‹ La crise de la certitudeChapitre 40 sur 104 · S. Thomas, QQ, disp. de Scienlia Dei, att · texte numérisé non relu

S. Thomas, QQ, disp. de Scienlia Dei, att

L'inné isnie cartésien .

III L'idéalisme platonicien a suggéré un nouveau sys-

tème sur l'origine des idées, aux philosophes qui ne se déclaraient pas satisfaits par la vision de l'ôtre universel ou la réminiscence de cette vision, encore moins par le sensualisme. 11 leur suffisait, aprts avoir supprimé l'hypothèse de la vision dans une vie antérieure, et celle de la réminiscence dans la vie présente, — hypothèses par trop invraisemblables, — de conserver l'innéisme ou desupposer quechaque àme naissait avec des idées toutes faites, imprimées en elle par la sage prévoyance de son Créateur. Toute l'école cartésienne, amie de lasimplification, partagea cette manière de voir, qui simplifiait singulièrement un problème d'une complexité décourageante. Si toutes nos idées étaient en nous toutes faites, dès le berceau, certes le problème idéologique serait vite résolu, ou plutôt il ne se poserait même pas.

Mais, en y regardant de plus près, que de difficultés surgissent pour concilier l'hypothèse avec les données de l'observation ! D'abord est-il vraisemblable que toutes les idées soient innées, et que les idées empiriques, qui paraissent si clairement relever de l'expérience sensible et provenir de l'observation, telles que les idées de minéraux, de végétaux, d'animaux, etc., ne puissent réellement pas être acquises par la plus élémentaire contemplation des choses créées, et qu'il faille les supposer venues toutes faites des mains de Dieu ou de la nature ? Cette impuissance native à rien concevoir par elle-même ne rabaisserait-elle pas outre mesure l'intelligence de l'homme ?

Idées Aussi Descaries s'est-il empressé de distinguer les Idées^ad- idées en idées innées et idées adventices ; les premières veniices. ^^^^ j^^ idécs pures qu'il serait impossible d'acquérir ; les autres sont les idées mi.^^es ou expérimentales, acquises par la réflexion de l'esprit sur les données des sens. Mais aussitôt après avoir admis cette double

LES CRITERES : 2 L'IDEE

originedenos idées, ondirait qu'ilhésite et s'embarrasse, comme s'il pressentait qu'une brèche dangereuse était ainsi faite à la théorie de l'innéilé, et qu'il deviendrait impossible de tracer une ligne de démarcation entre les idées innées et celles qui ne le sont pas. Voici, en effet, ce qu'il avoue dans ses Méditations : « Je puis penser, dit-il, ou bien même que toutes les idées sont adventices ou que toutes sont faites ; je n'ai pas encore de vue plus claire sur leur véritable origine. »

Mais les disciples de Descartes ont dû prendre un parti, et ils ont maintenu généralement une distinction essentielle entre les idées pures et les idées mixtes. Leibnitz et Wolf enseignèrent que l'àme, dans sa nature, portait en germe tout le monde intelligible, comme une idée abrégée ou un schème de la vérité métaphysique, et cette idée, d'abord implicite et confuse, s'expliquait et s'illuminait peu à peu, au contact de l'expérience. « Les propositions d'arithmétique el de géométrie, écrivait Leibnitz, sont toutes des vérités innées dans notre àme. Leur connaissance actuelle ne l'est pas, mais bien ce qu'on peut appeler la connaissance virtuelle \ »

A son tour, Rosmini se contentera del'innéité d'une seule idée, l'idée d'être possible, qui se développerait ensuite, peu à peu, en tous les genres et toutes les espèces possibles.

Mais cette hypothèse de l'innéité prête le flanc aux critique.

, ... ^ L'inné-

plus graves critiques. isme est

D'abord elle est gratuite et sans fondement. Elle allé- preuves. gue pour toute preuve l'impossibilité d'expliquer autrement l'origine de nos idées nécessaires et universelles, et notamment l'idée d'infini. Mais nous avons déjà montré la faiblesse de cet argument. L'impossibilité de tirer l'universel du particulier, le nécessaire du contingent,

1. Leibnitz, Essais sur V entendement humain., 1. I, ch. 1, 2, 4.

n'est qu'un sophisme déjà démasqué. Certes nous ne les tirons pas l'un de l'autre comme on lire une pièce do monnaie de la bourse qui la contient. Mais nous nous élevons, par la puissance de l'abstraction et de la généralisalion, de la vue de la copie à la connaissance du modèle, de la vue de l'individu à la conception du type qu'il exprime en le concrétisant. Or cela, loin d'être impossible, est aisé à comprendre. Ce que l'on ne saurait comprendre, au contraire, c'est qu'un être intelligent en voyant la copie ne puisse concevoir le modèle, en voyant l'individu ne puisse en concevoir le type idéal qu'il exprime. Un tel être, s'il exislait,ne serait plus intelligent.

Quant à l'idée d'infini, elle n'est plus une idée universelle et indéterminée, mais une idée très déterminée et particulière. Ce problème est bien distinct du précédent. Aussi cette idée d'infini, serait-elle innée, on n'en pourrait nullement conclure à l'innéité des universaux. Du reste, elle n'est pas plus innée que les autres, mais elle s'obtient, comme nous l'avons expliqué ailleurs ' par un procédé assez difi'érent.

Après avoir abstrait l'idée d'être, — au lieu de généraliser l'idée obtenue, — nous la concrétisons par la négation de toute limite existante et possible. Aussi l'idée d'abord acquise est-elle purement négative. Même après avoir essayé, — par voie de synthèse Qi d'éminence, — de remplir son contenu par toutes les perfections possibles, — celles que nous connaissons par le reflet des créatures, et aussi toutes celles que nous ignorons, — cette idée d'infini demeure encore pournous très négative, et le peu de contenu positif qu'elle contient estil lui-même purement analogique, et partant encore indirect et imparfait. Si Dieu avait voulu lui-même imprimer une image de l'infini dans notre âme, il lui eût

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