Vacherot, La Métaphysique et la Science
2. Jacob [Revue de Mélaph. et de Morale, janv. 1903) ; cf. C. Huit (La Quinzaine, !•>■ avril 1906).
lion.
vite reconnu leurs illusions, grâce aux lumières — d'ailleurs incertaines — de l'hyperciitique \
Effrayés de cette ruine immense, les néo-kanlistes, qui veulent compter parmi les hommes de science et d'ordre moral, ont essayé d'étayer l'édifice branlant du kantisme, en y ajoutant un élément nouveau. Désespérant, comme Kant, de la raison humaine et l'abandonnant à son impuissance native, ils ont essayé d'appuyer la certitude de nos connaissances, non plus sur le besoin aveugle d'un impératif catégorique, mais sur un acte libre de la volonté.
Renouvier, fondateur du néo-criticisme, remarquant que les formes a piHori de Kant, identiques chez tous les hommes et appliquées par tous selon des lois nécessaires, ne pouvaient expliquer les contradictions également sincères des philosophes, imagina de les expliquer par le jeu de la liberté humaine ^. Reprenant pour son compte le fameux dilemme de Lequier, il raisonna ainsi : la vérité et l'erreur sont le produit de la nécessité ou de la liberté ; or elles ne peuvent être le produit de la nécessité, sinon elles seraient identiques chez tous ; donc elles sont le produit de la liberté. D'où la célèbre formule : « nous faisons l'erreur et la vérité en nous ».
1. Il importe de noter que la théologie n'est pas moins ébranlée par ces nouveaux sceptiques, que la philosophie. Si l'homme ne peut avoir aucune règle extrinsèque de vérité absolue et supérieure à luimême ; s'il doit compter pour rien tout ce qui n'est pas le produit immanent de sa propre personnalité, toute autorité divine ou humaine est ainsi ruinée. Plus de témoignage extérieur, plus de révélation possible! Le dogme, si l'on retient encore ce mot, comme toute croyance et toute règle de vie, doit sortir du fond intime de l'homme, de l'elfort vital de l'âme humaine. La religion, dite révélée, n'est qu'un produit spontané de la conscience humaine à la recherche mystique d'un être supérieur. Les dogmes ne sont plus que des conceptions provisoires qui changent et évoluent de plus en plus, sans autre norme que la loi du progrès humain.