‹ La crise de l'état moderneChapitre 9 sur 32 · RÉGIONS · texte numérisé non relu

RÉGIONS

de I.OOO

et au-dessus

de 600

va

de 100

de ii à

de 1 à

Nord et Pas-de-Calais .

fr. c.

fr. c.

fr. c.

fr. c.

fr. c.

Est

Centre

Sud

Sud-Est

Bouches-du-Rhône . .

Ensemble

Une telle constatation, qui, pour l'ensemble des régions minières de la France, devient d'une si frappante évidence, fait sortir de leur impassibilité professionnelle, — que je ne leur reproche pas et qui est au contraire une qualité éminente, — les enquêteurs eux-mêmes de l'Office du travail. Ils ne peuvent s'empêcher de noter : « Au total, l'importance

tiS L'ORGANISATION DU TRAVAIL

des établissements parait avoir une influence plutôt favorable sur le taux des salaires; pour les industries soumises à l'enquête, les salaires sont généralement plus élevés dans le» grands établissements que dans les petits (1). »

Faut-il se hâter de tirer de là une « réhabilitation » , ou de fonder là-dessus une glorification de cette grande industrie qu'il est tant à la mode aujourd'hui de malmener et de maudire? Non, sans doute, et une conclusion trop étendue et trop tranchante serait ici trop précipitée. Elle ne s'applique pour le moment qu'aux mines, aux mines de houille, à la plupart des mines de houille, « généralement » et « en moyenne » . Si elle est vraie d'autres industries, et de combien, et desquelles, et dans quelle mesure elle est vraie, c'est ce que nous verrons plus tard; pour le moment, tout ce que nous pouvons dire, c'est que, généralement, dans l'industrie minière, plus un établissement occupe d'ouvriers, plus le salaire s'y élève : aux grandes entreprises, les hauts salaires. Maïs prenons-y bien garde : « généralement » et a en moyenne » ; et ce sont, j'allais dire de terribles mots; tout au moins ce sont des mots qui font penser, qui avertissent d'y regarder à deux fois. Certes, on ne saurait les proscrire et il faut bien accepter

(1) tt Ce caractère favorable de ce qii*on appelle la conceotration de riodustrie s'observe surtout dans les industries suivantes : mines, {grande industrie chimique, papeterie, tannerie, filatures et tissages, teinturerie, menuiserie, clouterie, fonderie, chaufournerie, briqueterie, tuilerie, faïence et porcelaine. • Pourtant, ■ le caractère inverse s'observe dans quelques industries : moulins à blé, fabriques de matières colorantes,- brosserie, ferronnerie. » Et la rè^le serait plus vraie de la province que de Paris : « En étudiant les variations observées (dans le département de la Seine), lorsqu'on passe des salaires d'établissements plus importants aux salaires d'établissements moins importants, nous n'avons pas constaté de tendance bien caractérisée; il avait semblé seulement que les salaires avaient plutôt tendance à s'abaisser dans les grands établissements. En province, les chiffres relevés, relatifs à un beaucoup plus grand nombre d'établissements, permettent d'effectuer les comparaisons à l'aide de moyennes, d'autant plus que les différences sont ass^ez accentuées. Ces différences témoignent d'une tendance opposée à celle ob:iervée dans le département de la Seine. » Office du travail, Salaires et durée du travail dans l'industrie française, t. IV. Résultats généraux^ p. 164-

« généralement » , parce qu' « il n'y a de science que du général » , mais sans jamais perdre de vue qu'il n'y a de vie que du particulier; et il faut bien accepter « en moyenne w parce que ce serait une illusion de prétendre atteindre et exprimer tous les cas individuels, mais sans jamais oublier que la moyenne, par cela seul qu'elle est la moyenne, estjustement la chose du monde la plus vide de réalité.

C'est en matière de salaires surtout qu'il est bon d'être très prudent, de n'user qu'avec modération de « généralement » et de u en moyenne » ; et c'est en cette matière un gros grief contre la statistique et les statisticiens qu'ils en ont trop longtemps usé et abusé. Car l'ouvrier qui gagne 5 francs ne met pas à la masse, pour en faire une moyenne, avec celui qui n'en gagne que 3; on ne mange pas une moyenne, on ne vit que du salaire que l'on touche. Autre règle encore : plus une industrie exige de catégories ou de spécialités d'ouvriers, plus il y aura d'écart, selon les catégories et les spécialités, dans le salaire des ouvriers, plus il sera difficile et dangereux déparier de moyenne et par moyenne. Aussi, quelque attention que nous voulions porter à ne point hérisser ces études, déjà sévères en elles-mêmes, de colonnes de chiffres dressées comme autant de herses qui en défendent l'accès, dans l'espèce, cependant, où il s'agit d'une industrie occupant quarante-quatre ou quaranle-cinq catégories d'ouvriers, ce serait tout ignorer de la condition du mineur que de savoir seulement que le salaire moyen dans les mines, fond et jour, sans distinction d'âge, tout étant confondu qui ne se confond pas et tout compensé qui ne se compense pas, est de tant de francs, tant de centimes. Ce serait laisser s'enfuir la vie d'une enquête qui ne vaut et ne peut avoir d'intérêt que si elle saisit et si elle fixe la vie, si elle en saisit et en fixe le plus que l'esprit et la langue en puissent saisir et fixer.

Or chacun ne vit que de ce qu'il touche, mais chacun

louche suivant sa spécialité : pour être sur de tenir la vie en sa suprême vérité et son extrême complexité, il faudrait pouvoir établir le salaire de chacun, — et Ton est obligé d'avouer qu'un tel effort est, pour tant de vies, humainement impossible; — mais on tiendra tout de même la vie ou du moins on la serrera d'aussi près qu'on puisse la serrer, on tiendra déjà de la vie, en établissant le salaire pour chaque spécialité. Tous ces chiffres sont donc de la vie : ils sont des vies; s'il y reste de la moyenne, et s'il y manque de la réalité, il y entre le moins de moyenne et le plus de réalité possible. C'est ce qui nous excuse et nous contraint de les donner, puisque, de même qu'il n'y a peut-être pas deux de ces salaires tout à fait égaux entre eux, il n'y a peut-être pas deux de ces vies tout à fait semblables entre elles.

Les salaires sont le plus souvent payés à la quinzaine, non sans que soient opérées diverses retenues, légales ou conventionnelles. La fiche de paiement en usage aux mines de B... porte d'abord le nom de l'ouvrier et le nombre des postes qu'il a faits; puis le gain total de la quinzaine, « comprenant... fr... de prime. » Mention spéciale est faite des retenues énumérées sous huit ou neuf titres : Caisse nationale des retraites pour la vieillesse, 2 pour 100; — Caisse de secours, 2 pour 100; — Amendes; — Outils; — Objets cédés (barrettes, ceintures, etc..) ; — Logement, blanchissages et dégradations (cet article concerne les mineurs logés en coron), fermages (la compagnie loue à certains de ses ouvriers un petit champ) ; — Oppositions, saisies-arrêts, cessions ou délégations (c'est le chapitre des fournisseurs exigeants et des mauvais payeurs) ; — enfin. Avances. On additionne ensemble toutes ces retenues, toutes celles de ces retenues dont est passible l'ouvrier, on en retranche le total de la somme de sa quinzaine ; et l'on a le « net à payer t) .

Sur cette liste de retenues et d'amendes, les o retenues »

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