‹ La crise de la certitudeChapitre 25 sur 104 · fouillée, La Liberté ef le Déterminisme, p · texte numérisé non relu

fouillée, La Liberté ef le Déterminisme, p

paradoxe.

Ce néo-criticisme, loin d'amender le kantisme, sur un point si important, l'aggravait donc au contraire et le travestissait étrangement. 11 fallait se hâter d'atténuer notablement le volontarisme outré de Henouvier, et c'est ce que d'autres néo-crilicistes ont essayé : si la liberté ne crée pas la vérité, peut-être pourrait-elle nous aider à la voir, ou du moins à la découvrir indirectement.

De là sont nés les divers systèmes anti-intellectualistes du Pragmatisme, du Praticisme, de la Philosophie de l'Action, de l'Humanisme, du Thélématisme, du Dogmatisme moral,... autant de termes nouveaux, encore mal définis, mais unanimes à exprimer la prééminence du pratique sur le spéculatif, de la volonté libre sur l'intelligence, désormais incapable de découvrir et de comprendre le vrai.

Autant qu'on en peut juger, à travers la phraséolo- 2» Le gie étrange et les obscurités proverbiales de plusieurs [ume de ces nouveaux essais, que l'on croirait venus des brouillards de la Germanie, le Pragmatisme *, — c'est le nom *le plus en vogue, — serait fondé sur l'action libre de la volonté, et sur sa double puissance psychologique et morale, qui donnent au nouveau système deux bases et deux aspects assez différents.

Au point de vue psychologique, les pragmatistes — partant du principe scolaslique que l'action volontaire

1. Tô ■Kp5.-/i).u (l'action, le résultat). La vérité et le bien ne se démontreraient que par l'action et ses conséquences naorales. Blondel, l'Action (thèse de doctorat, 1894) \ Lettres sur les exigences de la pe}ïs>^e contemporaine {IS91) . — WiWam iames, Le Prar/matisme Revue de phil., mai 1906). — De Saiily, Les ingrédients de la Pliilosophie de l'action (Annales de phil. chrét., nov. 190.o). — P. Tj'rrel, Noire attitude en face du Pragmatisme (Annales de phil. chrét., décembre 1903). — Item. avec des nuances, abbé Denis, Laberihonnière, Loisy, etc. — Cf. Fonsegrive, L'expgése de M. Lins;!, dans la Quinzaine, la novembre 1903. — Pensée Contemp., mars IQOfî ; Revue de phil., juillet 1905 ; Revue thomiste ; Revue du clergé fr., etc.

psychologique.

est un moiivoment du sujet vers l'objet, tandis que la connaissance résulte d'une passivité du sujet, c'est-àdire d'un mouvement inverse de l'objet vers le sujet, — en ont conclu que si le premier mouvement du dehors au dedans, le mouvement de connaissance objective, était impossible, le second mouvement du dedans au dehors, par l'acte de volonté, demeure possible et ca- Trans- pablc d'attcindie son objet. L'objet, perdu pour la concendancc n^issauce, serait donc retrouvé par la volonté ; et « la laction. tpyngcendance de l'action » suppléerait à « l'immanence de la pensée » .

Mais cette hypothèse, au premier abord ingénieuse, n'est pas exempte de contradictions et d'impossibilités. D'abord, pourquoi le mouvement du dehorsaudedans, de l'objet dans le sujet, pour se faire connaître, a-t-il été déclaré impossible et rejeté par les néo-kantistes ? sinon parce qu'il supposait une action « transitive », c'est-àdire à leurs yeux, une impossibilité manifeste ? Ils sont donc à présent mal venus d'admettre une action du dedans au dehors, du sujet à l'objet, qui serait pareillement une action « transitive «.C'est une grave inconséquence. Si la communication des substances est impossible, elle est aussi impossible du dedans au dehors que du dehors au dedans, du sujet à l'objet que de l'objet au sujet. Il nous est aussi impossible de saisir que d'être saisi. Si, au contraire, la communication des substances est possible, elle l'est autant pour la connaissance de l'objet que pour le vouloir de l'objet, et le subjectivisme est faux.

Surpose Mais le nouveau système n'est pas seulement inconcendance séqucnt avcc lui-uiême, il est contradictoire. pensée. Commc il cst impossible de vouloir ce qui n'est pas connu, nihil volitum nisi yrœcognituni, c'est la connaissance qui montre à la volonté son objet, et joue le rôle de médiateur entre le sujet et l'objet. Que si la

connaissance, n'étant plus objective, ne peut plus montrer à la volonté d'objet réel, celle-ci ne pourra plus le désirer ni passer à l'acte de le vouloir : le vouloir ne pouvant s'exercer qu'à travers l'acte de connaissance.

Sans doute, nous dira-t-on, l'objet montré n'est plus qu'apparent, mais si la volonté, passant outre à cette incertitude, poursuit quand même et atteint son objet, une fois l'objet saisi, une fois la possession et la jouissance de l'objet consommées par la volonté, elle ne pourra plus douter de sa réalité objective.

Il y a dans ce raisonnement une inconsciente pétition de principes, facile à démontrer. Comment le sujet pensant prend-il connaissance du contenu d'une action volontaire, c'est-à-dire du fait de la possession et de la jouissance actuelle de tel ou tel objet saisi et détenu par nous, — sinon par un acte de réflexion de l'esprit sur lui-même, un acte de pensée consciente?

Or le néo-kantiste vient précisément de refuser à la pensée consciente le pouvoir d'atteindre aucune réalité, ni à l'extérieur, ni à l'intérieur ', oii elle ne peut saisir que des apparences et des formes innées de sa mentalité. Elle ne peut donc pas plus saisir la réalité des objets voulus que celle des objets perçus. Elle ne peut saisir que des apparences de réalité, qui tantôt attirent son attention, tantôt attirent sa volonté.

L'e^ort]ouah\e des prag77îatistes pour sortir du pur Echec de subjectivisme par l'etfort de l'actionne peut donc abou- '*^'^*^*'* tir qu'à un véritable écbec. La seule conclusion lo-

1. « Ce qui nous est immanent comme la pensée vivante et l'action est encore transrendant à la vue réflécliieet philosopliique qu'on en a.» Biondel (Annales de piiilosophie chr.,1896), Les exigences de la pensée contemporaine . — On a déjà lait observer que M. Biondel n'avait pas le droit de parler au nom des « exigences delà pensée contemporaine », puisqu'il ne la connaît pas, étant confiné dans son subjectivisme. La pensée « contemporaine » ne peut être que la sienne, et encore n'estil pas bien certain qu'elle soit telle qu'elle lui apparaît.— Cf. L'^c/ion essai d'une critique delà vie, etc. (Alcan).

gique à tirer du fait tle l'aclion, qui parvient à saisir certains objets que rinleiligence lui a montrés, à les posséder et à en jouir réellement, serait d'avouer et de reconnaître la puissance de l'esprit à atteindre des objets réels, puisqu'elle les montre à la volonté, et que la volonté contrôle leur réalité. Les deux puissances maîtresses de l'homme, l'intelligence et la volonté, marcheraient ainsi d'accord et de pair, également efficaces, également objectives, tandis que l'une des deux claudique fâcheusement, dans le système boiteux du pragmatisme.

Mais le même système a un point de vue plus élevé et plus important qu'il nous faut apprécier, le point de vue moral, qui justifie son nom de dogmatisme moral. 30 Le Se rappelant le mot célèbre de Pascal qui disait, en parlant des vérités divines et morales : « Dieu a voulu qu'elles entrent du cœur dans l'esprit, et non de l'esprit dans le cœur » ; — et ailleurs : « le cœur a des raisons que la raison seule ne connaît pas' » ; — cette nouvelle école a tenté de réédifier l'objectivité de la science morale, et môme de toute espèce de certitude, non sur un acte de l'intelligence, déclarée désormais impuissante ou trop faible pour porter l'édifice de nos certitudes, mais sur un acte de la volonté, ou plutôt de « bonne volonté ». La vérité possédée, la certitude, seraient ainsi le produit et la récompense d'un libre choix, et nullement d'une intuition de l'esprit.

Sans doute, et nous l'accordons volontiers, la volonté doit souvent apporter à l'intelligence un concours indispensable dans la poursuite du vrai. Cela est surtout frappant dans plusieurs cas :

Leçon- l*" Lorsquc la vérité, morale ou spéculative, est compliquée et difticile à saisir, il faut un effort d'attention

doi; matisnie moral.

loms nécessaire de lavolunté

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