par l'ouvreau du four, dans le pot ou creuset où s'est liquéfiée la composition : pour cette opération du « cueillage » , on se sert encore soit du pontil, espèce de tringle ou baguette en fer, pleine tandis que la canne est creuse, soit de la cordeline^ qui n'est qu'un pontil plus mince, l'un et l'autre suffisants quand il n'est besoin de cueillir qu'une petite quantité de verre. Mais l'on peut en cueillir
d'un coup d'assez fortes quantités : 200 grammes au premier cueillag^e, de 600 à 700 grammes au second, et, dans la fabrication du verre à vitre, jusqu'à 5 kilogrammes en trois cueillages; la goutte ou le gl^Jbe de matière en fusion et en ignition qui adhère au « mors de canne » s'appelle, elle aussi, par extension, le mors de canne : le mors, c'est à la fois ce qui mord et ce qui est mordu.
Le travail du verre comporte, aux Verreries de Saint- Denis, six catégories ou spécialités d'ouvriers : ouvriers proprement dits, souffleurs, cueilleurs, gamins, chauffeurs et renfourneurs. Chaque pièce de cristal ou de verre à fabriquer exige le concours d'une équipe d'ouvriers, qui forment une place; et, dans chaque atelier, on compte un certain nombre de places en rapport avec l'importance du four; par exemple, six places ou six équipes, pour un four à six creusets. L'o?/vrier^ — en termes du métier, Vouvreury — est « le chef de place ». Il a sous ses ordres et comme servants au moins un premier souffleur, un deuxième souffleur, un grand gamin et un petit gamin. « Le petit gamin, dit M. Bontemps, a le département des cannes : il les chauffe, les met au cachon, les bat, et ordinairement porte à l'arche à recuire les pièces fabriquées. Le grand gamin apporte le pontil, chauffe la pièce empontillée [empontiller une pièce de verre, l'attacher) pendant que l'ouvreur termine la précédente. C'est le grand gamin qui (avec la cordeline) cueille les cordons^ les anses. Le deuxième souffleur cueille le verre en plusieurs cueillages, commence à le marbrer et à le souffler; le premier souffleur commence à donner les formes, et, pour certaines pièces, les empontille. L'ouvreur, ainsi que son nom l'indique, « ouvre» les pièces... Comme le principal but à atteindre dans le travail est de produire la plus grande quantité de pièces en un temps donné, de vider le plus rapidement possible un pot fondu, on a augmenté le personnel, et, au lieu de cinq, on a
porté à huit, et quelquefois à dix, le nombre des coopérateurs de chaque place. Il y a un g[amin qui ne s'occupe que du chauffage des cannes, un autre qui porte à l'arche les pièces fabriquées; il y a, en outre, un g^amin pour les moules, un grand gamin pour les cueillages, un autre pour les pontils. n
D'une manière générale, le gamin fait l'office du petit valet dans une ferme ou, plus exactement encore, du mousse à bord d'un navire. Avant le travail, il balaie sa place et l'arrose, afin que tout à l'heure il ne s'élève point de poussière qui, tombant sur le verre, le rendrait bouillonneux. Il prépare les outils de l'ouvreur, ses fers, ses ciseaux, ses pincettes, sa palette, sa planchette, ses compas; dispose, s'il y a lieu, ses profils, ses mesures en bois découpé, ses fusées; nettoie le marbre ; approche les ferrasses ; vide- le baquet des écrémaisons et le cachon des fragments de rebut, qu'on portera aux groùîlleu ses pour qu'elles en fassent le triage. Quand tout est prêt, l'ouvreur, qui est le maître de l'œuvre, s'assied à son banc, garni de deux bardelles ou bancs, un peu inclinés en avant, bordés sur les côtés d'une bande de fer qui les dépasse un peu, et qui sont les supports du /owr sur lequel l'ouvrier façonne ses pièces : sur ces bardelles, il pose sa canne, qu'il roule de sa main gauche, tandis qu'avec les outils qu'il tient de sa main droite, fers, ciseaux, etc., il façonne, il tourne la pièce qui brille, empourprée et brûlante, au bout de la canne, ou du pontil. J'ai vu à Saint-Denis un ouvreur qui finissait, en leur mettant des anses, des carafons en forme d'aiguières : on lui présentait la canne enverrée de pâte, il en détachait un morceau, le rattachait à sa carafe, rétirait, l'amincissait, l'allongeait, puis, de ses ciseaux, le tranchait, — comme le confiseur, un bâton de guimauve, — et puis, de sa pincette, le courbait, l'arquait, l'arrondissait, l'infléchissait, de tant de lignes fuyantes et de tant de dessins
possibles dégageant instinctivement le dessin nécessaire et la ligne définitive.
Les autres auxiliaires de Touvreur en verre sont le chauffeur de four et le renfourneur, ses auxiliaires tout proches et indispensables, mais qui peuvent desservir en même temps plusieurs places. Jadis, lorsque le bois était à peu près le seul combustible usité, et maintenant même avec la houille, c'était et c'est encore tout un art que le métier de chauffeur de four ou liseur^ le meilleur tiseur étant naturellement celui qui, à moins de frais, réussit à porter le four à la température la plus élevée et la plus constante. Artiste aussi, le renfourneur, du coup d'œil de qui, s'il sait ou ne sait pas saisir le moment opportun, dépend le bon ou le mauvais succès de la fonte. Artiste enfin, le potier qui, toute Tannée durant, est occupé à modeler en argile des creusets vite usés, mais qu'on ne peut faire plus solides, puisque, de tous les métaux connus, il n'y en a qu'un, le platine, qui résisterait à ce feu d'enfer, et que son prix le rend inabordable. Quelle attention à choisir et préparer sa terre; à la prendre homogène et liante; à en étendre, à en assouplir, à en pétrir du doigt les pastons ; à en édifier centimètre à centimètre les assises, à en stratifier sans interstice et sans interruption les couches, dans la même direction et dans le même mouvement; à construire, du hauten bas, ou plutôt de la base au col, ce vase d'apparence vulgaire et pourtant plus délicat que les plus riches; à chasser de ses parois jusqu'à l'infime bulle d'air dont l'expansion, quand il serait exposé à la chaleur torride du four, le ferait peut-être éclater!
Au total, à force de soins, par la collaboration patiente du potier, du tiseur, du cueilleur, du souffleur et de l'ouvreur, le verre est fait : c'est bien fondu, mais il faut tailler. Il faut rogner les aspérités, polir les fonds et les bords, ôter ce qui est en superfétation, abattre les excroissances inutiles qui
sont comme la « masselotte » du verre. Ce sera l'affaire de la taille^ qui emploie des tailleurs sur verre, des polisseurs, des boucheurs, des fletteurs, des coupeuses et des rebrûleuses : six caléçories encore d'ouvriers et d'ouvrières, et nous sommes à douze, — à treize, en comptant le potier. Mais le verre, au sortir de la taille, n'a pas revêtu toute la beauté dont il est capable : il reste à l'habiller de fleurs et de couleurs : l'atelier de décoration y pourvoira, par ses peintres décorateurs, ses émailleurs et émailleuses, aidés de moujieiiers ou mouffetiers recuiseurs; et voilà, dans la verrerie, seize catégories ou spécialités, qu'il serait facile d'élever à vingt et au delà, car on pourrait subdiviser et distinguer, parmi les décorateurs notamment, ceux qui reportent les dessins, les décalquent au papier gras ; les petits garçons et les petites filles qui a font le remplissage du décor » , qui « remplissent» en peinture les dessins ainsi reproduits ; les hommes qui « font le filet w , qui soulignent en quelque sorte la perfection de la pièce et en quelque sorte la signent d'un filet d'or ; ensuite, les graveurs aux différentes manières, depuis le procédé classique jusqu'au procédé mécanique de la chute du sable, précipité violemment par un soufflet à air comprimé à travers des lettres découpées, dont il frappe, de ses petits coups multipliés, d'autant de coups qu'il tombe de grains, l'empreinte nette et vive sur le verre.
D'autre part, ajoutez les ouvriers qui, chaussés de gros sabots et gantés de gants de caoutchouc, pour éviter la corrosion de la chair et des ongles, font le granité^ en attaquant le verre à l'acide fluorhydrique. Et ajoutez, comme en toute grande industrie, des menuisiers, des charpentiers, des forgerons, des maçons, professions qui ne sont pas des spécialités de la verrerie, mais qui, ici, vivent avec elle et sur elle; des emballeurs, des manœuvres, ce travail presque inorganisé qui est, si je l'ose dire, « le train » du travail organisé :
cela fait quelques catégrories de surcroit, et, en somme, la vingtaine est dépassée.
Aux Verreries de Saint-Denis, le personnel est sous la surveillance d'un directeur-gérant, de deux chefs de service pour la fabrication, un chef pour la décoration, un pour les magasins, un pour la taillerie, et de vingt employés en sous-ordre. Ce sont, pour près d'un millier d'ouvriers, des cadres relativement faibles; mais il convient de ne pas oublier que l'ouvreur ou chef de place est lui-même un sous-ofBcier dans ce corps d'armée du travail, et que les autres sont hiérarchisés en premiers souffleurs et deuxièmes souffleurs, premiers soldats et soldats de deuxième classe, avec les gamins pour enfants de troupe.
Au point de vue de Tâge, les 862 ouvriers et ouvrières de l'usine L..., à Saint-Denis, se répartissent ainsi dans les quatre grands ateliers, et si les documents qui nous sont communiqués n'en donnent point le détail spécialité à spécialité, il est facile de suppléer à- ce qu'ils ne disent pas par ce que l'observation nous a permis de constater :