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V. notre Cours de Philosophie, I, p. 308 et suiv

LES ClUTÈaiiS : "l" L'IDÉE 127

élé facile de la rendre plus parfaite et plus ressemblante. Mais il a sans doute voulu l'ajourner à une vie meilleure.

Non seulement Thypothèse innéiste est sans preuve n g^i sérieuse, mais elle est contraire aux faits observés, soit fr°aire"i dans la conscience, soit dans la nature. '"t^T*

Dans la conscience, impossible de découvrir des idées innées et toutes faites. Au contraire, nous constatons que notre ignorance est totale au début, — « tabula rasa », — et que notre progrès dans les connaissances intellectuelles ne se fait que lentement, laborieusement, dans la mesure oii la connaissance expérimentale est ellemême plus précise et plus complète. Ce qui prouve que la présence des objets sensibles n'est pas seulement une occasion du réveil automatique de nos idées, mais une véritable cause matérielle^ que l'abstraction élabore et transfigure, en même temps qu'une cause exe^nplaire, sur laquelle nous formons et réformons sans cesse nos idées, pour les rendre plus rigoureusement exactes. Voilà pourquoi ceux qui sont privés d'un sens n'ont pas les idées correspondantes à ce sens ; ainsi les aveugles sont privés de l'idée des couleurs, alors môme qu'on essayerait de les en instruire par des images analogiques tirées des autres sens. Yoilà aussi pourquoi ceux qui n'ont que des sens obtus, et surtout un sens du toucher peu délicat et grossier, demeurent ou idiots ou d'une intelligence plus ou moins grossière. Cette remar- , que a déjà été signalée par Aristote et les observateurs les plus récents lui font écho :

(( L'intelligence dépend sans doute, dil l'un d'eux, du travail mental, de la réflexion, etc. Mais les opérations intellectuelles les plus complexes se réduisent toutes au jugement, à la perception des ressemblances et des différences. Or les nerfs afiinés recueillent sur chaque objet des données et plus nombreuses et plus précises, fournissent au jugement une matière d'autant plus ri-

BASES DE LA CUNNAISSANCE Eï DE LA CKOVANCE

che qu'ils sont plus aiguisés. Si à celte finesse d'intuition se joint un pouvoir d'attention considérable, les images innombrables vibrant sur ce riclie clavier sensoriel deviendront d'autant plus vives et intenses, les rapports de ressemblances et de ditTérences d'autant plus nets, les jugements plus précis et plus nombreux. Si l'on pouvait mesurer la finesse nerveuse d'un sujet multipliée par son pouvoir d'attention, on serait beaucoup plus près de la détermination de son intelligence que par toute autre voie * . »

Ce parallèle des sens et de l'intelligence, du corps et de l'esprit, sans être absolument rigoureux, montre bien qu'il y a dans leur progrès mutuel un véritable lien de dépendance causale, que l'innéisme n'explique point.

11 est Notre troisième critique va montrer que l'hypothèse quc".^'" innéiste est illogique, et même doublement illogique. Admettre que les idées pures ont besoin d'être innées, et que les idées mixtes n'en ont pas besoin, est une première contradiction. Les idées mixtes, de minéral, de végétal, d'animal, par exemple, ont un caractère universel, nécessaire et éternel, tout aussi b ienque les idées métaphysiques de cause et de substance. Que s'il est impossible de tirer l'universel du singulier, et le nécessaire du contingent, par abstraction et généralisation, cela est aussi impossible pour les idées mixtes que pour les autres, et toute exception est une brèche qui renverse la théorie.

En outre, lorsque nous faisons l'application de nos idées, prétendues innées, à des objets réels, ou nous les leur appliquons par un jugement aveugle, et notre jugement étant conjectural, la certitude objective esta jamais ruinée ; — ou bien c'est par un jugement clair-

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