Cf. P. Lagrange, La méthode historique, p
lence systématique sur la tradition orale ? Ce silence atTecté et dédaigneux est-il légitime, est-il même tout simplement logique de la part des partisans exclusifs du manuscrit ou du monument ?
Qu'est-ce qu'un manuscrit, sinon une tradition orale antécédente tixée par l'écriture, par un témoin oculaire ou auiiculaire, ou par un compilateur de témoignages antérieurs ? Qu'est-ce qu'un document quelconque, sinon la cristallisation à travers les siècles, dans le parchemin, le marbre ou toute autj-e matière, d'une tradition orale antérieure? Que si la tradition orale est sans valeur, le document n'en a pas davantage.
Opposer le document à la tradition, comme on le fait si souvent, n'est donc qu'une méprise grossière, puisque le premier repose sur la seconde. Identifier les mots de « preuve » et de « document », au point de considérer un fait historique sans preuve, parce qu'il manque de documents écrits, c'est encore une fâcheuse équivoque. Le mot document, d'après le dictionnaire de Littré. signifie '( toute chose qui enseigne ou renseigne » ; or le « document » écrit ou monumental n'est pas la seule chose qui enseigne ou renseigne, il y a aussi la tradition orale, sans laquelle le « document •> lui-même ne pourrait ni enseigner, ni renseigner.
La tradition orale elleaussi est donc un vrai document; elle est même le premier des documents, car elle est antérieure de fait et de droit à tous les autres ; elle est le plus primitif et le plus naturel des documents. Non seulement avant l'invention de l'écriture ou de l'imprimerie, elle était le seul document, mais longtemps après ces mémorables découvertes, elle est restée le plus fréquent, le plus commode et le plus populaire de tous. On parle et on raconte longtemps les faits avant de les écrire, si toutefois on se décide jamais à les mettre par écrit, car l'écriture et le monument, surtout autrefois, n'étaient
Document et tradition.
quune exccplion. El alors, do quel dioil les (ériger en règle générale, el n'esL-ce pas une exigence outrée de vouloir que cette preuve exceptionnelle soit la preuve unique et exclusive ?
Or tel est bien l'excès de l'école critique « documentaire )!, qui fait profession de n'admettre pour historiques que les faits prouvés par des documents. Pour elle, la tradition serait sans valeur, toujours suspecte, ou incapable de produire dans les esprits autre chose qu'une probabilité provisoire el extra-scientifique. Réponse La répugnauce de cette école pour toute tradition dw"°fi- orale, ne vient pas seulement chez le chartiste ou l'arléfc'ende. chiviste paléographe d'une habitude de métier, qui le rend facilement exclusif et dédaigneux pour tout ce qui est en dehors de ce métier, mais aussi d'une difficulté objective très spécieuse, et que nous ne pouvons nousmêmes traiter avec dédain. Il est sûr, et nous sommes les premiers à le reconnaître, que la tradition purement orale est souvent un véhicule d'une grande mobilité, et facilement déviable ou altérable. Oui, de fait, il y a eu beaucoup de traditions gravement altérées par l'imagination ou les passions populaires. Mais n'y a-U il pas eu aussi des manuscrits et des documents gravement altérés ?
Que la tradition soit encore plus sujette à caution que le manuscrit, nous l'accordons encore. Le manuscrit peut être un précieux contrôle de la tradition elle-même ^ Mais après ces concessions qui ne nous coûtent rien, nous nous refusons à conclure de la fragilité de la tradition à sa fausseté radicale et fatale; de la difficulté de son contrôle critique, à son impossibilité absolue. Que
1. Réciproquement, des textes concis ou obscurs ont besoin de s'éclairer et de s'interpréter par le sens que la tradition leur a toujours donné. C'est là un point capital dont l'oubli a occasionné chez nos critiques des divergences d'interprétation les plus contradictoires et les plus fantaisistes d'un même texte.
le jugement de la critique soit pour elle d'une exigence sévère, sans doute ; mais qu'elle la condamne toujours, a p7Hori, sans l'avoir entendue, nous ne pouvons l'admettre.
Il y a donc une critique de la tradition absolument sûre, en dehors de tout contrôle documentaire. Et il le faut bien, puisque la critique du document serait sans valeur sans la critique préalable de la tradition sur laquelle repose le document, simple écho d'une tradition.
La tradition doit donc être une source historique véritable, au sens critique de ce mot ; elle doit èlre même la source première d'où procède ioute la valeur des documents écrits ou monumentaux et de l'histoire entière.
Aussi nous demandons qu'on cesse de représenter le uueiéac-
d, 1) • i • <. I tioDs'im-
ocument comme 1 unique ossature, ni même comme la pose.
plus solide ossature de l'histoire; cela n'est vrai, croyonsnous, ni en fait ni en droit. Nous demandons qu'on cesse de fausser l'esprit public en honorant le document d'un culte superstitieux, et en ne parlant de la tradition qu'avec un sceptique mépris.
Cette attitude ouvrirait facilement la voie au scepticisme historique le plus invraisemblable. En effet, les documents originaux sont extrêmement rares ; rien que des copies pour les époques un peu lointaines, et encore de rares copies. Les premiers manuscrits, éloignés des faits souvent de plusieurs siècles, deviendraient eux-mêmes sans valeur; et la filière d'inquisition minutieuse à laquelle ces manuscrits doivent être soumis, étant souvent d'une application impossible, toujours très difficile, achèverait de réduire à néant ou à presque rien le riche contenu de l'histoire. Sur des milliards de faits préservés de l'oubli par la tradition des familles ou des peuples, il ne resterait qu'une partie infinitésimale, à peine capable de
Instance :
Tonte tradition serait au moins Insu ffis an te.
surnager plus ou moins à ce déluge universel de l'hypercritique moderne, qui aurait tout englouti. Et c'est bien à ce désastre que doit aboutir la critique exclusivement documentaire, si elle persiste dans son erreur de méthode.
Mais Ton insiste encore et l'on nous demande si la tradition purement orale, alors même qu'elle ne devrait pas paraître suspecte a priori, ne devrait pas du moins être regardée comme un indice seulement provisoire et simplement probable, — soit parce qu'elle est de sa nature même fragile et sujette à erreur; — soit parce que, de fait, bon nombre de traditions populaires ont été reconnues fausses.
Nous répondrons que si bon nombre des traditions populaires, d'abord acceptées sans contrôle, ont été reconnues fausses, bon nombre d'autres traditions ont. au contraire, reçu dans la suite une éclatante confirmation. Il y a donc tradition et tradition. Il faut savoir les distinguer par les règles de la critique ; mais de même que la défaillance de quelques témoins pris en défaut ne prouve pas a priori contre la véracité des autres, ainsi le caractère légendaire de quelques traditions ne prouve nullement le caractère également légendaire de toutes. La seule conclusion c'est qu'il faut les soumettre toutes à la critique, et ne les rejeter que si la critique nous les rend suspectes.
Que de fois, même malgré la suspicion première de la critique, la tradition a fini par triompher ! Sans remonter à cent exemples des siècles passés, qu'on nous permette de citer un fait contemporain bien vivant dans nos souvenirs. La tradition constante soutenait ^îégen-' qu'après le massacre des Carmes du 2 septembre 1792, 'dèr '«'^ corps des victimes avaient été non pas inhumés, mais précipitamment jetés pêle-mêle, dans un puits voisin du lieu du massacre, au Ibnd du jardin du
Cannes.
LES CRITÈRES : s" LE TÉMOIGNAGE HUMAIN 213
monastère des Carmes. Eq soi, rien de plus vraisemblable, et cependant des académiciens et des savants rejetaient cette tradition non appuyée de documents écrits, et lui opposaient même des documents qui paraissaient contraires. Elle allait finir par tomber dans l'oubli, sous les coups de la critique moderne, lorsque, en 1866, le percement de la rue de Rennes, qui devait traverser ces terrains, amena leurs nouveaux propriétaires à fouiller sur l'emplacement du puits légendaire. Et quelle ne fut pas la surprise générale, quand les ouvriers mirent à jour une multitude d'ossements humains, dont les squelettes portaient encore des signes évidents du massacre, tels que des crânes percés de trous de balles ou des tibias taillés de coups de sabre. Aucun doute n'étant plus possible sur Tidentité des victimes, elles furent exhumées avec honneur et religieusement d éposées dans l'ossuaire de la crypte des Carmes, construite à cette fin, et la fameuse légende du « puits des martyrs » avait triomphé de la science des archivistes et des académiciens.
Après cet exemple, entre mille, il nous suffira de con- La traclure, pour compléter notre réponse à la difficulté soûle- doùXe vée. Toute tradition purement orale n'est donc pas néces- TéeT sairement suspecte. Elle n'est pas seulement une indication probable à vérifier par des documents. Elle peut être une donnée historique sérieuse et sûre par elle-même, sans le secours d'aucun document,lorsqu'elle n'a rien de contraire aux règles de la critique extra-documentaire.
Avant ce contrôle, sans doute, on peut la considérer comme sujette à erreur et faillible. Mais il en est de même de tout document avant son contrôle. Si l'on essayait de ne se servir que d'instruments parfaits et absolument sûrs, on serait condamné k l'immobilité. L'histoire n'existerait même pas, par crainte d'erreur. Mais ce péril d'erreur disparaît après une sérieuse cri-
tique traditionnelle, bien faite. Si l'on démontre, et c'est souvent facile, qu'une tradition donnée, vu son origine. ses circonstances, sa persistance substantiellement inaltérable, est bien le produit de témoins auxquels il est raisonnable de se fier, parce que rien ne prouve qu'ils soient trompés ou trompeurs, que devient le faux axiome de la critique qu'une tradition est toujours suspecte, ou d'une probabilité seulement provisoire?
Mais elle Goncluons, au contraire, qu'une telle tradition contre jusqu'à laquelle on n'a pu rien objecter, ou du moins rien de confrake. sérieux, doit être respectée, jusqu'à preuve évidente du contraire. Elle possède, et, comme le dit l'axiome juridique, il est interdit de la suspecter sans preuves: neyno malus, nisi probetur .
Ainsi se concilient le respect du document et le respect non moins essentiel de la tradition : double canal également respectable de toute vérité historique.
Ainsi nous nous tiendrons à égale distance d'une foi trop facile aux traditions sans contrôle, aux légendes populaires, et d'un scepticisme destructeur où verserait le culte exagéré du « document ».
Accueillons le document avec reconnaissance partout où il se rencontre, mais, de grâce, ne Pexigeons pas absolument, partout et toujours, surtout lorsqu'il est impossible, car il n'est pas l'unique source de l'histoire.
II Le témoignage humain que nous avons étudiéjusqu'ici
stinJÎ avait pour objet des faits historiques. Mais les hommes
ment uni- . • l •■ ' j '*i i n
versei. pcuveut aussi témoigner de ce qu ils pensent sur d autres objets, sur des vérités, par exemple, spéculatives ou pratiques. De là sont nées deux nouvelles questions : que vaut le consentement universel sur les vérités les plus élémentaires de la vie pratique ? Que vaut le consentement des savants sur des théories scientifiques?
aiiiorite .
Nous allons y répondre brièvement.
Le consentement universel de tous les hommes sur les vérités les plus élémentaires et les plus nécessaires à la direction de la vie, est un critère fort légitime de certitude, et la preuve en est aisée.
D'abord, il n'est pas douteux que le genre humain tout Son entier, — si l'on en excepte les fous, les hallucinés, et un petit nombre d'originaux que l'on peut considérer comme des cas anormaux ou une quantité négligeable, — est moralement unanime à admettre certaines vérités théoriques ou pratiques les plus élémentaires, par exemple : le monde existe ; il y a des lois pour les sociétés, les familles et les individus ; il faut faire le bien et éviter le mal, et mille autres vérités de boii sens ou de sens C07nmun.
Gril est impossible que tous les hommes se trompent son sur ces notions élémentaires de la raison^ sinon Perreur serait imputable à la nature elle-même et à l'Auteur de cette nature, qui nous auiait privés des moyens les plus indispensables pour atteindre à notre fin.
Mais on ne peut imputer à la nature, ni à son Auteur, une telle. contradiction. Comme Aristote l'avait déjà observé et reconnu, la nature par son essence est toujours bonne. Liustinct des animaux ne les trompe jamais ; les plantes elles-mêmes et les minéraux sont parfaitement orientés vers leur fin. Impossible de supposer que l'homme seul soit un être fait au rebours, que sa raison soit orientée fatalement, non vers le vrai, mais vers l'erreur. L'homme serait un monstre de la nature, et il n'en peut être ainsi. S'il y a des monstres dans la nature, c'est \.o\\]o\xv?, par accident .'^q.y exception, par une déviation casuolle des lois de la nature. Or un accident, par sa définition même, est un cas particulier, et non la règle générale commune à tous les individus. Un jugement porté pat- tous les hommes, sur les vérités
Diverses explications.
Contrôle du sens commun.
les plus élémentaires et les plus simples, à la portée de tous, ne peut donc être faux.
Du reste quelle que soit l'origine attribuée à ce consentement universel, — et les philosophes les ont ramenés à trois hypothèses, — la conclusion sera la même.
Si, avec les traditionalistes, vous attribuez ce consentement universel à une révélation primitive de Dieu, cette révélation ne peut nous induire en erreur.
Si, avec Reid, vous l'attribuez à un instinct aveugle de la nature, un instinct façonné par le Créateur ne peut pas davantage nous induire en erreur.
Si vous préférez, avec S. Thomas, l'attribuer tout simplement à ['usage normal des facultés cognitivesdu genre humain, — car tous les hommes ne sauraient être à la fois hallucinés, fous, ou hors de l'état normal, — cet usage normal de nos facultés sur leur objet le plus élémentaire, aboutissant chez tous les individus à des résultats et à des jugements identiques, est un contrôle de vérité absolument certain.
Et c'est ici que nous touchons au vif de la question, au besoin qu'a la raison individuelle de chacun de nous de se laisser contrôler par la raison de tous.
x\vant d'être d'une école, le sage doit commencer par être de l'école de tout le monde, et par accepter un certain nombre de vérités élémentaires et fondamentales, vérités anonymes, qui manquent de date et d'auteur, parce qu'elles sont évidentes pour tous, etcontenues dans le patrimoine commun du genre humain. « Le vrai philosophe, a dit Jules Simon, abhorre l'originalité ; il ne se résigne qu'en tremblant à être seul' », parce que, suivant la maxime populaire : « il y a quelqu'un qui a plus d'esprit que personne, c'est tout le monde. »
l.'J. .Simon, lielif/iun )ia/., 'i'' partie, cl). 1,
LES CRITÈBES: s" LE TÉMOIGNAGE HUMAIN 217
L'ind ividualisme,en philosophie, n'est pas moins dan- LindWi-
, , 1 I . I • I dualisme
gereux qn en tous les domaines des sciences morales, en piùioéconomiques ou sociales. Jll si 1 on doit estimer, comme elle le mérite, la personnalité du penseur et même une certaine originalité debonaloi, c'est à la condition expresse que cette originalité ne se heurte jamais de front au sens commun. Le sens commun, le bon sens, doit être le point de départ de toute recherche scientifique, et aussi le point de retour, en ce sens que la science doit expliquer et compléter les données du bon sens, sans avoir le droit de les contredire jamais. Le savant abbé de Broglie, si regretté, a eu le courage de rappeler sans cesse à ses contemporains une vérité si élémentaire, et hélas ! si oubliée ou si outrageusement méconnue.
Depuis Descartes, en effet, chaque génération, et Mépris même chaque individu de chaque génération, croit ta'he du pouvoir se distinguer en affichant la prétention de re- mmi. commencer de fond en comble à construire l'édifice que les générations précédentes avaient mis vingt siècles de collaboration patiente à édifier. Améliorer et faire progresser ne suffit plus à certaines activités dévorantes, il faut renverser et mettre tout au rebours. Penser comme le commun des mortels serait une déchéance et une humiliation ; penser juste l'inverse et prendre le contrepied des axiomes du sens commun, sera le rêve de tout philosophe qui veut percer et se signaler à l'admiration des foules, car les foules applaudissent surtout les acrobates de la pensée, marchant la tête en bas, ou d'une manière contrefaite. La « maison à l'envers », tant admirée à la dernière exposition universelle, est en voie de devenir l'idéal de la pensée et du génie philosophique.
Nous sommes loin du temps où le penseur se vantait "."'y ^
' ' plus de
modestement de vouloir être impersonnel, et de ne faire ft'scipies. que condenser et traduire sous une forme un peu nou-
velle la pensée des génies qui l'avaient précédé, et résumer autant que possible la raison de lliumanité tout entière. Aujourd'hui l'on veut à tout piix dire du nouveau et paraître personnel, coûte que coûte, même au risque de paraître paradoxal et excentrique. Aussi que reste-t-il de tant de systèmes, plus ou moins brillants, qui ont traversé depuis trois siècles le ciel nuageux de la pensée , moderne ? La postérité répétera quelques noms plus ou uioins illustres, mais rejettera ou laissera dans l'oubli les révélations contradictoires qu'ils apportèrent au monde, d'abord étonné ou ravi, et bientôt tristement déçu.
L'auio- Cette remarque prépare déjà les voies à la seconde lavants^ questiou que nous avions à résoudre : que penser de ï imtorité des savomts^ en matière scientifique ?
Les opinions singulières des savants, seraient-ils éminents dans leur spécialité, lorsqu'elles sont en contradiction manifeste avec les vérités de bon sens ou de sens commun, — doivent être impitoyablement rejetées. Et nous en dirons autant lorsqu'elles contredisent les règles de la logique, ou les notions élémentaires de l'ontologie, qui est la science des premières idées et des premiers principes. Or il n'est pas inouï, il n'est même pas rare, que des savants très forts en physique, en chimie, en astronomie ou dans les autres sciences naturelles, mais dont l'éducation philosophique a été nulle, se hasardent à émettre des propositions dont ils ne voient pas le caractère antilogique ou antiphilosophique, inconciliable avec les premières notions de la raison humaine. Nous avons présents à l'esprit des exemples typiques de ces aberrations toujours possibles. Un jour, dans une assemblée imposante de savants réunis dans la capitale, n'avons-nous pas entendu un vieux médecin, qui porte un nom bien connu, et auquel M. l'abbé Gayraud reprochait le peu de logique de son
argumentation, lui répondre avec feu et d'un ton solennel : « apprenez, monsieur l'abbé, que la Logique et la Médecine sont deux sciences entièrement séparées, qui ne doivent avoir rien de commun l'une avec l'autre !... » Il suffit d'avoir fréquenté un peu le monde des savants, pour s'apercevoir, sans s'indigner, de ces ignorances fondamentales. L'autorité de certains savants ne saurait donc prévaloir contre le sens commun.
Que s'il n'y a pas cette contradiction avec le bon sens, critère Popinion de quelques savants, les plus estimables, doit p"^*!]^"® être regardée comme la plus probable ; mais ce n'est là '^^^'" ^' qu'un argument bien faible dans toute controverse, et le dernier de tous les arguments, comme le déclare S. Thomas : « locus ab auctoritate quap fundatur super ralione humana, est infirmissimus » ».
S'il y a, au contraire, parmi les savants une opinion très commune ou universellement admise, on doit la prendre comme la règle du vrai, au moins en pratique et jusqu'à preuve du contraire.
Bien plus, si celte opinion commune et universellement admise, porte non pas sur des questions très difficiles et très relevées de la science, mais sur des questions scientifiques élémentaires, leur autorité fait complètement foi. Elle équivaut, dans le domaine scientifique, au consentement universel des hommes dans le domaine des vérités les plus vulgaires. On ne peut, en effet, la suspecter, sans suspecter la raison elle-même ^ .
On voit par là l'importance, ou pour mieux dire la né- sonim cessité, de l'étude des savants qui nous ont précédés, et p*"^'^"*^*même de l'histoire des sciences, soit pour notre formation personnelle, soit pour l'avancement de la science elle-même. On est trop porté à croire que la science