‹ La crise de la certitudeChapitre 74 sur 104 · Cf. Aug. Sabatier, Théorie de l'évolution des dogmes · texte numérisé non relu

Cf. Aug. Sabatier, Théorie de l'évolution des dogmes

3. Loisy, Autour d'un petit livre, p. 129, 202. — « La connaissance actuelle de l'univers ne suggère-t-elle pas une critique de l'idée de création ? La connaissance de l'histoire ne suggère-t-elle pas une critique de l'idée de révélation ? La connaissance de l'homme^moral ne suggère-t-elle pas une critique de lidée de rédemption? » p. 154). — Dans son roman à thèse « Il santo », M. Fogazzaro a développé au fond les mêmes idées : a Travaillons à faire sentir universellement le besoin de rénover tout ce qui dans notre religion est le vêtement

raison .

Par « renouvellemenl intégral » de la philosophie, enlomle/ le kantisme et le néo-kantisme, et vous aurez l'aveu le plus complet et le plus important que nous puissions enregisfrei'. Le microbe kantien est la seule cause de tout le mal. Après avoir mis à l'envers le monde de la raison, il ne pouvait manquer de vouloir mettre au rebours le monde de la foi ; mais nous ne laisserons renverser l'axe de notre foi pas plus que celui de notre raison. Ce n'est pas le dogme qui doit changer, c'est l'erreur kantiste, — cette erreur qu'on ose appeler « l'exigence de la pensée contemporaine », — qui doit changer et disparaître, parce qu'étant contre nature et contre bon sens, elle menace l'essor et la vitalité mAme de l'esprit humain.

3« Objec- Entin une dernière difficulté qui aggrave les répu-

Révéïa-^ gnances des rationalistes pour la révélation surnatu-

ijberté. rcUc, c'cst son Caractère obligatoire, qui semble faire

peser sur l'homme un joug trop dur et porter atteinte

à sa liberté.

Sans doute, répondrons-nous, une fois la vérité découverte, elle devient une règle obligatoire, et, si l'on veut, un joug pour nos esprits. Mais ce n'est pas là un caractère propre à la vérité révélée ; il est commun à toute vérité môme naturelle. Les principes des mathématiques ou de la géométrie une fois découverts, il nous faut bien, bon gré mal gré, les admettre et nous ne sommes pas libres de penser que deux et deux fassent plus ou moins de quatre. Mais en cela, oiî est l'inconvénient pour notre esprit? de ne pouvoir créer la

et non le corps de la vérité... si Ion ne change pas tous ces vêtements portés depuis si longtemps et par de si rudes intempéries, aucune personne cultivée ne voudra plus être des nôtres. Et Dieu veuille que plusieurs d'entre nous ne s'en dévêtent pas sans permission, par un dégoût insupportable » (p. 66).

lumière est une

vérité à son gré, et d'être obligé de Taccepter telle qu'elle est. Ne devons-nous pas plutôt bénir cette chaîne d'or de l'évidence objective, qui enchaîne nos esprits à la vérité, et les empêche de s'égarer dans des erreurs grossières sur les premiers principes?

Oui, nous réplique-t-on, l'évidence est à la fois une La chaîne et un bienfait, parce qu'elle nous éclaire et que nous comprenons le pourquoi de nos affirmations ou de un^'bîennos négations. Or c'est précisément ce qui nous manque '^^" ' ici, puisque nous sommes obligés de croire aux mystères révélés sans les comprendre : !a lumière a disparu et la chaîne reste.

Mais une telle plainte ne nous paraît ni juste ni raisonnable. Dans le témoignage divin, comme dans le témoignage humain, nous avons toujours une évidence, celle que le témoin n'est ni trompeur ni trompé, et sans cette évidence, il n'y aurait aucune obligation de croire à la parole de l'homme ni à celle de Dieu. Mais une fois cette évidence démontrée, que le témoin n'est ni trompeur ni trompé, il nous faut bien, si nous voulons être raisonnables, et ne pas nous contredire nousmêmes, adhérer à une parole qui ne peut ni se tromper ni nous tromper.

Et je ne vois pas comment notre croyance à l'existance de Bonaparte ou de Louis XIV, ou à la vérité de la victoire de Lépante, peut être un joug ou une abdication pour la liberté de mon esprit, parce que je ne saisirai là que des faits historiques, sans en comprendre le comment et le pourquoi, leurs causes ou leurs conséquences.

Parfois, il est vrai, le fait révélé par la parole divine renferme des parties que notre raison ne peut comprendre adéquatement, et que nous avons appelées mystères. Tels sont les faits mystérieux de l'Incarnation ou de la Sainte-Trinité.

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ufoiesi Mais ici, remarqiiez-lo bien, et admirez avec quel respect el quelle condescendance Dieu a traité la liberté liumaine, — il ne veut de nous qu'un acte de foi pleinement libre. Quelque puissants que soient les motifs de crédibilité, quelque certitude qu'ils engendrent dans nos esprits, il faut encore y ajouter, pour y croire, un acte de bonne volonté, sans lequel l'acte de foi ne serait ni méritoire, ni agréable à Dieu.

La foi est libre, essentiellement libre ; et c'est là un des dogmes de la foi elle-même : nemo crédit nisi vole7is.

Est-ce à dire que celui qui abuse volontairement de celle liberté ne soit pas coupable par cet abus d'un péché, au for de sa conscience, et même d'un péché grave ?

11 est clair que non. « L'homme étant tout entier dépendant de Dieu, comme son Créateur et Seigneur, et la raison créée étant absolument sujette de la Vérité incréée, nous sommes tenus de rendre à la révélation divine la pleine soumission de l'intelligence et de la volonté par la foi '. »

Ordre el Ce magistral enseignement du concile du Vatican ch?r. n'est au fond que la réponse du simple bon sens à la question proposée. Aucune nature finie n'est indépendante parce qu'elle est perfectible, et qu'étant perfectible elle dépend, à ce titre, de l'être supérieur capable de lui donner le degré de perfection qui lui manque. Or quel est l'être supérieur à l'homme, sinon Dieu ? quelle est la science supérieure à la science humaine, sinon la science divine elle-même ? C'est donc d'en haut que nous devons attendre notre complément. Mais « Dieu peut faire plus que l'homme ne peut comprendre... Dieu, éternel, immense, infiniment puissant, fait dans

i . Conc. Valic, cap, 3.

LES CRITÈRES : fi" LE TÉMOIGNAGE DIVIN 265

le ciel et sur la terre des choses si grandes, si incompréhensibles, que nul n'en saurait pénétrer les merveilles. Si les œuvres de Dieu étaient telles que la raison de l'homme pût aisément les comprendre et les mesurer, elles cesseraient d'être merveilleuses et ne pourraient être appelées ineffables i. »

D'autre part, si Dieu a tenu à nous révéler quelquesunes de ses merveilles, et plus que nous ne pouvons comprendre, ce doit être pour notre bien et par amour pour nous. C'est là un bienfait que nous ne saurions mépriser sans une grave offense envers Lui, car il nous enrichit sans rien nous ôter.

De même que la grâce de Dieu ne détruit pas notre nature, mais seulement la complète ; ainsi la science de Dieu complète, sans la détruire, la science de Thomme. Au-dessus de nos connaissances sensibles., il y aies connaissances de la raison ; au-dessus de celles-ci, les connaissances par le témoignage humain, et tout au sommet les connaissances par le témoignage divin. Or ces quatre étages se correspondent et s'harmonisent sans se confondre, en se complétant mutuellement. L'édifice des sciences a une base sensible et matériellCj un corps raisonnable et humain, et un couronnement divin, semblable à la statue aux pieds d'argile, au corps de bronze et à la couronne d'or.

Dans cet ordre et cette hiérarchie, il nous est impos- Rien

•1111 •• l'i •!• 1 • I d'humi-

sible de découvrir rien d humuiant pour ia raison nu- liant ni

. de

maine, ni rien de gênant pour la liberté du savant gênant. catholique.

Dans chaque domaine des sciences, il entreprend et poursuit à son gré ses laborieuses recherches, avec ses propres méthodes et ses lumières propres, nous l'avons déjà dit, L'Eglise ne lui demande que de ne pas empié-

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